‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 185 sur 211 · ROCHEUSES · texte numérisé non relu

ROCHEUSES

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lois traversé li org \ true vers lesquelles les ingénieurs lu chemin de fer du Pacifi que ont pose les rails de leurs chemins merveilleux, que l'on ignorerait complètement la description de cette chaine couvrant Un € pau de 00 milles carrés le long du Co lorado seulement, et d'où découlent des torrents dont les vaux forment des fleuves

qui se jettent dans les deux

Ces montagnes Rocheu ses il faut qu'on le sache

né sont pas autre chose que la chaine s'étendant au nord des Cordillières de l'Amérique centrale et du Mexique,

Du pays des Aztèques,

la chaîne remonte à travers les États et les territoires situés entre l'océan Pacifique et les pays où se trouvent les sources des ruisseaux se jetant dans le Mississipi, Son étendue est de 1,500 milles de l'est à l'ouest. Cette même suite de montagnes s’avance enfin vers le nord et, se divisant en plusieurs branches qui traversent les possessions anglaises de l'Amérique septentrionale, va se perdre dans l'océan Arctique, vers le 70° degré de latitude d'un côté, tandis que, de l’autre, du côté de l'ouest, elle aboutit au Prince William's Sound, au Mont Saint-Élias, c'est-à-dire au 60° degré de latitude sur les côtes du Pacifique, à la hauteur de 17,800 pieds au-dessus du niveau de la mer.

La qualification « d'épine dorsale », — Back Bone, — appliquée à cette rangée de montagnes ne nous paraît pas aussi bien justifiée que celle de « Séparation de Neige » du continent, ou bien de Montagne mère, comme on la désigne dans les géographies.

Les Montagnes Rocheuses ressemblent aux Alpes, comme toutes les montagnes dont les cimes sont couvertes de neige; mais elles ont des beautés particulières. Lorsqu'on se trouve au sommet du mont Lincoln, près de Fairplay, dans le Colorado, par un beau jour ensoleillé, on jouit d'un spectacle que l'on ne verrait nulle part, même sur l'Oberland ou sur le Saint-Gothard. Les pics qui se dressent à l'horizon sont d'une telle hardiesse que l'on croirait vraiment que la nature a voulu mettre une barrière insurmontable entre cette partie de l'univers et l'autre. On a devant soi des montagnes dont l'élévation n'est pas inférieure à 13,000 pieds.

On peut suivre également, devant soi, la crête des monts moins élevés qui forment vallée et séparent la rivière Platte, qui va se jeter dans le golfe du Mexique, et la rivière Bleue qui aboutit au golfe de la Californie. D'un côté sont les pics Gray et Evans; plus loin on aperçoit à peine le Long Peak, caché derrière un chaînon d' collines. Tous ceux qui ont visité le pays de Guillaume Tell et les Montagnes Rocheuse. donnent la palme à ce coin du sol américain. C’est à peine si, dans les Andes ou les Himalaya, on trouve un équivalent à ce paysage grandiose.

L'exploration des Montagnes Rocheuses remonte à l'année 1873, quand certains savants voulurent connaître le pays et mesurer les altitudes. Jusqu’alors on n'avait rien cherché et on ne savait rien. Une compagnie de géographes et d’arpenteurs, guidés par le docteur Hayden, se rendit dans le Colorado pour lever les plans du territoire. Ces travailleurs infatigables se livrèrent à des calculs nombreux et relevèrent l'assiette de toutes les élévations des montagnes, entre le 38"° parallèle nord et le 40"* 20° nord, et entre le 104" D. 30 et le 107" D, à l’ouest. Le territoire fut divisé en trois districts; dans celui du nord était inclus le parc du milieu, dans celui du centre le parc du sud, et dans celui du midi le parc de Saint-Louis.

Dans ces trois cantonnements la chaine des Montagnes Rocheuses atteint des proportions uniques dans le mende entier, et le spectacle que le touriste contemple n’a rien de pareil ailleurs. Le docteur Hayden a réfuté toutes les histoires absurdes racontées par les voyageurs qui n'avaient vu que la surface des choses. Il a découvert les sites les plus pittoresques, et on peut affirmer que ceux qui viendront après lui n'auront qu'à suivre ses traces.

Nous allons transcrire à cette place le récit d'un voyageur qui faisait partie d’une expédition de Hayden.

« Nous étions, au mois de mai, campé: vers le pays du nord, dans le parc d'Este;

c'est ainsi que l’on appelle les vallées dans le Far West, — et l'ombre descendait à l'horizon au moment où nous dressions nos tentes. Notre petite caravane se trouvait à la base du Long Peak, c'est-à-dire à mi-chemin de Denver City et des frontières du Wyoming, quand le soleil disparut à l'horizon. Les échos de la montagne répétaient nos cris d'appel, et si quelqu'un se fût trouvé par là, égaré, en quête de sa route, il eût été fort étonné de voir la solitude du désert violée de la sorte par des inconnus.

