COTÉES DE L'ÉTAT DU MAINE ET RIVAGES DE L'EST AMERICAIN
Le vol des aigles balbusards est puissant, généralement uniforme; il peut être prolongé indéfiniment. Lorsqu'ils cherchent leur proie les oiseaux de rapine planent, les ailes grandes ouvertes, laissant de temps à autre leurs pattes pendre de toute leur longueur. Lorsqu'ils sont ainsi en l'air ils peuvent monter d'un mouvement circulaire, sans un simple battement d'ailes, sans même qu'on les aperçoive remuer, La queue elle-même est immobile.
Les balbusards ont la force d'enlever de la surface de l'eau tout objet flottant, à la condition qu'il ne pèse pas plus qu'eux. C'est ainsi qu'ils dérobent souvent aux chasseurs les canards que veux-ci viennent de tuer.
Il est fort difficile d'approcher ces oiseaux de proie de façon à les abattre, et du reste il faut des chevrotines pour réussir. Les naturalistes américains, Audubon en tête, prétendent que ces aigles vivent jusqu'à cent ans. Dans ce cas, leurs plumes de la queue et des ailes sont devenues si usées, si fripées et tellement brisées que l’on prétend que ces oiseaux ont perdu la faculté de muer. Leurs pattes sont couvertes de verrues, leurs serres et leur bec émoussés. C'est à peine s'ils peuvent voler, et encore le font-ils d'un seul trait.
Nous pourrions raconter encore des traits fort curieux relatifs à cette race d'aigles américains. Nous terminerons ce paragraphe par une rectification. L’aigle pêcheur, que l'on appelle l'aigle à tête chauve, n’est nullement privé de plumes sur le chef, comme plusieurs auteurs l'ont affirmé. La couleur blanche de ces plumes peut bien ressembler à une calvitie, mais elle n'existe pas réellement.
Revenons à la description des côtes de l’est américain.
La partie de l'ile que l'on nomme « Some’s Sound » — le détroit de Some’s — parce qu'elle divise l'ile en deux portions, est encore très curieuse à visiter pour ceux qui aiment la nature pittoresque des montagnes et des terres hautes. Ce site ressemble fort à celui des Palissades de l'Hudson et des sources: du Delaware (dont il sera question plus loin). On remonte le détroit en partant de Southwert Harbour. Les visiteurs de East Eden se dirigent quelquefois en voiture jusqu'à Some’s, ville qui est placée à la tête. du détroit, et reviennent ensuite dans des bateaux de plaisance au poiat du départ,
Le Sound coupe à angle droit la chaîne des montagnes entre « Dog Mountain » — le mont du Chien — et une falaise placée de l’autre côté, qui s'appelle le pic Mansell, — du nom de sir Robert Mansell, qui s'y était établi le premier. Le mont du Chien se dresse tout d’une pièce hors de la mer. L'une des deux cimes se nomme Eagle CIiff — la pointe de l'Aigle, — car c’est le séjour habituel des grands oiseaux de rapine de ees parages.
Mount Desert n'est pas le seul point des côtes de l'État du Maine qui mérite l'attention des amis de la nature. On montre, sur divers points de ce rivage nord des États-Unis, des établissements dont l’origine est toute française. Nous dirons d’abord que cette île fut découverte par nos compatriotes, au commencement du xvu siècle, quand Champlain se trouvait au Canada.
Saint-Sauveur avait été fondé, en 1619, par une colonie de marins de Saint-Malo qui furent massacrés en partie par l'équipage d'un navire anglais armé en guerre et venu des côtes de Virginie sur celles de la Nouvelle-Angleterre. Les survivants furent emmenés en captivité,
Un nommé Abraham Solmes vint ensuite qui s'établit en 1761 dans le même endroit et y prospéra. C’est lui qui a donné son nom au village qui est encore debout. Ses habitants sont les plus hardis pêcheurs dans toute cette partie de l'Amérique du Nord.
Nous reviendrons maintenant sur le continent.
La côte de la Nouvelle-Angleterre entre Boston et Portland est généralement irrégulière et hérissée de rochers aflectant des formes fantastiques. Il n'est pas de rivages, sur toute l'étendue du territoire, dont l'aspect géologique soit plus bizarre et plus pittoresque : aussi les peintres, les amis du grandiose, les gens de goût qui préfèrent les beautés de la nature aux bruits du monde, recherchent-ils la solitude de ces plages peu explorées. Bon nombre de Bostoniens et de Portlandais se sont choisi des retraites ravissantes sur ces rivages de l'Est américain: les uns se réfgient dans quelques hôtels simples bâtis au fond des havres que baigne une mer calme sur un lit de sable les autres se font construire des villas très simples qui suffisent à leur ambition: un campement pour l'été.
A peine s'est-on éloigné en bateau à vapeur du port de Boston, dans la direction du nord, que l’on se trouve en présence d'une série de vues toutes plus ravissantes les unes que les autres. L'on traverse un détroit assez exigu : Point Shirley, on longe le Deer Island, sur lequel est bâti un hospice pour les pauvres, qui a la forme d'une croix latine et dont les salles intérieures sont admirablement disposées pour les besoins de ceux
qui y sont admis.