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LES RUES DE BROOKLY

Brooklyn est placée en face de la Batterv, vers la pointe de New-York. Là, nous n'avons pas à signaler le moindre mouvement digne d'intérêt : le commerce est nul; mais, par contre, les maisons bourgeoises sont régulièrement bâties; les rues alignées et plantées d'arbres ombrageant les villas et leurs jardins; de nombreuses églises dressent leurs clochers sur la voie publique. La plus ancienne, nommée Clinton, est fort belle; mais ce qui mérite l'appréciation du visiteur, ce sont les hauteurs de la ville, d'où l'on domine la baie de New-York.

Brooklyn se targue de posséder une promenade sans pareille : Prospect Park, d'où la vue s'étend jusqu'aux limites d'un horizon infini. La nature a tout fait pour l'embellissement de ce site enchanteur, auquel Part a ajouté des routes sur le bord d'un lac et quelques « fabriques » qui font bien dans le paysage.

Dans les environs de Brooklyn —- à l'endroit que l'on appelait autrefois Gowanus Heights — les hauteurs de Gowanus, — on peut visiter le cimetière de Greenwood, le plus admirable champ de repos qui existe dans l'univers. Son étendue est de plus de quatre cents acres de terrain, Au milieu d'un bois sillonné par des routes bordées de fleurs et d'arbustes rares, s'élèvent des tombes monumentales que des mains pieuses ont fait ciseler à ia mémoire de parents chéris et non oubliés, tombes entourées de fleurs et d'arbustes de prix.

Brooklyn est considérée, par l'importance de ses constructions et le nombre de ses habitants, comme la troisième ville des États-Unis. En 1800, c'est à peine si l'on y comptait quatre mille âmes; en 1855, quand Williamsburgh eut été incorporé dans la cité, la population s'éleva à deux cent cinq mille têtes; mais, de nos jours, en 1878, ce chitfre a été porté à quatre cent mille.

Un des travaux les plus gigantesques de New-York est, sans contredit, le pont suspendu qui à été conçu par l'ingénieur Rœbling, et dont le but était de relier la Ville Empire à sa sœur Brooklyn. Cette communication féerique a coûté 40 millions de francs. Ses piles, hautes de 85 mètres au-dessus des eaux de l'East River, sont par conséquent d'un tiers plus élevées que les tours de Notre-Dame. La première pierre en avait été placée en 1870. Or la rivière a 500 mètres à l'endroit où s'élève le pont. L'ragénieur Ræbling, — le même qui a fait le Niagara Bridge, — n'a pas pu jouir de son triomphe : il est mort en 1876, deux ans trop tôt.

On gravit la pente du pont de Rœbling vers Tammany Hall vers le Pare de l'hôtel de ville, et l'on continue ainsi, au-dessus des maisons et de la rivière de l'Est jusqu'à Brooklyn, en apercevant, en dehors du tablier qui vous porte les plus grands clippers qui naviguent le long des quais, arrivant où partant pour de lointains voyages.

Du haut de ce belvédère, large de 26 mètres, on jouit de la plus fraiche brise et d'un horizon immense, Par un temps clair, on peut examiner l'étendue de la Longue-lle et comprendre d'un seul coup d'œil tout cet espace territorial couvert de fermes, de forêts et de paluds propices à la chasse,

La Longue-lle a cent vingt milles, de la mer aux Narrows, — le Sandy Hook, — à la pointe extrème qui regarde Newport, et sa population est d'environ cent cinquante mille habitants.

Si, au lieu de gravir le pont Ræbling, on a traversé l'East River par le Ferry Boat (le bac) de la 34° rue de New-York, on se trouve à Hunter's Point, où s'ouvre le chemin de fer

conduisant d'un bout à l'autre de l'ile, la première portion du pays que l'on parcourt est très peuplée, Çà et là des habitations champêtres, des jardins maraichers, puis la ville de Stewart — conçue par ce millionnaire aussi connu à Paris qu'à New-York, — qui, dans les intentions de ce véritable ami de ses semblables, — devait servir de refuge aux petites bourses, aux employés, aux ouvriers même.

La ligne ferrée s'aventure ensuite dans un pays assez désert, plat et sablonneux, qui passe à Yaphand, South Haven, Belleport ct aboutit au Great South Bay, un havre splendide fréquenté par la sauvagine et les chasseurs de New-York, — lequel s'appelle également Gardiner Bay et qui est terminé par deux caps nommés le grand et le petit Peonic, où bien Oyster Pond Point, et le Montauk Point. C'est là que l'on trouve Île village Orient en face d'une série d'ilots qui faisaient autrefois partie du continent.

