‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 141 sur 211 · LES MAGNOLIA ES MARAIS DE LA LOUISIANE · texte numérisé non relu

LES MAGNOLIA ES MARAIS DE LA LOUISIANE

voit bien, de nos jours, des champs cultivés sur une étendue de 50 milles en aval du fleuve, mais ce terrain s'est formé depuis, grâce aux alluvions qui ont été jetées sur le marécage par les inondations et l'ensablement des feuilles et des roseaux.

A mesure que l’on remonte le courant, en sortant du delta, on comprend que l'on

approche d'une grande cité. Dès qu'on est parvenu à English Turn, — le contour anglais, —

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AITANION VI V

"IAISSISSIN 471

on aperçoit à l'horizon des nuages de fumée s'échappant des nombreuses cheminées de toutes les manufactures et usines de la « Ville au Croissant », Des remorqueurs sillonnent le fleuve, entraînant vers les quais les navires qui arrivent de l'Océan, ou bien ils aident les vaisseaux en partance pour d'autres climats à sortir des bayous du Mississipi.

Enfin le voyageur découvre la cité qui se prolonge sur les rivages du fleuve et semble tendre les bras à l'étranger qui débarque.

Le Mississipi, à cet endroit de son parcours, mesure 1 mille et demi de large, ce qui n'empêche pas que la marée se fasse sentir à la Nouvelle-Orléans, qui est située à 108 milles au delà de l'Océan mexicain, Le va-et-vient de la marée modifie singulièrement la rapidité du fleuve.

La baie qui se prolonge devant la « Ville au Croissant » est très remarquable, Du pont du navire qui a conduit le touriste au cœur de la Louisiane, celui-ci peut contempler la cité qui s'allonge sur la rive côté-est, aussi loin que les yeux peuvent la suivre,

Au moment où l'on débarque sur le worf vers lequel le steamboat s'est placé, la vue dont on jouit en examinant les abords de la Nouvelle-Orléans est tout à fait agréable.

Le touriste pénètre dans la ville par Canal street, la rue qui sépare le quartier français du quartier américain, Toutes les maisons basses, en pierre de taille ou en briques, sont, les unes couvertes de stuc, les autres peintes à l'huile, A chaque fenêtre, est appliqué un balcon de fer sur lequel descendent des persiennes ou des jalousies, Ces demeures des opulents de la Louisiane ont toutes une porte cochère donnant accès aux voitures dans la cour intérieure, au centre de laquelle est planté un jardin embelli des plus belles fleurs du monde.

Les magasins, — les boutiques si mieux vous aimez, — sont très nombreux à la Nouvelle-Orléans et, à peu d'exceptions près, ressemblent fort à ceux de nos villes de province, Marseille, Bordeaux, le Havre, Les rues, pavées au moyen de blocs de grès qui proviennent de la Nouvelle-Angleterre, sont tenues en assez bon état de propreté.

Dans celles qui aboutissent aux grandes artères, nommées Royale, Chartres, Bourgogne, du Rempart où Dauphine, se trouvent les cafés et les restaurants, renommés par la blancheur du linge qui couvre les tables et la succulence de leur cuisine, Nous parlons, bien entendu, du quartier français où l'on déjeune à dix heures et où l'on dine à 4, eu égard à l'heure du spectacle, dont les Louisianais sont très amateurs.

Dans l'intervalle des deux repas, les gentlemen se rendent à la Bourse et à leurs affaires, tandis que les dames se promènent et vont courir les magasins. Disons, en passant, que les créoles de la Nouvelle-Orléans passent pour très belles et le sont réellement, à peu d'exceptions. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rendre le soir au Grand-Théâtre, à Saint- Charles, ou aux Variétés; on est ébloui par tant de charme et d'élégance,

Du reste, à part leur amour pour le spectacle et leur passion pour la danse, les créoles sont très calmes dans leur vie privée. On les voit à l'église le dimanche et leur coquetterie ne dépasse pas les limites des convenances. Quoi que l'on ait dit de la légèreté des créoles, il ne faut pas que l'exception fasse la règle.

Dans le camp américain, l'existence est également calme, mais ceux qui en font partie se mêlent peu aux Français : leur morgue semble le leur défendre. S'ils se rencontrent, c'est au théâtre : hors de là, chacun chez soi : — each for himself.

