‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 171 sur 211 · LE ROCHER ISOLÉ SUR LA RIVIÈRE WISCONSIN · texte numérisé non relu

LE ROCHER ISOLÉ SUR LA RIVIÈRE WISCONSIN

« Il y a environ vingt-cinq ans, les mélèzes furent attaqués par des insectes qui dévorèrent les feuilles et firent mourir les arbres de la forêt. Quelques années après la perte des mélèzes, les mêmes insectes s'attaquèrent aux pins, sapins et autres espèces résineuses, et cela avec une telle ténacité que, dans l'espace de six ans, les ornements de nos montagnes finirent par tomber et par s'amonceler dans toutes les directions. Le sol du Wisconsin en était encombré, C'était du bois de chauffage tout trouvé, mais, par contre, la moindre étincelle mettait le fen à ces bûchers formés par la nature. Lorsqu'un incendie de ce genre se déclarait, c'en était fait des demeures et des propriétés des pauvres colons, car il était fort difficile, sinon impossible, de l'éteindre. »

Nous demandâmes à notre hôte quels étaient ces insectes qui tuaient les mélèzes, les pins et les sapins, et il nous apprit qu'ils avaient la forme de chenilles et que leur corps, long de trois quarts de pouce, était aussi vert que la feuille qu'ils dévoraient,

« Mais enfin, ajoutâmes-nous, de quelle manière le feu s'est-il mis pour la première fois ?

— 11 y a là-dessus des opinions diverses et l'on attribue aux Indiens tous les malheurs qui affligent nos fermes et nos plantations. Ils veulent se venger des « visages pâles » qui sont venus tuer leur gibier et s'emparer du territoire, Mon avis est que c'est le frottement continuel des arbres à résine qui allume ces arbres les uns après les autres, et aussitôt les feuilles commencent à s'enflammer, après elles les brindilles, puis les branches; dès ce moment-là, la permission seule de Dieu peut arrêter le progrès de la conflagration. Il arrive souvent que l'élément terrible, poussé par les brises, s'avance avec une telle rapidité vers nos demeures, qu'il est très difficile à leurs habitants de fuir le danger. Il est souvent arrivé à des familles de notre connaissance de s'échapper presque nues, afin d'éviter la mort sans pouvoir emporter leurs vêtements de jour. Plusieurs de nos amis ont été brûlés vifs. »

Au moment où nous causions ainsi, une rafale extérieure s’engouffra dans la cheminée et repoussa les cendres et les charbons dans le milieu de la cabane. La femme de mon hôte et sa fille, persuadées que le feu dévorait les bois des environs, s'élancèrent vers la porte. Il fallut pour les rassurer que le mari leur expliquât la cause de leur terreur : elles se rassirent alors et reprirent leurs fuseaux.

« Les chères créatures, me dit alors le pionnier, elles se sont rappelé les sombres circonstances de l'incendie de 1860. »

Ces paroles avaient excité notre curiosité, nous demandämes instamment a brave homme de nous raconter ce qui s'était passé à cette époque.

« J'ai peur d'attrister ma pauvre femme et notre fille, reprit-il. Cependant, si elles consentent à me laisser parler, je vous dirai tout, »

Un signe d’assentiment permit à mon hôte de continuer.

« Certaine nuit de janvier 1860, nous dormions profondément dans notre cabane, située sur le revers de la montagne que vous pouvez voir vers le nord, du seuil de notre porte, quand, trois heures avant le point du jour, le nennissement des chevaux et le mugissement des bestiaux qui étaient attachés aux piquets sur la lisière du bois me réveillèrent en sursaut. Saisissant à la hâte mon fusil de chasse, je me précipitai vers la porte afin de m'assurer que quelque animal féroce ne causait pas ce vacarme. Mais je fus aussitôt ébloui par une lumière intense qui illuminait tout le paysage environnant. Mes chevaux, mes bestiaux avaient rompu leurs longes et galopaient de tous côtés. A ce moment, je perçus le crépite: ent du feu et le craquement des broussailles, je vis la flamme qui s'avançait vers moi et qui couvrait une ligne d’une étendue sans pareille. Je rentrai précipitamment sous notre toit et je criai à ma femme de se vêtir à la hâte et d'habiller notre enfant; puis je lui enjoignis de prendre tout l'argent que nous avions, —- c'était peu de chose, — tandis que j'essayerais de m'emparer et de seller deux chevaux, si c'était possible. Tout cela fut exécuté en quelques minutes et c'était important, car il n'y avait pas de temps à perdre.

