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VUES DE SAINT-LOUIS

Les serres du jardin Shaw, — 2. Entrée du jardin Shaw, — 34, Le bâtiment de l'Institut, — 4. La quatrième ruc.

8. La grande école d'Olive Street. —- 6, La prise d'eau 7. L'élévateur.

Nous ne devons pas oublier le Fair Ground, dont les parterres très soignés font presque oublier l'absence d'un parc ombreux dans la capitale du Missouri, Qu'on se figure un amphithéâtre où peuvent se réunir 20,000 personnes sur un espace de 50 acres, un endroit planté de bosquets gracieusement groupés, dans lequel on a creusé des lacs artificiels, où l'on rencontre des fontaines à chaque pas et des boutiques à l'abri desquelles on expose des marchandises du meilleur goût, et l'on comprendra que le champ de foire de Saint- Louis est un site dont la ville peut tirer vanité,

Le jardin Shaw est un don fait à Saint-Louis par un de ses enfants mort missionnaire., Là se trouvent réunis tous les arbres rares, tous les arbustes, toutes les plantes de pays lointains, élevés en pleine terre ou conservés dans des serres chaudes.

Saint-Louis est réservé à un immense avenir, Le pont grandiose qui a été jeté sur le fleuve, il y a deux ans, est un des plus beaux qui soient au monde : c'est par là que tous les convois de chemin de fer pénètrent dans la ville, amenant avec eux la richesse et la prospérité.

Le long du quai de la ville, on doit forcément s'arrêter ébahi dans la contemplation de ces nombreux bateaux à vapeur qui arrivent, ou se préparent à partir, Mais il y a cinquante ans, avant la construction des chemins de fer, c'était bien autre chose, les constructions fluviales étant alors seules destinées au transport des marchandises et des voyageurs.

Les steamers du plus grand tonnage descendent jusqu'à la Nouvelle-Orléans, tandis que les plus petits remontent le cours du Missouri, jusqu'à sa source dans les montagnes, et celui du Mississipi jusqu'aux chutes de Saint-Anthony.

Nous allons nous embarquer à bord d'une de ces maisons flottantes qui font la traversée entre Saint-Louis et Saint-Paul pendant sept mois de l'année seulement, car la partie supérieure du fleuve se trouve bloquée par les glaces, à dater du milieu de novembre, jusqu'à la fin d'avril. Nous tournons donc le dos à la grande cité, après avoir adressé un coup d'œil à ses fabriques de plomb de chasse et à ses « élévateurs », aux clochers de ses églises et à la coupole grandiose de son Capitole,

Les rives sont plates des deux côtés, — un peu plus élevées cependant du côté ouest que vers l'est, — et les abords en sont sablonneux, Il n'y a rien de très marquant à signaler, pas même la jonction de la rivière Missouri au fleuve Mississipi.

A 3 milles plus haut, nous touchons à Alton, petite ville perchée sur un monticule de pierre à sablons dont l'élévation est d'environ 200 pieds et dont la couleur rouge brun n’a rien de gracieux. On raconte que l'on apercevait autrefois des peintures indiennes sur les parois lisses de la roche; mais, de nos jours, ces hiéroglyphes ont disparu. On fait remarquer aux voyageurs que l’eau du fleuve est bien plus bleue, en cet endroit, qu'elle ne l'était à Saint-Louis et que les îles qui encombrent le lit du fleuve sont d'une origine plus ancienne que les autres placées dans le parcours du Mississipi. Tout porte à croire en effet que ces terrains d'alluvion, en aval de Saint-Louis, sont le produit des inondations, du ramassis des chicots et des sables. Il n'y a qu'à examiner le fouillis d'arbustes marécageux qui s’y trouve, tandis que, sur les îles du haut du fleuve, les grands saules et les érables atteignent des proportions géantes.

