L'ÉCOLE MILITAIRE DE WEST POINT ET SES ENVIRONS
t, La gorge de Ragged Point. — 2. Le phare de Geese Point. — 3. Le jardin de Kosciuszko. — 4. Vue de West Point. — $. Le débarcadère de Cozzens. — 6. Le Tunnel. — 7. Le débarcadère de West Point.
Une semaine plus tard, dans le convoi qui va de Jersey City à Philadelphie, trois pièces fausses se trouvèrent dans la recette.
Le lendemain, dans une maison de soieries de Broadway, une dame payait une robe avec dix eagles en or qui se confondirent avec les bonnes pièces dans le tiroir du caissier.
La police fut requise de se mettre en campagne; on fureta dans tous les bas-fonds de la ville, et l'on arrêta un soir, dans un gin-house, un vieux coquin qui avait dans ses poches pour mille dollars d'or provenant de la fabrique des faux monnayeurs.
Cet homme, nommé Jenkins, interrogé par le constable, finit par avouer qu'il tenait ces espèces d’un ami qui lui avait promis un courtage après leur écoulement dans le public.
— « Si vous ne me punissez pas, dit-il au Chef of Justice, et si vous me promettez une récompense, je vous mènerai au nid des fabricarits. »
Composer avec un bandit n’est pas chose rare aux États-Unis : bien souvent, pour arriver à un but, la police promet la vie sauve à un assassin. En cette occasion, rien n'était plus faisable que d'accorder à Jenkins ce qu'il sollicitait.
A deux jours de là, vers la fin du jour, Jenkins, suivi d'une escouade de dix «detectives » armés de revolvers, munis de lanternes, montait à bord d’un des steamboats à destination d'Albany.
© Pendant que ceci se passait, transportons-nous au haunted castle de Putnam.
Dans un des souterrains du vieux fort, auquel on ne parvient qu'après avoir franchi cinq rangées d'escaliers descendant à 25 mètres sous terre et vuvert trois portes massives, se trouvaient six hommes de mauvaise mine, très sérieusement occupés à fabriquer de la fausse monnaie.
Dans les creusets d’une vaste fonderie placée au fond de ce caveau éclairé par quelques lampes fumeuses, une matière brillante, ressemblant à du nickel, était en ébullition. Deux hommes remuaient ce métal et le coulaient entre des plaques de tôle, de manière à former une couche de l'épaisseur d'un dollar. Cette lame était ensuite tranchée par un emportepièce rond et les écus sans empreinte se pressaient un peu plus loin sous un balancier d’où ils sortaient brillants comme des pièces de bon aloi, Au moyen d'un jus d'argent, on les recouvrait d'une peinture et, quand elles avaient subi un dernier polissage, on les empilait dans des sacs de toile après les avoir pesées pièce par pièce, pour vérifier l'exactitude du poids.
Tandis que les six bandits vaquaient à leur sombre industrie, les detectives précédés de Jenkins arrivaient vers deux heures du matin aux abords du fort abandonné.
« C'est ici! fit le traître. Vous n'avez qu'à descendre avec précaution, Avec vos rossignols, vous ouvrirez les deux premières portes. Quand vous serez à la troisième, prenez garde! Il y a une trappe, puis une échelle, et Oliver, le caissier des amis, est là, toujours prêt à se défendre. »
Le chef des detectives fit un signe de mépris qui voulait dire qu'il n'avait pas peur et ouvrit la marche suivi par ses camarades gardant avec eux Jenkins, à qui l'on avait promis de le laisser sauver dès qu'on entrerait dans le souterrain.
Les indications du coquin étaient scrupuleusement exactes. La police fit irruption dans la caverne, y trouva les six hommes en flagrant délit de fabrication de fausse monnaie et put s'emparer d'eux sans coup férir. C'était plus que n'avait jamais osé espérer le chef des gens de pciice qui dirigeait l'expédition. :
On ne punit pas de mort les fau: monnayeurs aux États-Unis; mais ces six hardis commerçants en «bijoux faux », dans la demeure souterraine de qui on avait saisi 43,000 dollars monnayés et 59,000 pièces de 5 dollars non encore vernissées, furent bel et bien condamnés à dix ans de galères à Sing Sing.
Ils subissent leur peine en ce moment dans les chantiers de Tappan Bay.
Le commerce de New-York n'a plus eu d'inquiétudes.
Retournons maintenant du côté de l’École militaire de West Point.
Non loin du « gazon de parade » de l'Académie, on conduit les visiteurs le long des rampes de la montagne qui aboutissent à la rive du fleuve, dans un terrain cultivé nommé : le Jardin de Kosciuszko. C'est là que ie noble Polonais si dévoué à la cause de l'indépendance américaine, se plaisait à cultiver un champ de terre défriché par ses soins, sans se soucier des balles et des éclats d’obus qui pleuvaient à ses côtés, crachés par les canons et les mousquets anglais.
