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LA VALLÉE DE GENESEE

Red Jacket, Tall Chief, captain Brant, governor Blacksnake et autres chefs connus, tous revêtus de leurs costumes les plus brillants, On alluma le feu du conseil; le calumet de paix — le même que Washington avait offert à Red Jacket — passa de bouche en bouche, puis des discours en langage « seneca » racontèrent avec éloquence les hauts faits des grands chefs des tribus représentées par les fils et petits-fils de ceux qui étaient jadis maîtres de tout Le pays. Ce fut et ce sera probablement le dernier conseil tenu par les Indiens de l'Amérique du Nord.

Cette scène pittoresque rappelait l'époque où les Peaux-Rouges, qui s'étaient d'abord ligués contre les envahisseurs de leur terre natale et avaient pris parti, les uns pour les Anglais, les autres pour les Américains, crurent utile de contracter de nouveau une alliance entre eux, dans cette même cabane où ils se tendirent les mains au-dessus du foyer et où ils fumèrent dans le calumet de paix. C'était en automne : la chute des feuilles semblait pronostiquer celle de la nation indienne qui, en etlet, avait dès lors perdu son prestige.

En revenant vers la rivière, le chemin est tracé sur une distance de 2 milles et se termine par un défilé très étroit; on descend alors et l'on se trouve bientôt vis-à-vis de la cascade du bas, formée par un courant très rapide contenu dans un canal. Du haut de la roche proéminente qui s'avance au-dessus de cette chute, on plonge dans le gouffre, et c'est à peine si l'on peut en distinguer le fond, eu égard au brouillard épais formé par la poussière liquide de ces eaux glacées.

On peut descendre à la base de cette cascade, — la dernière de celles de Portage, — et suivre le courant du Genesee s'avançant majestueusement jusqu'au milieu de la vallée; on parvient ainsi à Rochester.

Le touriste qui ne recule pas devant la fatigue jouira, en parcourant les rives du Genesee, d'un spectacle dont l'équivalent ne se trouve qu'au milieu des cañons du lointain Ouest, Les pins qui ont poussé dans les prairies et les ravins atteignent à des hauteurs fantastiques. Du haut de l'une des cimes des montagnes, rien n'est plus curieux que de suivre des yeux les méandres de ces plantations naturelles, dont les racines sont enfouies dans un sol plantureux, où au sein des marécages couverts d'une abondante récolte de fourrages et de roseaux.

A l'époque des moissons, la vue est plus intéressante : elle s'étend sur des champs de blé et de maïs que les paysans récoltent avec soin. s

En dessous de Mount Morris, le paysage, r' e-là calme et gracieux, change complètement d'aspect. Du haut des rochers élevés à 200 mètres, on plonge dans la vallée où sont bâtis des villages élégants, possédant tous une église dont le clocher pointu se dresse vers le ciel; les prairies qui couvrent cette plaine sont appelées « les plaines du Genesee ». De tous les côtés, on distingue des barrières, des haies, des palissades, délimitation des propriétés de chaque habitant, les vergers où l'on cultive d'excellents fruits, les champs où croissent et mürissent des céréales de toutes sortes. La rivière coule au milieu de cette plaine, ombragée par des chênes et des ormeaux de taille géante, sous lesquels le bétail va s'abriter contre les ardeurs du soleil.

Ces géants de la nature ont, comme ceux de la forêt de Fontainebleau, inspiré les meilleurs peintres américains, dont les tableaux étonnent les amateurs. Nos artistes français éprouveraient une véritable joie à trouver de pareils modèles.

Qu'on ne s'imagine pas que cette partie de la vallée du Genesee est toujours aussi

Oo L'AMERIQUE DU NORD PIFFORESQUI

calme, aussi favorisée qu'au moment où nous Favoins visitée Dans la saison d'hiver, à certaines époques, les caux sortent de leur lit et inondent le territoire, C'est pour cela que les propriétaires ont consacre toute la partie riveraine à l'entretien de pâturages où ils

parquent leurs bestiaux, Aussi les pertes causées par les eaux si bornent-clles géncrale-

ment à celles des barrières et des haies, dommage très facilement réparé, Les routes endommagées sont vite reconstruites : on les a empierrées de façon à n'avoir pas trop de travail pour les rendre à la circulation.

