‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 168 sur 211 · E DÉSERT DE ROOD · texte numérisé non relu

E DÉSERT DE ROOD

sont venus qui sont partis bien vite de Chicago et se sont répandus jusqu'au cœur du pays.

Le Wisconsin, dont le sol est partout ondulé de prairies, sans qu'on y rencontre de montagnes, est propre à toutes les cultures, notamment dans l'admirable vallée du sudouest, qui s'étend depuis la baie Verte, formée par le lac Michigan, jusqu'au Mississipi. Cette vallée, arrosée par le Fox River, par le Wisconsin et par le lac Winnebago, est d'ailleurs la zone la plus peuplée de l'État, Le Mississipi, déjà navigable sur le territoire du Wisconsin, y reçoit comme tributaires la Sainte-Croix, le Chippaway, le Black River et le Wisconsin, qui tous sont navigables.

Par le Mississipi, le Wisconsin a des communications directes avec les États de l'Ouest et du Sud; par les lacs Supérieur, Michigan, Huron et Ontario, il aboutit au fleuve Saint-Laurent, c'est-à-dire à l'océan Atlantique et correspond avec tous les États de l'Est, Aussi le Wisconsin est-il, d'ores et déjà, un État agricole et commerçant de premier ordre; c'est ce qui justifie la rapidité avec laquelle s'est accrue sa population, dans un si court espace de temps.

Les villes se sont naturellement multipliées dans le Wisconsin, La plus importante est Milwaukee, dont nous avons déjà parlé; Southport, Shcbozagan, Navanko, toutes sur les rives du Michigan, Une des villes les plus importantes de l'État est Mineral Point, au centre de la zone plombifère.

Madison Coln, la capitale du Wisconsin, est à 80 milles au-dessus du Milwaukee, entre les deux lacs. C'est une ville riche, où le commerce et l'industrie se sont développés dans des proportions considérables, Des voies ferrées unissent Madison avec les principales cités de l'Ouest.

La population du Wisconsin se targue généralement fort peu des beautés naturelles de son territoire, mais, par Contre, celle prête volontiers l'oreille à tous les récits d'aventures relatifs aux forêts et aux prairies, plus ou moins vraisemblables, qu'on se plaît à leur conter.

Nous donnerons le conseil à tous ceux qui veulent passer des vacances plus agréables que celles qu'ils emploieraient à parcourir les bains de mer à la mode, ou les sites pittoresques qui leur sont connus, de s'aventurer dans cet État du Wisconsin, qui leur offrira des promenades fort intéressantes et souvent moins dangereuses que celles du désert américain.

Le tour des grands lacs, avec temps d'arrêt à l’un des ports, soit à Manitowac ou Sheboygan, conduira le touriste jusqu'à la rivière de Wisconsin, qu'il atteindra au moyen du Central Wisconsin Railway.

Cet itinéraire n'est point décrit par les guides et les prospectus de chemins de fer. Tout ce que ces documents nous apprennent, c'est que l'aspect naturel du Wisconsin est plat ou plutôt ondulé; que la rivière qui a donné le nom à ce territoire l’arrose complètement d'un bout à l'autre, pour aller se jeter dans le Mississipi, du côté de l'est. Ces mêmes itinéraires vous affirmeront que les seules collines que l'on rencontre dans cet État se dressent du côté ouest de la rivière et que ce sont plutôt des boursouflures à peine dignes du nom de collines.

Vous apprendrez également que les forêts sont nombreuses et que, dans le voisinage de Green Bay, le chapparal est d'une grande épaisseur, tout en étant coupé, çà et là, par des prairies, des petits lacs et des marécages. à

Nos lecteurs qui voudraient tirer profit d’une visite complète dans le Wisconsin

COUP D'ŒIL SUR LE NORD-OUEST, 675 feront bien de suivre la même route que celle que nous parcourions il y a quelques années.

Ncn loin de Kilbourn, petite ville monotone, sise à mi-chemin de la source, est l'embouchure du Wisconsin, dans le voisinage de la Branche la Crosse, de Milwaukee et du chemin de fer de Saint-Paul; on arrive à Rood’s Glen, qui rappelle au touriste Havana et le Watkin's Glen, dont il a été question dans le treizième chapitre.

Qu'on s’imagine une gorge située entre des murs de pierre à sable et des marécages, crevassée ct montueuse, en forme de terrasses superposées qui, en certains endroits, forment caverne. Le fond de cette vallée immense est uni et sablonneux; on y aperçoit un étang peu profond dont les eaux reflètent le paysage qui les entoure et dont les arbres élevés forment des arceaux au-dessus de cette onde limpide.

A certains endroits de la plaine, des buissons épais sont groupés, par places, au-dessus de la mousse et forment tache sur ce gazon verdoyant.

Le territoire dont nous voulons parler est très remarquable, et celui qui le traverse s'arrête volontiers pendant des heures entières, prétant l'oreille aux murmures de la source jaillissant du rocher, au bruissement des feuilles balancées par le vent et au gazouillement des oiseaux qui chantent dans la campagne.

A quelques milles de cette bourgade inconnue de Kilbourn, le paysage n'est pas moins enchanteur que celui-là, Dans le comté de Barsaboo, on rencontre le lac du Diable, au fond d'un vaste bassin entouré de montagnes escarpées, réceptacle des eaux de toute la contrée, L'aspect en est aussi gracieux, que le nom qu'on lui a donné est malsonnant.