A mesure que l'on s'avance sur le parcours du Mississipi les collines deviennent moins nombreuses; c’est seulement à Keokuk que l'on retrouve ces aspérités du terrain interrompu par des vallées ombreuses. On pourrait croire que le pays distant est situé au-des-

sous du niveau du Mississipis mais tel n'est point le cas, car les cimes des montagnes sont parallèles au niveau de la prairie qui s'étend au delà,

La ville de Keokuk est bâtie sur la rive ouest, dans l'État de lowa et celle de Warsaw lui fait vis-à-vis dans l'Ilinois, À une très petite distance de Warsaw, la rivière des Moines se jette dans le Mississipi et forme une série de rapides dont les évolutions méritent une visite attentive de la part du touriste, C'est particulièrement à l'automne que ces chutes sont curieuses à voir, Elles paraissent même redoutables aux bateliers dont les embarcations sont chargées; mais les steamboats s'aventurent sans la moindre appréhension au milieu des eaux bourbeuses et passent outre,

A dater de ce point du territoire, le voyageur devine qu'il va être à même d'admirer des beautés scéniques dont il ne pouvait pas comprendre l'existence, Les caux du grand fleuve prennent une teinte bleu foncé ayant pour cause la couleur terreuse et grise des rochers qui se dressent sur les deux rives, Les iles ont envahi le lit du Mississipi et forment üne sorte d’archipel, au milieu duquel il faut naviguer avec prudence, car le courant n'est pas rapide et la profondeur du fleuve a diminué, Mais ceci est l'affaire du pilote: le touriste n'a qu'à se fier à lui etil peut admirer à son aise les bordures ornées d'arbustes fleuris et d'iris aux pétales violacés, Partout émergent du sein des eaux des lis jaunes et des nymphéas aux boutons dorés ou argentés, en pleine floraison, Ce sont les arbres à coton dont l'essence est la plus répandue sur ces ilots déserts ; les osiers et les chénes ont envahi les bordures et rendent l'abord de ces ilots impénétrable, A chacune des pointes de ces îles, on aperçoit généralement un petit banc de sable blanc qui disparait suivant l'impulsion du courant.

C'est surtout à l’époque de la fonte des glaces que ces bancs sont emportés par les banquises fluviales: ils disparaissent pour se reformer ensuite,

Après avoir dépassé Keokuk, le bateau à vapeur continue sa route et le panorama des ilots et du paysage se déroule encore devant les voyageurs. L'on passe, à 70 milles en amont, devant l'embouchure de la rivière lowa, située sur le côté gauche du fleuve. Et la grande embarcation continue sa route, pendant 50 milles en amont, jusqu'à l'endroit où l'on se trouve en présence d'un spectacle nouveau.

Nous avons dit que la plupart des îles du Mississipi sont des langues de sable d’une durée temporaire. Trois seulement reposent sur des rochers. Les touristes se trouvent, à l'endroit où le steamboat est parvenu, devant la plus grande de ces îles, que l’on appelle « Rock Island » et qui a 3 milles de long. Son étendue consiste en 1,000 acres de terre, dont la plus grande partie est nue, tandis que l'on trouve dans les autres une forêt de très belle venue. Le sol repose sur de la pierre meulière, laquelle a servi au gouvernement américain pour la construction d’une forteresse et d’un arsenal d'aspect assez formidable.

Cet emplacement militaire servait de quartier général au célèbre général Scott pendant la guerre qu'il avait entreprise contre le chef indien Black Hawk, — le Faucon Noir.

Depuis cette époque, la fortification a été abandonnée et remplacée par des constructions modernes d’une solidité plus importante, Le Département — ministère — de la guerre a établi là son arsenal et s'est évertué à faire ressembler ce coin de terre à la station militaire de West Point, sur le fleuve Hudson.

Nul ne se douterait en passant devant Nauvoo, petite ville que l'on voit sur la rive droite du Mississipi, — côté del'Iowa, —que le mormonisme a pris naissance en cet endroit,

588 L'AMERIQUE DU NORD PITTORESQUE, Cette histoire est trop curieuse pour que nous ne lui trouvions pas une place dans ce chapitre de notre ouvrage.