Parmi les monuments qu'il faut visiter à la Nouvelle-Orléans, nous citerons le palais

LE BAS MISSISSIPT, 59 de l'Archevèché, — le plus ancien de tous ceux de la Louisiane, dont l'architecture appartient à l'ordre toscan, Un magnifique jardin entoure l'édifice, qui fut autrefois un couvent de religieuses ursulines, Tout autour de cette demeure du chef des catholiques romains louisianais, s'élevaient des maisons fort belles, dont les maîtres ont fui en Europe depuis la dernière campagne, afin d'y vivre de leur revenu, en admettant qu'il leur en reste encore beaucoup, car l'abolition de l'esclavage et les horreurs de la guerre ont porté le plus grand trouble dans la fortune de ces habitants du Sud, Le crédit est mort à la Louisiane, et les plantations ne rendent pas même le tiers de ce qu'elles produisaient autrefois.

La population nègre qui vague dans les rues de la ville est généralement mal vêtue, — à moins qu'elle n'appartienne à la classe domestique, — et cela, depuis l'avènement de la liberté, Semblables aux lazzaroni de Naples, les noirs se couchent au soleil, déjeunent d'un fruit, dinent avec une pastèque, où un poisson à moitié cuit, et se plaisent surtout à fumer du matin jusqu'au soir, Leur plus grande joie est de suivre les enterrements et, à ce propos, nous dirons que le dimanche est le jour consacré aux funérailles, Nul ne pourrait expliquer comment il se fait que l'on choisisse exprès ce jour là pour mourir et pour se faire porter en terre, Le cimetière de Saint-Louis et ceux de Saint-Patrick, de Cypress Grove, des Firemen, des Odd-Fellows et des Juifs sont assez Curieux à visiter, ‘Tous sont également bien plantés et très soigneusement entretenus.

Parmi les grands hôtels de la Nouvelle-Orléans, il faut citer celui de Saint-Louis, où la vie est confortable, le bien-être et les soins matériels sans rivaux, comparés à ceux des autres caravansérails du même genre, Détruit en 1840 par un épouvantable incendie, l'hôtel fut reconstruit en deux années, plus vaste, plus grandiose qu'il ne l'était.

Visitons ensuite la Banque de la Louisiane, au coin des rues Royale et Conti, les constructions Pontalba, habitations de briques et de pierres élevées par la comtesse de ce nom, la rue de Chartres, les Casernes, l'église des Jésuites, etc., etc., dans le quartier français,

Dans le côté américain, nous parcourons des rues très régulièrement bâties, dans lesquelles se trouve l'église du Christ, le théâtre des Variétés, les restaurants Victor et Moreau, la statue de Henry Clay, la nouvelle Douane, les Banques, les Compagnies d'assurances et bien d'autres édifices que le défaut d'espace nous empêche de passer en revue, Nous dirons surtout que dans cette partie de la ville les avenues sont bien plus belles que dans l'autre, quoique certaines soient pleines d'ornières, faute de fonds municipaux pour les faire réparer.

Le City Hall, — Maison de ville, — dans la construction duquel l'architecte a employé la pierre et le marbre, en se guidant sur l'ordre ionique, — doit également être mentionné à cette place.

Comme à Venise, les églises sont en grand nombre dans la capitale de la Louisiane, où l'on en compte 116, plus où moins importantes, appartenant à tous les cultes connus et reconnus.

Un ingénieur louisianais dont on se plait à reconnaitre le talent, — M. Bell, — a fait construire une levée d’une grande largeur, le long du lac Pontchartrain, dont la largeur est de 4 milles et demi et qui sert de promenade aux élégants et aux élégantes de la ville,

Rien n'est plus agréable, : >rès une journée torride, dans le genre de celle que l'on subit à

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la Nouvelle-Orléans, que de monter dans une barque légère, que va guider un batelier nègre, Vous descendez ainsi jusqu'au quai d'arrivée du chemin de fer et vous remontez ensuite le bayou Saint-John, qui aboutit au vieux fort espagnol, C'est sur ce coin de l'État louisianais que sont placés les serres chatides, les vergers et les jardins qui alimentent la ville, Du haut des créneaux en ruine. vos veux s'étendent sur le lointain mirage de la mer.

