VUES DE LA COTE ESF DE LONG ISLAND
1. Les filets de pêche, — 2, Le phare de Long Beach. — 3. Les moulins à huile de poisson, — 4, Le village d'Orient, = s, L'ile de Plum, 6, Le refuge de White Hill
A cette heure des moulins à coton ont remplacé les fonderies de blanc de baleine.
East Hampton, sur la pointe est de la Longue-lle, doit sa fondation à quatorze familles de Lynn, dans le Massachussets, qui achetèrent le territoire à la tribu des Peaux- Rouges-Montauk, dont quelques descendants habitent encore au milieu des blancs, les propriétaires actuels. On les voit, vivant en parfaite intelligence, comme le faisaient leurs ancêtres, avec leurs frères d'un autre sang, pêcher, chasser et spéculer mème, car leur éducation a fait des progrès au contact de la civilisation. East Hampton se compose d'une longue enfilade de maisons, dont aucune n'est destinée à être, soit un hôtel, soit un magasin, voire une usine. Ses habitants sont de bons fermiers, qui, à l'instar des paysans français, ont bâti leurs demeures côte à côte, abritées à l'ouest par les bois de pins, et à l'est par la mer. Chaque résidence est ombragée par de vieux arbres aux troncs noueux qui servent aux citoyens d'East Hampton à se garer des rayons trop chauds du soleil d'été. On peut dire que ce petit pays est le seul de toute l'Amérique du Nord qui ait conservé les vieux usages des colons anglais et hollandais, fondateurs de la colonie. Mais le charme de ce gracieux village a été apprécié depuis quelques années par les visiteurs de New- York et de Boston, et tout porte à croire que, sous peu, des hôtels s'éléveront dans ces parages hospitaliers.
Parmi les illustrations de East Hampton, on cite le ministre protestant Lyman Beecher, un des hommes les plus instruits de son temps, et Howard Payne, un poète, auteur de ce chant si répandu sur tout le territoire américain : Home! sweet Home, «le doux chez-soi, l'agréable intérieur, » que toute créature sage ct aimante doit chérir et respecter. Le père de ce poète était directeur de l'Académie de Clinton, la première, la plus illustre des institutions ouvertes à la jeunesse, sur ce territoire de la Longue-Ile. II faut voir, pour y croire, le respect que l'on porte dans tout le district à cette vieille masure dont la cuisine lézardée et la salle enfumée sont avtant de témoignages de ce culte dû à la mémoire d'un colon qui exprima, en des termes si touchants, le bonheur de la famille unie par des liens indissolubles. Quel bel exemple à imiter!
De East Hampton à Montauk Point, la route suit d'un côté le bord de la mer, et de l'autre des champs montueux couverts d'un épais pâturdge. Tous ceux qui visitent ces parages déclarent quil n'est pas au monde de promenade plus gracieuse et plus salutaire. Aussi les animaux de la ferme sont-ils nombreux dans ces vertes prairies : il en vient même des pays voisins qui sont mis en pension par leurs propriétaires, Ça et là, quelques épaves d'un naufrage attristent la vue, on appelle ces endroits-là les « cimetières maritimes »; mais bientôt toutes les voiles blanches qui frôlent la surface de la mer, — alcyons rapides de l'industrie humaine, — emportent ces fâcheuses pensées; la scène change de décor, et l'on songe à la nature vivante bien plus qu'à toute autre chose qui assombrirait la pensée,
Le Cap de Montauk est un lieu solitaire, dont le sol est à la fois sablonneux et mêlé de coquillages et de cailloux fins; il s'étend fort loin ainsi, quand la mer se retire, Mais, lorsque le vent souffle du nord-ouest, la tempête se déchaîne aussitôt avec une furie sans pareille : on dirait que l'Atlantique irrité veut déraciner la roche sur laquelle s'élève, depuis 1795, un phare qui est le plus connu et ie plus utile de tous ceux de la côte,
Au dire des inspecteurs de la marine, les rivages de la Longue-lle, du cap Montauk, à la plage de Nepeaguc,--treis milles de distance environ, — sont chaque année arrachés par les eflorts incessants des vagues. On a placé de distance en distance des brise-lames
pour atténuer les eflorts des tempêtes, mais ce sont là de faibles palliatifs contre ces rafales irrésistibles. De place en place, les falaises se sont écroulées sur la route qui va de Montauk à Nepeague. C'est vraiment grand dommage, car ce pays de riches pâturages était ete:t encore un des plus productifs de la Longue-lle : le bétail qu'on ÿ nourrit passe à juste droit pour le plus savoureux du territoire.
