‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 68 sur 211 · POUGHKEEPSIR ET SES FONDERIES, VURS DE NUIT · texte numérisé non relu

POUGHKEEPSIR ET SES FONDERIES, VURS DE NUIT

E meilleur moyen pour visiter les rives de l'Hudson et pour en apprécier les beauté L pittoresques, c'est de pénétrer dans les « Hautes Terres », — Highlands, — en suivant le cours de la source du fleuve qui porte bateau, à 3 milles de l'endroit où elle sort du rocher.

Nous ne nous arrêterons pas à Newburg, mais nous commencerons notre excursion à Poughkeepsie, un des points de l'Hudson qui mérite une attention particulière. La ville champêtre est étagée sur les flancs de plusieurs collines et ses maisons regardent passer les aux très rapides en cet endroit. Pendant le jour, le touriste peut se plaindre de la mau-

vaise odeur répandue par la fumée qui s'échappe des cheminées de toutes les fonderies de la cité industrieuse; mais, quand la nuit est venue, l'aspect de la ville illuminée est un spectacle qu'il n'oubliera jamais et qui lui fera pardonner aux fâcheuses émanations de l'industrie, Toute la surface du fleuve semble étre couverte de feu; ces lueurs sont produites par le reflet des fourneaux incandescents; le bruit des marteaux rappelle celui des cyclopes de l'antiquité, qui, de leurs bras de géants, faisaient retentir les enclumes de Vulcain,

En quittant Poughkeepsie, on longe les Highlands en suivant « Long Reach », avenue qui, pendant 20 milles, se prolonge avec les rivages du fleuve, à l'exposition du soleil, La route s'arrête à Crom Elbow, que les Hollandais appelaient dans leur temps : Krom Elleboge, — le Coude de Krom; — on passe ensuite devant plusieurs sites, dont l'histoire aussi bien que la beauté pittoresque sont dignes d'être mentionnées.

D'abord, c'est « Locust Grove », — le Bosquet des Sauterelles, — où Morse, le célèbre inventeur du télégraphe électrique, avait choisi son séjour d'été, A 2 milles en aval résidait autrefois Theophilus Anthony, un forgeron illustre, car ce fut lui qui fabriqua, il y a un siècle, la chaîne au moyen de laquelle on entravait la navigation de l'Hudson vers le fort de Montgomery, qui se trouve un peu plus bas.

Avançons toujours : nous saluerons en passant près du Long Reach les villages de Milton et de Marlborough cachés au milieu d'un bois épais; voici New Hamburgh, Fishkill sur la gauche et enfin Newburg, dont la baie est une des plus belles parmi les autres très nombreuses que l'on signale le long des rives du fleuve.

C'est une ville historique, qui a marqué dans les fastes de l'indépendance américaine. Washington, le héros de la nation, y avait établi son quartier général à l'époque la plus difficile de cette guerre, qui fut terminée par une victoire : ses adresses au pays, datées de Newburg, sont des chefs-d'œuvre d'éloquence militaire; elles produisaient des miracles et sont restées comme autant de fleurons de la couronne posée sur le front du hardi guerrier du nouveau monde,

Sans nous occuper davantage de l'histoire, examinons le paysage. C'est sur le bord du fleuve, au bas de Newoburg, que le voyageur peut contempler le courant dans toute sa splendeur, La largeur de l'Hudson est très grande à l'entrée des Highlands, et cette baie de géants prépare le spectateur à toutes les surprises dont il jouira en descendant le « fleuve du nord ». De quelque côté que vous vous retourniez en examinant l'horizon, votre œil est ravi, votre âme est émue : on comprend que l'on se trouve en présence d'une nature exceptionnelle,

Nous conseillerons aux véritables touristes de parcourir à pied la route du chemin de halage où jadis on payait une redevance pour avoir le droit de passer : c'est un conseil bon à suivre. Ils arriveront ainsi à l'entrée des Highlands devant le « Storm King » et la montagne monumentale du Crow's Nest, —le Nid de Corbeau, — les deux plus hautes cimes de tout le parcours du fleuve Hudson. On ne se lasse jamais de contempler ces crêtes altières qui, suivant le passage des rayons du soleil sur leurs déclivités boisées, assument, — comme le caméléon, — des teintes particulières. Lorsque l'orage éclate, la couleur noire qui s'impose à leurs flancs escarpés est aussi majestueuse qu'étrange; mais, dès que le soleil a reparu, on dirait qu'elles sourient à ce changement qui va rendre le calme à tout le voisinage,

