‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 36 sur 211 · LE DATEAU A VAPEUR QUI TRANSPOWTE LES GRA A BUFFALO · texte numérisé non relu

LE DATEAU A VAPEUR QUI TRANSPOWTE LES GRA A BUFFALO

P arMi les cinq grands lacs du nord de l'Amérique, l'Erié occupe la quatrième place, non seulement comme importance, mais encore au point de vue du grandiose et du pittoresque, Les lacs des Etats-Unis et du Canada, aussi bien que tous les mêmes amas d'eau en Europe et dans les autres parties du monde, ont chacun un aspect qui leur est propre. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette série de lacs qui communiquent les nns dans les autres, depuis le Minnesota jusqu'à l'Océan, a son originalité spéciale, suivant la latitude qu'il occupe.

Lorsqu'on revient vers les contrées policées de l'Union, après avoir visité le Michigan et le Huron, on ne se lasse point de diriger ses lunettes d'approche vers les rives où doit atterrir le steamboat, soit à Dubut, soit à Chicago.

Si le lac Supérieur est encore le plus mystérieux des points inexplorés par les touristes, quoique certains d'entre eux assurent qu'on trouve dans ce pays lointain des mines d'or et de diamant, d'argent, d'améthyste et de rubis, et des masses de cuivre natif, dont ils ont rapporté des échantillons; à l'encontre, le Michigan, aux eaux vertes, est le plus beau des lacs inférieurs, avec ses îles enveloppées de brouillards et ses baies profondes et poisson: neuses, Par contre, le Huron reflète dans ses ondes azurées les montagnes qui l'entourent et le ciel qui le domine,

L'absence de villes sur ses bords motive la course rapide du steamer, qui n'a pas de

fret à décharger ou à recevoir. Si le navire fait escale à certains points de la côte, c'est pour y renouvele+ sa provision de bois apportée là par des bücherons à moitié sauvages, et, pendant ce travail, les passagers ont le temps de se promener sur la côte et d'y chercher des agates multicolores.

Le lac Ontario est écrasé par l'importance du Niagara, et si l'on a par hasard parcouru ses méandres avant d'arriver aux chutes, les souvenirs que l’on avait ramassés de ci de là sont effacés par cet infernal cataclysme des eaux.

Revenons au lac Érié, dont les souvenirs historiques, les reliques du passé, les dates de batailles sur terre et sur eau ont leur importance réelle. À partir du vieux fort Schlosser, sur la rivière du Niagara à l'est, jusqu'à Detroit vers l'ouest, les souvenirs nationaux se renouvellent à chaque pas. Les abimes du lac recèlent les carcasses des nombreux navires angiais canonnés par les soldats de l'Indépendance, et les rochers ont apporté jusqu'à nous les inscriptions de cette race indienne : les Ériés, anéantis en 1665 par les tribus des Iroquois. On se rappelle le nom de divers héros de ces guerres du siècle passé : Pontiac, dont nous avons déjà parlé; Tacumseh, un autre Indien, qui somma les Anglais de rendre les armes et de quitter le territoire de ses pères; Perry, Anthony Wayner, Logan et tant d'autres dont les noms sont synonymes de courage et de patriotisme.

Le lac Erié mesure 250 milles de longueur, et sa profondeur varie de 204 pieds à go pieds. C'est le moins navigable de tous les lacs américains. Dans les époques de tempête, les vagues de cet amas d'eau douce sont courtes et destructives; les havres du rivage peu sûrs, les embouchures des rivières encombrées de bancs de sable. Dans les premiers temps de la navigation de l'Érié, les capitaines de navires se tenaient au large pour opérer un débarquement, et l'on transportait à terre les passagers aussi bien que les marchandises, à l'aide de bateaux plats. De nos jours encore, si cette mer intérieure est souvent en fureur, les steamboats et les navires à voiles préfèrent chercher un refuge entre les îles plutôt que de pénétrer dans un port ou dans une rivière, Lorsqu'il veut forcément aller dans un endroit du lac Érié où il a affaire, le capitaine d'un navire a recours à un de ces remorqueurs qui pullulent sur les côtes, prêts à rendre service au premier venu.