En 1840, un nommé Bennett, qui se disait général, — qualification fort commune aux États-Unis, — demeurant dans le village de Nauvoo, — Illinois, — fonda une secte pour laquelle ilinterpréta la Bible à sa manière, Le général Bennett avait trouvé dans le saint livre que, puisque Abraham avait eu des relations avec Agar tout en étant marié, de même les autres hommes pouvaient avoir aussi plusieurs femmes, Ce précepte ayant été connu et apprécié, les proselytes se groupérent en foule autour du général Bennett; on adopta à Nauvoo les mœurs turques en diminutif, et dans ce pays, si pudique en apparence, où les ladies qualifient du mot shocking, — choquant, honteux, — les choses dont nous ne songeons même pas à rougir en France, cette vie licencieuse, où la débauche se cachait sous le prétexte spécieux de la religion, ne trouva pas un mot de bläme pour ces nouveaux sectaires, et leur morale ne fut point alors flétrie par la réprobation publique, Bennett eut pour commentateur un de ses élèves appelé William Statlord, et enfin ce dernier fut détrôné par le fameux Joë Smith, dont la biographie est, elle seule, assez curieuse pour être racontée.

Joë Smith naquit dans une ville de Sharron (Vermont) en 1805; ainsi, à l'époque de sa mort, il avait quarante ans, Smith était fort jeune, lorsque ses parents, qui appartenaient à la secte des Mormons, émigrèrent à Palmyre; il demeura avec eux jusqu'à vingt ans. Smith était d'un naturel vif, ardent, mais d'éducation fort bornée, à cause de la pauvreté de sa famille. Abandonné à ses propres ressources, il resta presque ignoré jusqu'en 1827, époque à laquelle il prétendit un beau jour avoir trouvé le Livre des Mormons, Cette fourberie audacieuse ne reçut aucun démenti. En 1832 seulement, quelques hommes influents du parti de Smith publièrent un ouvrage dans lequel ils représentaient celui-ci comme ayant enfreint les lois de leur religion, Selon eux, Smith était un intrigant qui avait jadis, de connivence avec sa famille, trompé le peuple en lui faisant croire qu'il pouvait découvrir des trésors cachés. Joë, disaient-ils, assurait avoir en sa possession une pierre transparente et miraculeuse, à travers laquelle il découvrait les richesses renfermées dans les entrailles de la terre et les désignait à ceux qui avaient payé sa consultation.

Ce charlatan religieux prétendait aussi avoir trouvé une Bible aux feuilles d'or, faisant suite au livre des Mormons, et pour la publication de laquelle il avait reçu des ordres du ciel. Ses partisans attendaient avec impatience l'impression de ses deux volumes.

Ils furent en effet publiés, et le gouvernement débonnaire des États-Unis n'employa aucun moyen pour les faire disparaitre de la circulation. I est vrai de dire aussi qu'on ne supposait alors à ces livres aucune influence sur les masses, car ils étaient écrits sans droiture et sans probité.

Joë avait un frère nommé Hiram, qui était aussi intrigant que lui. Ces deux associés promirent à leurs adhérents de leur montrer les feuillets des livres sacrés aussitôt que les volumes seraient imprimés. Mais plus tard, ils prétendirent avoir reçu un ordre du ciel leur enjoignant de ne point faire voir ces feuilles à des yeux profanes et de les détruire entièrement.

. L'assurance et l'audace de ces deux hommes leur acquirent bientôt un grand nombre de partisans. Les ennemis les plus acharnés de Joë Smith devinrent peu à peu ses amis

VMOIT SNVA ‘LHO4NEAVO — SIONITII 1 SXVA ‘AXVISI XD20M

intimes, et en 1838 il fut déclaré universellement ministre des Mormons et salué à l'unanimité du titre de Prophète, Le gouvernement, alors seulement, commença à s'inquiéter, Le major Clarke, oflicier de l'armée régulière, en station dans l'Illinois, écrivit au président pour lui donner connaissance de ce qui se passait parmi ces sectaires, accusés par lui de meurtres, de vols, de libertinages et de toutes sortes de méfaits, Cette dénonciation n'eut aucune suite; Joë Smith se tint seulement un peu mieux sur ses gardes, et dès lors il commença cette vie d'hypocrisie qui n'eut qu'un côté favorable, celui de faire prospérer le pays, car, en peu de temps, les Mormons, dont les mœurs plus que faciles avaient grossi les rangs, firent du village de Nauvoo une ville régulièrement bâtie, y élevèrent un temple, construit dans un assez bon style, dans lequel l'on voyait une piscine appropriée aux usages du rite des Mormons; piscine pour baptiser les enfants, destinée à baigner les malades pour les quels cette eau était un remède certain; piscine pour laver les consciences de leurs péchés; piscine pour purifier les morts, etc., et consacrée, en un mot, à toutes sortes d'usages.

