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LE HAVRE DE PORTLAND ET LES ILES

1. L'abordage d'Evergreen. — 2. Le rocher W1 Head, Le phare de Portland, LA La

ñ“ 04 L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE.

vers le nord et vont y chercher, sous des latitudes plus tempérées, une saison moins brûlante que celle qai va rendre insupportables les eaux des fleuves et des rivières du sud et des tropiques. Regardez! Tout au bord de la nappe d'eau, caché par les branches touflues d'un sapin géant, l'aigle, dans une attitude droite, se tient perché, immobile, le cou tendu. Son œil étincelant d'un feu sombre domine les eaux du luc. Il écoute et son oreille subtile est ouverte à tous les bruits lointains. De temps à autre il jette un regard au-dessous de lui, sur la terre, dans l'appréhension que même le pas léger du faon ne lui échappe. Sa femelle est perchée sur le rivage opposé, et, si tout demeure tranquille et silencieux, elle l'avertit et l'invite, à l'aide d'un cri strident et sec, de patienter encore quelques moments.

A ce signal, le mâle ouvre en partie ses ailes et répond par un autre cri qui ressemble à celui d'un maniaque. Cela fait, il a repris son attitude droie et, de nouveau, tout est redevenu tranquille et silencieux. Canards de toutes espèces, sarcelles, pilets, milouins, macreuses et autres passent devant l'oiseau en troupes rapides et descendent sur les eaux du lac. L’aigle ne semble pas y prendre garde, ce menu gibier n'est pas digne de son attention.

Tout à coup, comme si un clairoi, résonuait dans l'espace, un bruit se fait entendre à l'horizon; il est encore éloigné, mais il se rapproche, Un cri perçant a retenti de l’autre côté du lac : c'est celui de l'aigle femelle qui avertit le mâle. É

Et l'on aperçoit volant dans l'espace un cygne au plumage aussi blanc que l'albâtre : son long cou de neige est tendu en avant; ses yeux sondent la surface du lac. Ses larges ailes semblent supporter avec difficulté le poids de son corps, bien qu'elles battent l'air sans cesser. L'oiseau paraît si fatigué dans ses mouvements, que même ses jambe: sont étendues au-dessous de sa queue pour la seconder dans son vol.

Le cygne approche cependant, et l'aigle se prépare à se lancer sur sa proie. Il part, il est parti en poussant un cri formidable : l'oiseau de Vénus l'a entendu, et ce cri a résonné plus sinistre à son oreille que la détonation d'une arme à feu. :

C'est le mornent d'apprécier toute la puissance dont l'aigle peut se montrer fier. Semblable à une étoile qui tor:be du firmament, l'oiseau de proie tombe d'abord, et, rapide comme l'éclair, il fond sur sa victime qui, tremblante, éperdue, dans l’agonie du désespoir, essaie, au moyen de diverses évolutions, à échapper aux étreintes terribles des serres de son ennemi. Après avoir usé de tous les stratagèmes, monté, descendu, cherché à se mettre à l'eau, le cygne, se sentant très aflaibli, perd courage en présence de l'énergie déployée par le chasseur ailé, C'est le moment où celui-ci fond sur lui et le précipite obliquement sur le plus prochain rivage.

De ses pieds crochus, de ses griffes acérées, l'aigle foule le cadavre de l'oiseau expirant, il plonge son bec crochu au plus profond cu cœur et des entrailles de sa victime. Pendant ce temps-là, la femelle de l'oiseau de proie, qui jusqu'à ce moment n'avait pas bougé, s'élance pour venir assister à la curée. Une fois réunis, les deux carnassiers fouillent ensemble dans la poitrine du malheureux cygne et se gorgent de son sang.

Russasiés de chair, ces deux pirates de l’espace éthéré se donnent, le lendemain, le plaisir d'une pêche. On voit alors les époux réunis planer au-dessus des eaux, et, choisissant le moment où un énorme saumon ou un Lrochet vient respirer à la surface, ils se laissent tomber sur le dos de cet habitant écaillé du a ct parviennent à enfoncer leurs serres dans son échine dodue.

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