‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 44 sur 211 · DES · texte numérisé non relu

DES

IS

trouver dans la montagne; mais comment y parvenir? par quel Chemin gravir cet abime dont les abords paraissaient inaccessibles?

Willie Judson, — tel était le nom de ce naturaliste en herbe, — rentra tout pensif au logis paternel, Dès le lendemain matin, à Faube, il se leva et, saisissant son sac de classe, il y mit une provision de pain et un morceau de lard salé; puis, S'emparant d'une hachette et d’un couteau, il partit en cachette et se glissa hors du jardin, sans communiquer à ses parents la résolution qu'il venait de prendre.

Lorsqu'il arriva à la base de la montagne, au moment où le soleil se levait, il longea longtemps le ruisseau et parvint à une sorte d'arcade, sous laquelle il se glissa en rejetant de divers côtés les lierres et les vignes sauvages qui obstruaient le passage. En relevant les yeux, Willie Judson aperçut une vaste fissure, le long des parois de laquelle des cèdres et des mélèzes avaient pris racine.

A ce mème moment, un bruit d'ailes frappa son oreille; à travers les branches des arbres, l'enfant vit les deux aigles qui frôlaient une roche noire et qui disparurent aussitôt dans un trou dont il devinait l'orifice sans le voir.

L'audacieux « gamin » yankee se jura à lui-même qu'il arriverait jusqu'à l'aire des aigles. Il se cramponna à la première branche qui se trouva à sa portée; du tronc de cet arbre, il se hissa sur un autre et ainsi de suite, jusqu'au moment où, après des eflorts surhumains, hors d'haleine, il parvint en face de l'aire près de laquelle, sur une pierre plate, les deux oiseaux de Jupiter offraient comme aliment à leurs aiglons les débris d'un cerf que ceux-ci dévoraient à grands coups de bec.

La position était difficile : deux contre un. Mais Willie n'eut pas peur un seul instant. Il s'arc-bouta et se retint par la jambe à la branche de l'arbre, attendant résolument l'attaque des aigles. Le mäle se jeta d'abord sur l'enfant, qui, d'un coup de hache, lui brisa l'aile. L'oiseau tomba dans le fond du « glen ». Restait la femelle, qui d'abord s'éleva au-dessus de la tête de Willie dans l'intention assurément de retomber ensuite pou crever les yeux de celui qui voulait lui ravir ses petits. Willie se tenait sur ses gardes ; il avait d'une main son couteau et de l'autre sa hachette : il prit son temps, et quand la femelle de l'aigle se laissa choir sur lui, il l'embrocha en pleine poitrine et lui brisa également l'aile, Le combat cessa faute de combattants. Il pouvait s'emparer des aiglons, qui faisaient bien mine de résister, mais qui durent se laisser emprisonner dans les plis d’un mouchoir., Le plus difficile était de redescendre sans se casser les reins. Le vainqueur des aigles chercha d'abord la voie la plus sûre, et tandis qu'il examinait à droite et à gauche, il lui sembla reconnaitre une sorte de sentier qui devait aboutir à la cime du rocher, Il le suivit et s'aperçut bientôt que cette raute étroite débouchait sur un vaste plateau : de ce sommet, Willie put s'orienter ; il allait chercher d'autres déclivités, à l’aide desquelles il reviendrait vers les bords du lac Seneca.

Et le voilà qui marcha sans s'arrêter, franchissant une fissure, descendant, remontant, passant sur la cime du «glen Alpha », traversant les « chutes de l'Arc-en-ciel », la « cascade de la caverne », redescendant la « falaise de la cathédrale ».

Le soir était venu : il se trouvait complètement égaré. Sans perdre courage, le jeune Willie se glissa sous une roche tapissée de mousse et s'endormit jusqu'au lensemain matin. Il fut sur pied dès les premières lueurs de l'aube et continua sa course. Nous ne suivrons pas le petit Curieux dans ses recherches, qui durèrent encore vingt-quatre

Page 1