Malgré toutes ces ablutions, Joë Smith, aux yeux des gens honnètes et sensés des États-Unis, n'eut pas le pouvoir de se purifier des infractions aux lois de la morale commises par lui et les siens, On raconte entre autres faits d'immoralité, prouvés par de respectables témoignages, qu'il voulut un jour engager une jeune fille, miss Martha Brotherton, à épouser un de ses complices nommé Young qui avait déjà une femme, Nous n'osons pas reproduire ici les raisons absurdes et ignobles que Joë Smith donna à cette pauvre créature, afin de l'engager à se livrer à Young. Le complot de ces deux misérables, qui abusaient du nom de Dieu pour arriver à leur but, réussit en eflet, et miss Brotherton suivit l'exemple de mainte autre de ses compagnes qui avaient eu précédemment la folie d'écouter les conseils de Joë Smith, ou de ses prosélytes.

La secte des Mormons devait attirer le grand nombre de ceux qui aiment la licence et le libertinage. C'est ce qui arriva en etlet; la ville de Nauvoo se trouva bientôt remplie de tout ce que les États-Unis comptent de mauvais sujets, — et la masse en est malheureusement grande. — Le lieu se peupla, le village devint grande ville, comme nous l'avons dit, et la population monta peu à peu au chiffre de 8,000 habitants, L'union et la paix, qui, par un miracle tout providentiel, s'étaient maintenus jusqu'au mois de mai 1844, furent brisées à cette époque; une collision assez grave eut lieu à Nauvoo.

Les premières diflicultés provinrent de quelques disciples de Smith qui, ayant à se plaindre de leur chef et de ses intimes, avaient entrepris de publier un journal qui fût l'organe de leurs plaintes. Ce journal parut, il s'appela le Nauvoo Expositor, et grande fut la colère de Joë Smith, lorsqu'il lut, certain jour, dans ce papier un article des plus injurieux contre sa personne sacrée. Il voulut répondre à cette attaque par un grand coup; en conséquence, il publia un appel aux armes contre ses dissidents, et quelques heures après, une troupe de deux cents hommes, munis de mousquets, d'épées, de pistolets, de poignards et de haches, petite armée à laquelle se joignirent volontairement quelque cent autres personnes, s’avança contre la maison où était l'imprimerie, dont les portes furent brisées à coups de hache. Alors commença l'œuvre de destruction. La presse, le matériel du journal furent jetés dans la rue, puis on mit le feu à tout cela, et la foule ne se sépara que lorsque tout en eut été réduit en cendres.

Cette nouvelle parvenue à Warsaw — Jlinois — y produisit une vive sensation. Les

LE HAUT MISSISSIPI, Sort

ennemis des Mormons coururent aux armes, et ce ne fut seulement alors que l'autorité se réveilla de son inertie, On se hâta d'écrire à Carthage, chef-lieu du comté de Hancock, et des officiers de police partirent pour Nauvoo, avec des mandats d'amener contre les personnes désignées comme ayant pris part à la destruction du Nauvoo Expositor, Ces démonstrations ne furent pourtant qu'illusoires, car on n'osa sévir contre aucun perturbateur, D'un autre côté, Joë Smith dirigea lui-même une sorte de police dont les mandats furent mieux exécutés par ses partisans, et il arrèta tous ceux qu'il soupçonnait ne pas donner dans ses vues.

Une guerre d'extermination fut dès lors déclarée à Warsaw par les Mormons, mais les habitants de cette ville, secourus par quelques comtés voisins, se préparèrent à repousser les attaques de Joë Smith et de ses partisans, Les Mormons furent effrayés des démonstrations de leurs dissidents, mais ils s'étaient tellement avancés qu'il leur était impossible de reculer,

Le gouverneur du pays, le général Ford, se hâta de rassembler un corps de troupes. Le 25 juin 1844, il se présenta devant Nauvoo à la tête de 2,500 hommes, et il somma Joë Smith et les Mormons de mettre bas les armes, Ceux-ci refusèrent d'obéir.

