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ROUND ISLAND — L'ILÉ RONDE SUR LE LAC LONG

LE LAC CUYAGA

'Erar de New-York est cer- Sas celui de tous ceux du territoire américain qui compte le plus de cascades et de cataractes célèbres. Le lac « Cuyaga » est bien connu de tous les amateurs de paysages et de tous les photographes, Les chutes les plus importantes ont situées à l'extrémité sud du lac, dans le voisinage d'Ithaca, qu'un collège, le Cornell University a a rendu célèbre,

Le « Cuyaga » estenclavé dans une vallée qui s'élève à 400 pieds au-dessus du niveau des pays d'a-

LES CHUTES DU TAGMANIC, lentour, et l'on parvient à ce site

à travers des ravines et des gorges

boisées, au milieu desquelles coulent, deçà delà, des nappes d'eau dont la formation est

due au ruisseau important qui arrose la contrée entre la baie de Chesapeake et le golfe du Saint-Laurent, et qui est devenu un lac dans le terroir de Cuyaga.

Quand arrive l'été, tous les oisifs des villes voisines se rendent en partie de plaisir dans ces parages enchanteurs, et à leur suite on compte des voyageurs qui ont appris à connaître et à apprécier les beautés agrestes du pays et veulent ajouter à leurs souvenirs

celui d'une excursion à Cuyaga, I faut à peine une demi-heure pour se rendre d'Ithaca

aux cascades, ce qui fait dire que cet endroit est le « Bois de Boulogne » de la ville. Le

spectacle des chutes couve, :s de glaçons pendant l'hiver a également un charme tout

particulier,

La cascade appelée « Fall Creek », la plus éloignée au nord d'Ithaca, est surtout remarquable par cette particularité, que l'on trouve huit chutes d'eau toutes plus jolies les unes que les autres, dans la ravine qui y aboutit, Les roches qui s'élèvent des deux côtés sont presque perpendiculaires et couvertes d'arbres verts. Un chemin assez bien entretenu circule à travers les méandres de la forêt, Quatre de ces cascatelles mesurent de 30 à 60 pieds d'élévation, Mais celle d'Ithaca en à 150, et l'on est émerveillé lorsqu'on voit ce torrent se précipiter à travers la fissure du rocher et ricocher de pierre en pierre jusqu'au bassin ouvert en bas.

Non loin de cet endroit, on va visiter les « Trois Cascades », qui, à notre avis, sont les plus belles de tout le territoire, Ce qui a fait donner cette qualification de «triple » à la cascade, c'est qu'elle oflre à la vue trois chutes les unes au-dessus des autres. La dernière est celle qui tombe de plus haut, On aurait dû nommer cette cascade « le Voile de la mariée », En eflet, l'eau tombe mince et ferme, comme une gaze devant un rocher, sans presque produire le moindre bruit.

Nous indiquerons à nos aimables lecteurs certaines bizarreries de la nature que l'on montre à tous les voyageurs et qui, en eflet, sont assez extraordinaires.

La première est une tour massive, formée par un rocher de 30 pieds de haut. Une sorte de créneau a été façonnée naturellement par les érosions dans la pierre, Les eaux du lac viennent baigner cette fortification, derrière laquelle la forêt a formé un rideau de feuillage.

Un peu plus loin, voici une grande muraille de pierre à l'extrémité de laquelle se dresse un arc-de-triomphe fruste et sans ornements, car il a été également façonné par la nature; cela s'appelle le « Castle Rock », Des arbres, — quelques-uns assez élevés, — ont poussé dans les fissures de la roche, Deux sapins assez hauts s'élancent sur le fronton de l'arc de triomphe.

A un mille et demi de « Fall Creek », on'visite les Cascatelles, C'est entre les deux ravines que l'on a construit l'Université, sur une éminence qui a 400 pieds d'élévation au-dessus du niveau du lac, Les bâtiments du collège, placés sur un point culminant, sont entourés de gazons et de parterre de fleurs parfaitement entretenus,

La vue, dont on iouit de la piazza ouverte sous ce fronton du collège est une des plus belles de toute la contrée, L'une des ailes est placée près de la Cascatelle, Un pont, jeté sur le vallon, est dû au travail ingénieux des élèves de l'université; il donne accès, sans forcer à descendre ou à remonter, sur l'autre côté du vallon étroit, où l'on éprouve encore des sensations charmantes en contempiant les horizons.