Tout le long des parois de la montagne sont gravés en lettres énormes sur des cartouches de pierre les titres des grandes victoires américaines; les lianes et les plantes grimpantes de diverses sortes encadrent ces dalles, dont la simplicité en dit plus long que toutes les pages de l’histoire. Çà et là, des obélisques, des cippes, des piédestaux surgissent d'un massif d'arbres verts, en souvenir de quelque fait d'armes glorieux.
Tout à tait dans le bas de la montagne, sur le bord du fleuve, on amène les visiteurs dans une allée mystérieuse où sont tombés et où ont été ensevelis de nombreux héros de la guerre de 1776; et pourtant cette promenade se nomme « l’Allée des Amoureux », — Flirtation Walk, — car, en effet, on n'y rencontre que des tourtereaux se becquetant et s'adressant de douces paroles.
Jetons les yeux sur le rivage opposé à West Point, dont le charme ne le cède en rien à celui de l'École militaire, Là se trouve le petit village de « Cold Spring », dont les maisons, bien bâties, touchent au bord du courant.
Au-dessus de ce hameau se dresse le clocher de l'église lilliputienne, dédiée à Sainte Marie, au bas de laquelle circule la voie du chemin de fer, qui court sous un tunnel audacieux, surmonté d’une maison rustique.
Le débarcadère des steamboats, à West Point, est généralement connu pour un site digne d'être examiné avec soin. On doit en dire autant de Garrison, station du railway dela ligne du nord. C’est là qu'on traverse le fleuve à bord d'un bac très fréquenté. Pour gravir la côte escarpée, on s'égare le long des sinuosités d’une route ombragée qui est considérée comme un chef-d'œuvre des ingénieurs américains. Seulement, il faut avoir du souffle et de bonnes jambes pour se risquer à pied le long de ces pentes rapides : l’on est enfin récompensé de son courage par la vue de différents coins du territoire, qui est réellement splendide.
Nulle part, même au haut des Palissades, — que l’on apercevra tout à l'heure en descendant vers New-York, — spectacle plus sublime ne peut être comparé à celui dont on jouit en gravissant le chemin ardu de West Point. Les roches, entassées les unes sur les autres, paraissant prêtes à choir au moindre souffle, donnent le vertige au touriste qui les frôle en passant.
Du côté opposé à celui dont nous venons de parler, à peu de distance des pelouses de l'Académie, on conduit les visiteurs au « Cimetière des Cadets », petit champ de repos domi-
nant la rivière et que le soleil éclaire chaque fois qu'il se montre à l'horizon, du lever de l'aurore à celui du crépuscule, Cette promenade inspire les poètes et fait réver les simples curieux. C'est là que dort de son sommeil éternel le brave général Scott, en compagnie d'autres héros de l'armée américaine; son souvenir est vénéré à l'égal de celui des dieux des temps mythologiques. Vu du sommet du Crow's Nest, le « Cadet's Cemetery » semble un décor d'opéra. S'il est éclairé par la lune qui blanchit les cyprès dont il est entouré, l'aspect en est réellement fantastique.
A l'époque de la grande révolution, West Point passait pour un des postes militaires
les plus importants du territoire. Les historiens de cette époque aflirment, — nous ne savons pas trop pour quelle raison, — que cet endroit était la clef du passage de la Nouvelle-Angleterre din te 'annia en e Nte aux États du Milieu des colonies de cette période révolutionnaire. West Point commandait l'entrée du haut Hudson. C'est de là que s’opéraient les divers mouvements militaires jugés indispensables pour le bien de la cause; c'était le point de concentration de toutes les munitions de guerre et le lieu où l'on passait en revue les troupes destinées à aller combattre l’'ennemi. Le Congrès et les chefs de l'armée américaine avaient tout mis en œuvre pour que la place fût très sérieusement fortifiée.
C'est de «Gee’s Point» jusqu'à « Constitution Island » que fut tendue la chaîne dont nous avons déjà parlé; on la hissa au-dessus de pilotis de bois et de massifs de béton coulés dans l'eau. Un certain nombre des anneaux de cette chaîne monstre sont conservés à
West Point. L'ouvrage forgé du serrurier Théophilus Authong semblait avoir été faconné pour résister pendant des siècles aux morsures de la rouille et de celles du temps. Il est vrai que les vaisseaux ennemis n'essayèrent jamais de rompre la barrière de fer qui s'opposait à leur passage.
Non loin de West Point, sur une des proéminences d'un promontoire, Kosciuszko bâtit le fort Clinton, en 1778. Comme on peut le voir, la position de West Point était admirablement défendue, et l'on comprend que Washington et les généraux qui l’aidaient à conquérir l’indépendance de leur pays considéras-