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filles de sang mélé résidant à Mackinac. On dansait, on buvait, on festoyait sans songer au lendemain; puis l'on partait de nouveau pour braver les périls et récolter des fourrures de prix. Les constructions des vieux établissements de la Compagnie des fourrures sont
encore debout, quoique en partie abandonnées depuis 1878.
La vie nomade des fournisseurs de pelleteries à la Compagnie est un vrai roman à la Cooper, dont on peut en quelques mots faire une esquisse, car elle est aussi intéressante que les narrations les plus accidentées des événements racontés par les écrivains fantaisistes du siècle actuel sur ce pays inconnu, — inconnu surtout de la plupart d'entre eux, qui n’ont bien souvent vu l'Amérique que du coin de leur cheminée, devant leur table de travail, en face de leur encrier.
Ces fur hunters américains sont généralement des hommes d’une force musculaire excéptionnelle, d'une audace à toute épreuve et d'une sobriété proverbiale, Ils partent un beau matin de Mackinac, emportant avec eux une bonne provision de poudre, de balles et de plomb, leurs raquettes — « snow-shoes » —, une bonne carabine et une couverture pour se couvrir pendant la nuit, dans la station où ils iront s'établir, Ces chasseurs vont habituellement trois ou quatre ensemble; cette manière de procéder est à la fois une sécurité pour eux et un élément de succès, car bien souvent, quand il s'agit de s'emparer d'une belle proie : — d’un ours, d'un caribou, d'un bison, — un seul homme ne réussirait pas où plusieurs réunis parviennent au but désiré, à la prise de l'animal dont la chair servira à la nourriture et la peau à la collection de pelleteries destinées à être vendues au retour de l'expédition.
Dès qu'ils ont choisi leur contrée de chasse, ces trappeurs se construisent une cabane — « log cabin » — et organisent leurs trappes, c'est-à-dire leurs pièges, lacets, quatre en chiffre, fosses profondes, etc., etc., et la campagne commence souvent très fructueuse, et alors elle dure moins longtemps. Si par hasard les martres, les renards, les zibelines, les hermines, les skunks sont rares, il faut plus de temps pour compléter les chargements. Et quand ils songent au retour, ces hommes construisent un traineau qui emportera toutes les fourrures en paquets et ils le tirent à tour de rôle sur la neige, jusqu'à l'endroit où ils trouveront un moyen de transport plus facile, Telle est la vie des trappeurs; elle est rude, sauvage, mais pleine d'attrait pour celui qui aime la vie des bois.
L'hôtel de Mac Lead, dans la rue du Nord, était autrefois, en 1809, une pension bourgeoise, où logeaient et prenaient leurs repas les employés de John Jacob Astor. C'était le beau temps pour Mackinac, dont les rues étaient peuplées comme celles d'une grande ville et dont les magasins regorgeaient de marchandises. Tout le trafic de la Compagnie s'opérait là, voire même le payement des annuités dues aux Indiens, qui se rassemblaient par milliers afin de toucher leur salaire.
Le paysage des environs de Mackinac est ravissant, et si les géologues sont dans l'admiration devant les masses de rochers calcaires qui assument des formes étonnantes, les antiquaires se demandent ce que signifient ces pierres druidiques que la nature a placées sous leurs yeux. Pour les gens malades, l'atmosphère vivifiante a des effluves qui rendent la santé, car partout ils se tiennent au milieu de forèts de cèdres et de genévriers dont les senteurs balsamiques sont recommandées par les médecins. La flore de ce coin du Michigan est également splendide, les fleurs odorantes couvrent le sol : c'est un véritable Éden dans un pays sauvage.
Le Rocher-Arche, l’une des curiosités naturelles de Mackinac, est un pont naturel de 145 pieds d'élévation sur 143 pieds de large. Ce monument a été creusé, croit-on, par l'action de l'air sur la roche angulaire d'une pierre calcaire. Quoique debout encore, cette merveillene doit pas, suivant les calculs des géologues, résister longtemps encore
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aux intempéries de l'hiver et des pluies. Lorsqu'on visite cet arc de triomphe, qui ne doit rien à la main des hommes, par un beau clair de lune, on est réellement émerveillé.
