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LE GRAND PARC NATIONAL DU MISSOURI

LE YELLOWSTONEF,

A rivière Yellowstone est un des tributaires du Missouri, qui parcourt un espace de L 1,300 milles avant de se jeter dans le courant d’eau qui l'absorbe. Elle prend sa source dans le territoire Wyoming, au milieu des pics couverts de neige des grandes montagnes de ce pays.

Le point de départ du Yollowstone se trouve enclavé dans des canons et des gorges immenses, ce qui force la rivière à sauter par-dessus des roches et à se débattre au milieu de pierres qui forment des rapides; aussi le paysage est-il très accidenté. Tout le sol arrosé par le Yellowstone est de nature volcanique et les sources d'eau bouillante y sont nom-

breuses, Où y compte des volcans de boue, des fontaines de soude, des montagnes de soufre et des geysers bien plus merveilleux encore que ceux des terres de glace de l'Islande.

C'est cette portion de l'Amérique du Nord que le Congrès de Washington a désignée, par un décret qui date de cinq ans, comme le Parc National du Missouri, et ce titre n'a rien de trop orgueilleux, car le touriste peut visiter dans ce séjour sauvage des merveilles qui ne se trouvent, en aucun pays du monde, réunies dans un espace aussi restreint,

L'artiste et le géologue rencontrent là des sujets d'étude qui les retiendraient longtemps sur place, si l'on pouvait s’y établir et travailler sans crainte d'être dérangé.

Ce domaine incomparable couvre un terrain de 65 milles du nord au sud et de 55 milles de l'est à l'ouest. Au centre de ce pays, on s'arrête sur les bords du lac de Yellowstone, dont l'étendue est de 22 milles de long sur 15 de large. Or il faut dire que cet amas d’eau est situé à 7,000 pieds au-dessus du niveau de la mer; il est entouré de montagnes dont les cimes atteignent 10,000 pieds et sont couvertes d’une neige perpétuelle.

De nombreuses sources d'eau chaude jaillissent le long de ce lac, et, sur les bords de la rivière, À 15 milles du lieu où il sort de terre, le Yellowstone se précipite à deux différentes places du haut des rochers qui gènent son passage et forme ce que l’on appelle la chute du haut et la chute du bas. Cela fait, la rivière s'avance au milieu d'un immense cañon dont les murailles de roches se dressent à 15,000 pieds. Près de la limite de l’ouest du Pare National, on montre la source d’un tributaire important de la Columbia, que l'on nomme le Madison, ou le « ruisseau des Trous de Feu », — Fire Hole River. — C'est là que le voyageur s'arrête, ébahi devant plusieurs geysers, dont quelques-uns lancent de l’eau bouillante à plus de 200 pieds de hauteur.

Nous citerons encore le Gallatia, autre tributaire de la Columbia, qui prend naissance vers le nord-ouest du Parc National.

Cette contrée sauvage a été explorée il y a peu d'années. Les trappeurs qui s’aventurèrent dans ces parages mystérieux avaient toujours raconté des histoires qui tenaient de la fantaisie. A les entendre, ce coin des Montagnes-Rocheuses passait, parmi les Indiens, pour le séjour de l'esprit du mal, où le feu coulait de toutes parts, où les explosions continuelles faisaient croire à une bataille incessante, Tous ces récits devaient être vérifiés; aussi, en 1859, une troupe de gens résolus, commandée par le capitaine Reynold, ingénieur du gouvernement américain, pénétra-t-elle dans la région du Yellowstone par les vallées des montagnes Wind River, — la Rivière du Vent. — Mais ces cœurs vaillants se virent forcés de rétrograder, eu égard à l'épaisseur de la neige.

En 1870, une seconde troupe sous les ordres du général Washburne et du lieutenant Doane, de l’armée régulière américaine, pénétra enfin dans la vallée et ce fut à eux que l'on dut la description complète de cette étrange solitude et la nomination de gens choisis par le Congrès et désignés par le secrétaire d'État de l'intérieur, pour aller lever les plans du pays et pour s’en emparer au nom du gouvernement. Dans le nombre des personnes désignées se trouvait le professeur Hayden, géologue des États-Unis, qui explora la contrée avec le plus grand soin et put rapporter à Washington des détails très précis sur les merveilles de la vallée de Yellowstone. C'est ce savant émérite qui suggéra à ses compatriotes influents la pensée de convertir cette région en Parc National.

