‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 94 sur 211 · ENVIRONS · texte numérisé non relu

ENVIRONS

HARBON

nuances, dont la formation excite l'enthousiasme des géologues intrigués et des amis de

la nature pittoresque,

Le Schuylkill, au détour de Belmont, coule au milieu d'une nature plus sauvage. Ses rives descendent graduellement jusqu'au bord de l'eau courante, et les arbres, — semblables au beau Narcisse, — semblent être enamourés d'eux-mêmes, tant ils se plaisent à mirer leur feuillage dans l'onde qui les reflète.

Si l'on vient s'asseoir à cet endroit, sur un de ces bancs de fer et de bois que la municipalité a placés de distance en distance, on peut laisser couler les heures, tandis que Îles yeux se promènent sur des horizons fécriques. Il est surtout un point qui mérite d'être signalé dans ce paysage, c'est celui de West Park. Le Schuylkill est caché, mais on distingue à travers les massifs verdoyants les clochers des églises et les hautes cheminées des usines laborieuses. Au milieu de cette scène champêtre, voici la tour du Temple Mauresque, tout près de laquelle se tiennent debout la flèche d'une église voisine et le dôme de la cathédrale du culte catholique. Ce sont les points culminants de Philadelphie.

Ces deux courants d'eau, le Schuylkill et le Delaware, les Jumeaux, comme les appelle Wilkies, le poète américain, dans son ouvrage : the Pensylrania Pilgrim, — le Pêlerin de la Pensylvanie, — sont ainsi décrits en vers élégants que nous avons essayé de rendre de notre mieux.

Regardez et voyez cette masse flottante De grands nuages d'or : on dirait une tente Dont l'huis est fermé par un gros diamant.

Sur les flots argentés l’on parcourt dans l’espace La route qui conduit au ciel. Mais le vent passe, Et tout a disparu; c’est un rève charmant.

Puis l’on entend au loin, dans la forêt plaï ne, Un bruit harmonieux qui provient de la rive

Du Schuylkill, dont les eaux s'écoulent sans courroux,

Le bœuf est détaché du joug : il s'achemine Vers l’étable où déjà la vache qui rumine

Rentre de son côté, portant un lait bien doux.

La ville ne dort pas : ses vastes cheminées Jettent, sans les compter, des flammes entrainées Vers l'Ether, éclairé par des astres nombreux.

Le gaz brille partout dans les grands lampadaires; Tout vit dans la cité, dans ses vastes artères, Théâtres et concerts. Le vieux Guillaume Penn

Ne reconnaitrait plus, s’il sortait de la tombe, Les hommes, — ses enfants, — qui, comme la colombe, Ont porté le rameau de paix dans cet Eden,

C'est un Éden vraiment que cetrc ville de Philadelphie, où les dryades ont fait élection de domicile et où les habitants, en suvenir de ces bois qui ornaient autrefois le sol couvert actuellement de maisons, ont donn* À leurs rues les noms de pin, châtaignier, ormeau,

chène et autres appartenant à la flore des forêts, le tout entremêlé de chiffres, car c’est là un usage prévalant aux États-Unis, dont l'application n'a pas cependant paru nécessaire aux édiles de Paris, de Londres, de Vienne et autres grandes villes de l'Europe.

C'est Gans le West Park, — Parc de l'Ouest, — que s'élevait, en 1876, l'Exposition universelle, Ceti: promenade, que l'on appelle également Fairmount, est une espèce de bois de Boulogne, plus accidenté et, par conséquent, plus pittoresque. C’est du côté ouest de ce parc public que l'on avait abattu les arbres sur une étendue de 236 acres, — environ 100 hectares, — pour y élever les constructions de l'Exposition et de ses annexes. On trouvait là, enclos par une palissade, un lac, une vallée ravissante et des pelouses couvertes de bouquets d'arbres. ;

Nous placerons ici l'histoire succinte de cette grande Exposition de Philadelphie qui a été réellement très réussie.

Il avait été décidé par les chefs politiques de la ville et de tous les États que l’on célébrerait en 1875 l'anniversaire du centenaire de la liberté américaine. Après avoir rêvé à mille projets, on s'arrêta enfin à celui d'une grande Exposition universelle, à laquelle seraient conviés tous les peuples du globe,

A Philadelphie était réservé l'honneur de fêter ce centenaire, car c'était dans ses murs que la proclamation de l'Indépendance avait été faite. D'autre part, en quel endroit aurait-on pu trouver, afin d'élever les bâtiments indispensables pour cette affaire géante, un parc immense, une étendue suflisante, de telle façon que tout fût grandiose, ainsi que le méritait un pareil événement ?