En redescendant plus près, du côté de la ruine, vous voyez les chamjs d'orangers couverts de fruits, Les villas baties le long des berges, les canons à moitié ensablés, les vergers de péchers et de pruniers et enfin le grand fleuve sur lequel voguent les navires à voile et à vapeur, et qui descend majestueusement vers le golfe du Mexique. Ce coup d'œil est un de ceux que l'on n'oublie jamais.

Le caractère particulier des Louisianais est généralement enjoué, Nul mieux qu'eux ne saurait organiser une partie de plaisir, On peut s'estimer heureux lorsque la bonne Chance vous fait assister aux folies des jours gras à la Nouvelle-Orléans, Ceux qui n'ont vu ces « joyeusetés » qu'en Europe ignorent jusqu'à quel point on sait s'amuser dans cette ancienne colonie française, Les nègres sont si heureux qu'ils oublient le boire et le manger : ils en perdraient l'esprit... s'ils en avaient jamais eu.

Jeunesse n'a qu'un temps ; l'âge vient et l'emporte; On rit pour mieux chasser l'ennui,

On ne dort plus là-bas, le plaisir vous transporte, Et les heures lentes ont fui!

Sur le côté opposé du Mississipi, — à l'ouest, — sont placés des villages nombreux, des fermes cultivées et de grands ateliers, sur une étendue de plus d'un mille, Voyez ces grands bateaux à vapeur de toutes les tailles, à la tête desquels il faut compter les « palais Aottants », dont la construction dépasse tout ce que lon peut rèver en ce genre, Ces « maisons sur l'eau » transportent chaque jour, du haut du fleuve en bas et du bas en haut, les voyageurs qui se rendent des grandes villes de l'Union à la Nouvelle-Orléans, où ceux qui remontent vers le nord, Le spectacle le plus curieux que lon puisse rèver est celui de cette forêt de mâts de toutes les dimensions, pressés les uns contre les autres, qui tous ont subi les épreuves de la navigation fluviale où maritime.

Un bruit incessant de roues en mouvement frappe vos oreilles : les « bateaux-bacs » — Ferry boats, — circulent d'une rive à l'autre, du nord de la ville au sud, — comme les Mouches parisiennes sur la Seine; — les remorqueurs descendent et remontent le fleuve, et la fumée qui s'échappe de leurs cheminées s'élève en spirales vers le ciel bleu, pour se perdre dans l'espace.

Lorsque vous débarquez à la Nouvelle-Orléans, vous vous apercevez aussitôt que la « levée », qui, dans les temps passés, était une sorte de barrière contre les inondations, s'étend maintenant à plusieurs milles de distance et est recouverte de colis ‘ans nombre contena:t les produits de l'univers entier. Les ouvriers, les marins, les employés, les chefs de maisons, tous parlent une langue quelconque, si bien qu'on se croirait à la Tour de Babel. 11 est facile de comprendre que l'on arrive dans une grande ville, frontière extrême d'un pays immense, tête de ligne d'une navigation gigantesque.

La descente des grands fleuves de l'Amérique était ia chose la plus facile du monde;

mais ce qui n'était point fuisabl était de remonter le Courant, Si la vapeur n était point venue au secours de lFindustrie humaine, certainement les grands centres populeux de POuest n'eussent pas pris naissance ! le pays fut reste losert, comme it Fétait, 11 v a trois

ou quatre sicch

Avant la découverte de Fulton, les transactions commerciales d'un point à l'autre du territoire s'opéralent au moyen de pénk hes et de bateaux plats, pareils à ceux qui montent et descendent le long de nos canaux, tirés par des chevaux. La remonte était un travail

urhumain et Fon n'avançait pas vite dans une pareille entreprise, Les batclicrs de ces

embarcations étaient des hommes exceptionnels, géants par la taille, hercules pour la force et doués de la patience nécessaire pour supporter la fatigue,

De nos jours, cette race de bateliers a disparu, où plutôt cette armée de travailleurs s'est engagée dans les régiments des chauffeurs de machines à vapeur. I n'y a plus à examiner avec attention, quand on étudie les mœurs de cette population fluviale, que les broad horn men, — les marins du cabotage, — qui ont continué à diriger la navigation des bateaux plats. Ce sont eux qui apportent à la Nouvelle-Orléans les produits de l'agriculture des pays voisins. Les marchés où s'amoncellent les approvisionnements de jardinage pour la ville sont fort remarquables à tous les points de vue, C'est, non loin de l'endroit où

ils sont bâtis, que s'arrêtent ces embarcations dénuées de quilles, remontant le Mississipi au

moment de la marée haute, La seule qualité des fat boats est la solidité : hors de là, aucun ornement extérieur, nulle forme élégante. Comme il est important que ces bateaux évitent les chocs des « chicots » et des « scieurs de long », qui les éventreraient :n plein fleuve, ils sont tous pourvus de vastes « balayeuses », — srecpers, — qui repoussent les objets dangereux.

