LE DÉSERT DE WATKINS
heures; nous nous bornerons à dire qu'il trouva enfin une issue à ce dédale dans lequel il gravitait, sans pouvoir trouver le fil du labyrinthe, À un moment donné, Willie parvint sur une roche à 10 mètres au-dessus d'un coin du lac Seneca. L'eau profonde en dessous du rocher fui permettait de « piquer une tête » sans risque de se blesser : c'est ce qu'il fit. En quelques brassées il arrivait sur la grève du lac et pouvait s'orienter pour regagner le logis paternel,
Il y entra le soir, la tête haute, en s'écriant : « Euréka! » ou plutôt : « Me voici, j'ai découvert un monde nouveau ! »
Au lieu d'être grondé par son père et sa mère, Willie fut écouté, on s'émerveilla avec lui, et on lui fit répéter à plusisurs reprises les détails de ses pérégrinations.
Le lendemain, le père Judson et quelques voisins, munis d'échelles et de cordages, s'en allaient à la découverte, guidés par le jeune explorateur du « glen » de Watkins. Ce fut à ces pionniers de la curiosité que l'on dut l'organisation complète des escaliers, des ponts, des routes à l'aide desquels on peut de nos jours visiter, sans risque de se rompre le cou, le désert éminemment curieux de l'État de New-York.
Mais ce fut un travail de géant que celui entrepris par le père de Willie Jadson ct ses amis. Ces braves gens s'étaient réunis et avaient formé une société où chacur apporta son petit avoir, afin de constituer un capital au moyen duquel on pourrait faire face aux dépenses de la construction, du défrichemant, de la création des allées et des voies de communication. Le projet de ces gens-là était de tout faire pour attirer les voyageurs et les touristes sur les lieux nouvellement découverts, de façon à y créer des associations pareilles à celles que Dencourt avait organisées, à ses frais, dans la forêt de Fontainebleau en France. L'endroit en valait la peine : le désert de Watkins était destiné à rivaliser avec toutes les curiosités naturelles de l'État de New-York et des pays environnants. Il y avait parmi ces associés un homme très intelligent, nommé Peter Morin, qui avait appris la profession d'ingénieur et dont les lumières et la science pratique servirent à lever des plans, à tracer des itinéraires, à faire des devis et à monter l'affaire. Tous ses collègues comprirent la valeur de ses travaux et se soumirent à ce qu'il avait décidé, C'était ce qu'il y avait de mieux à faire, Un an après la découverte de Willie Judson, ces gorges sauvages où les aigles, les bêtes fauves, les reptiles avaient seuls encore fait élection de domicile, par: cette raison qu'ils n'avaient jamais été troublés dans leur domaine, un an après, disons-nous, la promenade du «glen » était complète, les guides à leur poste et des annonces savamment rédigées dans le Ne» York Herald, le Sun, le Tines et autres journaux importants apprenaient aux amateurs de la nouveauté et des impressions de voyage inédites qu'il y avait dans un des angles de l'État de New-York un pays ouvert à leur admiration, Les touristes ne se le firent pas dire par deux fois. La vogue du désert de Watkins commença et sa réputation se répandit sur tout le continent américain. De nos jours le « glen » est une des stations favorites de plus de dix mille visiteurs qui, de juin à la fin de septembre, viennent se reposer quelques jours au chalet ou dans les environs. Le Watkin's Glen est à la mode et le sera longtemps encore.
A 3 milles sud du désert de Watkins, il y a un autre site digne d'être également visité : il se nomme Havana. Seulement cet endroit est moins grandiose, moins solennel, n'importe! Cette promenade a également ses admirateurs. Deux cascades très remarquables se trouvent sur le parcours de l'excursion de Havana; l'on y parvient comme
dans le désert de Watkins, en gravissant des échelles et des sentiers tailiés dans le roc.
Havana n'a point l'étendue de l'autre promenade; les rochers sont moins hauts, mais on assure que, dans les premiers mois de l'été, le volume d'eau qui descend de ces sommets est plus grand que dans le désert de Watkins, Dès que juillet et août arrivent, ce torrent se sèche et c'est tout au plus si un mince filet d'eau se fraye un chemin sur les pentes abruptes des collines; tandis qu'à « Watkin's Glen », les sources alimentent les cascades et offrent
toujours le même aspect à ceux qui vont y chercher le plaisir et la fraicheur.