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VUE EN REGARD DU SUD, PRISE DU PARC DE L'ÉCOLT MILITAIRE

sent ce retranchement comme

le palladium de leurs armées. C'est aussi pour ces raisons-là que le crime de trahison dont

Bénédict Arnold se rendit coupable fut considéré comme le fait le plus exécrable. De l'autre

côté du fleuve, dans une maison appartenant au colonel Beverly Robinson, résidait au

mois de septembre le général Arnold; quand on vint lui annoncer que l’on s'était emparé Ù 37

du major André, appartenant à l'armée anglaise, et soupçonné d'être un espion, C’est dans ce logis qu'Arnold eut une explication avec sa femme; c'est de là qu'il voulut s'enfuir vers l'ennemi, quand les bateliers s'emparèrent de sa personne et le livrèrent aux soldats américains.

Mais nous ne nous étendrons pas davantage sur ces souvenirs historiques; abandonnons West Point et descendons les eaux du fleuve du nord.

Nous voici à «Cozzen's»,où viennent séjourner, quand fleurit la belle saison, tous les amateurs de sport et de villégiature. Cozzen’s est un hôtel splendide, bâti, comme un nid d'aigle, sur la cime d’une montagne couverte de verdure, à 100 pieds au moins au-dessus du niveau de l'Hudson.

Le Star spangled banner, — le drapeau étoilé, — flotte sur ce point culminant, comme il le ferait sur un château fort, Cette hauteur semble double, tant la montagne est escarpée, et cependant un chemin serpente le long de cette muraille de pierre qui descend à une succursale de l'hôtel, devant laquelle s'arrêtent les bateaux à vapeur et où l’on va prendre des bains.

De cet endroit, la construction de Cozzen's ressemble à un de ces vieux donjons des bords du Rhin, où les burgraves d'autrefois défendaient leurs droits et faisaient payer la dime du passage.

Le stemboat nous entraîne en aval du fleuve et nous passons devant un groupe admirable des montagnes de cette contrée des Highlends, dont la plus proche du sud est située sur le bord du courant d'eau. tandis que les plus éloignées — « Storm King » et les autres — forment le point extrê&ue du nord. Le « Nez d'Anthony » qui fait partie de cette chaîne, descend abruptement, comme le nez d’un visage sur une lèvre supérieure qui serait plongée dans l’eau. Le navigateur Hendrick Hudson avait cru d'abord que là s'arrêtait le courant d’eau sur lequel il naviguait; il pensait même que ce n'était qu'un bras de mer ou plutôt un retrait de l'Océan dans l'intérieur des terres. Ce qui lui donnait cette croyance, c'est qu'il apercevait, dans le lointain, des montagnes sombres, couvertes de bois à feuilles persistantes dont l'aspect lui inspirait une certaine terreur.

Nul ne saurait dire pour quelle raison ce pic élevé reçut la qualification par laquelle on le désigne encore. On raconte cependant, qu'autrefois parmi les Hollandais, il y avait un trompette nommé Anthony dont le nez rubicond semblait être serti de pierres précieuses de couleur vineuse, Ce musicien militaire du siècle passé pêchait un jour au pied de la montagne et il s'empara d’un esturgeon de toute beauté. Ce poisson inconnu aux Hollandais fut dépecé cuit et mangé; on le trouva excellent et afin de se rappeler le fait de pêche, on appela l'endroit où il avait eu lieu du nom d’Anthony. Cela n'avait pas le sens commun, mais c'est probablement pour cette cause que l'on baptisa ainsi la montagne élevée de ce coin de l'Hudson.

A côté de ce « Nez de pierre », on montre le « Grand Donderberg», ainsi qualifié par sa corruption des jurements d’un capitaine hollandais qui prononçait mal le « Thunder Wetter, » de son pays. La légende raconte que le mont est hanté par des diablotins en culottes courtes et en pet-en-l’air qui se livrent, quand un orage éclate dans ces parages, à des gambades insensées. Plus le tonnerre gronde, plus ces monstres de Korigans donnent à leurs ébats une impulsion fantastique.

Nous ne parlerons pas avec détail du « Pain de Sucre » et de la « Montagne de l'Ours »

qui forme la partie intérieure des Highlands; il faudrait d'ailleurs, à chaque tour de roue du bateau à vapeur, consulter le Guide américain qui donne un nom à toute boursouflure terrestre, à toute crique qui pénètre dans les terres. C'est là du reste un travail inutile : il suflit de regarder des deux côtés vers chaque rive pour rester ébahi par la beauté du paysage. Peu importe le nom, quand on a la chose à admirer.

Peekskill est placé en bas des Higlands, comme Newburg se trouve vers la partie nord. Cette ville de Peekskill, construite à la base de la montagne, communique avec l'intérieur du pays par un chemin montueux que l'on aperçoit, derrière les maisons, le long des flancs de la muraille de pierre. Le site est ravissant, quoique moins majestueux que ceux déjà décrits précédemment dans ce volume.

Les deux rives que l'on côtoie ensuite, en descenclant le fleuve, n'offrent rien de fort particulier, rien de très pittore e, On ne peut cependant oublier de citer « Stony Point » où Anthony Wayne se battit .‘ vaillamment en 1779 à la tête d'une poignée de soldats; « Treason Hill», où Bénédict Arnold vendit son pays et remit au major André les papiers que l’on saisit sur lui et qui découvrirent les plans audacieux de ces deux misérables.

Washington Irving s'est fait le chantre de ces plages que sa plume a illustrées bien mieux que toutes les gravures les mieux réussies.