Le lendemain, Joë Smith et son frère Hiram, pris tous les deux d'une terreur panique, abandonnèrent les leurs et prirent la fuite à travers champs. Ils furent poursuivis et arrêtés, le 27, par un bataillon du corps d'armée du général; on les conduisit à Carthage, où ils furent jetés en prison sous la garde de deux cents hommes.

Dès que la nouvelle de cette arrestation fut connue par les Mormons, ils songèrent à délivrer leur Prophète, mais leur projet ayant été éventé, ils songèrent à se débarrasser de Joë Smith et d'Hiram,

Dans ce but, quelques hommes s'étant barbouillé le visage avec du noir, profitèrent du moment où la garde de la prison ne se composait que de huit hommes; ils forcérent la porte et se ruèrent sur ces deux infortunés, Ce fut alors que, pour échapper à cette attaque imprévue, Joë Smith et Hiram cherchèrent à se sauver par la fenêtre de la prison, Mais un des assaillants, reconnaissant les fugitifs, tira sur le Prophète un coup de pistolet qui le frappa au cœur : huit autres coups de feu répondirent à cet appel. Le malheureux chef des Mormons tomba sur le sol frapré de cent dix-sept chevrotines, qui toutes furent recueillies depuis par des amis et religieusement conservées.

Hiram eut le même sort que Joë Smith.

Plusieurs journaux donnèrent à cet assassinat un motif politique; le parti whig, disaient-ils, craignait le vote des Mormons en faveur de M. Polk, alors candidat locofoco-démocrate pour la présidence de 1844. D'autres assurèrent que les habitants de Warsaw étaient jaloux de la prospérité de Nauvoo, où les lois de Joë Smith avaient attiré un grand nombre de prosélytes. Quelles qu'aient été les véritables causes de la mort de Joë, il n'en est pas moins certain que cet homme fut traitreusement assassiné,

Au reste, quoique les Mormons eussent perdu leur leader, ils ne courbèrent point la tète; quelque temps après cet événement, ils se réunirent en grand nombre à Baltimore pour y tenir une convention, dont le but était de nommer un successeur à Joë Smith. Ce meeting ne produisit aucun résultat, et les Mormons se séparèrent sans avoir pu s'accorder entre eux.

Enfin, le 20 du mois d'août 1844, on élut à Nauvoo, comme grand prêtre de la reli-

Sos L'AMERIQUE PU NORD PITFFTORESOUT }

gion des Mormons, le frère ainè du défunt prophète nomme Elder Smith, au juel a six cédé Brigham Young

Cependant le prestige qui avait entouré le fameux Joë ne paraissait pas avoir été recucillt en héritage par son uccesseur, La ville de Nauvoo n était plus aussi prospère qu'a vant l'assassinat du prophète des Mormons, Lau plupart de Ces scCtHres, dans le but de fuir la persécution qui les entourait, quittérent le pays, après avoir vendu à vil prix leurs maisons ct leurs champs, Ceux qui restaient, — les plus endurcis dans leur cre vance, VOL lurent venger la mort de Joë Smith, N'avant pas pu obtenir du gouvernement de Washing ton qu il fût fait une en quete ct que l'on jugeût criminellement les personnes coupables de ce meurtre, 1ls résolurent de se faire justice eux-mêmes,

Dans le courant d'or tobre 1844, ils attaquérent les habitants de Warsaw cet de Carthage, qui s'étaient ligués contre leur agression: mais, repoussés avec perte, ils se replièrent sur Nauvoo, où leurs ennemis les suivirent alors, presses de très près, n'ayant plus ni force morale, ni force physique pour résister, ils Capitulèrent, On leur laissa la vie sauve, mais on les obligea à quitter le pays.

Les lecteurs devineront sans

doute quelles furent les condi-

SOEUR CA Fos ÉE DR US DS tions de cette paix, Les Mor-

mons vaincus furent traités en

Ilotes, à l'esclavage près. Dépossédés, sans asile pour reposer leur tête, ne pouvant emmener avec eux quelques charrettes chargées des choses les plus indispensables, ils quittèrent en masse le lieu de leur naissance et se dirigèrent vers les grandes prairies en

deçà du Mississipi, décidés à aller s'établir vers l'océan Pacifique.