Dès que ces caboteurs ont déchargé leurs marchandises, leur mission est terminée : ils ne s’aviseront pas de chercher à remonter le courant : le jeu n'en vaudrait pas la chandelle. Ces radeaux, ces épaves, sont vendus aux marchands de combustibles, qui les convertissent en bois à chaufler où à brûler dans les usines.

Si l'on va se promener au-dessus de la Nouvelle-Orléans, on aperçoit, sur les berges, — qui n'ont rien à craindre des inondations, — des plantations ravissantes, cultivées avec soin et abritées par des arbres si touffus qu'on pourrait appeler ce rivage une forêt.

C'est sur le sol de ces fermes modèles que l'on montre avec orgueil des plantes tropicales que la chaleur, Fhumidité du sol ont amenées à la taille de géants. Voici des orangers entre autres, qui datent à peine de soixante ans, et dont les branches énormes sont couvertes de fleurs et de fruits. La canne à sucre, qui d'ordinaire, dans les pays d'où elle est originaire, n'est qu'une plante délicate et fragile, est devenue, sur le sol louisianais, un arbuste solide dont la culture récompense au plus haut degré celui qui en connaît le secret, Les bananiers sont des arbres aux troncs desquels sont appendus des « régimes » énormes. Le froid n'a plus de prise sur eux : ils repoussent Chaque année au printemps et sont d’un rendement très productif.

Dans la visite que le touriste fait à ces plantations cultivées avec tant de soin, on lui fait admirer les Pécans à tête d'ormeau, d'une hauteur immense. l'une forme gracieuse, dont les tiges sont chargées d'une noix à coquille tendre, contenant une chair ayant le goût combiné de la pulpe d'hickory et de l'amande princesse. Si vous descendez au sud de la Nouvelle-Orléans, en dessous de la Louisiane, ces « pécans» se groupent en bosquets, deviennent des forêts, et leur récolte est d'un grand revenu pour le possesseur du terroir où ils ont poussé.

Les abords de toutes les plantations sont tracés par des haies de jasmins, ombragées par des grenadiers ornés de fleurs et de fruits, au pied desquels poussent des cereus s'épanouissant la nuit et des roses dont les parfums flattent agréablement l’odorat. Sur tous les arbres morts, le jasmin jaune s'est hissé de façon à former un buisson aussi gracieux qu'odorant, où l'abeille va butiner, où l'oiseau-mouche se nourrit de pollen, en déployant ses ailes diamantées, dorées, argentées, ou saupoudrées de perles.

Dès que la nuit arrive, dans ce pays féerique, à l'issue d’une journée printanière, dont la chaleur tropicale a été tempérée par la brise de la mer, au moment où la fraicheur de l'atmosphère prédispose à la rèverie, un concert mélodieux se fait entendre : c'est l'oiseau moqueur, qui, penché sur l'arbre le plus rapproché de l'habitation et sachant bien que ceux qu'il désire charmer sont prèts à l'écouter, commence son ramage enchanteur, Ce « lutin des bois » ne cesse ses harmonies qu'au lever de l'aurore. Il berce, il endort le planteur et ses amis, il les charme au besoin en cas d'insomnie, et personne n'est tenté de s'exprimer comme ce paysan de Normandie qui se plaignait « qu'un guerdin de rossignol » l'avait privé de son sommeil, eu gueulant toute la nuit près de sa fenêtre, »

Les planteurs qui, les premiers, vinrent s'établir dans la Louisiane étaient d'origine

française : ils ont tous conservé les mœurs de leur pays natal. I y a peu d'années encore la population rurale se groupait par petits cantons : on y trouvait une chapelle avec un curé très respecté de ses ouailles. Les hommes observaient la tempérance : on les reconnaissait à leur exquise politesse; tous leurs travaux étarent bien faits. Le sexe faible se plaisait au logis et remplissait avec exactitude les devoirs de maitresse de maison et de bonne mère de famille, Privés de représentations théâtrales et de concerts, ces bonnes gens se contentaient du déploiement des cérémonies religieuses de leur église et des réunions joyeuses données par des amis, à tour de rôle, pour se livrer aux plaisirs de la danse.

