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LE ROCHER DE LA GRANDE TOUR, AU-DESSOUS DE SAINT-LOUIS

grre description du Mississipi mérite une grande place dans un ouvrage pareil à Ce celui-ci, Ce fleuve américain représente le Nil, — aux sources encore incertaines,— car c'est sur ses bords que se sont passés les faits les plus remarquables de la conquête des pionniers civilisés sur la nation encore sauvage. La tradition racontait qu'il y avait dans certains parages des écueils pareils à ceux de Charybde et Scylla, contre lesquels toutes les embarcations faisaient infailliblement naufrage. L'on entendait, disait-on, les voix des esprits, — messagers du terrible Man-I-Tou, — répercutées de rochers en rochers, ou se frayant un passage à travers les canniers épais des marécages.

A entendre les rapports des aventuriers assez audacieux pour s'être risqués sur ces bords, les tribus des aborigènes qui habitaient sur les rives du Mississipi appartenaient à la race cannibale. Traîtres et implacables dans la guerre qu'ils avaient entreprise pour

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L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE, repousser les envahissements des Visages-Pâles, ils tenaient toujours leurs tomahawks prèts à frapper l'ennemi vaincu, ou la flèche empoisonnée qui devait le mettre à mort.

A vrai dire, si tels étaient les périls menaçant les voyageurs sur les rivages du « Grand- Père des eaux », ils pouvaient, par contre, obtenir d'immenses avantages en bravant ces dangers, moins terribles qu'on se plaisait à le dire. Le terrain qui s'étendait de l'autre côté du Mississipi était d'une fertilité sans égale, Comme au milieu des jardins d'Armide, on pouvait y cueillir des fleurs de la plus rare beauté, bleues, rouges et dorées, qui servaient d'ornement à des fées toutes disposées à ouvrir leurs bras aux cœurs vaillants qui se mettraient à leur recherche.

Là, dans ce paradis du nouveau monde, la nature se plaisait à éterniser le printemps, les prairies restaient toujours vertes, les arbres ne se dépouillaient jamais de leurs feuilles, sur les monts et dans la plaine, où tout semblait être disposé pour rendre l'homme heureux.

On disait aussi, — que ne disent pas les rêveurs? —qu'au milieu de ce pays enchanté coulait une fontaine de Jouvence qui rendait la vie et la force à celui qui pouvait se plonger dans ses eaux : les rides s'effaçaient, les joues reprenaient leur fraîcheur primitive, les formes retrouvaient leur élégance, au contact de ce liquide divin; les cheveux blancs se changeaient en chevelure blonde, noire ou dorée, comme au temps de la jeunesse. C'était la terre promise, où le pionnier arrivait pour y jouir du repos et du bonheur que Dieu réserve à sa créature, quand elle se sépare de son enveloppe mortelle, En somme, tous les rèves les plus exagérés trouvaient leur réalité sur ce territoire arrosé par le Michesepe.

On vit, à différentes époques, des expéditions, composées d'hommes pleins de courage, s'éloigner des pays espagnols de la Floride et prendre la direction de cette contrée bénie, où le ciel était plus pur que partout ailleurs.

Tandis que de Scto découvrait les embouchures 4 fleuve, vers le delta de la mer Caraïbe, deux Français, résidant dans ie nord de l'Amérique, le P. Marquette et un négociant, nommé Joliet, descendaient du Canada vers les sources du fleuve. Le premier qui se hasarda sur le lit du Mississipi, depuis ses sources glacées jusqu'aux confins de la mer des Tropiques, se nommait le chevalier de La Salle, un vrai héros comme on n'en voit plus de nos jours.

Le missionnaire Marquette s'était avancé sur le Wisconsin, au mois de juin 1673, et le 3 juillet suivant, le bateau qui le portait parvenait au confluent de cette rivière avec le Mississipi. Le premier Visage-Pâle se trouvait en présence du Peau-Rouge habitant les prairies et les bosquets de cotonniers sauvages qui couvrent un vaste espace de terrain sur la rive opposée à celle par où le conquérant était arrivé.