— Pauvre M, Perkins! dis-je à mon hôte.

— Oui! pauvre, c'est le mot, car nous étions ruinés, Nous nous hissâmes sur nos

chevaux et nous les lançâmes en avant, Ma femme était très bonne écuyère, moi j'avais pris notre fillette devant moi et je piquais des deux. A peine avions-nous franchi deux portées de fusil, que le feu dévorait déjà notre habitation. Je me mis alors à sonner d'une sorte de trompe de corne pour rappeler tous nos animaux et les rallier. Hélas! ces bêtes affolées couraient à travers bois et champs et je ne les ai plus revues. Nous entendions aussi les rappels du même genre de nos voisins qui fuyaient comme nous, Je me souvins, dans cet instant suprême, qu'il y avait dans le voisinage un grand lac sur les bords duquel les flammes s'arrêteraient indubitablement, Nous partimes, ventre à terre, dans cette direction, nous frayant un passage au-dessus des arbres renversés, mais non encore atteints par les flammes.

— Mais ce que vous nous racontez là est épouvantable, dimes-nous à notre hôte.

— Hélas! oui, cher monsieur! mais c'est l'exacte vérité, Nous sentions la chaleur derrière nous, la brise qui etfleurait nos têtes était torréfiante, Ma pauvre femme pâlissait et le feu avait rougi les joues et le front de notre enfant, Enfin nous aperçümes les bords du lac, et nous y arrivâmes presque en même temps que l'incendie, Il nous fut possible d'atteindre la partie opposée au vent, Là, nous lâchâmes nos chevaux, pour nous jeter à l'eau: les animaux se sauvèrent et nous ne les avons plus revus. Nous nous enfonçâmes au milieu des roseaux et, quand l'eau nous eut rafraîchis, nous reprimes courage. L'incendie n'en avançait pas moins et les horribles craquements nous glaçaient d'horreur. Tout était rouge autour et au-dessus de nos têtes. Nos corps étaient au frais, mais notre front brûlait et notre enfant criait de terreur à nous fendre l'âme. Le jour se passa ainsi et la faim se fit sentir, Des cerfs, des daims, des ours étaient venus dans notre voisinage pour éviter la mort. Je parvins à tuer un porc-épic, dont la chair nous fut d'un secours immense, La nuit était venue, mais on y voyait comme en plein jour et les heures s'écoulèrent lentes et épouvantables, car le sol n'était plus qu'un vaste brasier sur lequel tombaient, à chaque instant, des arbres géants qui alimentaient le foyer et lançaient au loin des flammèches incandescentes, »

A cet endroit de son récit, M. Perkins s'arrêta quelques moments. La narration du malheur qui l'avait frappé semblait l'avoir anéanti. Il se leva, alla chercher un bol de lait et nous demanda si nous ne voudrions pas boire aussi quelques gorgées de ce breuvage bienfaisant, Nous acceptâmes avec plaisir. On eût dit que nous avions le gosier réellement en feu.

« Je vous dirai encore, mon cher hôte, fit-il, que quand le matin arriva, la fumée s'était tant soit peu dissipée : quelques bouflées d'air frais nous caressaient le visage. Lorsque le soleil parut à l'horizon, tout était calme. Nous étions suffisamment rafraîchis, et nous nous dirigeämes vers une cabane en feu où nous pûmes sécher nos vêtements. Qu'allions-nous devenir? nous l'ignorions. Ma femme serrait notre fillette entre ses bras et pleurait amèrement.

— Pauvre mistress Perkins! dis-je à la dame du logis.