L’ «Institut de Franklin » et le « Board of Managers », dès 1869, avaient produit des projets qui furent soumis à des hommes compétents et ceux-ci décidèrent que l'Institut prendrait en mains toute l'opération et demanderait au Congrès de Washington l'autorisation de travailler à l'exécution de ce travail monumental.

Une pétition fut donc rédigée et adressée en double au président du Sénat, et de la Chambre des représentants, dans laquelle les délégués MM. William Sellers, Frederick Fraley, Enoch Lewis, Collman Sellers et B.-H, Moore exposèrent des raisons valables qui leur faisaient solliciter le choix de Philadelphie, à l'exclusion de celui de toute autre ville du continent américain,

Le Congrès répondit aflirmativement : il ne restait plus qu'à obtenir la sanction de la législation de l'État, siégeant à Harrisburg, laquelle ne se fit pas attendre.

L'emplacement fut choisi, le tracé des bâtiments indiqué par des jalons et l'on se rappela alors que le nerf de la guerre, — l'argent, — indispensable pour toute affaire de quelque nature qu'elle soit, manquait complètement, A qui s'adresser? à l'État? c'était impossible. Le comité, après plusieurs délibérations, convint d'en appeler au patriotisme américain. Le Congrès sanctionna encore la nomination d'un « conseil pour la souscription au centenaire » auquel incombèrent les soins de provoquer les avances d'argent, Ceci se passait en 1872. Le calcul fait s'élevait à 10,000,000 de dollars, y compris le prix des places, qui ne devait pas dépasser 20,000 gourdes,.

Tout marchait cependant d'une façon assez lente, et certains esprits portés à douter de tout déclaraient déjà que cette Exposition du centenaire était une affaire manquée ; mais les membres du comité n'étaient pas du nombre de ceux qui se découragent facilement. Ils redoublèrent d'énergie, s'adressèrent à tous les hommes de valeur dans toutes les branches

de l'industrie et du commerce, établis non seulement dans la ville, mais encore dans tous les États, toutes les cités de l'Union et, en moins de soixante jours, la situation avait complètement changé.

La ville de Philadelphie avait souscrit pour un demi-million de dollars, et l'État de la Pensylvanie pour un million subordonné à la soumission de la capitale.

Le 22 février 1873, un meeting auquel assistaient plus de 20,000 personnes avait lieu à Fairmount à la suite duquel plus de 3 millions de dollars furent apportés. Grâce à la publicité qui fut donnée par la presse du pays, l'affluence de l'argent ne fit pas un moment défaut et le comité de Philadelphie dépècha à Vienne un de ses délégués, M. W. P. Blake, qui déjà avait été envoyé en mission à Paris en 1867, avec les ordres formels de prendre toutes les notes indispensables pour l'érection d'une construction monumentale dans le parc de Fairmount., Avec M. Blake s'en alla M. Henry Petit, un ingénieur d'un talent reconnu qui ne voulut accepter d'autre salaire que la restitution du débours de son voyage.

Pendant que le comité du centenaire travaillait à la réalisation de ses projets, les dames de Philadelphie cherchaient à leur tour à ajouter leur pierre à l'édifice populaire. Elles formèrent une association dont Mistress E.-D, Gillepsie, de la famille de Franklin, femme d'un talent exceptionnel, devint la présidente, C'est à elle et à ses amies que l'on dut une grande quantité des souscriptions qui furent versées pour compléter la somme indispensable à la terminaison des travaux, M. Frederic Fraley, — un gentleman dont l'intégrité et la connaissance des affaires étaient proverbiales, — devint, par acclamation unanime, le trésorier de l'Exposition.

Les plans proposés aux membres du comité affluaient sur les tables du siège de la société et, lorsque le directeur général, — qui fut M. Alfred-T. Goshorn de l'Ohio, — eut été élu, on se hâta de faire un choix.

Le 4 juillet de cette même année, une cérémonie, — le transport du comité au parc de Fairmount, — eut lieu d’une façon solennelle en présence d'une foule enthousiaste. Il y eut bénédiction du terrain, discours, hymnes chantés et enfin le gouverneur général de la Pensylvanie, M. Hartrauft, lut à haute voix la « Charte de la concession » faite par le Congrès, et M. Georges Robeson, secrétaire du département de la marine, délégué par le président des États-Unis, proclama wrbi et orbi que l'Exposition internationale étaic officiellement annoncée aux nations européennes et à toutes les parties du monde, que l'on priait d'y prendre part.