Ces aborigènes que venait visiter le missionnaire n'offraient pas tous le même degré de civilisation, Les uns vivaient non seulement du produit de leur chasse et de leur pêche, mais encore des récoltes de leurs travaux en agriculture. Ils tissaient eux-mêmes un drap grossier pour s'en revêtir et, ne songeant point à faire la guerre à leurs voisins, ils se contentaient de repousser les attaques de leurs ennemis féroces. Ceux-ci, — par malheur les plus nombreux, — ne se plaisaient qu'au carnage : leur gloire consistait à scalper leurs v'etimes et à accrocher cette chevelure sanglante aux wigwams qui les abritaient. Le langage de ces Indiens était composé de plusieurs dialectes, dont deux, particulièrement, n'avaient aucun rapport entre eux.

Le bon religieux venu ainsi en explorateur dans le pays des sauvages prit note de tout ce qu'il voyait à mesure que le courant emportait sa barque vers le sud; par malheur, ceux qui sont venus à la suite du P. Marquette n'avaient aucun souci de ce qui a trait à la philologie ; aussi les gens de science déplorent-ils maintenant que l'on n'ait pas conservé des dates, des notions vulgaires, à l'aide desquelles on aurait pu reconstituer l’histoire de certaines nations, complètement disparues à cette heure et dont la place sur le continent américain est actuellement occupée par les Européens. Il est vrai qu'on doit à ceux-ci l'importation de la plus belle agriculture du monde et l'établissement de villes splendides, qui deviendront peut-être à leur tour des ruines, comme le sont les cités des temps reculés, Ninive ct Babylone.

Nous allons remonter ensemble, amis lecteurs, les eaux du AZichesepe, de Saint-Louis jusqu'aux chutes de Saint-Anthony. Notre tâche sera plus facile que si nous descendions le grand fleuve. Nous voilà donc installés à bord du bateau à vapeur qui va se rendre de Saint-Louis à Saint-Paul et fera passer devant nos yeux un panorama dont les sites sont tous admirables.

Nous dirons cependant, afin d'être exacts, que le paysage, aux abords de Saint-Louis, n'a rien de très remarquable; mais, à mesure que l’on atteint les parages de Keokuk, les vues deviennent plus pittoresques, si bien que, parvenu aux confins de Dubuque, on se laisse aller à la contemplation.

De cet endroit à Trempe-à-l'Eau et en remontant toujours vers le lac Pépin jusqu'aux chutes de Saint-Anthony et à Minnehaha, le crescendo augmente et arrive à son plus haut degré. C'est pour suivre cette gradation que nous allons procéder par ordre et gravir les uns après les autres les échelons de ces pays enchanteurs,

Commençons par décrire Saint-Louis, après avoir dit quelques mots des hautes cimes qui se dressent en aval de la cité. C'est là le point désigné par les pilotes comme le «terminus » du Haut Mississipi, dont la Nouvelle-Orléans passe pour être aussi le point extrême du bas Mississipi.

La ville de Saint-Louis dispute à Chicago le titre de métropole de l'Ouest; mais la première, — n’en déplaise aux citoyens de la grande cité de ce coin du pays, — se targue, avec raison, d’une date très ancienne dans l'histoire des États-Unis. En 1762, les Français en jetaient les fondations, et en 1764 la population s'élevait déjà à 120,000 âmes, tandis que, de nos jours, on ÿ compte plus de 350,000 habitants.

La ville, proprement dite, est placée du côté ouest du fleuve, sur une élévation qui rend les inondations impossibles. Les constructions forment deux terrasses dont la première — la plus basse — se dresse à 20 pieds de hauteur au-dessus du niveau du courant d'eau ; la seconde s'en va, en grimpant sur les flancs de la colline, jusqu'au milieu d’une plaine très bien plantée.

Les limites agglomérées de la ville de Saint-Louis se prolongent sur une étendue de 6 milles le long du fleuve, et de 3 à 4 milles en largeur. Si les rues anciennes sont étroites et fort curieuses par leur bizarrerie, par contre, les nouvelles avenues sont très larges et l'on y rencontre de nombreuses maisons d'une architecture élégante. Les édifices publics passent, avec raison, pour très bien bâtis et les parcs, répandus dans les différents quartiers de la ville, sont fort beaux, Dans le nombre on cite le Jardin de Shaw, les plantations botaniques et les serres.

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