L'organisation intérieure de ce collège, connu sous le nom de Cornell University, est intéressante à raconter ici, parce qu'elle ne ressemble point à celle de nos institutions françaises,

S'il est parmi nos lecteurs quelques personnes qui aient visité le collège d'Eton, près de Windsor, en Angleterre, elles verront que la description que nous allons faire est, à peu de chose près, identique avec celle de cette grande institution, qui compte plus de mille élèves.

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Les Américains, amis de la liberté, ont voulu que ce grand principe fût inculqué dès le premier âge à tous les enfants du pays, Dès qu'ils sortent du giron de la famille où ils ont été habitués à faire leur volonté, les garçons et les jeunes filles sont placés duns des académies dirigées par des professeurs imbus des mêmes idées, Que l'on ne s'imagine point cependant que cette liberté engendrera la licence! Bien au contraire, l'enfant libre comprend bien plus vite In valeur de ce mot, sa véritable signification; l'adolescent admet la supériorité sous quelque forme qu'elle se présente, Le Mighty God (Dieu tout-puissant), — le Mighty Dollar, le sublime dollar, — le Mighty Country, la contrée grandiose, — tout ce qui est géant, inimitable, en un mot au-dessus de l'ordinaire, mérite et obtient son approbation, ‘

Seulement, si le professeur est au-dessous de sa tâche, s'il ne réalise pas les espérances conçues à son endroit, il sera aussitôt conspué et déclaré hors de service, Par contre, si cet homme, dès ses premiers frottements avec ses élèves, leur démontre, en peu de mots, qu'il les domine par le vouloir et la science, il deviendra bientôt l'idole de sa classe,

C'est pour cela que les professeurs des collèges et des universités des États-Unis marquent tous dans les branches de l'enseignement.

Revenons au collège proprement dit de Cornell, Chaque élève a sa chambre particu« lière, dont l'ameublement se compose d'un lit, d'une table de nuit, d'une commode, d'une table et de quatre chaises, une bibliothèque destinée à contenir des livres, quelques gravures : Washington, Henry Clay, le général Grant, sont appostes sur la muraille; des portemanteaux pour les habits, des rideaux blancs aux fenêtres; tout est simple, monacal, utile, sans être luxueux. Un tapis couvre en hiver le plancher qui, pendant la saison chaude, doit être lavé, tous les deux ou trois jours, par les serviteurs du collège.

Ces chambres, ou plutôt ces cellules, sont bien aérées et s'ouvrent sur un vaste corridor, comme qui dirait celui d'un monastère, Les portes ne sont point fermées à l'aide de serrures : les professeurs veulent toujours avoir le droit de savoir tout ce qui se passe chez leurs élèves. Ceux-ci sont libres de travailler le soir, à la clarté de la lampe; mais, à onze heures, les feux doivent être éteints, c'est la règle immuable.

Le lever, en été, s'opère à cinq heures; le déjeuner est servi à sept et les classes commencent à huit. Pendant l'hiver, ce règlement est reporté à une heure plus tard,

Dès que l’écolier est debout, il doit se livrer à ses ablutions dans une salle disposée à cet effet : ces devoirs de propreté remplis, il rentre dans sa chambre pour procéder à la fin de sa toilette et préparer ses leçons. Après le premier repas du matin, l'élève de Cornell se rend au réfectoire, où il trouve du café au lait, du chocolat, avec des muflins et des tartines grillées, — toasts. — D'aucuns, qui préfèrent la soupe, sont servis à leur goût, Une demi-heure de promenade est ensuite accordée à tout le collège.

La classe commence enfin, ‘Tout est enseigné méthodiquement, par démonstration, à ces jeunes Américains. Le professeur envoie ses élèves au tableau et leur apprend, par des faits, ce qu'il veut leur prouver. Chacun, ou le plus grand nombre, à tour de rôle, est appelé vers la planche noire, afin de prouver l'évidence de l'utilité des leçons.