— Oui, ma chère Sarah pleurait, mais Dieu nous avait préservés d'un immense danger et, maintenant que les flammes étaient passées, il y aurait eu de l’ingratitude envers lui à désespérer de notre sort. La faim nous aiguillonnait, mais je pus tuer un daim blessé qui se traînait à quelques pas. Nous fimes rôtir un cuissot de l'animal et, après ce repas, nous nous sentîmes réconfortés.

a Nous ne pouvions plus apercevoir l'éclat de l'incendie, mais le sol était toujours brûlant et couvert de charbons; il eût été dangereux de nous aventurer parmi les arbres entassés, formant des brasiers ardents, Toutelois nous ne pouvions pas rester plus longtemps dans l'endroit où nous nous trouvions : il fallut nous mettre en route, Je pris l'enfant dans mes bras et nous allämes devant nous, escaladant les rochers et traversant les ruisseaux presque taris. Après deux jours et deux nuits de marche, deux siècles, nous atteignimes les grands bois épargnés par le feu, et nous découvrimes une maison où l'on nous accueillit avec bonté pour quelques jours, Depuis lors, mon cher monsieur, j'ai travaillé avec courage, j'ai recueilli le fruit de mes constants labeurs, nous sommes sinon riches, du moins à notre aise, et nous ne redoutons qu'un seul fléau : l'incendie, »

Au moment où M, Perkins achevait ce récit, des cris où plutôt des hurlements se firent entendre au dehors,

« Les coyotes! les coyotes! s'écria la jeune fille,

Eh! quoi, vous avez des carnassiers dans ces parages ? demandai-je à mon hôte,

Oui, monsieur, mais de ceux-là je ne m'inquiète guère, Ce sont des lâches et l'homme n'a pas peur de ces êtres-là, Du reste j'ai pratiqué à une portée de fusil de notre habitation deux fosses dans lesquelles j'en prends toutes les semaines une douzaine ct plus. Vous voyez, monsieur, que les peaux ne manquent pas ici.

— En eflet,

— Et si vous le voulez bien, nous allons aller nous reposer, »

Le coucou du pionnier sonnait dix heures, Nous nous couchâmes et nous cédämes bientôt tous aux étreintes du sommeil,

Le lendemain matin, M, Perkins me réveilla dès l'aube et m'invita à venir avec lui visiter les « trappes » dont il m'avait parlé la veille.

Nous quittâmes la maisonnette après avoir pris part à un déjeuner frugal et nous nous dirigeämes le long d'un sentier tracé au milieu de la forêt de sapins, vers une clairière près de laquelle était parqué un troupeau de moutons, défendu contre les attaques des coyotes par des haies fort hautes, très épaisses et agrémentées de chevaux de frise excessivement pointus.

En Amérique, comme en Europe, il existe un sentiment universel d'hostilité contre les coyotes, dont la force, l'agilité, la ruse, ont fait un objet de haine. Trappes, pièges de toutes sortes sont employés pour les détruire. On n'a pas recours à la chasse à courre, avec une meute de chiens. Les Yankees, qui savent bien que time is money, — le temps est de l'argent, — ne peuvent point dépenser ainsi des journées entières à poursuivre un animal dangereux, il est vrai, mais des dégâts duquel on peut se garer au moyen d'un peu d'astuce,

Il y a peu d'exemples que le coyote s'attaque à l'homme; cependant M. Perkins me raconta en route que deux nègres, âgés de vingt et de vingt-deux ans, demeurant à 10 milles de l'endroit où il avait dressé sa nouvelle tente, se rendaient souvent le soir, dès que leur journée était finie, vers une plantation de maïs où les attendaient deux dames de méme couleur auxquelles ils faisaient la cour. Naturellement ces deux fils de Cham prenaient au plus court et träversaient un petit bois sombre, où les sapinettes et les buissons doublaient l'obscurité naturelle, C'était pendant l'hiver : la bise soufflait, le froid sévissait et l'orage menaçait. Le soleil venait de descendre à l'horizon, et, s’il restait un rayon de lumière, un

