‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 169 sur 211 · DANS LE · texte numérisé non relu

DANS LE

dont l'élévation est évaluée à une centaine de pieds, sur un des côtés de laquelle est un précipice assez élevé, tandis que, sur l'autre, on peut monter ou descendre à volonté, à l'aide de gradins espacés et fort accessibles.

Du Wisconsin, en nous dirigeant vers le nord, jusqu'à la ville prospère de Dulutts et en suivant le cours de la rivière de Saint-Louis, nous pouvons visiter les Dalles, qui sont plus connues, mais non point plus curieuses que les autres sites dont nous venons de. parler dans les pages qui précèdent. L'aspect de ce paysage est rude, sombre, et il s'étend, toujours de la même façon, le long du courant, à 400 pieds de distance, comme le feraient des rapides dont nous avons déjà souvent fait la description.

Les rives formées de roches grisâtres, couleur d'ardoises, sont ornées de forèts de pins tordus, enchevètrés de toutes les façons.

C'est entre ces bords resserrés, contenus, que l'eau se jette en avant, avec une force terrible, sautant, bouillonnant, mugissant avec sauvagerie et produisant un vacarme que les échos s'empressent de répéter.

De temps à autre un tourbillon se forme dans lequel s'engouffrent les vagues écumantes qui dansent à leur manière et rebondissent sur les roches voisines pour revenir ensuite au calme naturel des eaux dormantes.

Un peu plus loin, ces éclaboussures liquides rejaillissent sur les rivages et forment un ruban d'argent, qui serpente le long des roches et va se perdre dans le courant.

Ces rapides se déroulent sur une étendue de 4 milles et produisent une vive impression sur le voyageur qui se promène le long du rivage, en suivant les méandres de la rivière.

Si, par hasard, le temps est à l'orage et que les nuages sombres courent à l'horizon, tandis que le vent rugit dans la forèt, on ne peut s'empêcher d’éprouver une certaine appréhension : celle de s'égarer dans un désert aussi sauvage.

A Minnesota, on traverse la plaine pour se rendre à la Red River, — la Rivière Rouge — du nord, dans le Ducolate, petit courant d’eau, réputé pour sa tristesse et sa solitude. Les dénominations données au pays d’alentour ne sont vraiment point rassurantes. Nous entendons parler notre guide, qui nous désigne : la rivière des Voleurs, celle des Serpents, et le lac du Diable. Toutefois, certaine partie de la contrée oflre aux visiteurs un aspect pastoral, tranquille, comme on peut s'en convaincre en examinant la gravure qui termine ce chapitre.

A vrai dire, l’eau est bourbeuse et s'écoule lentement dans le lit qui la contient. Cette rivière n’est navigable que dans le Minnesota, et encore à cette condition que les bateaux n'auront pas plus de 3 pieds de tirant. La navigation n'est possible que pendant quatre mois de l’année.

Les rives sont le plus souvent basses et le gazon les recouvre, abrité lui-même par des arbres touffus.

Dans certains endroits on se croirait transporté dans un parc de la Nouvelle-Angleterre, mais cette illusion ne dure pas longtemps; le guide nous montre la trace d'un passage de Peaux-Rouges Chippaways, l'emplacement où ils avaient établi leurs wigwams, et enfin les arbres abattus ayant servi à allumer et à entretenir leurs feux.

Beware the Indians!

Redoutez les Indiens!

Et l'on rêve en frissonnant à Cooper, à Bas-de-Cuir et aux autres héros de ce romancier émérite.

Nous avons également visité le Wisconsin dans la saison terrible de l'hiver et nous nous souvenons du plaisir que nous éprouvions en nous asseyant devant le feu pétillant de quelque cabane solitaire, lorsque, tombant de fatigue, transpercé de froid par l'ouragan, nous étions parvenu à nous frayer un passage au milieu de la neige amoncelée dont le sol était recouvert, On eût dit un manteau de neige sur lequel nous posions l'empreinte de nos pieds,

Nous nous rappelons encore avec un sentiment de reconnaissance l'accueil qui nous était fait par les habitants de ces cottages ou de ces fermes, dont l'innocente simplicité nous émerveillait, Nous voyons encore, en fermant les yeux, la mère qui berçait un petit enfant en lui chantant une chanson pour l'endormir, Devant la cheminée un petit groupe de garçons à la mine éveillée, assiégeant le père qui revenait de la chasse, avait étalé sur le plancher grossier de la maisonnette des grouses, des lièvres du pays, quelquefois un daim dont la chair — «venison » — allait régaler ces bonnes gens et nous leur hôte.

Vite on jetait dans la cheminée une énorme souche et de nombreuses branches de pin pour faire un feu qui bientôt couvrait d’une vive lumière la famille, le nouveau-venu, les chiens énormes et le chat lui-même, qui faisait patte de velours par-dessus ses deux oreilles.

On nous avait accueilli avec bonté et traité d'une façon tout amicale : aussi, quand le repas était terminé et que, la pipe allumée, il nous était possible de converser, le faisions-nous avec joie, car il y avait toujours quelque chose d’intéressant à apprendre de la bouche de ces pionniers.

Le soir venu, quand l'heure du coucher était arrivée, la mère allait chercher sur une étagère le 4o!y book et le donnait au père. Celui-ci réclamait l'attention générale et lisait un Chapitre à la suite de celui qu'il avait récité la veille, Et chacun adressait au ciel une ardente prière. Cela fait, on se souhaitait a good night et chacun s'étendait à la place indiquée, Celle de l'hôte était une épaisse toison de buffalo, dont la couverture se composait de la dépouille d'un ours. Des rêves heureux nous reportaient en France, nous étions heureux, à l'abri de tout danger sous cet humble toit qui nous protégeait contre les rigueurs de la saison.

Certain jour, dans le voisinage de Prairie du Chien, nous passâmes une nuit de la façon que nous avons décrite. Le lendemain matin, au lever de l'aurore, l'aspect du ciel était sombre et la pluie tombait par torrents, Celui qui nous avait offert l'hospitalité nous pria de rester d’une façon si pressante, que nous acceptâmes son offre avec plaisir. Lorsque le déjeuner fut terminé, chacun reprit ses occupations : les rouets commencèrent à tourner à la ronde, les garçons se mirent à lire afin de s’instruire, ou à écrire pour mieux retenir ce qu'ils apprenaient.

Dans un coin, les chiens dormaient révant de chasse et de poursuite acharnée de leur gibier favori, et tout près du feu, le nez dans les cendres, maître Grimalkin, — c'est le nom du chat, d'après Shakespeare : Z come Grimalkin, dit-il dans Macbeth, — Grimalkin ronronnait en mesure.

— Get out, puss, s'écria tout à coup la dame du logis, en chassant le félin. Tu

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