‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 158 sur 211 · HELENE · texte numérisé non relu

HELENE

semaine, afin de se livrer au plaisir de la danse, Ces bonnes gens avaient fui loin du pays bouleversé par les hommes qui terrorisèrent la France en 1923. On comptait parmi ces cinq cents émigrants des sculpteurs, des doreurs, des carrossiers, des coifleurs et dix ouvrières seulement. Tous, après avoir vendu au plus vite leur petit avoir, s'étaient dirigés sur le Havre et avaient pris le premier navire venu, en partance pour le nouveau monde. Ils étaient convaincus que le paradis était situé sur les rives de la Belle Rivière.

Leur premier soin fut de donner à leur bourg le nom de City of the French, — la ville des Français. Quoique n'étant point pourvus des objets de première nécessité pour pratiquer la vie des bois, ils se mirent cependant au travail et leur bon vouloir remplaça l'expérience qui leur faisait defaut.

L'on raconte que les hardis travailleurs employaient un moyen étrange pour défricher le sol et en arracher les arbres, Un certain nombre d'entre eux se réunissaient devant un sycomore et tandis que les uns, armés de cordes, cherchaient à en arracher les branches, les autres hachaient le tronc tout autour, jusqu'à ce que le sol fût couvert de copeaux. L'arbre ainsi tailladé du haut en bas, après un travail d'une journée, finissait par tomber, entraînant toujours avec lui quelques-uns de ceux qui s'étaient acharnés à le détruire. Îl fallait alors se débarrasser de ce bois inutile, et pour cela les pionniers creusaient un fossé profond et y traînaient le sycomore qu'ils y précipitaient et qu'ils recouvraient de terre. Ce procédé primitif doit paraitre étonnant, et il l'était en eflet.

Il “este peu de chose, à cette heure, de ces anciens souvenirs à Gallipolis, ‘Tout se borne \ quelques noms français donnés aux rues de la ville.

Nous arrivons à Point Pleasant, situé à l'embouchure du grand Kanawhee, sur le rivage virginien. Le courant d'eau qui porte ce nom est le principal afiluent de ce territoire; il prend sa source dans les montagnes et ses méandres circulent à travers une contrée pittoresque, dans la direction du nord de l'Ohio.

C'est à Point Pleasant qu'eut lieu, en 1774, la plus effroyable bataille entre les Indiens et les Américains.

Les troupes du général Washington, au nombre de mille hommes, furent attaquées par l'élite des tribus aborigènes de l'Ouest, sous le commandement d'un chef célèbre, nommé Cornstalk. Le combat dura du matin au soir, mais les Peaux-Rouges eurent enfin le dessous et se hâtèrent de fuir vers leurs wigwams, dans les plaines de Ehillicattse.

Nous touchons au Kentucky, dont la frontière commence à l'endroit où la grande rivière Sandy se jette dans l'Ohio. (et État américain est un pays à la fois sauvage et cependant peu couvert de montagnes, d'une richesse fort grande, quoique pourtant le sol ne soit pas entièrement défriché et cultivé. Celui qui a contemplé au-delà les vastes prairies qui couvrent sa surface n'oubliera point un pareil spectacle. I faut comparer le Kentucky à quelque gentille créature sauvage que l'on ne parvient jamais à dompter complètement, quelle que soit sa docilité.

Sur les deux rives du courant d'eau s'étendent des parcs immenses, dépouillés de toutes broussailles : quelques barrières et quelques champs arables sont disposés çà et là : des arbres majestueux dressent leurs têtes dans les airs, séparées les unes des autres. De temps à autre une Colline rompt la monotonie de la plaine, au pied de laquelle un ruisseau s'en va murmurant sur un lit de pierres calcaires.

Le Kentucky est le pays des pâturages américains, et la richesse des habitants con-

SUR LE FLEUVE OHIO, 631 siste dans leurs troupeaux et leurs « manades » de chevaux, La tradition raconte que les Kentuckiens préfèrent leurs quadrupèdes à leurs « amoureuses »,

A quelques milles au delà de la rivière, on montre au voyageur le pays des « pâturages bleus », ainsi qualifié parce que, vers le printemps, les champs sont couverts de fleurs couleur d'azur, Ce district couvre le territoire de cinq comtés, les plus jolis de tout le Kentucky. Celui qui parcourt cette partie de l'État aperçoit, de tous côtés, des parcs où paissent des chevaux, des bœufs, des vaches, des brebis, dans lesquels quelques arbres se dressent vers le ciel et où quelques bosquets offrent leur ombre tutélaire aux passants, Partout une prairie verdoyante couvre le sol,

Avant 1747, les Anglo-Saxons n'avaient point encore pénétré dans ce pays béni, dont les forêts offraient aux Indiens du gibier en abondance, Lorsque l'émigration commença à se faire, elle partit de la Virginie et du Maryland.

