‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 187 sur 211 · HALF DOME · texte numérisé non relu

HALF DOME

neue TRUE S UE nn TRe Made Grizzly». Tout porte à croire que ce titre était celui d’un grand chef peau-rouge, Car il existe encore une tribu ainsi dénommée dans les limites de la contrée. Ces aborigènes ont depuis changé leur appellation en celle de A-wah-nee.

En 1851, les mineurs et les trappeurs qui s'étaient établis dans le territoire de Mariposa furent souvent inquiétés par les Indiens, très enclins au vol, et l'on envoya contre eux une compagnie de troupes régulières ayant pour guide un indigène nommé Tevaga. Ces soldats poursuivirent les pillards jusque dans leur retraite, c'est-à-dire au cœur de l'Yosemite, Les Américains, au retour de cette campagne, firent de merveilleux récits sur ce territoire nouveau découvert par eux.

Pendant quelques mois les Indiens restèrent tranquilles, mais, revenant à leur instinct naturel, ils recommencèrent leurs attaques et forcèrent le gouvernement à sévir de nouveau contre eux. La seconde expédition des troupes américaines fut poussée avec une rare énergie, si bien que ces sauvages, traqués, repoussés, furent forcés de recourir à la protection d'une autre tribu voisine, —celle des Monos, — dont ils n'eurent pas à se louer, car ceux-ci massacrèrent le plus grand nombre d'entre eux : aussi, de nos jours, c'est à peine s'il y a six ou huit Yosemites en vie.

Le premier visiteur sérieux de la vallée dont nous racontons la découverte fut un M. J.-M. Hutching, qui s'y rendit avec des compagnons vers 1855. Après lui d'autres voyageurs suivirent le chemin de ce pays désert, mais le véritable colon de cette contrée fut un M. J.-C. Lemmon. Il y bâtit une cabane qui devint plus tard une ferme et dans laquelle il demeura du 1" janvier au 31 décembre, sans redouter les glaces de l'hiver et les chaleurs de l'été.

En 1864, un acte du Congrès fixa les limites de ce territoire et réserva pour l'usage public, c'est-à-dire pour en faire une propriété nationale, la vallée d'Yosemite et le bois des arbres géants du Mariposa. Cela fut fait au grand déplaisir des premiers occupants, qui résistèrent à cette décision, mais, malgré leurs eflorts, toutes leurs réclamations échouèrent, ils perdirent leur procès.

Certain jour de juin nous quittions San Francisco, en route pour la vallée Yosemite. Les wagons du chemin de fer Central Pacific nous avaient transporté à Lathrop, puis à Visalia Division et enfin à travers les vallée de San Joaquin.

Là nous primes place dans une diligence conduite par six chevaux dont le conducteur pressait l'allure à travers champs, sans rencontrer le moindre obstacle à sa course vagabonde. La récolte de blé venait d'être faite, si bien que la terre était complètement nue: aucun arbre, aucun buisson n'égayait le paysage, et, à travers le brouillard, nous apercevions des pics neigeux dont les bases dorées, rougeûtres, orangées nous rappelaient les peintures de Marilhat et de Fromen:in.

Le voyage que nous faisions était réellement insipide, car nos yeux ne trouvaient rien pour s'y reposer : ajoutez à cela la chaleur torride du soleil et l'absence de toute brise rafraichissante. Nous parvinmes ainsi à Hornitas, — un hameau dénué de pittoresque, — et nous aperçûmes la plaine encore plongée dans une obscurité transparente.

Peu à peu les montagnes se montrèrent à nos yeux, couvertes de buissons, au-dessous desquels poussaient des arbres de belle venue, chênes, manzanitas et chamiso. Au pied de l'une de ces montagnes s'élevait Mariposa, sise à 30 milles des plaines et bâtie sans ordre, sans élégance, sans solidité mème. La forèt qui entourait les habitations était très dense et les arbres nous semblaient admirables. En eflet, ces conifères passaient avec raison pour des spécimens admirables de la végétation californienne et quand, plus tard, il nous fut permis d'examiner de près ceux que nous avions vus de loin, nous nous rendîimes compte de la juste renommée de ces merveilles sylvestres.

Le pays réservé des bosquets de Mariposa couvre une étendue de 2 milles carrés. La première découverte des arbres géants remonte à 1852: elle est due à un chasseur aui s'aventura jusqu'au lieu nommé Calaveras et qui, à son retour, fut traité d’imposteur quand il raconta ce qu'il avait vu dans ses voyages. Il lui fallut recourir à la ruse pour entraîner quelques amis visiter le pays d’où il revenait. Ceux-ci, à leur tour, s'extasièrent

L'YOSEMITE, 739 sur la découverte de leur camarade et bientôt les journaux racontèrent les merveilles de ce pays grandiose,

En 1853, un botaniste anglais publia une description scientifique sur les arbres de Calaveras, qu'il désigna sous le nom de « Wellingtonia giganteu », et, en 1854, un autre botaniste français, M. Decaisne, présenta à la Société de botanique de France des spécimens de ces productions sylvestres que lui avait adressés le consul de notre pays résidant à San Francisco. Il prouva que ces arbres étaient de l'espèce nommée Sequoia, et le nom est resté à cette essence de bois dont nous avons vu des tranches à nos diverses expositions.

