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LES CANONS DU COLORADO

bien enfourcher un cheval, On se rend à Kanab, vers le nord de la ligne de l'Arizona, par des chemins assez bien entretenus, tracés par les Mormons, et qui s'étendent à 400 milles.

On arrive ainsi à la vallée de Toroweap, située sur les hauteurs, et on longe un précipice taillé dans une pierre d'un rouge sang, granit ou marbre, comme on voudra, dont l'altitude est de 3,000 pieds et dont la largeur est évaluée à 1,000.

En s'avançant avec précaution jusque sur les lèvres du cañon, on peut examiner à loisir le parcours du Colorado, A bien examiner de cet endroit les eaux qui coulent au fond du ravin, on s'imagine tout d'abord que ce torrent est calme; mais rien n'est moins vrai que cette apparence : les flots se pressent et montent les uns sur les autres; c'est une locomotive liquide, si nous pouvons nous exprimer ainsi,

Si l'on jette les yeux sur les hauteurs de ce cañon, on jouit d'une vue qui frappe d'admiration, On voit d'abord à l'horizon l'ouverture béante du précipice sur une étendue de 1 mille et demi, et dans le fond le fleuve qui brille comme un éclair, et, neu à peu, les yeux, en se relevant, se portent sur un espace de plus de 20 milles, qui semble être une vallée profonde et qui n'est réellement que la crête des montagnes.

Cette vallée est bordée de rochers teintés de plus de 2,000 pieds de hauteur, tous de formes gigantesques. Vus au moment du coucher du soleil, ces roches présentent des formes mystérieuses et terribles, et ce spectacle dure aussi longtemps que la lumière change de place, en donnant, minute par minute, un nouvel aspect à ces pierres, que l'on dirait taillées par la main des hommes.

Du point où le touriste se trouve, il se dirige sur le plateau Kai-Bal, le plus élevé de tous ceux interrompus par le cañon, Ce n'est pas sans péril que l'on parvient à une place indiquée par les guides, d'où l'on suit les méandres de la rivière, Cet endroit s'appelle le « Plateau de Powell », sorte de petite plaine séparée de la « terre ferme », ou plutôt de la masse granitique par une gorge de 2,000 pieds de profondeur qu'il faut franchir, c'est-à-dire dont on doit descendre une paroi pour remonter sur l'autre.

Une fois parvenu sur ce promontoire sans pareil, on jouit d'une vue qui glace d'horreur, surtout quand l'orage se déchaîne, ce qui arrive environ vingt fois par mois. Dans ces moments-là, le tonnerre ressemble à des coups d'obusiers Krupp; les torrents se précipitent de la cime des monts, comme autant d'écluses ouvertes : c'est le Niagara par morceaux, mais retombant d'une hauteur quadruple, pour ne rien dire de trop.

Le précipice géant que l'excursionniste a devant lui s'étend à 40 milles vers la droite et à 20 milles vers la gauche. La profondeur de cette fissure est évaluée à 7,000 pieds.

La masse des rochers de l'Yosemite, si on pouvait la transporter, et celle des montagnes blanches du New Hampshire, pourraient à peine combler ce trou du Colorado.

Le cañon de Kanab mesure 60 milles de longueur : on peut, si L'on suit le lit du fleuve, parvenir dans les profondeurs du Grand Cañon; mais cette exploration est ardue et demande l'emploi de plusieurs journées. La pyramide qui orne ce désert a 800 pieds de haut et les grandes murailles qui forment le fond du tableau plus de 4,000.

Il est question d'établir un chemin de fer partant de la ville du lac Salé lequel aboutirait aux établissements des pionniers demeurant vers le sud. Si jamais cette route se fait, — et elle se fera, — le touriste pourra aussi facilement visiter le Grand Cañon du Colorado qu'il lui est facile de parcourir maintenant la vallée de l'Yosemite.

ANUN KANOHR

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