Il y a, après la classe, des répétitions particulières dans les chambres, une répétition générale dans les salles d'études, et enfin, le diner a lieu à midi, — repas savoureux, abondant, pour lequel l'économe ne recule devant aucune dépense, afin d'améliorer la

ENVIRO

LES ENVIRONS D ITIHAUA,

santé des élèves, À Cornell, les élèves sont admirablement nourris. La pension coûte 500 dollars, — 2,500 fr, — mais elle les vaut hardiment.

Après ce repas, le plus plantureux de tous, les élèves vont s'ébattre dans les cours, sur le gazon du parc, où se promènent quatre à quatre, s'ils aiment mieux cet exercice, pour satisfaire leur goût où favoriser le développement de leur corps. À deux heures, les études recommencent : études de l'arithmétique, du français, puis du latin et du grec, pour ceux qui veulent tout savoir, - A Cinq heures, on procède au lunch : du pain, du beurre, une tranche de viande à qui en veut, et récréation, L'étude du dessin ou de la musique est ouverte de six à sept heures et demie, A huit heures, on soupe, puis chacun se retire dans sa chambre avec la permission de recevoir ses amis, On prend là du thé, on y devise à mi-voix sur les travaux du jour; puis, quand les onze heures réglementaires ont sonné, chacun doit rentrer chez soi et se coucher,

Bonne nuit, mes enfants! Jouissez de la liberté et travaillez encore demain comme vous l'avez fait aujourd'hui, sous l'égide protectrice de vos amis, les maîtres savants préposés à votre instruction,

Nous ne déclarerons pas que les élèves du Cornell University sont tous des « aigles »; mais nous pouvons certifier que ce sont des hommes,

Cinq années d'études suffisent pour mener à bonne fin les travaux de ces jeunes gens, qui entrent dans le monde avec la science sufhisante pour se guider dans la vie ouverte devant cux, avec ses phases de bons et de mauvais jours,

Généralement, les Yankees de vingt ans sont déjà des gens de valeur, pour qui ie com mérce sera une science facile à expliquer de façon à faire honneur à un pays essentiellement laborieux et industrieux.

A 6 milles d’Ithaca, dans la direction du sud-ouest, on va visiter « Enfield Falls », site très remarquable. Le guide fait remarquer aux touristes la profondeur du lit torren: ticl qui a creusé le rocher pour se frayer un chemin, L'eau arrive avec rapidité au-dessus de ce canon en miniature et se précipite à 150 pieds dans un gouffre dont les murailles se dressent des deux côtés à 300 pieds de hauteur.

Ce saut accompli, l'eau coule à travers la vallée et va se jeter dans le lac en suivant encore un itinéraire très accidenté, dont le parcours défie vraiment le courage le plus opiniâtre. La chute principale ressemble quelque peu à celle de « Friple Falls », car, Comme celle-ci, elle est scindée en quelques fractions, jusqu'au moment où elle atteint la protondeur de l'abime, Ceux qui admirent ces cascades, — toutes semblables et pourtant tcajours nouvelles, — du haut des rochers couverts de verdure, — ne peuvent s'empécher de songer à la grandeur de la création universelle,

On cite encore parmi les curiosités du pays la chute d'eau de « Buttermilk Ravine » le long de laquelle se dresse une pierre d'une hauteur monumentale.

Cette curiosité naturelle a aussi sa légende.

Comme dans tous les pays nouveaux, l'Américain du Nord se rattache faute de mieux à toutes les petites histoires qui peuvent donner quelque relief à un site remarquable par une originalité de la roche, de l'arbre ou de la rivière, Ce rocher de Buttermilk formé par une masse de pierre calcaire, divisée par couches épaisses de 0",10 à 0",15 chacune, était autrefois le point de repère d'une tribu d'Indiens qui avaient pris parti pour les Anglais contre les soldats du général Washington, Leur chef Tary-Oh, pendant une

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échauflourée entre les Yankees, et les hommes de sa tribu, s'empara d'une jeune fille de race blanche dont il devint éperdument amoureux et qui, parfaitement traitée par lui, finit par répondre aux doux sentiments du chef Peau-Rouge et accepta la proposition d'être sa femme légitime, à la mode indienne, Miss Blackstone, habituée à vivre avec tout le confortable des enfants des planteurs du pays, se résigna à suivre Tary-Oh comme l'eût fait une squaw de la tribu et à partager les dangers que courait son époux, dans ses marches et contre-marches à la poursuite des Américains,

Elle avait pris une telle influence sur TFary-Oh, que celui-ci épargnait les prisonniers et ne les « scalpait » plus à la façon des gens de sa nation.