« De la petite vallée où nous étions campés, nous assistions à ce spectacle sublime d'une aurore se levant en pleines Alpes américaines. Les collines qui, d'ordinaire, entourent les grands pics semblaient autant de vagues de pierre, que la volonté de la nature avait forcées de s'arrêter en chemin. Les abords de ces boursouflures terrestres étaient boisés, ou couverts de prairies et d'humus bon à la culture.

« La vallée d'où nous contemplions le paysage est située à 780 pieds au-dessus du niveau de la mer et à 6,300 pieds au-dessous de Long Peak, dont l'élévation est évaluée à 14,088 pieds. Cette montagne, qui se compose de roches primitives, forme un cañon des plus pittoresques.

« Nous nous remîmes bientôt en marche pour explorer les valiées tranquilles, descendre et remonter ces collines qui se dressent et s'abaissent, s'ouvrent et se ferment, suivant le caprice des convulsions du temps passé. C'est en avançant toujours que nous parvinmes au Bowilder cañon, entaillé en pleine roche et dont l'approche était défendue par des torrents servant de canal aux neiges fondues et des murailles perpendiculaires dont quelques pans avaient 3,900 pieds de hauteur.

« Au centre de ce « Chaudron » de géant coulait un ruisseau dont le lit était obstrué par des roches tombées du sommet de la montagne. Nous rencôntrâmes à cet endroit un certain nombre de cavaliers gravissant le chemin étroit taillé dans la paroi des roches. Les eaux de ce ruisseau étaient bourbeuses et, en arrivant à l'entrée du cañon, nous comprimes pourquoi le liquide était ainsi troublé. Il y avait, en cet endroit, un établissement de mineurs abrité par un bois de sapins. La population de Bowlder City est évaluée à 1,500 personnes. On y recueille des pépites d'or, des lamelles d'argent et du charbon de terre, Non loin de là vous pouvez visiter Central City, Black Hawk et Georgetown.

« La station à laquelle nous arrivâmes, en poursuivant notre route, se nomme James’s Peak : on voit à sa base un petit lac glacé, qui du reste n’est pas le seul dans la chaîne des montagnes.

« Notre caravane marchait sans s'arrêter, à moins qu’il ne fallût céder aux exigences des besoins indispensables à la nutrition de ceux qui la composaient, ou aux arpentages de nos géomètres. On se reposait généralement dans les fermes que l'on rencontrait, soit dans la maison, soit sur le bord d’un fossé entourant des champs cultivés. Nous avions là, près de nous, la civilisation par à peu près; mais à Georgetown le confortable existe. C'est de ce point du territoire que les touristes s’éloignent d'ordinaire, pour se hisser dans les montagnes. L'hôtel qu'on a ouvert aux voyageurs est très bien approprié aux besoins de ceux qui viennent s'y reposer.

« Ce site est plus élevé de 5,000 pieds que celui de la vallée célèbre de Chamouny : il est même plus haut que la cime du Saint-Bernard. Tout autour de l'emplacement de l'hôtel les coins pittoresques abondent, et nous suivimes la route qui conduisait vers la

cime sur laquelle roulaient des wagons chargés de minerai, L'air devint de plus en plus raréfié au fur et à mesure que l'on gravissait les marches de la montagne, à travers la forêt de pins et de trembles et de rhododendrons.

« Mais les arbres ne poussaient plus sur le plateau où nous étions urrivés, et nous pouvions distinguer facilement les vallées couvertes à la base des pics, sur lesquelles le ciel reflétait ses couleurs ardoisées. A 12,000 pieds au-dessous du niveau de l'Océan, nous atteignimes les mines d'argent de Stevens, le point le plus élevé du Colorado; une volée de perdrix blanches s'envola devant nous et quelques lièvres des Montagnes Rocheuses s'élancèrent hors de leurï gîtes. Nous montâmes encore, respirant à peine, harassés de fatigue, poussant en avant nos montures qui marchaient diflicilement sur le sentier étroit, Ouf! nous étions enfin parvenus au but de notre excursion.

« Devant nous se dressaient les deux pics jumeaux Gray et Torrey, et plus loin, comme qui dirait au vol du chapon, nous avions sous nos yeux une multitude de cimes élancées vers le ciel et entièrement couvertes de neige.

« Nous étions parvenus sur la crête du continent, sur le point culminant du nouveau monde que le professeur Agassiz déclare être l'ancien. Nous éprouvâmes, — cela va de soi, — une impression qui nous empêchait de parler : c'est qu'en eflet le tableau nous parut grandiose, sans pareil. ,

« Il nous fallut camper sur cette cime, où le froid était aussi vif que les sensations psychologiques de ceux qui en supportaient les eflets.

« Nous avançâmes encore, pour atteindre les lacs Chicago, le Parc Monument et le Jardin des Dieux. Les lacs dont nous venons de parler sont creusés à la base du mont Rosalie, bien plus au sud, et c'est de leur sein que s'échappe la rivière Chicago. L'élévation de ce point du territoire est de 12,000 pieds. Non loin de là on parvient encore sur la rive d'un second lac aussi rond, aussi gracieux que le premier, alimenté par la fonte des neiges et dont les eaux glaciales sont très a’ sréciées pendant les grandes chaleurs de l'été. Les truites sont nombreuses dans ces lacs; aussi les pêcheurs de Georgetown viennentils là se livrer à leur passion favorite, malgré la distance et les mauvais chemins.

