L'HOTEL «& MOUNTAIN HOUSE
- lui avaient donné le nom de Catskills, ce qui signifiait que leur ascension avait causé «la mort des chats », tant elle était difficile. Ce que l’on peut atsirmer, c'est que les Catskills sont une des curiosités naturelles de
l'Etat de New-York, Du côté de l'ouest, ils descendent graduellement vers le milieu de l'État de New-York et offrent à la vue des prolongements semblables à celui des côtes d'un squelette, Dans la direction de l'est, la chaine prend des proportions majestueuses et les pics s'élèvent souvent à 4,000 pieds, divisés entre eux par des vallées, des artères et des monticules. Ce sont, à vrai dire, les Alpes de l'Amérique du Nord, et tel Américain qui parcourt en été la Suisse ou la Savoie ne se doute pas qu'il a, dans son pays, des sites aussi beaux que ceux au milieu desquels il se trouve loin de son home préféré.
Les monts Catskills sont aussi célèbres par les admirables points de vue dont on jouit du haut de leurs cimes altières, que par la grandeur de leurs paysages intérieurs, Les poètes américains Irving, Cooper et Bryant ont immortalisé les paysages que l'on appelle Clove et les chutes de Kauterskill.
Le voyage dans ces montagnes doit être accompli au mois d'août, Que le touriste vienne du Canada, ou qu'il remonte de New-York par le chemin de fer ou les bateuux à vapeur, il éprouvera une sensation inexprimable quand il parviendra au débarcadère qui avoisine l'entrée des Catskills.
De ce point du territoire il aperçoit Black Head, puis graduellement North Mountain, South Mountain, Round ‘Top, et enfin High Peak, qui domine toutes les autres montagnes. C'estentre ce dernier piton et le South Mountain que l'œil est attiré par une cime perdue dans les nuages, le Clove, — Le Clou de girofle, — en dessous duquel le Kauterskill descend du cété de la plaine. Vis-à-vis South Mountain, où plutôt entre ce point et son voisin dressé au nord, on voit sur les flancs du rocher la « Maison du sommet », du haut de la piazza de laquelle les nombreux voyageurs arrivés et installés dans cet endroit de plaisance inspectent l'horizon et cherchent à reconnaitre les amis attendus par le convoi du chemin de fer. |
Ceux-ci, — y compris tous les nouveaux touristes, — s'arrêtent à la station, S'emparent de leurs bagages et se dirigent vers le bac à l'aide duquel ils traverseront la rivière. De l'autre côté, voici les omnibus, portes ouvertes, accapparant des promeneurs, traversant ensuite le village de Catskills, le pont jeté sur le Kauterskill, afin de se rendre dans la montagne. La chaleur est intense, les routes couvertes de poussière; aucun soutile de la brise ne fait remuer la feuille des arbres; les cigales seules chantent dans les guérets d'où la moisson a été enlevée. Les vaches, couchées dans les prés sous l'abri des arbres, tondent l'herbe ou arrachent une bouchée à la meule de foin, dont les senteurs balsamiques se développent, grâce à l'élévation de la température.
Mais les nuages accourent de tous les coins de l'horizon, le tonnerre gronde dans le lointain, un Grage menace dans un laps de temps plus ou moins rapproché, Tant mieux! il rafraichira la terre incendiée. Round Top et High Peak sont peu à peu cachés par la nue, mais North Mountain est toujours visible et la « Maison du Sommet» apparait distinctement sur les flancs du rocher.
Les omnibus montent toujours le long des parois de la montagne; ils côtoient la forêt épaisse, puis traversent le lit d'un torrent, passent sous une arcade qui surplombe la route et donnent au voyageur à chaque détour l'occasion d'entrevoir un paysage admirable, une vallée profonde, des courants d'eau qui gravitent sur des pierres moussues : c'est la gorge de « Rip-van-Winckle », chantée par Irving, et rendue si populaire dans toute l'étendue des États américains par cet ingénieux inventeur,
LES MONTS CATSKILLS, 1N7
La route, qui monte toujours le long de North Mountain, rase les précipices ou s'enfonce à travers les bois, On aperçoit bientôt la « Maison du Sommet », que l'on croirait à peine distante d'un demi-mille de l'endroit où le stage-coachiman s'est arrêté, pour laisser soufler ses chevaux, I n'en faut pas moins encore 3 milles pour arriver au but désiré, On passe à travers une gorge abritée contre les rayons du soleil par des cèdres superbes, et enfin on arrive sur le plateau en avant duquel est bâti le grand hôtel ouvert aux voyageurs,
La « Maison du Sommet » se dresse sur un rocher plat dont l'avant se projette audessus du précipice, La vue dont on jouit de la piazza est sans pareille : elle s'étend à 20 milles à la ronde, La déclivité indienne, — Indian Ridge, — et les pentes moins abruptes qui viennent après, tout en mesurant encore, à certains endroits, 700 pieds d'élévation, ressemblent de là à des taupinières; les montagnes et les vallées par lesquelles on a passé sur la route montueuse ne paraissent plus que comme une plaine aussi plate que la Beauce dans notre département français du Loiret,
Lä-bas , à l'horizon, voici le fleuve Hudson, Albany, West Point, des fermes admirablement entretenues, des bois aménagés avec soin à travers lesquels se jouent les rayons du soleil; puis, plus loin encore, un amphithéâtre de montagnes qui sert de limites au Vermont et s'étend jusqu'à Litchfield dans le Connecticut, dressant l'une par-dessus l'autre leurs cimes aiguës, rochers bleu foncé dont la teinte va se fondre au milieu des nuances rosées des montagnes du Berkshire,
Les effets de lumière, du haut de la terrasse de l'hôtel, sont réellement admirables, Le matin, quand Phébus se lève, ses rayons, frappant obliquement les flancs de la montagne, lui donnent une ressemblance étrange avec les flots glacés de la mer Arctique. Pour rendre l'illusion encore plus complète, des nuages blancs comme de la neige font ressembler l'horizon à une avalanche iminense à la veille de rouler dans la vallée. A mesure que le jour s'avance, l'aspect de la nature change; mais on ne peut pas toujours se livrer à la contemplation, car généralement c'est avec l'intention de se promener que l'on se rend aux monts Catskills.