686 L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE, souffle de chaleur, ce n'était que dans les yeux et le cœur des hardis negros, ou des coyotes qui vaguaient, de ci de là, pour chercher une proie facile,

La neige avait recouvert le sentier .« les bêtes affamées, — s'il y en avait dans les environs, — pouvaient facilement suivre les traces laissées par ces imprudents sur le blanc linceul glacé, Les deux amoureux, prudents et cauteleux, emportaient la hache sur l'épaule et pressaient le pas avec toute la rapidité possible, De temps à autre il leur semblait voir briller quelque chose devant eux, mais ils s'imaginaient que c'étaient les effets de neige ou de glace formant perle à la pointe des ‘euilles,

Tout à coup un hurlement sinistre éclata presque à leurs côtés. Ils comprirent qu'ils étaient entourés par une bande de coyotes, rendus furieux par la faim et prêts à se jeter sur toute proie facile à conquérir, Nos deux nègres se mirent en posture de défense, et attendirent l'attaque, qui leur paraissait imminente,

L'obscurité était devenue complète, et elle l'eût été bien davantage si la neige n'eût pas quelque peu éclairci la teinte sombre des arbres. Le silence de la nuit remplissait d'etfroi ces deux pauvres diables, qui se demandaient l'un à l'autre ce qu'il leur fallait faire,

Après être restés quelques instants immobiles et prêts à repousser l'attaque, ils se décidèrent à continuer leur route, Mais à peine avaient-ils remué et remis leur hache sur l'épaule, que le premier des deux garçons se vit assailli par plusieurs carnassiers qui lui sautaient aux jambes et le mordaient à belles dents,

Au même instant, trois coyotes, plus hardis que leurs congénères, s'élançaient à la gorge du second nègre et le jetaient par terre. Ces deux malheureux combattirent avec l'énergie du désespoir, mais bientôt l'un ne donna plus signe de vie, et l'autre, à bout de forces, désespérant de résister tout seul et d'être de la moirdre utilité à son camarade, prit un parti désespéré, le seul qui lui parût praticable. Il se hissa sur un arbre et se trouva enfin en süreté,

La nuit s'écoula dans de mortelles angoisses pour ce pauvre diable et, au lever de l'aurore, il aperçut les ossements de son ami, déchiquetés et épars çà et là sur la neige maculée de sang, plus les ‘orps de quatre coyotes qui avaient été abattus par la hache de son camarade et la sienne,

Le reste de la bande des coyotes avait disparu. Le pauvre nègre descendit de son perchoir et regagna clopin-clopant la maison où il servait, pour y raconter la triste aventure.

« Il y a un an, ajouta M. Perkins, voyageant sur les bords du Missouri, je m'arrêtai pour passer la nuit dans une ferme située au bord de la route. Après avoir mis mon cheval à l'écurie et m'être rafraichi, j'entamai une causerie avec le fermier, qui, entre autres choses, me demanda si je voulais aller avec lui rendre visite à quelques fosses à coyotes qu'il avait creusées à un demi-mille de là.

« Je suivis mon landlord à travers champs jusque sur la lisière d'un bois touflu, où je ne tardai pas à apercevoir trois trous béants qui avaient 8 pieds de profondeur. Elles étaient creusées de telle façon que le fond était plus large que le haut, Aussi, dès qu'un animal était tombé, il lui était impossible de s'échapper. L'ouverture se composait d'une plate-forme à bascule faite avec des branches légères et formant pivot sur un axe central, Au-dessus de ce plancher mobile, l'hôtelier avait attaché un morceau de chair dont les exhalaisons devaient attirer les coyotes, Nous trouvâmes quatre animaux dans ces trappes.

a Cette invention, continua M, Perkins, me suggéra la pensée, lorsque je fus établi ici, de creuser moi-même des fosses, afin de me débarrasser des animaux nuisibles qui attaquaient mon bétail, J'ai donc pratiqué deux trous, placés à 12 mètres de distance l'un de l'autre, et nous voici arrivés.