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Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de suivre ces émigrants au milieu de ces mers de verdure, ayant pour écueils les Indiens redoutables qui les attaquaient à chaque instant, Les tribus des Comanches, des Pieds Noirs, des Pawnies, Apaches et Sioux scalpèrent un grand nombre de ces malheureux sectaires, Enfin les Mormons arrivèrent sur les bords du Sacramento, Pionniers de l'émigration américaine, les disciples de Joë Smith furent les premiers qui foulèrent le sol doré de la Californie, Remontant le cours de la rivière, ils parvinrent bientôt sur les bords d'un lac immense, aux ondes salées, et au milieu duquel s'élevait un bloc granitique ayant la forme d'une pyramide. Ce site pittoresque plut à Elder Smith et à ses administrés. La terre de Chanaan était trouvée, il s'agissait d'y bâtir la nouvelle Jérusalem. Chacun se mit à l'ouvrage: hommes, femmes, enfants, travaillèrent avec tant de courage, qu'au bout de deux mois les Mormons avaient construit un village sur le plan de Nauvoo, laissant un grand espace au centre pour y élever, à leur loisir, un temple semblable à celui qu'avait construit dans leur ancienne patrie leur prophète révéré Joë Smith.

Bientôt la découverte du précieux minerai fut faite par ces hardis pionniers, Du fort Suttler, la nouvelle de la trouvaille du sable d'or se répandit avec le plus grand retentissement jusqu'aux États-Unis, en passant par le Mexique et l'isthme de Panama. La « fièvre californienne » s'empara des Américains, et, quelques mois après, les Mormons n'étaient plus seuls en Californie; leurs compatriotes les avaient suivis aux confins les plus éloignés de ces pays sauvages et inconnus. A l'heure où nous écrivons ces lignes, la ville de Great Salt Lake City prospère à tous égards : elle est la capitale d’un État nommé Déseret dont les limites sont d'une immense étendue. Elles partent du 33° degré de latitude septentrionale du point où il coupe le 108° degré de longitude ouest de Greenwich. De là elles vont au sud-ouest rejoindre la frontière septentrionale du Mexique, et suivent ensuite, vers l'ouest, jusqu'à son embouchure, le lit principal de la rivière Gila, qui sépare l'État du Déseret des frontières mexicaines. La ligne de séparation parcourt encore la frontière de la basse Californie jusqu’à l'océan Pacifique. Elle remonte la côte vers le nord-ouest jusqu'au 108° 30’ de longitude occidentale, qu'elle suit vers le nord jusqu'au point où cette ligne rencontre la crête principale de la Sierra-Nevada. Ces limites se dirigent ensuite vers le nord, le long de cette chaine, jusqu'à sa rencontre avec celle qui sépare les affluents du Columbia et des cours d’eau qui se perdent dans le grand Bassin. Elles se replient alors vers l'est pour suivre cette dernière chaîne, qui sépare les affluents du golfe du Mexique de ceux du golfe de Californie jusqu'au point de départ.

Tel est le tracé que nous suivons sur une carte dressée par Charles Reuss, et publiée par ordre du Sénat des États-Unis. Cet État s'étend sous 10 degrés de longitude et 9 de latitude.

Chacun sait que la colonie des Mormons prospère de plus en plus, Les adeptes augmentent en proportion de cette prospérité, et cela est facile à comprendre, car la croyance, les mœurs et les usages du cérémonial mormon ont été conservés au Déseret dans leur pureté originelle, telle qu'elle est dévoilée dans un pamphlet publié aux États-Unis, mais dont la teneur est d’un débraillé tel que nous n'avons rien pu en extraire,