A la suite du professeur Hayden, nous allons pénétrer dans cette terre de Yellowstone, Du sommet du mont Washburne, on peut apercevoir à vol d'oiseau toute la conformation

LE GRAND PARC NATIONAL DU MISSOURI. Got

de ce bassin merveilleux. Tout porte à croire qu'à l'époque de la période préhistorique, la vallée de Yellowstone était un vaste volcan dont il reste encore le cratère, composé de plus de mille soupiraux et fissures, d'où s'échappent encore des eaux bouillantes et des pierres calcinées.

Citons parmi les volcans éteints les monts Doane, Langford, Stevenson et une centaine d'autres qui entourent la vallée et qui, indubitablement, devaient être autant d'ouvertures incandescentes, à l'époque tertiaire de la formation de la terre.

Il est évident que, depuis l’apaisement des feux internes du globe, les « cheminées » ont cessé de fonctionner et tout porte à croire que, dans un temps donné, ce qui existe encore ne sera plus. Il ne restera que les pierres à formes bizarres et les eaux... refroidies.

Au delà de la grande chute et de la petite, le Yellowstone coule lentement à travers une vallée composée de prairies et tout d'un coun les eaux, assumant une rapidité vertigineuse, viennent bondir au-dessus d'un précipice de 140 pieds, Un peu plus bas, à la grande cascade, la hauteur n’est plus que de 350 mètres.

La beauté du paysage en dessous de ces deux cataractes défie toute description graphique. Ce que l’on peut chercher à représenter, c'est l'éclat argenté des eaux jaillissantes, la bizarrerie des rochers revêtant la forme d'arcades gothiques, l'altitude des arbres verts et la variété des essences qui caractérisent ce coin du territoire sauvage.

Du haut de la cascade appelée the Lower Fall, quand on jette les yeux sur la vallée où coule le Yellowstone, on aperçoit un vaste cañon, un gouffre taillé dans la basalte, dont les murs ont au moins 12 ou 1,500 pieds de hauteur et dont les couleurs sont réellement admirables,

Tous ceux qui ont contemplé cette cascade déclarent qu’à la largeur près, celle du Grand Parc National est bien plus remarquable que le double Niagara. Un brouillard épais s'élève de ce creux et il est impossible d'approcher, à moins d'être aussitôt mouillé jusqu'aux os. La force du courant d'air repousse cette buée contre la paroi ouest du rocher, si bien que l'humidité a fait croître sur cette muraille des lichens, des mousses et des pariétaires dont la verdure est éclatante.

Passons maintenant à la Riviere de la Tour, — Tower Creek, — qui surgit entre les vallées du Missouri et du Yellowstone et s'écoule, sur un espace de 10 milles, au fond d'un abime étroit, sombre et mystérieux, que l'on a surnommé, avec quelque raison, l’Antre du Diable. De la cime de cette roche fendue, celui qui suit, à la base du gouffre, le ruisseau qui s'écoule, s'imagine voir un ruban d'argent fondu glissant sur un lit de cailloux.

A 200 yards au-dessus de l'endroit où le Tower Creck fait confluent avec le Yellowstone, on peut contempler à loisir l'admirable cataracte de ce ruisselet, qui mesure 166 pieds de hauteur. Cette chute est des plus remarquables. Ce qu’il y a de très extraordinaire dans cette cascade, c'est son entourage. Toutes les roches sont hérissées de colonnes et d'obélisques en brèçhe volcanique qui dominent le niveau de l'eau. On croirait être à Pæstum ou dans le voisinage d'une Acropole fruste. C'est un coup d'œil féerique, et l'on contemple avidement ces ruines naturelles dont l'architecture éblouit.

Le professeur Hayden était arrivé le 21 juin 1871 sur les bords du lac Yellowstone. Il dressa sa tente sur la rive nord-ouest, au milieu d'une prairie et à l'abri d'une forêt de pins.

La surface du lac explore par M. Hayden lui parut calme le matin, au lever du soleil, mais, dans l'après-midi et le soir, le vent soulevait les vagues à 4 ou 5 pieds de hauteur.

La profondeur de cet amas d'eau est évaluée à 300 pieds.

Les neiges fondues sur lesmontagnes voisines alimentent le

Yellowstone; c'est à cette cause que

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