Cette nappe liquide qui a tout au plus un mille et demi de long n’est point indiquée sur les cartes, ce qui n'empêche pas qu'elle soit un bijou de la nature. Dans la saison automnale, quand le feuillage des arbres a assumé des teintes multicolores, on se plait à admirer le miroir de ces eaux vert de mer, et les formes des roches fantastiques qui l'entourent.

A n'en pas douter, l'origine de ce lac infernal est volcanique; on s'en convaincra facilement en explorant les montagnes qui le bordent, sur les pierres desquelles le géologue reconnaît l’action du feu et celle du froid. Tout autour de cette nappe d'eau, les rochers ont pris des formes bizarres qui ont pour cause invariable l'action de la chaleur.

La Porte du Diable, — Devils Door Way, — dont notre gravure donne la vue exacte, est une des plus curieuses de ces merveilles de granit, Le touriste qui se place sous le portail de cette construction de la nature aperçoit devant lui le périmètre du lac et de la belle vallée de Kirkwood embellie par ses vergers et ses vignobles, garantis contre les érosions et les fureurs du vent par des forêts épaisses où l'on trouve des pins, des sapinettes, des chènes, des bouleaux, des trembles dont les racines vont se baigner dans l'eau et dont les ombres épaisses servent de refuge aux cerfs et à d’autres animaux-gibier.

L’aiguille de Cléopâtre est encore un des monuments de la nature qui méritent l'attention du voyageur. Qu'on se figure une roche en forme de colonne, composée de pierres frustes superposées les unes aux autres, s'élevant à 60 pieds et émergeant du milieu d'un bosquet qui entoure sa base. Rien n’est plus curieux que ce monolithe fendillé, menaçant, un jour ou l'autre, de tomber dans les eaux du lac.

En regagnant la rivière dans la direction du sud, et en longeant la voie ferrée, nous apercevons, au milieu des eaux du lac, le Lône Rock, — le Rocher Solitaire, — sorte de

champignon de pierre, couvert d'une chevelure de sapins dont les racines se sont insinuées dans les fentes des rochers, Cet ilot a la forme d’un gigantesque champignon, voire même de la carapace d'une tortue, car les eaux ont rongé la partie inférieure, de façon à donner la véritable apparence de ces deux objets,

Dans une autre partie de la rivière, on montre aux touristes des roches qui, vues à une certaine distance, offrent l'aspect de l'approche de quatre ou cinq bateaux à vapeur embossés les uns près des autres, La forme des pierres est presque identique à celle des diflérents ponts de ces embarcations d'origine américaine.

Dans les envirors des Dalles, non loin de l'embouchure du Wisconsin, on passe devant deux rochers isolés se dressant sur le rivage, qui ressemblent à s'y méprendre à deux enclumes, ou plutôt à cet instrument dont se servent les cordonniers pour battre et niveler les semelles de chaussures.

Dans ces parages la rivière coule à travers un pays plat, solitaire, mélancolique : une forêt d'arbres peu élevés couvre le sol; mais, à dater de l'endroit appelé les Dalles, on a devant soi, des deux côtés, un paysage réellement enchanteur, Les montagnes se composent de pics ardus, d'une pierre solide et mesurant de 30 à 100 pieds de hauteur. Leur forme est réellement très pittoresque ; certains de ces rochers ont l'aspect de voûtes dont la seconde moitié se serait effondrée, ne laissant debout qu'un arc-boutant, un contrefort, si bien qu'on peut s'abriter sous cette demi-voûte, D'autres s'élancent perpendiculairement de la base au sommet entièrement recouvert d'arbres et de plantes vertes.

Dans plusieurs endroits, la forèt descend jusque dans le lit de la rivière et semble émerger de l'eau, La barque qui porte les touristes peut se glisser, suivant le bon plaisir de ceux qui la guident, sous un berceau de feuillage à travers lequel les rayons du soleil se jouent ct auquel ils donnent de: teintes multipt

Nous voici aux Jaws, — les Mächoires; — où le guide fait observer à ceux qu'il conduit la sublimité du paysage des alentours, à laquelle il faut, bon gré malgré, rendre justicz.

Par un beau jour d'été, les eaux du Wisconsin sont sillonnées par des embarcations de toutes sortes, montées par des voyageurs et des voyageuses des villes voisines. De temps à autre passe un radeau de bois scié qui se rend au Mississipi sous la direction de quelques bûcherons aux visages bronzés, dont l'aspect n’est point rassurant.

Les échos de la montagne répètent les cris de tous les promeneurs qui fêtent notre passage et nous adressent à leur manière la bienvenue dans leur « fleuve ».

Au milieu des plaines du Wisconsin on peut visiter différents travaux de terrassements d'un aspect très bizarre, reste des fortifications de la race humaine qui peuplait le Wisconsin, il y a plusieurs siècles.

Dans le comté de Jefferson à Azlatan, on montre, entre autres, une muraille de terre battue, ayant 550 pieds de long sur 270 de large. Sa hauteur mesure 5 pieds environ.

I faut également visiter les nombreuses chutes d'eau : le Chippewa, le Big Ball, le Grand Father Ball et Sainte-Croix, qui toutes sont accessibles aux touristes et à leurs guides.

On doit encore se rendre à Pentwell-Peak, — le pie de Pentwel, — masse de rochers de forme ovale de 3o0 pieds de large sur 200 de haut, dont la longueur mesure 900 pieds. Il y a aussi !4 Forteresse, — Fotification, — une montagne très pittoresque,

Page 1