Ce tableau ne serait pas complet si nous n'apprenions à nos lecteurs ce que sont devenues les constructions de la ville de Nauvoo et le temple de Joë Smith. Élevées par le communisme et le socialisme, elles devaient retomber dans les mains des disciples d'Owen et de Fourier. Chacun se souvient de « l'lcarie » de M. Cabet, des déboires qu'éprouvèrent

les malheureux qui furent assez crédules pour traverser l'Océan, pour aller périr sur les bords de la rivière Rouge dans le Texas. Nous aimons à croire que l'apôtre de l'icarisme avait été déçu lui-même; c'est du moins ce dont nous avons été persuadé en causant avec M. Cabet lors de son passage à New-York en janvier 1849, alors qu'il se rendait à la Nouvelle-Orléans pour y rejoindre ses administrés, Convaincu que les plaines du Texas n'offraient point, à cause de l’insalubrité du pays, un lieu favorable pour fonder l'Icarie, M. Cabet, accompagné de trois cents de ses adeptes, remonta le Mississipi, On lui avait parlé de la ville de Nauvoo, située dans l'une des plus fertiles plaines de l'Iinois, et qui, depuis le départ de la secte des Mormons, semblait condamnée à tomber en ruines. Dans les premiers jours de mars 1849, les émigrants français arrivèrent à Nauvoo. Frappés de la beauté pitioresque du paysage et assurés de la ferklité du térrain, ils comprirent surle-champ qu'aucun endroit n'était plus propice que cetui-là pour y mettre en pratique les préceptes du code icarien, M. Cabet résolut de s'arrêter à Nauvoo, afin d'en faire le centre de la communauté, le foyer d'où partiraient pour l'ouest les émigrants qui quittaient l'Europe pour rejoindre leurs frères.

Dans une lettre que M. Cabet écrivait à M. James Gordon Bennett, éditeur du journal américain le New-York Herald, — à la rédaction duquel nous avons été attaché pendant dix ans, — il racontait lui-même son installation à Nauvoo. Nous ne saurions mieux faire que de publier ici sa lettre, qui n'a pas été reproduite en France :

« Nous avons quitté la Nouvelle-Orléans le 1° mars, nous sommes arrivés à Saint- Louis le 11, et à Nauvoo le 15. Nous étant fait précéder d'une commission chargée de nous préparer des logements, nous nous sommes établis momentanément sur la hauteur voisine du temple.

« La beauté du site, éloigné d'une centaine de pas au plus du Mississipi qui roule majestueusement à nos pieds, la salubrité du climat, qui nous rappelle celui de la France, les ressources qu'offre le pays environnant, et par-dessus tout, le bon accueil que nous ont fait les habitants, nous ont fait prendre la détermination de former ici notre premier établissernent, En ma qualité de directeur-gérant de l'association, j'ai acheté en mon nom, mais pour elle, le temple, l'arsenal, et une étendue de 11 arpems de terre qui les entourent, Dans l'arsenal nous avons installé de beaux ateliers pour les charpentiers, les tourneurs, les tonneliers, les charrons et les forgerons; les tailleurs et les cordonniers sont dans un autre édifice.

« Nous avons en outre dans un autre bâtiment, construit sur la rive même du Mississipi, une fonderie, et nous y établirons plus tard une scierie, un moulin à farine et une distillerie. Nous avons pris à bail des fermes et des terres, desquelles nous sommes autorisés à extraire de la houille, Nous avons acheté des chevaux, et nous aurons sous peu tous les autres bestiaux qui nous sont nécessaires, Nous avons déjà une boulangerie et une boucherie.

« Quant au temple, nous lui laisserons sa forme actuelle, en y ajoutant seulement une terrasse, qui dominera l’un des plus beaux panoramas du monde. Dans l'intérieur, nous aurons nos cuisines et un réfectoire pour mille personnes, tous les ateliers des femmes, nos écoles, notre bibliothèque, nos salles d'assemblées, nos bureaux, et assez de logements pour 500 personnes, en allouant une chambre à chaque famille.

«Nous transformerons en un beau jardin les 4 acres de terres qui entourent le temple.

« Pour ce qui concerne notre système d'organisation sociale et politique, je me bornerai à dire, pour le moment, que c'est la communauté fondée sur la fraternité et l'égalité, sur l'éducation et le travail, Nous sommes républicains, désirant la république dans toute son intégrité; notre morale est pure; elle est fondée sur le mariage et les liens domestiques. Notre religion est la chrétienté dans sa forme primitive et fondée sur ce principe : Aime ton prochain comme toi-même. Nous sommes les amis et les frères de tous les hommes, à quelque nation qu'ils appartiennent. Nous ne désirons pas nous enrichir aux dépens d'autrui, mais unir nos intérêts aux intérêts de nos voisins, en donnant une nouvelle

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