Ces petits bateaux à vapeur sont réellement très utiles à ces bâtiments de commerce. Semblables à des abeilles qui bourdonnent autour d'une fleur, on les voit aller de ci, de là, virant de bord, piquant de l'avant, revenant sur leurs pas, semblant dire au navire qui n'avance pas : Je suis prêt, moi, à vous prendre à ma remorque et à vous amener là où vous voulez aller. Le capitaine ne sait à qui entendre : il hésite, il peut choisir; mais enfin il a jeté son dévolu sur le Ofd Jack, qui lui semble plus propre que tout autre à remplir la tâche qui lui incombera. Le signal est donné; le « towboat » s'approche, fait le gracieux, jette le grappin sur le navire, puis se tourne prestement et met le cap sur le port, tandis que les matelots du navire larguent les voiles et préparent l'ancre et les cordages. On entre, on est entré. Une demi-heure a suffi pour amener le vaisseau sur le bord du quai. Tout est bien qui finit bien.

Ces bords du lac Érié sont vraiment très curieux à examiner, Tous les courants qui se déversent dans cette masse imposante d'eau douce sont bordés de quais, disposés de façon que le chargement et le déchargement des bateaux soient rendus faciles, Ces bateaux eux-mêmes ont un aspect très particulier : à quelque heure et quel que soit le jour où on

les examine, ils sont couverts de vêtements lavés qui sèchent à l'air. On dirait que tous les jours on fait la lessive à leur bord.

Regardez le travail de cet elevator au moyen duquel ow Aume le grain amené par le bateau pour le transborder dans un autre. Voyez les moyens employés par le même instrument pour enlever le fer rouillé arrivant du lac Supérieur, les pierres à chaux des îles de l'Ouest et le bois de charpente provenant du lac Huron. Cet autre avait à bord du pétrole et du charbon. Tous ces chargements ont leur destination, qu'il faut enlever et charger sur des barques, des goëlettes et des sloops. Ce remue-ménage, ce mouvement est digne de l'attention du touriste, car il se rendra compte ainsi de l'activité américaine et de l'industrie de ce pays. Tous les cris qu'il entend, les appels de cloche, les grincements de poulie, les sifflements de la vapeur, l’ahurissent bien un peu, mais il se fera à tout ce tapage en comprenant qu'il y a dans tout cela quelque chose de sérieux. Le steamboat des passagers arrive et trouve le chenal fermé ou du moins obstrué : on pourrait croire qu'il va y avoir collision. Loin de là, les marins des bateaux de cabotage prennent à droite, le steamboat à gauche : la passe est très étroite, mais elle suffira. en se serrant un peu. C’est ce qui arrive; on recule, on avance, puis on se glisse bord contre bord, sans se toucher; mais c’est à peine s'il y avait deux centimètres entre chaque bordage.

Et, pendant ce va-et-vient, les marins des bateaux du canal lavent leurs effets et les pendent aux bastingages pour les faire sécher.

Les rives du lac Érié, couvertes de forèts, sont généralement élevées de 6o pieds au-dessus du niveau de leurs eaux. A travers ce plateau, des ravines profondes servent d'écoulement aux torrents descendant des montagnes pour se jeter au milieu des vagues rugissantes du lac, qui, pendant la saison des frimas, sont réellement terribles. Vienne l'été, l'Erié devient calme comme un miroir, et l'on se plaît à contempler les voiles blanches qui sillonnent ses eaux vertes.

De temps à autre, on aperçoit des effets de mirage sur le lac, mais les brouillards sont rares, à moins qu'on ne prenne pour tels les buées du crépuscule, à travers lesquelles les navires se croisent comme autant de fantômes dans ‘ne obscurité relative, Dans la saison hivernale, les eaux sont couvertes de banquises glacées qui sont poussées de ci de là, au gré du vent; on jouit même quelquefois sur ces rivages des aspects radieux des aurores boréales qui couvrent l'horizon dans le nord.

Le nom donné au lac a pour origine celui que portaient les Eriés de la tribus des Cat, habitants du sol, à l'époque où les jésuites missionnaires vinrent, il y a deux siècles, visiter pour la première fois le pays. Les Ériés étaient une nation très importante qui dirigeait la confédération connue sous l'appellation de Nation neutre. Les villages de ces aborigènes se trouvaient situés près de l'endroit où s'élève Buflalo de nos jours, mais ils n'en erraient pas moins le long des rives sud du lac. Un jour les lroquois, qui arrivaient de rest, seruèrent sur ces peuplädes timides et les exterminèrent tous, hommes, femmes et enfants.

