Le quartier de bois. — 5. La rue State (de l'État
1. Le cimetière de Oakwood. — 2. Poestenville Creek. — 3. La ville de Troy, vue de Cakwood.
bonnement le quidam sur le sable, ou dans le marécage sans pitié, sans égards. C’est la règle. Et, sur cinquante cas pareils, le drôle qui a été ainsi traité mérite parfaitement son sort. C'est un filou ou bien souvent pis que ça.
Faut-il raconter, par le menu, un souper de bateau à vapeur? II nous semble plus curieux de donner ici la copie d’une carte que nous avons rapportée de l'un de nos voyages à bord d'un des steamboats de l'Hudson. Nous la reproduisons avec la traduction en regard et même avec sa «faute de latin ».
Ox Tail soup. Soupe dux queues de bœuf, Mock turtle soup. Potage fausse tortue.
Stewed wild Turkey. k Dinde sauvage en ragoût. Salmon, shrimp's sauce. Saumon, sauce aux crevettes. Roastbeef. Aloyau rôti.
Cincinnati Ham. Jambon de Cincinnati.
Asparagus. Asperges.
Sweet corns. Mais tendre en grappes.
Potatoes. Pommes de terres.
Celery salad. Salade de céleri.
Custard pie. Flan, Gateau NE plus ultra. Gâteau sans pareil.
Ice cream. Glace à la crème.
Desert, Dessert.
Tout ce menu est distribué aux convives pour la somme de un dollar, autrement dit pour une pièce de 5 fr. 30, mais... mais il n'y a pas une goutte de vin sur la table, Celui qui veut se donner le plaisir d’arroser son dîner avec une boisson autre que de l’eau claire, doit s'adresser au s{eward, qui, sur sa demande, lui apportera du claret, — bordeaux, — du champagne, de la bière, etc., etc., moyennant une addition au prix du repas, laquelle augmentera fort le total du festin. Il est vrai que le tarif sur les vins importés d'Europe est le plus exagéré de tous les impôts prélevés sur le luxe par la douane des États-Unis.
Le repas est terminé. 5i le temps est beau, la foule se ruera sur le wpper deck du steamboat, où les hommes fument leurs cigares et les dames cflirtent» avec leurs amis, en regardant les étoiles au firmament. Dans le cas contraire, s'il pleut ou s’il fait trop froid, on restera dans les salons.
Mais si la voûte éthérée est sereine, la veillée se prolongera : peu à peu cependant les passagers regagnent le lieu du repos : les sybarites ont retenu leur lit, mais les autres coucheront sur les banquettes, sur les tapis. Une mauvaise nuit est si vite passée.
Le silence se fait, qui n’est interrompu que par le sifflement de la vapeur. La grande masse flottante s'avance toujours, faisant escale tout le long du fleuve et désembarquant ou embarquant, de ci de là, les passagers qui se sont confiés, ou se confient aux soins du capitaine. Celui-ci n'a pas fermé les yeux : il veille au bon ordre, à la sécurité générale, Rien n'échappe à ses yeux vigilants : il est partout, il voit tout et empoche la recette quand elle est récoltée, car quelquefois le steamboat qu'il commande est à lui; c'est sa maison, sa propriété, dont il perçoit chaque jour le revenu.
Et il mourra à son poste et dans son lit, à moins qu'il ne saute une fois, ce qui arrive trop souvent sur les fleuves des États-Unis,
Beware the engines! — Prenez garde aux machines! — voit-on écrit partout sur les voies ferrées et à bord des navires à vapeur, Cet avertissement est réellement fort sage... de l’autre côté de l'Atlantique principalement.
Mais qu'importe! la devise du Yankee est toujours la même.
Go-ahead! never mind!
Cet aller de l'avant américain est particulièrement mis en pratique lorsqu'il s'agit d'une concurrence à entreprendre contre telle ou telle entreprise rivale qui entrave des opérations nouvelles, Deux Compagnies de chemin de fer ne se sont-elles pas entendues, deux Sociétés pour l'exploitation de la navigation fluviale, sont-elles en désaccord, vite l'une et l'autre se déclarent les hostilités. :
Si le prix du passage de New-York à Troy est de cinq dollars à bord des bateaux à vapeur de la ligne la plus ancienne, les chefs de la Compagnie nouvelle font faire des affiches géantes, au moyen desquelles ils apprennent au public voyageur qu'ils emmèneront les touristes pour deux dollars.
Le soir même, les directeurs des premiers steamboats baissent leur prix à un dollar, si bien que le lendemain les rivaux proposent d'emporter à leur bord tous ceux qui voudront s'y rendre pour la modique somme de ifty cents, — 2 fr. 50.
Il ne reste plus alors d'autre alternative à la Société qui veut détruire la première existante, que l'amener à s'entendre et à se fondre avec elle, ou de proposer aux amateurs un voyage gratuit. C'est ce qui a lieu.Sewlement.….nous nousexpliquerons au sujet de cet adverbe, avant la fin de ce:chapitre; mais auparavant nous allons raconter une excursion à bon marché à bord d'un de ces bataux du fleuve Hudson, qui a le mérite de l'originalité et de l'exactitude.