Daniel Boone fut le type des pionniers kentuckiens. Nous avuns déjà raconté son histoire, nous dirons seulement que la légende de Boone fait partie intégrale du sol, et on cite son nom à propos de tel rocher ou de telle rivière, en y ajoutant une histoire,

Le grand chasseur ne cessa pas d'aller et de venir, au milieu des progrès de la civilisation qui envahissait le territoire.

Lorsqu'il mourut en 1820, ce vrai disciple du grand saint Hubert tenait un furet à la main : il était âgé de quatre-vingt-neuf ans, Malgré le proverbe bien connu, lequel aftirme que « nul n'est prophète en son pays », les habitants du Kentucky voulurent donner un démenti à cet axiome : on alla chercher les restes du grand chasseur qui furent inhumés sur le territoire qu'il avait tant aimé de son vivant, c'est-à-dire dans le Kaïin-tuck-ee, « le pays des roseaux ».

Nous voici arrivé à Cincinnati, — la reine de l'Ouest, — dont la fondation remonte à 1778.

Dans le mois de décembre de cette année-là ,une vingtaine d'hommes s'étaient aventurés au milieu des glaces flottantes de l'Ohio. Ils furent forcés d’aterrir à un certain endroit et, ne pouvant songer à continuer leur voyage, ils élevèrent des huttes et plantèrent, comme distraction, les jalons d'une ville, sans songer d'abord, à mener leur ouvrage à bonne fin.

Toutetois, lorsque le soir, à la veillée, on causa de l'avenir, ces pionniers se dirent entre eux qu'ils auraient tort de chercher plus loin ce qu'ils avaient trouvé par hasard. Il fut décidé qu'on resterait dans ce site où l'on était, site protégé par de hautes collines contre les vents et par des escarpements favorables contre les inondations de la rivière.

La ville est bâtie dans le Symme's purchase, — l'achat de Symmes, — terrain qui s'étend entre le grand et le petit Miami, que l'on nommait autrefois, dans la géographie du siècle passé, la contrée du Miami.

Le juge Symme, neveu de celui qui avait fait l'acquisition de ce coin de l'État de l'Ohio, avait inventé la théorie des « Sphères concentriques » que l'on appela plus tard « les trous de Symmes ». Il fut enterré dans le « purchase » où l'on montre, au-dessus du cippe élevé à sa mémoire, un globe ouvert, d'après son système, vers les deux pôles arctique et antarctique.

Cincinnati — que tous les Yankees prononcent invariablement Cincinnater —

633 L'AMERIOUE DU NORD PITFORESOUFT

fut ainsi baptisé par le général Saint- Clair, en mémoire d'une socièté militaire dont il faisait partie, et de fait, cette dénomination était préférable à celle de Losantiville qui faillit être attribué à la cité nouvelle A - et qui se décomas LUE SA le AINctUR I posait de la manière suivante :

L, la première lettre du nom de la rivière Licking qui se jette dans l'Ohio du côté du Kentucky; OS la bouche, l'embouchure; AN'FI, vis-à-vis, et VILLE qui n'a pas besoin d'explication. On aflirme que l'auteur de ce rébus ne survécut pas à son accouchement La fondation de Cincinnati tient un peu du roman, et la légende raconte qu'il y avait deux autres établissements rivaux sur la rivière, qui tous deux révaient de s'emparer du fort que le gouvernement des États-Unis voulait élever au milieu d'eux. L'emplacement choisi par les délégués fut celui qui touchait à la frontière du

Nord, Les travaux commencèrent aussitôt, mais bientôt l'un des ouvriers, s'étant aperçu que les beaux yeux de sa femme avaient attiré l'attention de loflicier qui commandait les soldats américains, crut prudent de se retirer du côté de Cincinnati

Quelques jours après cet incident, ce même officier s'apercevant que Cincinnati était en eflet « prétérable » pour y bâtir le fort du gouvernement, donna des ordres en conséquence pour qu'on transportät aussitôt les matériaux et les ouvriers en amont de la rivière C'est ainsi que la frontière nord resta sans défense et que Cincinnati, grâce au pouvoir de deux beaux yeux, devint un grand centre de population augmentant tous les

jours, et comptant à notre époque 400,000 habitants dans l'intérieur et à l'extérieur,

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