— Ah! m'écriai-je en m'avançant, il me semble que les trappes ont joué,

— Oui! je crois que tout est pour le mieux, Les voleurs à quatre pattes sont venus par ici, et je serais bien étonné si nous n'avions pas fait chasse, Avançons et regardons, »

A la première fosse, nous trouvâmes l'appât enlevé, l'animal s'était pris; mais, à force de gratter, il était parvenu à se creuser un passage le long duquel il s'était échappé.

M. Perkins alla regarder dans l'autre trappe,

« Oh! oh! s'écria-t-il, j'aperçois six yeux qui me regardent, ce qui prouve qu'il y a là trois jolis drôles qui ne demanderaient pas mieux que de se sauver, »

J'avançai la tête et je vis en eflet les coyotes, qui me parurent d'une taille respectable ; ils tremblaient de peur, car ils se doutaient du sort qui les attendait.

« Et maintenant, dis-je au fermier, comment allez-vous vous y prendre pour vous emparer de votre butin vivant?

— Mais, je compte tout bonnement descendre là-dedans et leur couper le jarrèt. Vous, monsieur, demeurez ici et laissez-moi faire, Prenez ma carabine et, au besoin, venez à mon aide, »

Et, sur ces entrefaites, il se laissa glisser dans le trou, armé de sa hache et de son couteau, Les coyotes s'étaient couchés à plat ventre et n'osaient remuer. M. Perkins leur prit la patte de derrière et, d'un coup de couteau, leur trancha le principal tendon, audessus du joint,

Aucun des trois coyotes ne poussa même un cri,

« Sacrebleu! s'écria-t-il enfin, j'ai oublié d'apporter une corde et je vais la chercher. »

Il se hissa hors de la fosse et courut vers sa maison en me recommandant de veiller avec soin, Bientôt il était de retour, essoufflé, tout en nage et s'essuyant le front avec son mouchoir,

« Au travail! monsieur, me dit-il », et il jeta un nœud coulant autour du cou du premier coyote, que nous hissämes complètement immobile, mort de peur, les jambes ballant de ci de là, la gueule grande ouverte, et ne donnant signe de vie que par une sorte de râle convulsif, <

Perkins acheva l'agonie de l'animal,

Le second coyote fut traité sans plus de cérémonie; mais le troisième, plus vieux, plus acharné à défendre ce qui lui restait de vie, montra moins de stupidité.

C'était un vieux mâle, qui chercha encore à fuir à l'aide de ses jambes de devant. Le malheureux me paraissait digne d'un meilleur sort que celui qu'il subissait. Il se défendit vaillamment, cherchant à nous administrer, par-ci par-là, un bon coup de dent.

Aussi, M. Perkins, dans la crainte de voir sa victime lui échapper, jugea-t-il très prudent d'ajuster sa carabine et de lui envoyer une balle dans le cœur.

« Voilà trois coquins qui ne mangeront plus mes moutons », fit-il en façon d’oraison funèbre.

J'aurais presque répondu amen à ces sentencieuses paroles.

« Et maintenant, ajouta le fermier, il s'agit d'écorcher ces bêtes, je ne tiens pas à garder les cadavres de ces trois animaux. La viande de coyotes ne vaut rien pour nous Chrétiens civilisés, mais elle est du goût des carnassiers vivants, et le proverbe qui dit que les « loups ne se mangent pas entre eux » n’a rien de vrai relativement aux coyotes. Si vous revenez demain matin ici, vous verrez la carcasse des trois cadavres complètement mise à nu. Il ne restera que les os, aussi proprement nettoyés que si un carabin avait passé par là.

— Vraiment! Je ne crois cela que parce que vous me l'affirmez. »

Tout en causant de la sorte, M. Perkins avait enlevé la fourrure des coyotes : il en fit un paquet qu'il jeta sur ses épaules et nous reprimes le chemin de son logis.

La dame du fermier, debout sur le seuil de la maison, attendait notre retour.

« Bravo! s'écria-t-elle, quand son mari lui remit les trois peaux. Voilà qui suffira à compléter ma couverture de trainçcau. »

Le lendemain, j'avais quitté le squatter, après l'avoir chaudement remercié du bon

accueil qu'il m avait fait.

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