Nous revenions de Saratoga, où nous avaient conduit les exigences de notre profession de rédacteur-reporter du New-York Herald. Nous avions assisté à l’une de ces fêtes excentriques et pantagruéliques que le maître de l'Hôtel Marvyn savait si bien offrir à ses hôtes d'été et d'automne. Après nous être reposé de la fatigue de notre reportage pendant quelques jours, nous rentrions au « bercail », ou plutôt à la « caserne », où le général en chef James Gordon Bennett nous rappelait.
Le convoi du railway venant de Saragota nous déposait à Troy vers trois heures de l'après-midi, et nous avions près de deux heures pour diner et pour nous décider au sujet de la question du steamboat à bord duquel nous redescendrions à New-York.
Sur les bords du fleuve se tenaient, embossés au « warf », deux superbes bateaux à vapeur, dont l’un se nommait {he Goliath et l’autre the Washington.
Sur le premier, une-affiche libellée en noir sur calicot blanc apprenait aux amateurs que, « moyennant un dollar, on donnait passage dans la première cabine à tous ceux qui voudraient se confier à un capitaine expérimenté ».
Sur le second steamboat, une annonce dans le même genre proposait aux voyageurs de leur faire faire « une traversée pour la somme infime de cinquante cents : 2 fr. 50.»
Mes camarades et moi nous restions très indifférents à cette lutte de prix réduits, car il est bon de glisser ici, en passant, que partout où un journaliste patenté, reconnu, appartenant à la rédaction d'une feuille publique, se présente pour voyager, il obtient, sur la simple énonciation de ses titres et qualités, un billet gratuit donnant droit aux meilleures places, à la table et au logement, à bord des bateaux à vapeur et des cars, aussi bien que
dans les hôtels où il lui plait de descendre. Les /andlords yankees peuvent être quelquefois la dupe d'intrigants qui n'ont aucun titre à ces immunités; mais peu leur importe! ils seraient désolés de se tromper et de se montrer récalcitrants aux usages. La valeur d'une réclame est considérée par eux comme tellement importante, qu'ils préfèrent l'accident d'être « plumés, par un impudent drôle, au danger d'être désagréables à la presse.
Or donc, nous allâmes visiter les deux steamboats en partance et, après un examen scrupuleux, nous nous décidämes à monter sur le Washington.
A six heures précises, la dernière volée de cloches se faisait entendre; nous vimes le pont roulant rentrer à bord, et, la vapeur aidant, les roues tournèrent en avant, en arrière; puis, une fois au milieu de l'Hudson, le Washington descendit le fleuve avec majesté.
De son côté, le Goliath n'avait pas perdu une minute pour se mettre en route, Il se trouvait presque en même temps que nous en pleine eau.
Pour rendre hommage à la vérité, nous dirons que le public payant avait préféré économiser 2 fr. 50, et qu'il encombrait le pont de ce steamboat.
Si nous avions deux cents personnes à bord du Washington, il ÿ avait au moins cinq cents passagers sur le Goliath.
Dans ces cas de concurrence, une lutte est d'ordinaire entreprise entre les deux maisons flottantes : c'est à qui arrivera le premier au lieu de destination, Go ahead! Never mind !
Le Washington avait à son bord une forte provision de bois et de charbon. L'eau n'était pas diflicile à se procurer. Il ne s'agissait donc plus que de bien. diriger les manœuvres et d'éviter certains écueils que l'on rencontre @e temps à autre dans le fleuve Hudson.
Quant au Goliath, il n'était pas aussi bien pourvu de combustible, mais il avait des dépôts de bois # Hudson, à Newburg et à Piermont, si bien qu'il n'avait pas d'appréhension au sujet de ses approvisionnements.
La course commença, course loyale tout d'abord, pendant laquelle il arrivait souvent que les deux steamboats naviguaient côte à côte; puis l’un, dépassant l’autre, le rejoignait et était à son tour laissé en arrière.
Après avoir quitté Albany, le Goliath se trouva en avance d'un demi-mille sur le Washington. Notre capitaine, sans se faire de bile, donna troidement des ordres; on chaufla davantage la chaudière, et nous rattrapâmes enfin la distance perdue. À Coxakie, nous nous trouvions d’un demi-mille en avant. La vapeur sifflait, les roues tourbillonnaient, l'Hudson frémissait et écumait autour de nous; la machine hurlait, et nous assistions, impassibles, à cette lutte à outrance.
A ce moment-là, la cloche sonna pour le thé et le souper des passagers : ceux-ci, qui ne voulaient pas perdre un coup de dent et qui, se fiant aux usages ordinaires, croyaient que le prix du repas et celui du coucher étaient compris dans le tarif d’un dollar, descendirent tous dans le dining room et prirent place autour de la table.
Rien n'avait été négligé par le chef pour que le festin fût à la hauteur de la circonstance. Les viandes froides étaient succulentes, le thé brülant et la crème de première qualité, les gâteaux dorés et croquants, les sandwichs beurrés et fourrés avec une habileté inouïe. Les passagers procédèrent à la dégustation de toutes ces bonnes choses avec la plus grande onction. Mais, — nous arrivons à l'explication du seulement tracé plus haut, —
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