On comptait parmi ces colons de la Louisiane des descendants des plus grandes familles de France, très orgueilleux du nom qu'ils portaient, et qui qualifiaient leurs demeures de titre pompeux de château.

Peu à peu ces habitations seigneuriales échelonnées le long du fleuve ont disparu ou sont devenues la propriété de quelque Anglo-Saxon peu soucieux de conserver l'aspect prime-sautier de son acquisition : celui-ci a voulu faire des changements et des embellissements : il a donc élevé des vérandahs, des galeries abritées, et enfin planté des arbres qui lui donnent de l'ombre, mais qui cachent le manoir sous un buisson de verdure.

Si on laissait le Mississipi descendre vers la mer sans opposer le moindre obstacle à ses envahissements, il arriverait souvent que tous le pays serait couvert d'eau, particulièrement aux mois de mars et avril.

Afin de prévenir des désastres dont les résultats sont épouvantables, les planteurs ont élevé sur les bords du fleuve des digues, —/evées, — fabriquées avec des pilotis, de la terre et des pierres, suivant les ressources de chaque canton A ce moyen de résistance le fleuve est venu ajouter ses dépôts quotidiens de chicots, de sable, de boue, si bien que quand on a gravi cette berge factice et naturelle, on est obligé de descendre pour se rendre aux endroits vers lesquels on se dirige. Il arrive ainsi que le niveau du fleuve est placé mainte fois à 4 pieds au-dessus de votre tête.

A l'époque des crues du printemps, quand le Mississipi coule à pleins bords, le niveau des eaux est certainement à la hauteur du second étage des habitations.

Pendant neuf mois de l’année, le planteur louisianais s'occupe fort peu de l'état des digues qui bordent sa ferme ; mais, dès que vient la saison où s'opère la fonte des neiges dans le nord, au pays où le fleuve prend sa source, le colon craintif se réveille de sa torpeur.

On voit alors toutes ces bonnes gens en proie à une anxiété terrible : 1l s'agit de boucher toutes les fissures, mème celles que les rats, les souris, les cancrelats ont faites à la levée.

Le vent lui-même est redoutable : il peut soulever la nappe des eaux et la pousser sur la berge, où sa propriété dissolvante aura bientôt opéré un trou ou plutôt une « cre- Vasse ».

Si ce malheur arrive, tout est consternation à l'endroit où l'ouverture s’est déclarée : chacun accourt, les voisins se précipitent. à l'aide. Il s'agit de faire face au danger.

Les cris : « Au feu! » poussés dans une grande ville ne sont pas plus effrayants que ceux de : « L'inondation! » que l'on profère en cette c'rconstance. On sonne la cloche d'alarme sur chaque plantation. On expédie des courriers, à droite et à gauche, pour appeler au secours et tout le monde se réunit, armé de pelles, de pioches, portant des pieux, des planches et des poutrelles, pour boucher le trou et arrêter le fléau.

I arrive souvent que la digue crève par le bas, et dès lors une cataracte horrible jette les eaux sur les terrains placés en dessous du niveau. Malheur au bateau plat qui passe à cette heure dans le voisinage de cette ouverture béante! il est entrainé et va se briser contre les obstacles qu'il rencontre sur son passage.

Peut-être s'arrétera-t-11 en travers sur la crevasse elle-mème et formera-tl barricade, de façon à permettre à ceux qui travaillent au salut commun, d'amonceler des pilotis, des pierres, des morceaux de bois et des fascines qui rétabliront les choses dans leur état normal.

Au danger de linondation se joint quelquefois celui de l'envahissement du Mississipi, qui, jetant ses dégorgements d'un côté plutôt que d'un autre, ronge, peu à peu, tel côté de la rive et détruit une propriété par portions.

A un moment donné, le fleuve, avançant toujours, vient raser la maison d'habitation, qui finit par tomber à l'eau.

Il est bien entendu que, de l'autre côté du fleuve, le retrait a eu lieu, et que le Mississipi s'est retiré, laissant à un planteur l'espace qu'il a volé à un autre sur le rivage opposé,

C'est ainsi que le malheur de l'un profite toujours à un autre

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