Un jour, à la suite d'une longue excursion à travers monts et vallées, du côté du Lac George, miss Blackstonc, femme de ‘Tary-Oh, tomba malade et se vit dans Fimpossibilité de suivre son époux. I était cependant impossible de laisser la pauvre femme exposée à tomber entre les mains des Américains, qui ne lui auraient pas pardonné sa trahison,

Tary-Oh connaissait près du lac Cuyaga une grotte profonde dont l'accès était fort difficile, et qui pouvait devenir habitable avec peu de frais, Cette grotte ressemblait cxtéricurement à une tour massive et ruinée, À sa base intérieure une sorte de portique était naturellement taillée dans la pierre, et s'étendait un jardin où croissaient des herbes sauvages : des arbustes et des plantes grimpantes couvraient les murailles, Une fois Fhuis fermé à l'aide de quelque grosse pierre, celui qui se tenait à l'intérieur de la tour devait être caché à tous et à l'abri d'une découverte quelconque par tout autre que par celui où ceux qui sauraient que la tour de Cuyaga était devenue l'asile d'un étre humain.

Le chef indien transporta seul, pendant la nuit, sa femme dans la cachette qu'il tui destinait pour demeure, F ui apporta des vivres, des peaux de bison, et lui indiqua une source qui se frayait un chemin sous les rochers, En faisant ses dieux à miss Blackstone, il lui dit:

Ton chef et maitre ne restera pas longtemps absent : la victoire une fois remportée sur les visages pâles, il reviendra près de toi.

I partit. Nos lecteurs ont peut-être deviné que la pauvre m ss Bi. ckstone se trouvait à la veille de devenir mère, Sa position était désastreuse, Elle eût eu besoin de secours et nul ne devait être là à l'heure de la délivrance, pour lui offrir des soins indispensables à une femme qui avait été élevée d'une façon tout autre que l'est d'ordinaire une squar.

Le lendemain du jour où miss Blackstone avait été introduite dans la grotte tour de Cuyaga, — dans la ravine que lon nomme Buttermilk à notre époque, — les douleurs de la maternité la forcérent à rester couchée : elle comprit alors la faute terrible qu'elle avait commise, mais il n'était plus temps. En proie à d'horribles souffrances, elle lutta et finit enfin par mettre au monde une gentille créature qui, faute de soins, mourut en quelques heures, La malheureuse mère était restée sans Connaissance, et lorsqu'elle reprit ses sens, sa désolation égala la douleur physique qu'elle avait éprouvée.

Le soir du troisième jour, miss Blackstone, qui ne pouvait sortir de sa prison, adressa à Dieu la plus fervente prière et se résigna à mourir, Peu à peu ses forces baissaient, lorsque, au moment où elle allait rendre l'âme, la grosse pierre qui cachait l'orifice de la grotte tour tomba avec fracas, Tary-Oh était près d'elle, Mais le chef éploré arrivait trop tard, I chercha par tous les moyens possibles à ranimer sa bien-aimée : celle-ci ne devait

plus rouvrir les yeux. Tary-Oh ne put que rendre les derniers devoirs à sa femme: il maudit la guerre qui l'avait forcé à quitter sa compagne et, à dater de ce jour, il garda la neutralité dans le conflit entre les Anglais et les défenseurs de la liberté indigène. 1 mourut à Cuyaga en 1791.

Peu à peu, l'atmosphère destructrice a miné la tour, et il n'en reste plus, en 1850, que le fragment que l'on montre encore aux voyageurs, en leur racontant la légende de Fary-Oh.

La plus importante et la plus pittoresque de toutes ces cascades groupées dans €e petit territoire est, sans contredit, celle de « Thaganic », que l'on trouve en haut du lac Cuyaga, à 10 milles nord-ouest de la ville, Elle mesure 50 pieds de plus en hauteur que le Niagara : on la compare à la Staubach de la Suisse, Ce qui fait le charme de ce paysage, c'est le grandiose de cette cascade, qui s'élance dans une ravine monumentale, et la vue du lac, que l'on a d'un certain côté, ainsi que celle du pays environnant.