De Nepeague à Southampton, la côte est protégée par des bancs de sable qui amortissent la rage de l'Océan. A l'ouest de Southampton, ce sont des ilots placés à quatre, cinq ou six milles en pleine mer qui servent de brise-lames.
Les ingénieurs maritimes ont tout mis en œuvre pour préserver les atterrages de la Longue-lle : ainsi, dans l'endroit appelé Little Gull Island, — lle du petit Goëland, — le phare qui s'y trouve élevé menaçait ruine : il a fallu organiser un contrefort et fabriquer des murailles de bloc de béton, pour parvenir au but désiré. Ces énormes pierres factices ont enfin préservé ce monument si utile aux navigateurs,
En 1836, une tempête épouvantable emporta, à Oyster Pond Point, les rochers qui protégeaient le rivage contre l'envahissement des flots, et la mer se creusa un canal qui existe encore de nos jours, et se remplit à la marée montante.
La chasse est un des sports les plus appréciés par les habitants de la Longue-lle et des amateurs de New-York qui organisent chaque hiver des sociétés nombreuses, afin de mettre à mort des cerfs dans les bois et des oiseaux de passage, pluviers, canards, oïes sauvages, bécassines, voltigeant en nombre indéfinissable dans tous les marécages du nord de l'île. Il arrive presque toujours que les chasseurs reviennent au logis champètre ou à la ville avec des sacs pleins de gibier. Nous avons vu, il y a vingt ans, des hécatombes sans pareille perpétrées sur ces rivages fréquentés par la gent palmipède, et l'on nous affirme que cet état de choses n'a point cessé. |
La chasse des cerfs se pratique sur la Longue-lle au moyen de battues et de chiens courants. La troupe de porteurs de fusils se réunit dans un endroit désigné à l'avance : on a amené des rabatteurs qui sondent les enceintes, aidés par les b/ood hounds que les gardes ont délivrés de leur chaine; puis, quand les grands animaux passent à portée des chasseurs, ceux-ci font feu et tirent à balle, blessant, manquant ou tuant l'animal. Quelquefois le plomb atteint un homme, Tel fut le cas, en 1845 : dans une de ces chasses mal dirigées, le père des frères Delmonico, ces riches restaurateurs du bas de la ville de New-York, grand amateur de sport, fut tué par un de ses camarades, qui ne s'est jamais consolé de ce meurtre par imprudence.
Ce fut un deuil général dans la ville lorsqu'on y ramena le cadavre de ce bienfaiteur des estomacs yankees. Le « bar room » des fils du mort ne désemplissait pas, et les visiteurs, tout en adressant à ceux-ci leurs compliments de condoléance, se désaltéraient avec tant d'ardeur que la recette du premier jour s'éleva à trois mille dollars. Le lendemain, jour des funérailles, le directeur du cafe des Orphelins encaissait un chiffre triple. Les amis de la maison eussent cru faillir à leur devoir s'ils n'avaient pas bu à la santé du défunt.
Si la chasse est un plaisir des dieux, dans les forêts encore incultes de Long Island, la pèche n'attire pas moins d'amateurs sur les côtes de cette vaste langue de terre. Tous les dimanches un des passe-temps favoris des citadins de New-York et de Brooklyn est d'aller se placer sur la pointe d'un rocher pour y jeter des lignes savamment amorcées.
Ces disciples de Walton cherchent, par tous les moyens possibles, à s'emparer de ces superbes perches blanches dont la chair ferme est des plus succulentes. Aucun souffle ne ride la surtace de F'East River, l'atmosphère est limpide; le silence n'est troublé ni par les vagues, ni par le passage d'un steamboat, et souvent le produit de la pèche réjouit à la fois le pécheur plein de patience et la ménagère, qui voit dans cette manne de la mer un allégement aux dépenses de la maison.
Le Yankee pêche toujours, méme en eau trouble,