La nation sauvage des Ériés, qui vivait encore il y a cent ans sur les rives du lac, a complètement disparu, et les traditions qui se rapportent à cette tribu ont été dispersées. Le nom seul de ces sauvages a résisté à la lime du temps et s'est perpétué par l'appellation d'Érié donnée au lac, à une petite ville, et enfin à un chemin de fer.

La ville de Buffalo, — autrement dite du Bison, — en souvenir des hôtes quadrupèdes de la prairie qui s'aventuraient, en 1720, jusque dans ces parages, est bâtie à la pointe sud

du lac Érié. Toutefois, vers la fin du siècle passé, la station militaire qui se trouvait en cet endroit avait plus d'importance que celle de Butfalo. C'est là que, en 1760, les soldats de La Salle construisirent le Griffin, ce navire caboteur qui rut le premier lancé sur les eaux du lac, et à l'aide duquel les Américains purent découvrir les contrées au nord des lacs Huron et Michigan. Ce fut une fête fort gaie que celle de la mise à l'eau du Grifin. Mais la destruction de cette embarcation fut réellement fatale; il disparut, après avoir franchi la passe de Detroit, et oncques personne n'eut de ses nouvelles.

Buffalo, — Tashaway dans l'origine, — devint une vraie ville à dater de 1801 Avant cette époque, il n'y avait à l'endroit en question que quelques cabanes et un fort qui servait de refuge aux chasseurs et aux trafiquants de fourrures. Tout ce monde-là était constamment en lutte avec les Peaux-Rouges, dont ils redoutaient les instincts sanguinaires, ayant pour but unique le « scalpe », le meurtre et l'asservissement par la faim des ennemis de la race blanche.

Peu à peu l'immigration S'opéra autour de ce poste important, et, dès 1810, la population avait triplé. La guerre de 18:22 vint interrompre ces beaux résultats. En 1813, le pays fut ravagé par les troupes belligérantes et les sauvages leurs alliés. Le fort Niagara fut enfin pris par les Anglais, qui brülèrent tous les villages, Y compris Buffalo.

A l'époque où la paix fut signée, on releva cette petite ville de ses ruines, et elle prit des proportions telles qu'en 1832 elle était aussi importante que New-York. De nos jours, si la Ville Impériale a doublé détendue, si ses habitants ont augmenté dans les mêmes proportions, Buffalo, sans suivre un pareil exemple, n'en est pas moins un chef-lieu qui compte dans l'industrie et le commerce, dont les citoyens sont d'un caractère enjoué, amis des arts et du théâtre, et qui elèvent des pares et des promenades ornés de statues consacrées à la mémoire de leurs illustres compatriotes.

Le commerce le plus important de Butlalo est celui des grains, que l'on exporte de là sur les canaux pour tout le continent américain et même pour l'Europe. La méthcde employée pour ces chargements est très originale.

On se sert de grues énormes qu'on appelle des élérateurs. Ces machines géantes, faites en bois, ont un corps énorme et une hauteur considérable, et sont placées de distance en distance sur les quais, attendant qu'on les emploie, Lorsque les navires qui viennent de Milwaukee ou de Chicago arrivent et se mettent à quai, on voit descendre de la cime des élévateurs de larges trompes, semblables à celles des éléphants qui, amenées dans la cale où le grain est contenu, commencent à aspirer le grain et ne cessent de fonctionner que lorsque ce travail de succion est achevé. Une mécanique qui ressemble fort à un compteur, se trouve à la cime de ces élévateurs qui, à mesure que le blé passe, marque le poids, et par conséquent la quantité. Grâce à ce mode d'opération, on peut mesurer quarante boisseaux en une demi-minute, et ce travail ne coûte que deux centimes et demi pour ce laps de temps. Les Américains ne font aucune attention à ces machines dont on se sert pour les transbordements; mais le visiteurs étrangers s'extasient avec juste raison devant ces ascenseurs géants à l'aide desquels on travaille à l'aise et avec rapidité.

Butlalo a été bâtie sur le bord même du lac Érié, comme l'est Genève sur la rive du Léman; aussi ses habitants jouissent-ils à la fois des brises rafraichissantes qui soufflent au printemps et des rafales terribles, etfroi des navigateurs sur les eaux de l'Érié, Le havre de Buffalo est le plus vaste de tous ceux du lac; mais un des défauts de la situation de ce petit

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