L'eau semble émerger d'une table de pierre unie comme une dalle et on la voit tomber à 250 pieds dans un vaste bassin, Un brouillard épais, produit par la pulvérisation du liquide, se développe aux deux tiers de la chute. Les rochers forment un triangle en avant de la cascade : on dirait qu'ils ont été taillés par des maçons habiles, tant leur surface est plane.

C'est à cet endroit que l'on peut répéter avec raison les vers du grand poëte :

Le vent qui vient à travers la montagne

Me rendra fou.

Malheur à l'imprudent qui se sera risque dans ces parages sans emporter un manteau, un chàle et quelques cache-nez! Il est certain de rapporter, — en revenant au logis, — sinon une fluxion de poitrine, du moins un rhume dont il aurait pu éviter les atteintes.

Borée se déchaine en ces lieux comme il le fait lorsqu'il descend des cimés glacées

du mont Ventoux, dans nôtre département de Vaucluse, aux portes d'Avignon, — la cité des papes, — pour fondre sur la Provence et déraciner tout ce qu'il rencontre sur son passage.

Le mistral de Thaganic n'a rien à envier à celui de Marscille et de la Crau. Lorsqu'on va visiter la cascade américaine, il faut se tenir à... quatre pour ne pas être jeté bas, et mème pendant les fortes chaleurs de l'été, on doit avoir la précaution d'être vêtu de drap et muni dessous de flanclle,

L y a dans l'État de New-York une portion de territoire qui oflre à ceux qui la traversent

le eharme le plus coniplet de la vie champêtre. C'est à peine si, aux Etats-Unis, le souvenir des temps passés remonte à deux cents ans; mais il semble que dans ce coin de terre la paix et le bonheur ont fait élection de domicile depuis les âges les plus reculés, Ce pays béni et enchanteur, c'est Mohawk, une vallée profonde et étendue traversée par la rivière de ce nom, lequel lui fut donné par les tribus aborigènes et dont l'étymologie est inconnue.

Ce courant d'eau prend sa source dans le comté d'Onéida, à 20 milles au nord de Rome. Son lit descend dans la direction du sud-ouest et de l'est et, va aboutir à l'Hudson, après avoir creusé son sillon sur une étendue de 145 milles. Au début, cette rivière n'est qu'un « ruisselet »; mais, après avoir reçu les eaux de différents autres affluents, à Utica, elle devient très importante,

Cette petite ville que nous venons de nommer est bordée d'un côté par le canal du lac Érié, et de l'autre p le Mohawk, qi forme des contours pareils à ceux d'un serpent qui rampe, et sert à l'arrosage des fermes nombreuses placées aux abords d'Utica.

Des arbres de belle venue boident la rivière et les prairies qui l'avoisinent, Un peu plus loin, parallèlement au canal, la voie ferrée livre passage à ses machines et à ses wagons, ct, derrière cette route du progrès et de l'industrie, les montagnes boisées forment le fond du paysage. Des troupeaux de bœufs et de vaches broutent l'herbe épaisse, et les oiseaux en grand nombre babillent dans les buissons, où picorent les insectes sur le dos des bestiaux.

Le Mohawk coule en murmurant à travers Ces pâturages et arrive enfin sur les roches jetées sur son passage par l'Adirondack. A dater de cet endroit, le Mohawk, jusqu'alors tranquille, devient irrité et tumultueux et se précipite d’une grande hauteur à « Little Falls ». I y a là trois cascades, de 40 pieds en tout, toutes les trois utilisées par les manufacturiers et les usiniers de la ville, dont les constructions s'élèvent sur l'ile placée au bas de la chute d'eau, un rocher pittoresque et d'origine éminemment volcanique.

Le canal Érié coule dans sa vaste rigole, creusée dans le rocher au pied d'une montagne escarpée debout de l'autre côté de la rivière et qui porte le nom de Rollaway.