C'est l'un de ces chemins qui aboutit, — en passant par le tourne-bride de Mount

LES HAUTES CASCADES DU GENESEE, VUE PRISE DU COTE DE L'OUEST Morris, — au village de Gencesee, le chef-lieu du comté de Livingston, la partie la plus

riche de tout le pays arrosé par la rivière, La fondation de cette bourgade remonte à soixante-dix ans au plus, et la maison la plus importante que l'on y trouve est celle de

Wodsworth, du seuil de laquelle ia vue est admirable, De grandes avenues formées par des arbres gigantesques aboutissent à des pelouses semées devant le manoir qui appartient aux descendants de l'illustre général Wodsworth, tombé au champ d'honneur pendant le combat de Wilderness.

Le village de Gencesee est très bien placé, sur une hauteur, et ses rues régulières, bordées de maisons coquettes, s'abritent sous des arbres de la plus belle venue, De tous côtés on aperçoit des points de vue ravissants et, dans le lointain, l'on vous montre les toits de Rochester à l'horizon le plus extrème de la vallée,

Le chemin de fer se charge de vous conduire jusque-là, en traversant Avon, Mount Morris et Danville, Cette dernière bourgade est bâtie sur les rives du courant d'eau et passe avec raison pour très remarquable,

A la station d'Avon, la voie ferrée coupe celle de l'Érié : on trouve en cet endroit des sources sulfureuses très renommées pour les malades américains et fort recommandées par les médecins qui les soignent,

A 20 milles au delà, en suivant la rivière sur sa rive de l'est, on pénètre dans le comté de Monroë et on avance vers Rochester,

Cette ville, admirablement située, est le grenier d'abondance de toute cette partie du pays. Les minoteries que l'on y a établies ont fourni un prétexte aux géographes pour donner à Rochester le titre de « Ville de la farine de l'Ouest »., Ce qu'il y a de curieux dans cette ville, c'est qu'en 1810, il n'y avait pas la moindre maison à l'endroit où elle est actuellement bâtie. Ce fut seulement deux ans après que l'on commença les constructions. En 1817, les maisons s'élevaient de tous les côtés, si bien que, grâce à l'esprit d'entreprise des Yankees, le « grenier de l'Amérique » ne tarda pas à devenir un centre de population fort important,

C'est à Rochester que le canal Érié est ouvert et se met en communication avec la rivière Genesee, qu'il traverse sur un aqueduc de granit, lequel a longtemps passé pour l'un des plus splendides travaux des ingénieurs du pays. De tous les côtés, sur le bord de la rivière, on aperçnit des moulins mus par l'eau, des manufactures très vastes qui sont d'une prospérité de plus en plus croissante.

La nature, parmi ses diverses combinaisons, semble avoir traité cette partie des États- Unis avec une tendresse toute spéciale, Que le voyageur remonte ou descende ce beau canal de l'Érié, il ne pourra s'empêcher de remarquer que tout le lons de ses rives s'étendent des plaines fertiles où la culture est poussée au plus haut degré. De tous les côtés, des troupeaux font « sonner leurs sonnettes » en broutant l'herbe épaisse, ou en s'acheminant vers la bergerie protectrice; les moissons verdissent et ‘mürissent; les arbres sont couverts de fruits.

On aperçoit, de temps à autre, des bateaux chargés de produits de sources diverses, d'autres où des émigrants ont entassé leurs meubles et leurs malles, et s'en vont ainsi à la recherche d’une nouvelle demeure.

Et l’on ne peut s'empêcher de songer à une époque peu éloignée de la nôtre, où ces rivages solitaires étaient à peine troublés par le passage d'une tribu d'Indiens, entraînés à la poursuite d'une harde de cerfs. Le pays était alors encore vierge de la hache du bûcheron, tandis que de nos jours il est couvert de villages, de fermes, de villes même où l’on n'entend plus que le bruit assourdissant des marteaux et des machines à vapeur. On voit le

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