Le site le plus pittoresque de ces parages est, sans contredit, la chute du Kauterkills. Sur les plateaux élevés des montagnes sud et nord le guide vous amène devant deux lacs entourés par un épais rideau de verdure. Dans l'un d'eux, — le South Lake, — le Round Top se reflète comrie dans un miroir, Ces deux récipients des eaux de la montagne donnent naissance au cours d'un ruisseau qui grossit, coule dans un lit encaissé et va se jeter, du haut d'une roche perpendiculaire dans une immense chaudière disposée au fond de l'amphithéätre.
De là, le torrent, prenant encore plus de force, court se précipiter par-dessus d'énormes rochers et, de cascades en cascades, arrive dans le lit de l'Hudson, vers le rivage de Catskills, Cette série de chutes d'eau est réellement unique au monde. Dans l'une d'elles, le rocher de pierre tendre a été taillé en hémicycle, de telle façon que les touristes peuvent se promener sous la chute d'eau, à l'entour du chaudron. De là, quand le soleil irise la nappe liquide, les yeux sont éblouis par ces reflets chatoyants tamisés par les arbres verts.
Sur le bord de l'abime, à l'endroit même où la cascade se précipite, un arbre a projeté son tronc noueux retenu par les racines dans les crevasses du rocher jusque de l'autre côté de la chute d'eau. Le guide raconte à qui veut l'entendre qu'une jeune Américaine, se sus-
1NX L'AMERIQUE DU NORD PITIORESOLUE
pendant par les mains à ce frèle appui, osa, un certain jour, passer sur l'autre côté de la cascade, Une fois là, elle poussa une exclamation triomphale et remonta vivement pour faire le tour et rejoindre ses compagnons.
Au-dessous de lu seconde chute, la gorge dans laquelle on pénètre est extrèmement sauvage, Les flancs de la montagne resserrés et perpendiculaires sont couverts d'une végétation luxuriante produisant une obscurité réelle au-dessus du courant d'eau,
Une des plus belles promenades des Catskills est celle que l'on fait de l'autre côté de South Mountain, A peine est-on sorti du jardin de l'hôtel que l'on pénètre dans un fourré de pins à travers lesquels la route s'avance en montant, Les racines des arbres, entrelacées et aplaties, servent d'escalierss çà et là, un rocher horizontal sert de station pour les touristes très désireux de reprendre haleme, Bientôt on parvient sur la crète de North Mountain formée de roches volcaniques que l'on appelle le « Hall du Pudding stone », entouré de fougères et de mousses, du pied duquel coule une source d'une limpidité sans égale, Les arbres que l'on trouve en cet endroit sont dénudés, gris et morts : le feu les a en partie brûlés, et cet incendie est attribué à Pimprudence des excursionnistes. Toutefois la route est bordée d'herbages et de groscilliers sauvages. On se trouve à l'issue du sentier, bien au-dessus de la « Maison du Sommet »; l'on peut apercevoir la demeure hospitalière à gauche et admirer à loisir la vallée de l'Hudson, dont la vue est bien plus remarquable qu'elle ne l'est de la piazza de l'hôtel.
Si l'on se sert d'une lunette d'approche, on distingue facilement à l'horizon, côté du nord, le dôme du Capitole d'Albany distant de 4o milles : c'est un coup d'œil admirable.
Du haut d'un promontoire formé par des roches élevées près de l'entrée qui aboutit à Kauterskill Clove, on distingue le Bowlder, but ordinaire de nombreuses parties de plaisir. C'est une énorme masse de pierre pudding transportée sans doute jusque-là par quelque avalanche, Peu s'en est fallu qu'elle ne dégringolat à 200 mètres plus bas pour aller se briser en miettes au fond du goutfre,
De cet endroit, en regardant vers le sud, on remarque les courbes du High Peak et de Round Top. Lorsque l'on a franchi le « Pudding Stone Hall », on suit le chemin qui s'ouvre tout droit à travers la forêt, au lieu de prendre la route qui tourne à l'est en droite ligne sur la montagne. On se trouve bientôt à une place où les rochers tombés des cimes se sont éparpillés de tous les côtés, On dirait les débris d'un champ de bataille de Titans. Le bois touflu est d'une obscurité profonde, car les sapins ont entrelacé leurs branches de façon à voiler les rayons de la lumière supérieure, Ce repos, au milieu de l'excursion artistique de Catskills se nomme «les Rochers des Druides », Le sentier est pratiqué contre la roche perpendiculaire couverte de mousse dorée . un peu plus loin la route gravit une crevasse imprévue et amène le touriste sur le sommet couvert de rochers grisâtres étincelants sous l'éclat du soleil au zénith.
Un layon à travers bois aboutit à la « Tête de l'Indien », roche qui surplombe un précipice de 2,000 pieds environ, sur lequel ont poussé une demi-douzaine de pins majestueux. Dans la vallée, le Kauterskill gronde dans un lit torrentiel, et l'on aperçoit à la base du rocher à gauche, côté de l'ouest, le chemin tournant qui conduit du village jusqu'au delà des cascades. Des deux côtés de l'endroit où le touriste s'est arrété, se dressent des rochers à pic, couverts par places de mousses et de lichens,.
DES CATSKILLS
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