Sur la rive opposée, une seconde colline se tient droite et inelinée, dont la cime altière est couverte d'arbres et la base est dentelée, mordillée, comme pour prouver aux visiteurs que le Mohawk est un rongeur qui détruisait tout aux endroits où il passait, dans les temps reculés, De nos jours, le Mohawk est plus tranquille : son doux murmure se confond avec le bruit des clochettes du bétail et les chants modulés des oiseaux qui etfleurent sa surface du bout de l'aile, où s'y baignent sans crainte de se mouiller outre mesure.

On aperçoit dans ces parages Îles traces de la destruction des eaux aux grandes époques de l'inondation du globe; un rocher, entre autres, — le Profile Rock, — qui, vu de côté, offre à la vue les lignes parfaites d'un visage humain. A ses picds s'étend la berge sur laquelle les chevaux de halage traînent où remorquent les bateaux et où se promènent en voiture les oisifs de la ville dans leur voiture de luxe. Ce « Rocher Profil » est une des vues imposées aux visiteurs du pays : quiconque se refuserait à admirer cette merveille de la nature passerait pour grogsier, pour ne rien dire de plus. Les bords de Rollaway sont tapissés, tout le long du canal, d'arbres de haute venue, parmi lesquels on remarque des pins en parasol, des hètres, des trembles et des peupliers.

De l'autre côté, à l'est, le Mohawk se réunit dans un seul lit, — car l'ile dont nous avons déjà parlé ne se prolonge pas au delà de la ville; — mais les montagnes se développent encore, couvertes de bosquets verdoyants, où les fleurs poussent dans le gazon ct embaument l'atmosphère. Au delà de ces rives charmantes, le Rollaway semble se perdre dans le sable, comme le Mançanarès à Madrid; il coule souterrainément sous des cailloux; mais, au delà du Suspension Bridge, le Mohawk se montre de nouveau et arrose une campagne agreste et des plus enchanteresses.

A dater de cet endroit jusqu'au Schenectady, la contrée est réellement le cœur de la vallée du Mohawk, Ce sont partout des sites merveilleux d'une beauté pastorale qui charment et ravissent le voyageur méme le moins enthousiaste, De ce nombre est l'Américain lui-méme qui, quoique sans cesse emporté par de la spéculation, ne peut s'empêcher d'être impressionné favorablement par le calme qui s'impose à ses nerfs surexcités,

Schencctady est une ville à l'aspect paterne, vicillot, impassible, qui hait le mouvement : elle passe pour la plus ancienne cité de l'État. On hésite entre les dates de 1614 et de 1623, lors du séjour des Indiens dans Ces parages, à qui ils donnaient le nom de Skaunoghtada, dont la signification est « la ville à travers la plaine »,

A cette époque, Schenectady était plus prospère qu'Albany : son commerce de pelleteries, très renommé, ses rapports constants avec les Peaux-Rouges, tout assurait son avenir, quand, par malheur, les rapports amicaux avec les Indiens se changèrent en hostilités, vers 1690. Ceux-ci massacrèrent toute la population, à l'exception de soixante habitants, qui parvinrent à s'échapper, tandis que l'incendie dévorait leurs demeures. Une seconde conflagration éclata en 1748, et cependant les maisons qui ont été rebâties ont l'aspect aussi vieux que si elles dataient de plusieurs siècles, Le hit du Mohawk devant Schenectady est très large et fort profond: cela tient aux différents affluents qui se sont jetés dans ses eaux. Un pont de bois d'une longueur assez prolongée est jeté sur la rivière.

Un peu plus bas, le Mohawk coule entre des rives basses et les montagnes sont à une distance assez éloignée, Une grande chute d'eau se déverse dans un bassin inférieur à Cohocs; mais, avant d'y parvenir, le Mohawk a été endigué de façon à servir aux besoins d'une usine considérable, La ville est, du reste, tout à fait manufacturière : on la nomme le Lowell de l'État de New-York, et l'on cite parmi ses usines les immenses moulins à coton d'Harmony, vingt-cinq manufactures pour les laines foulées ou tissées et plusieurs autres trop longues à mentionner, Du haut des bâtiments d'Harmony, situés tout près de la chute, on aperçoit un paysage grandiose, Mais ces vues admirables ne sont réellement telles qu'à certaines époques de l'année. En été, le Mohawk n'a presque pas d'eau ; aussi la chute ressemble-t-elle à une série de rapides plutôt qu'a autre chose. C'est particulièrement vers la fin de mai que l'aspect est imposant : la cascade mesure alors plus de 70 pieds. Les rives qui s'étendent des deux côtés sont élevées, et cependant l'eau n'y est pas profonde. Les montagnes sont couvertes d'arbres verts sur leurs sommets; mais, à leur base, une stratification en diagonale prouve que le sol à été soulevé et bouleversé par des éruptions volcaniques dans les temps reculés de la formation de la terre.