« Nous pénétrâämes enfin dans le Pare Monument. On se serait cru véritablement au milieu d'énormes champignons pétrifiés, et lorsqu'on examine de près ces énormes pierres rongées, on se demande ce qui a pu produire ces fantaisies bizarres dont la hauteur varie de 6 à 50 pieds d'élévation.

« Ces « Cèpes géants », de pierre friable; sont placés vers la base des montagnes, le long du parc dont l'étendue est de 1 mille de largeur sur 1 mille 1/2 de longueur.

« On prendrait ce petit endroit pour un cimetière de la population « sélénite ». La pierre de ces « cèpes » est très pâle, d'une teinte blanc jaunâtre.

« Après avoir traversé cette vallée de funèbre apparence, nous nous acheminâmes à travers les montagnes, vers le « Jardin des Dieux », situé à 5 milles des sources du Colorado, dans la direction du nord-ouest. Nous trouvâmes là des pierres à peu près semblables à celles du Parc Monument. Toutefois si les montagnes sont élevées, elles n'ont rien d’extraordinaire. A la « Porte » du Jardin nous dûmes passer entre deux roches de pierre de taille de 350 pieds d'élévation, sépare, l'une de l'autre par un espace de 200 pieds. A l'issue de ce passage on aperçoit la cime neigeuse de Pike, qui est d’un aspect très imposant. Ses murs forment une sorte d’amphithéâtre dans l'intérieur duquel

le sol est nivelé, Vers l'horizon les roches accusent encore la forme de champignons, dans la calotte desquels l'eau s’est amoncelée et qui la laissent couler, comme le feraient des vasques de fontaines, Les arbres sont rares et le paysage est triste.

« La petite troupe dont nous faisions partie se dirigea ensuite vers le mont Lincoln, la passe de l’ouest, les deux lacs et la vallée de l’Arkansas. Nous traversâmes la mer — dite « nationale » — et nous parvinmes dans les passes de l'Élan, pour arriver enfin au mont de la Sainte-Croix. Nous étions au beau milieu, au cœur des Montagnes Rocheuses.

« De la place où nous avions dressé nos tentes, nous apercevions deux pics, dont l'un, de forme ronde et de pierre granitique, avait 14,000 pieds de hauteur. Pour arriver à.sa cime, il eût fallu sauter par-dessus des amas de pierres brisées: ce rocher, c'etait la Plata, le plus haut de tous ceux de l'Amérique du Nord. La chaine de ces montagnes s'étend du nord au sud, sur une étendue de plusieurs centaines de milles.

« La crête la plus distante, dans la direction du nord, c'est le mont de la Sainte- Croix. Pour s'y rendre il faut encore traverser les Passes de ia Montagne Rouge, ainsi nommée parce qu'on trouve des coraux dans la pierre. Nous campämes à la base d'un énorme rocher, de couleur ocre, que l'on appelle Téocalli, ce qui en langue aztèque veut dire : la Pyramide du Sacrifice.

« Vers l'horizon nous avions vu deux montagnes auxquelles nous avions déjà donné les qualifications de Snow Mass, — le Bloc de Neige, — et Black Pyramide, — la Pyramide Noire. La montée de la première de ces montagnes est très difficile à exécuter. II n’y a sur les pentes de la roche que des pierres détachées. Ces obstacles sont amoncelés jusque sur le sommet, Rien ne serait plus facile à un homme armé d'un levier de réduire à 200 ou 300 pieds de moins la hauteur de ce pie, en travaillant, pendant une semaine, à faire tomber les pierres dans la vallée,

« Deux hommes qui faisaient partie de notre expédition réussirent dans ce travail sans trop se donner de mal, et nous vimes d'énormes quartiers de roches choir avec fracas, le long des déclivités du Snow Mass.

« Dans la direction du nord de ce pic neigeux, on désigne aux touristes les Twins, — jumeaux, — qui ont cela de particulier qu'ils ne se ressemblent pas du tout. Les chefs de l'expédition voulurent rendre à ces roches des noms qui leur convenaient mieux : celui de White House, — la Montagne Blanche, — et le Capitole, qui leur sont acquis à tout jamais.

« Nous n'oubliâmes pas de visiter, sur la route qui aboutit au Lac de l’Élan, une très belle cascade dont les eaux s'écoulent à travers les gorges profondes des cañons du Rio Grande.

« C'est à la suite de cette localité que l’on aperçoit la base de la Sainte-Croix, la montagne la plus célèbre de toute la chaîne, dont l'élévation est évaluée à 14,000 pieds et dont la montée est excessivement pénible. Rien n'est plus facile que d'expliquer le nom de cette grande pierre antédiluvienne. Il n'y a qu'à remarquer une sorte de croix latine, de forme allongée, naturellement creusée dans le roc et dans laquelle la neige est amoncelée. Le signe de ia catholicité s’est implanté tout seul non loin du ciel d’où il est venu. »

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