Dans l'un d'eux, le Plum où Plumb Island, s'élève un phare très utile aux marins qui pénètrent dans le Sound et dans la rivière de l'Est, destiné à être le passage le plus rapide pour entrer à New-York, quand les travaux de mine mis en œuvre pour faire sauter le récif de Hell Gate seront entièrement terminés.

La baie de Gardiner est protégée contre les vents du nord et les rafales maritimes, par une langue de terre appelée Shelter Island, dont les deux extrémités sont vis-à-vis de Greenport au nord et de Sag Harbor au sud. Des bois splendides, des hôtels d'une somptuosité sans pareille, embellissent ce petit coin de terre où les riches familles de New-York et de Boston viennent, en été, fuir les chaleurs tropicales, Là, également, se rendent les Méthodistes pour y organiser leurs assemblées sous la tente et, vraiment, il serait difficile de mieux choisir, car l'ombre des forêts est richernent favorable au mysticisme. Les hauteurs qui dominent le paysage sont très bien placées, et les touristes se plaisent à venir en cet endroit admirer le paysage étendu qui s'offre à leurs yeux, de quelque côté qu'ils s'assoient.

Cette pointe de la Longue-lle est très renommée pour ses pêcheries; c'est de là que viennent sur le marché de New-York ces admirables poissons de toutes sortes, dont se délectent les gourmets : c'est encore sur ces plages productives que l’on recueille le «Moss Bunker», dont l'huile est utilisée par de nombreuses industries. On avait organisé sur place des moulins destinés à extraire le liquide onctueux de ces habitants de la mer, mais les propriétaires de Shelter Island se sont insurgés; et comme aux États-Unis les nuisances publiques ne trouvent pas grâce devant les municipalités, il a fallu que les fabricants d'huile déménageassent au plus tôt. C'est alors que ces négociants sont allés S'installer en pleine mer, sur des sortes de pontons le long desquels viennent s'amarrer les bateaux de pèche et les caboteurs qui apportent et emportent la marchandise fabriquée. Ce poisson Moss-Bunker, tout à fait minuscule, se montre en telie abondance à l'entrée du Sound que l'on aflirme que certains pêcheurs en ont pris un mullion dans un seul coup de seine. Une des curiosités de ces rivages est celle de ces longues roues, à l'aide desquelles on lève ou l'on baisse les filets pour la récolte des Moss Bunker.

Le village de Greenport, — terminus du chemin de fer, — date de 1827, tandis que ceux de East Hampton et de Southampton, placés à l'autre pointe de la Longue-lle, ont été fondés il y a près de deux siècles. L'on assure que, dès 1646, un M. Hallock s'était établi à Oyster Point, après avoir acheté une vaste étendue de terrain aux Indiens, maitres de l'ile à cette époque.

Greenport est une Charmante petite ville, dont la propreté, la bonne tenue et les alen-

tours ombreux rappellent les plus jolis sites de la nouvelle Angleterre. Le long des rues s'élèvent des arbres qui abritent les villas, et aussi les promenades des environs, jusqu'à Oyster Point, passent-elles pour les plus jolies du pays

Le village d'Orient, bordé par la voie ferrée, domine le sommet, et les rives de cette mer intérieure sont ravissantes. On trouve à la pointe de ce cap un hôtel admirablement tenu, fréquenté en juin, juillet et août par les amateurs de villégiature et de pèche. Nul endroit de la côte n'est plus animé que celui-là : steamboats, vachts, bateaux de pèche embarcaucns de toutes sortes se croisent sur cette mer calme et forment une flottille inté-

ressante à suivre dans ses éroiuiions

De Greenport le touriste se dirige sur Sag Harbor et là il reprend, si bon lui semble, ce bateau à vapeur qui fait escale à quatre différents endroits du rivage, en retournant à New-York, La fondation de Sag Harbor remonte à 1730; c'était dans ce temps-là un rendez-vous de pêcheurs de baleines : lorsque les cétacés étaient pris, on les remorquait sur le sable et on les dépecait pour en jeter les débris dans les cuves à fondre le lard,

Les Indiens, à qui l'on acheta le territoire, s'étaient réservé le droit de pêche et de chasse dans les baies et les forèts de la Longue-lle, et en outre tous les fanons de baleine leur étaient acquis. Bientôt les ports de Nantucket et de Bedfort furent les seuls qui prétèrent des navires pour la pèche des etacés de l'Atlantique, et Sag Harbor ne put plus concourir

au bénéfice de ce grand commerce, actuellement détrôné par la récolte du pétrole.

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