L'abatage de quelques-uns de ces arbres a permis de calculer l'âge de ces « mammouths » de la végétation.

M, J.-C. Lemmon, — dont nous avons déjà parlé, — a publié une brochure très curieuse dans laquelle il prouve que les plus vieux n'étaient âgés que de 1,200 à 1,500 ans.

L'auteur de ces documents, qui était revenu en septembre 1875 dans le Calaveras, après avoir admiré le groupe des quatre individus qui portent les noms célèbres de « Longfellow », « Dana», « Torrey » et « Asagray », s'appiiqua à compter les couches d'un arbre abattu en 1852. La circonférence était de 97 pieds anglais à la base du tronc, Le plus grand diamètre, à 5 pieds du sol, était de 24 pieds 10 pouces, et le plus petit de 22 pieds 8 pouces. L'opération de compter les couches prit à peu près une journée, M. Lemmon ayant eu soin de calculer en suivant trois rayons différents, 11 trouva 1,260, 1,258 et 1,261; moyenne: 1,260 ans. À 24 pieds de hauteur, l'arbre avait 1,242 couches bien distinctes.

D'après M. J.-C. Lemmon et plusieurs autres, la croissance devient régulière au tiers de la distance de l'écorce au centre. Près de l'écorce, les couches sont aussi minces que du papier. L'Hercule, renversé par un orage en 1862, avait 285 pieds de haut et 14 pieds de diamètre à 25 pieds de la base, On lui attribuait 3,000 ans. Le compte exact des couches en a donné 1,232. Le Leviathan, qui a été honteusement abattu et dépecé, et auquel on supposait 4,000 ans, devait avoir 300 pieds de hauteur, 18 pieds de diamètre à 6 pieds du sol, et environ 1,500 ans, d'après le calcul des couches fait partiellement sur divers points de ce qui reste. On passe à cheval sous la voûte formée par la portion inférieure du tronc, qui est encore en place. D'autres pieds plus gros à leur base, mais excavés, peuvent abriter jusqu'à 20, 25 et même 30 chevaux. M. Lemmon les a étudiés avec un soin tel qu'il est fondé à croire qu'ils n’ont, ou n'avaient pas plus de 1,500 ans.

Ce qu'il y a de vrai, au sujet de ces arbres de Calaveras, c'est qu'il n’y a rien de pareil au monde, mais, à dire vrai, ce ne sont pas des géants aussi élevés qu'on veut bien le dire. Par malheur, les Indiens ont employé le feu pour creuser l’intérieur des arbres, ce qui les a fortement endommagés. On trouve, sur un périmètre de 37 milles de long sur 23 milles de large, 365 sequoïas du diamètre de 1 pied 1/2, et, dans le nombre, des arbres qui mesurent de 25 à 30 pieds de circonférence. Deux de ces sequoïas, plus grands que les autres, sont couchés et béants et l'on peut se mettre à l'abri sous la voûte qui forme l’une des parois, à pied ou à cheval. Telle est la description exacte e: complète des sequoias du Mariposa.

Le Clark's rancho, — la ferme de Clarke, — est situé à l'extrémité de la grande route. C'est là que l'on trouve un repos passable, un coucher à peu près acceptable, des guides et des chiens, indispensables pour se hasarder dans les déserts de l'Yosemite. Une fois parti, on monte des chemins tortueux, on descend dans des vallées profondes,

et l'on foule aux pieds des prairies couvertes de fleurs et bordées pur des bosquets desapins, Güet la des couches d'énormes blocs de rochers obstruaient la route; on les franchissait, et l'on pouvait voir du sommet de quelques uns les pics ardus de la Sicrra

Notre petite caravane parvint, dans | après-midi, à Paregoy, une sorte d'étable flanquée d'une maison rustique, Du seuil de cette mêtairie du désert on pouvait voir des prairies couvertes d'un fourrage naturel, et pla cées le long des rivières qui coulaient en cet endroit. Des manades de chevaux et des troupeaux de vaches paissaient dans les environs.

Après avoir partagé un repas succulent, nous nous dirigeâmes vers Inspiration Point, — le Cap de l'Inspiration, — que l'on peut appeler le cratère de la lune, C est un

chaos indescriptible qui n'a

rien d'égal au monde, Dante en eût placé la description dans ses poèmes. La descente du côté des vallées était réellement périlleuse, et il nous fallait souvent quitter nos selles pour ne pas être jetés par-dessus la tête de nos mon:

tures, Mais, une fois arrivés, la beauté du paysage nous transportait à chaque pas, et nous regrettions tous que ce pays de l'Yosemite fût siéloigné des grandes villes des États-Unis. L'industrie humaine aurait fait des merveilles avec ces fantaisies de la nature qui n'exigeraient qu'un très petit nombre de travaux pour devenir des mer-

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