En dessous des cascades, la rivière est scindée en deux par une ile ombragée, rendezvous de tous les amateurs de parties de plaisir et de pique-nique, accourant de la ville de Troy. Cette cité, essentiellement industrieuse, est le centre de manufactures immenses : on y coule des métaux et, des hautes Cheminées de toutes ces fonderies, la fumée noire et épaisse s'échappe en colonnes serrées.

C'est la une des raisons principales pour lesquelles les Troyens, qui ne sont pas amis de la noire poussière du charbon, ont établi leur résidence de l'autre côté de la rivière, à un mille ou deux de Cohoes, sur l'emplacement où le Mohawk et l'Hudson confluent entre la partie sud et ouest de Troy.

Le pont jeté en cet endroit repose, au milieu, sur une île qui suggère aux passants des

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idées de villégiature, On songe alors à se faire fermier où à gai der des troupeaux à l'instar du Pitvre et du Mélibée du poele Virgile,

lrov est une ville de 60,000 habitants, bâtie à l'embouchure de la crique de Poestenkill, à 6 milles au-dessus d'Albany et à 151 milles de New-York

Albany compte 70,000 âmes dans son enceinte, Le chemin de fer y a un grand dépôt; c'est de là que s'éloignent les voyageurs se dirigeant vers le pavs de l'Ouest, et là S'arrètent les nombreux steamboats qui remontent et descendent l'Hudson, Chef-liceu de la législature de l'Etat de New-

York, Albany est la plus ancienne

des treize colonie; fondées à l'origine de l'émigration européenne.

Jamestown, dans la Virginie, fait seule exception

Hendrick Hudson, qui découvrit le fleuve, remonta, en septembre 16009, dans son yacht, appelé ZZalf Moon, jusqu'à l'endroit où vient de nos jours aboutir le broadway d'Albany.

Un certain nombre de navigateurs hollandais explorèrent à leur tour le grand fleuve pendant les trois années sui ès; ce fut seulement en 1614 que les fondateurs de New-York, — les Knickerbockers, bâtirent un fort sur l'ile qui est placée en aval du fleuve et que l'on appelle

encore « Castle Island ».

En 1617, une fortification nouvelle s'éleva à Normanskill, et l'an 1628 vit également sortir de terre le fort Orange, placé au midi de la ville, On

construisit ensuite un bastion quadrangulaire, — le Fort Frédéric, — sur le terrain élevé

où passe actuellement State Strect, entre l'église de Saint- Pierre et le Geological Hall, dontles parallèles descendaient le long des rues Steuben et Hudson jusqu'au bord du fleuve,

Ces moyens de défense subsistèrent jusqu'après la conclusion de la paix et la déclaration de l'indépendance,

Albany s'appelait d'abord « New Orange », qualification que lui avaient donnée ies Hollandais, même quand les Anglais s'emparèrent de la ville en 1664. La ville de la « Nouvelle-Orange » fut appelée Albany en l'honneur du duc d'York et d'Albany, qui fut depuis Jacques I.

Un décret incorpora Albany aux possessions anglaises en 1686, et son premier maire fut Peter Schuyler, dont la famille était amie des tribus indiennes. Telle fut la cause de la paix dont jouit la ville, pendant que les Peaux-Rouges ravageaient le pays d'alentour:

jamais ils ne tentèrent la moindre invasion contreleurs alliés.

Eu égard à son ancienne importance, Albany fut choisi pour le lieu d'armement des grandes expéditions militaires des Anglais contre le Canada.

Quoiqu'il fût entouré de terrassements très bien défendus, ce point du territoire pouvait être attaqué, mais il ne le fut jamais. C'estdanscette villeque

se réunit, en 1754, la première

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