Le « Fairy Arch », — l'Arche-des-Fées, — creusé dans un rocher également calcaire, est d'une telle élégance qu'il a mérité cette qualification surnaturelle.
Le Pain-de-Sucre — « Sugar Loaf » — est une pierre conique de 134 pieds de hauteur, se tenant debout au milieu d'une plaine couverte de gazon.
Le Pont-des-Amoureux, — « Lover's Leap, » — sur la rive ouest du lac, s'élève à 200 pieds de hauteur : on dirait une colonne émergeant du milieu des eaux. La tradition raconte qu'une jeune Indienne, nommée Me-che-ne-Mock-e-nung-o-ne-qua, guettant le retour de son fiancé du sommet de ce monolithe et le voyant rapporter mort par ses amis, se jeta la tête la première en bas de la roche. Honneur à cette Squaw, le modèle des fiancées!
La falaise nommée « la Folie de Robinson » a également sa légende. Un officier anglais et ses camarades faisaient ripaille sur cette roche pittoresque, où l'on avait élevé une maisonnette, Un jour la pierre se brisa et entraina la société tout entière. Aucun de ces amis du plaisir ne survécut à cette chute, Il y a deux cents ans de cela, et l'on a consacré cette « folie » par un récit circonstancié, imprimé et vendu aux voyageurs.
Le vieux fort Holmes, situé sur un des points les plus ardus de l'île, a été bâti par les Anglais en 1812. Il s'appelait alors la forteresse George. Mais les Américains, s'en étant emparés, le débaptisèrent pour lui donner le nom de leur général, lequel avait péri à la bataille de Dousman.
Le fort Mackinac fut bâti par les Anglais il y a environ un siècle : il domine le village. Les soldats de la Grande-Bretagne se plaisent fort dans cette garnison, où leurs loisirs sont égayés par mille satisfactions qu'ils regrettent en partant.
En 1823, le père de l'inventeur du télégraphe électrique, le révérend docteur Morse, se trouvant en voyage dans ce pays, reconnut la nécessité de propager la foi et l'éducation parmi les populations indiennes, Grâce à des souscriptions pieuses, on put donner suite à ce projet, et l'on vit bientôt de nombreux enfants aborigènes, réunis à ceux des employés de la Compagnie, fréquenter les écoles, admirablement tenues par les ministres protestants missionnaires délégués à Mackinac. Tout alla bien jusqu'au moment où les affaires des fourrures cessèrent d'être favorables : alors les Indiens disparurent avec les habitants.
L'ile de Mackinac était un endroit sacré pour les Peaux-Rouges, qui s’imaginaient que sur cette langue de terre demeuraient des êtres surnaturels : aussi y portaient-ils des offrandes toutes les fois qu'ils traversaient le détroit. On assure même que, de nos jours, ces sacrifices sont encore continués, la nuit, dans le plus profond mystère.
Dernièrement un vieux sachem de Mackinac, étant monté à bord d'un bateau à vapeur pour se rendre dans une tribu du lac Huron et visiter des frères et amis, était assis sur le pont et contemplait à l'horizon cette île sacrée qui fuyait peu à peu ses regards, et il disait d'une façon solennelle les paroles suivantes, sténographiées par un reporter américain :
« Michilimackinac! île des eaux profondes et limpides, quelle tristesse j'éprouve en voyant, à travers la fumée du canot-diable, tes rives bleues disparaître à mes regards! Comme tu es sainte pour tous les prophètes du pays indien! Je songe avec ivresse à cette heureuse époque où nos pères jcuissaient seuls de la tranquillité accordée à tes eaux par le grand Manitou; quand ils prêtaient l'oreille, le soir, au bruit sourd de la danse des géants
enchantés sur tes roches lisses et grandioses! Rien ne troublait alors leur réverie que le chant harmèdnieux des oiseaux et le crépitement de la chute des feuilles! O Michilimackinac, ile du lac profond! adieu! »
Cette invocation prononcée à haute voix, sur le pont du navire à vapeur, par cet homme au visage couleur de brique, dont les yeux brillants jetaient une flamme intelligente, avait attiré près de lui une grande partie des passagers : ‘Tous admiraient l'orateur et sympathisaient avec le descendant de ces vaincus dépossédés de leur territoire par les
civilisés envahisseurs, les maitres actuels du pays du grand Manitou.