En aval, sur un promontoire en forme de cap, au-dessus du fleuve Hudson, on s'arrête à West Point, séjour ravissant, où le gouvernement des États-Unis a placé l'École militaire, Là sont élevés les Cadets destinés à devenir les officiers de l’armée américaine,

Cet emplacement pittoresque, hérissé de bastions, de terrassements, de fortins et de contrescarpes, tous armés de canons de divers calibres, sert d'asile à l'élite de la jeunesse de l'Amérique du Nord, Les bâtiments destinés à contenir ces espérances du militarisme yankee sont construits en granit et placés sur le bord d'une immense pelouse servant de champ de manœuvres, Tout se trouve réuni dans ces vastes demeures : la bibliothèque, l'église et les salles pour les cours, admirablement tenues, Autour de la pelouse, on peut regarder en passant de charmants cottages où habitent les professeurs et les hauts fonctionnaires de l'École.

Une seule sentinelle en faction suffit pour garder ce groupe d'établissements militaires.

Nous n'avons pas, — dans un ouvrage du genre de celui-ci, — à entrer dans des détails précis sur l'enseignement de West Point : deux mots suffiront pour en expliquer la valeur. Les élèves qui sortent de cette École passent pour d'excellents officiers, partout où on est à même d'apprécier leur instruction et leur capacité.

Revenons vers les bords du promontoire, d'où la vue s'étend sur un paysage ravissant disposé en éventail. Du haut de la vérandah de l'hôtel, — familièrement appelé « Roe », — on sonde les profondeurs du fleuve en suivant des yeux les méandres qui dentellent ces rivages ombreux.

Pour un paysagiste, le site est le nec plus ultra de la grandeur et du charme de la nature agreste, Si, par un heureux hasard, pendant une belle journée d'automne, le iouriste se trouve à West Point au lever du soleil, il aura devant les yeux un tableau féerique composé de toutes les couleurs chaudes et fondues d'une palette bien comprise. Vienne un de ces orages mélés de tonnerres qui obscurcissent à moitié l’espace éthéré, — ce qui est très fréquent dans ces parages, — que l'arc-en-ciel brille en étalant ses prismes recourbés, il ne pourra s'empêcher de chanter comme fait le poëte chrétien : Cæli enarran! gloriam Dei. Ces horizons, en effet, n'ont rien de terrestre, ils appartiennent au sublime de l’art. Les vues du Rhin, celles 11 Rhône, de la Suisse et de toute autre partie du globe terrestre n'offrent aucun équivalent digne d'entrer en comparaison.

Si les yeux se portent ensuite du côté de la terre ferme, c'est-à-dire en tournant le dos au fleuve, l'aspect change, mais c'est un autre genre de beauté.

Voici devant vous Mount Independance, sommité irrégulière sur laquelle on avait autrefois bâti un fort baptisé du nom de Putnam, en souvenir de l’un des héros de 1776. On se croirait au château d'Arques près de Dieppe; cet amas de ruines était autrefois une grande attraction pour tous les promeneurs qui aimaient à s'aventurer sous les arceaux démantelés, et le long des murailles dont les pierres sont couvertes de plantes parasites; mais peu à peu le bruit courut que ces lieux étaient hantés et le peuple timoré oublia le chemin du fort, près duquel, en eflet, il y a six mois, on avait vu, au coucher du soleil, quelquefois la nuit même, par un clair de lune brillant, des ombres s'égarer et disparaître sans qu'on pôût s'expliquer ce que cela voulait dire. Elles semblaient glisser plutôt que marcher sur la terre,

Le fort Putnam finit par être nommé f/he haunted castle, — le chàteau aux fantômes. —

Depuis plus de deux ans,

le commerce de New-York,

de Philadelphie, d’Albany

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