Nous entrons dans la « Mer de Tappan », — Tappan Zee, — un pays aquatique légendaire que les romanciers américains ont choisi pour y développer les exploits de leur héros. Irving ne l'a pas oublié, C'est non loin de là, à Sunnyside, — le côté du soleil, — qu'il s'était fait bâtir une maison bien connue de tous les Américains amis de la littérature. Voici Tarry Town dans les environs de laquelle s'ouvre le «Sleepy Hollow » — le Val Dormant — où Washington Irving a placé la scène d'une de ses nouvelles les plus intéressantes.

La voici, malheureusement trop écourtée, eu égard aux exigences de notre mise en page. s

Le caractère particulier des habitants de ce coin du territoire, tous descendants des anciens collons hollandais, et la tranquillité du pays, ont fait donner à ce vallon isolé le nom de Val-Dormant. Les jeunes gens eux-mêmes ont reçu de leurs voisins le surnom de garcons endormis. Une influence soporifique pèse sur ce coin de terre : l'atmosphère en est pénétrée, Les uns prétendent que cet endroit fut ensorcelé par un savant docteur allemand lors du premier établissement des colons; d’autres disent qu'un vieux chef indien, le prophète de sa tribu, y pratiquait ses enchantements avant la découverte du pays par Hendrick Hudson. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce lieu se trouve encore à notre époque sous la domination d'un charme quiconque qui opère sur l'esprit des habitants et les entretient dans des rêveries continuelles. Ils croient aux choses merveilleuses; ils sont sujets aux extases et aux visions, et ils entendent des symphonies et des voix mystérieuses dans les airs. Les sites voisins du Val-Dormant sont, à ce qu'on assure, hantés par les esprits, fréquentés par des apparitions nocturnes; les météores et les étoiles filantes éclairent plus souvent la vallée que toute autre partie du pays, et le cauchemar semble l'avoir choisie pour la scène favorite de ses ébats.

Celui qui paraît le chef de file de tous ces fantômes estun «cavalier sans tête »; on prétend généralement que c’est l'âme d’un soldat allemand dont la tête fut emportée par un boulet dans une bataille dont on ignore le nom, livrée pendant la guerre de l'indépen« dance. Les paysans l'aperçoivent quelquefois, dans l'obscurité de la nuit, monté sûr un che-

val aussi léger que les vents. Dans ses courses nocturnes, il parcourt non seulement la vallée, mais encore les environs. On le rencontre plas souvent autour d'une petite église située dans le voisinage. Certains historiens authentiques, qui ont recherché avec soin l'origine des diflérentes apparitions du revenant, prétendent que le corps de ce soldat ayant été enterré dans le cimetière qui entoure l'église, sa dépouille mortelle quitte chaque nuit son tombeau, et se rend sur le champ de bataille pour y chercher sa tête, Ils disent aussi que la rapidité avec laquelle il passe quelquefois dans la vallée, comme le ferait un tourbillon, a pour cause la crainte qu'il éprouve de s'attarder et de ne pas être de retour dans sa tombe avant l'aube,

Telle est cette légende, qui a fourni matière à beaucoup d'histoires merveilleuse dans ce pays aux mœurs primitives, Les habitants nomment ce fantôme le Cavalier sans tête du Val-Dormant. Un fait à remarquer, c'est que ce penchant au merveilleux dont j'ai narlé ne ne se borne pas seulement aux gens du pays : ceux qui y séjournent quelque temps en subissent l'influence sans s'en apercevoir. Quelque incrédules qu'ils aient été avant leur arrivée dans ce lieu d'enchantements, ils sont forcés après un court séjour, de respirer le pouvoir magiqne qui circule dans l'air; ils deviennent visionnaires, rêvent éveillés, et croient toujours avoir des spectres devant leurs yeux,

Cette contrée mérite donc toute l'attention du voyageur. C'est seulement dans ces vallées ombreuses enclavées dans l'immense État de New-York que les populations, les mœurs et les coutumes restent stationnaires. L'amélioration et la migration, qui opèrent tous les jours de si grands changements dans les autres États de l'univers, passent près de là sans oser y pénétrer, Ce pays ressemble à ces petites flaques d'eaux dormantes qui bordent un torrent rapide où un brin de paille reste immobile malgré l'empreinte du courant près duquel il se trouve.

Quoique bien des années se soient écoulées depuis que nous ayons visité les ombrages du Val-Dormant, nous sommes convaincus que nous y retrouverons les mêmes arbres et les mêmes feuilles que nous y avons laissés en partant.

Dans ce coin isolé du globe s'était établi, il y a soixante-quinze ans, si ce n'est plus encore, un certain Ichabod Crance, qui avait l'intention d'instruire la jeunesse du voisinage. Il était originaire du Connecticut, et ce nom de Crane, — qui signifie grue, — convenait parfaitement au pédagogue, homme long et grêle, avec des épaules étroites, des jambes et des bras d'une longueur démesurée, des mains dépassant de beaucoup les parements de son habit, et des pieds ressemblant à d'énormes pelles, tant ils étaient plats. Sa tête, petite et écrasée sur le sommet, ses longues oreilles, ses yeux d'un vert glauque, son nez allongé comme celui d'une bécasse, lui donnaient l'apparence d'une girouette fichée sur une longue tringle de fer pour indiquer la direction du vent. A le voir, gravissant une colline, avec ses vêtements flottants sur son squelette, on l'eût pris pour le génie de la famine descendu sur la terre.

L'école d'Ichabod consistait en un bâtiment grossièrement construit à l'aide de troncs d'arbres et formant une vaste chambre. Les vitres, en partie brisées, étaient remplacées par des feuilles de vieux livres. L'emplacement, quoique solitaire, était pittoresque : un ruisseau limpide coulait à côté et un magnifique hêtre protégeait son abri de son ombrage. On pouvait entendre à distance les élèves répétant leurs leçons, puis la voix menaçante du

maître, quelquefois même les coups de baguette administrés à un retardataire dans le

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