LA VALLÉE
Convention ayant pour but l'union des colonies, et dont Benjamin Franklin fut le président.
Les vues d'Albany sonttrès pittoresques, soit qu'on examine la ville du côté de l'ouest, d'où les maisons s'élancent par étages, et où le Capitole domine la cité enfouie dans un bosquet d'arbres touffus, soit du côté nord, où l'on aperçoit la ville en biseau; car Albany est plus long que large, Au haut, dans la direction de Troy, les champs sont réservés aux bestiaux, et les pâturages abondent; vers le midi, les fonderies, les manufactures couvrent le terrain, Les hôtels, — vastes et bien tenus, — sont placés à l'extrémité de la ville, au delà du jardin du Capitole, C'est là également que l'on peut examiner à loisir Les églises anciennes et modernes et les vieilles maisons qu'avaient élevées les Knickerbockers.
Une vue également curieuse d'Albany est celle que l'on a de Keenwood, La ville semble complètement serrée, écrasée, On distingue sans difficulté les arbres du pare Washington, les champs cultivés qui bordent la ville au sud, et les montagnes brunes contre lesquelles elle s'appuie à l'ouest, Des arbres de très belle venue bordent les routes, souvenirs irrécusables de l'époque où le Mohawk Gtait le grond fleuve du pays. Du haut de ces collines, rien n'est plus facile que de jouir du spectacle enchanteur de la réunion des caux de cette rivière dans le grand fleuve qui va descendre jusqu'à la mer, ét porter des navires de grand tonnage, aussi bien que des vaisseaux de guerre jusqu'aux trois quarts de sa course,
Mais le spectacle le plus curieux le long des rives de l'Hudson est, sans contredit, celui de ces immenses bateaux à vapeur, maisons flottantes, qui, à toute heure, le matin, le soir, le jour, la nuit, montent et descendent de New-York à Albany et Troy et de ces deux villes à la Ville-Empire, chargés de passagers et de marchandises,
Il faut avoir vu, il est indispensable d'avoir visité ces constructions navales pour se faire une idée de la hardiesse américaine,
Tous ces vapeurs à haute et basse pression se ressemblent à la différence près du luxe, de l'aménagement iniérieur; aussi, en en décrivant un, — nous choisirons le plus élégant, le plus rapide, le mieux peint et le plus luxueusement meublé, — nous les aurons tous photographiés.
Qu'on se figure un vaste bateau plat, sur lequel sont hissés trois étages superposés; le premier, placé au-dessus de la cale où sont arrimées les marchandises et les malles des passagers; celui au-dessus dans lequel se trouvent des salons pour les dames et ceux pour les gentlemen, tous bordés par des cabines dont l'accès est pratiqué au moyen de portes à coulisses, avec trois rangs de couchettes superposées à droite et à gauche.
Au milieu de ces salons se trouve une table dressée dans toute l'étendue de la pièce. Aux heures des ; :pas, elle est couverte d'une nappe éblouissante de blancheur, de surtouts pleins de fruits, de fleurs, et on y sert ur repas à la mode américaine, plantureux sinon très succulent. Le repas terminé, on trouve des livres et des « scrap books », — albums, — aliments intellectuels qui remplacent la nourriture du corps. Un certain nombre de Bibles et de prayer books sont également placés sous les yeux des voyageurs présents, offerts par les « Bible Societies », qui sont très répandues dans toute l'étendue des États-Unis.
C'est généralement le soir que l'on s'embarque pour redescendre 12 fleuve Hudson et se diriger sur New-York.
Quatre heures viennent de sonner : on voit des voitures chargées de bagages accourir vers le pori: des Chariots, — carts, — s'acheminent vers le mème point du rivage. Une cloche, — que disons-nous? — plusieurs cloches, sonnent à toute volée, pour appeler les retar-
dataires, La vapeur chautfle; les matelots du steamboat, — abeilles de ces énormes léviathans des eaux, — vont et vicanent dans toutes les directions, roulant des tonneaux et des colis, les alignant, les calant, Les voyageurs pressent le pas et descendent où montent à bord, en s'introduisant par le pont-échelle qui touche de la rive aux sabords du steamboat,
Tout est prêt : l'heure sonne, la vapeur sitile et l'on entend ces mots : « Ævrery body on board! — Tout le monde est à bord! » — auxquels on répond par ceux-ci : « AU right! Let us go! Tout va bien! Partons! »
C'est le capitaine qui les a prononcés, Les grappins ont été retirés : la roue tourne, le navire s'éloigne de la rive, tandisque les passagers grimpent sur le pont, — le troisième étage, — pour dire adieu à leurs amis qui les ont accompagnés et qu'ils laissent sur la rive, ou bien, s'ils sont seuls, pour jouir de la vue du paysage, où examiner l'habileté de la manœuvre,
Le steamboat est au milieu du fleuve, Les préposés du capitaine procèdent à la recette et perçoivent le prix des places,
Aux États-Unis, le péage d'un passage sur les railways ou en bateau à vapeur ne se fait pas comme en France où dans les autres pays de l'Europe, Tandis que, sur le continent européen, on ne peut entrer dans les salles d'attente d'une ligne de chemin de fer, ou monter sur un navire que muni d'un billet, dans les pays américains, on commence par s'installer dans un wagon, où dans les cabines d'un bateau à vapeur, à sa guise : le premier venu est le mieux placé. C'est rationnel; pas de privilège : tout est au premier occupant.
Trois hommes suffisent pour opérer la rentrée des fonds dus pour le passage, Le premier se place à l'issue d'un salon, l'autre à son entrée : le troisième s'avance dans l'intéricur, allant de place en place, de personne en personne, demandant où l'on va, si l'on dine, si l'on couche dans un « cadre », et se faisant donner, en échange d'un ticket, la somme tariféce,
Impossible de tricher : il faudra à chaque réquisition, à table, au lit, et surtout à la sortie du steamboat, quand on arrivera au lieu de destination, reproduire le ticket qui prouvera que lon est en règle,
Lorsque cette pérégrination importante des trois préposés est terminée, la cloche du diner sonne. Des nègres, — spaiters, — ont mis le couvert : Supper is ready ! ce qui veut dire en bon français : La soupe est sur la table, où plutôt : Le souper est prèt,
Chacun s'assoit par ordre au rang qui lui est assigné. I est bien entendu que lon s'est arrangé de telle façon que la famille, les amis, ne soient point disséminés le long des parois de la table, |
Et cependant il arrive quelquefois qu'un pauvre diable, ou un escroc — il n'en manque pas, Dieu merci! à bord des navires à vapeur qui voyagent sur les fleuves, sur les parois desquels on voit de tous les côtés des affiches ainsi libellées : — Besware the pickpockels! — prenez garde aux filous! — il arrive, disons-nous, qu'un malheureux ou un intrigant se glisse hors des étreintes savantes des préposés.
L'un n'a pas l'argent nécessaire pour payer son passage, l'autre ne veut pas vider sa bourse,
Si ces deux personnes en contravention sont découvertes, on ouvre une enquête, on les interroge et, quand la vérité est reconnue, on procède de la façon suivante.
Le malheureux, — celui dont l'honorabilité est avérée, — est soumis par le capitaine aux travaux du bord, suivant ses forces, d’après son intelligence, Mieux encore, on