Le 16 juillet suivant, 43 plans avaient été soumis au comité. Dix seulement furent choisis, dont les auteurs reçurent tous une récompense de 1,000 dollars. Le 30 septembre suivant, quatre autres personnes ayant apporté des dessins qui furent acceptés reçurent comme gratification une somme 11,000 dollars. Dans le nombre se trouvait le travail de MM. Calvert-Vaux et Georges Kent Radford, de New-York, qui avait trait au bâtiment principal et fut approuvé dans son entier.

Ces architectes constructeurs se mirent à l'œuvre dès les premiers jours du printemps 1874 et on leur adjoignit M. Sims, qui apportait quelques modifications importantes, Les travaux, dès leurs débuts, furent menés avec la plus grande activité, mais, au fur et à mesure que l'on avançait, on empiétait sur l'espace convenu.

Bientôt on s'aperçut que les premiers plans adoptés étaient par trop mesquins et l'on

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eut recours à M, H.-J. Schwarzman, l'un des ingénieurs du parc de Fairmount, qui à son tour s'associa à M. Richard Dobbin, le 4 juillet 1874, et soumissionna pour la somme de 1,199,273 dollars.

Autour du bâtiment principal on vit peu à peu s'élever tous les pavillons adoptés par le comité de l'Exposition centenaire sous la direction de M. Windsin, un architecte dont chacun s’est plu à vanter le talent.

Il avait fallu songer à la clôture du Parc, qui comprenait un cercle de 60,000 pieds. On se hâta de procéder à ce travail gigantesque, qui contenait 236 acres dans lesquels furent placés, outre les bâtiments réguliers, des pares pour animaux de toutes espèces, domestiques et sauvages.

On creusa un lac artificiel, des canaux de drainage; on construisit deux ponts au moyen desquels on relia les vallons de Lansdowne à Belmont; des prises d'eau furent faites au Schuylkill, à qui l'on empruntait le liquide indispensable aux arrosages au moyen d'une pompe de Worthington, laquelle donnait 6 millions de gallons par jour.

Pendant toute l'année 1875, les travaux furent très activement poussés, et l'on vit bientôt se dresser au milieu de la toiture, les constructions assignées : 1° aux Mines, 2° aux Manufactures, 3° à l'Éducation et à la Science, 4° à l'Art, 5° aux Machines, 6" à l'Agriculture et 7° à l'Horticulture. A la fin de cette année, c'est-à-dire vers Noël, on pouvait très bien juger de l’ensemble des édifices.

Par bonheur, l'hiver était fort doux et les plantations purent être faites sans inter. ruption.

On atteignit l'époque désignée pour la réception des marchandises destinées à l'Exposition centenaire et tout était prêt au jour dit. On put donc procéder sans confusion au placement de tous les objets destinés à être exposés. Peu à peu l'aspect général devint imposant et chacun prenait à honneur l'accomplissement de sa tâche.

On arriva ainsi au 10 mai, c'est-à-dire à la date convenue pour l'ouverture de l'Exposition. L'atmosphère n'était point favorable : on s'attendait à la pluie, qui eût fort troublé la cérémonie, car le Président étai! là, assisté par tous ses ministres, les autorités civiles et militaires du pays, le corps diplomatique et les représentants de tous les États de l'Union. La foule avaitenvahi le parc et se groupait devant les sommités qui présidaient à l'ouverture du « Centenial Exhibition ».

S. M. l'Empereur du Brésil, don Pedro, et S. M. l'Impératrice étaient assis sur l’estrade du Président, avec les ambassadeurs du Japon en costume et les autres ministres de l'Europe revêtus de leurs uniformes.

L'orchestre joua alors la marche de Wagner, qui fut fort applaudie. Après l'audition de quelques autres chants nationaux et du discours officiel, un salut de cent coups de canon retentit, suivi de chœurs enthousiastes. L'ouverture de l'Exposition universelle du Centenaire était annoncée à la ville fondée par William Penn.

La visite ou plutôt la procession du Président, de ses invités et de tout le monde ofticiel commença aussitôt et l'on peut dire, pour compléter ce récit historique, que chacun en particulier et tous en géncral rendirent justice aux eflorts de ces quelques hommes de génie à qui l’on devait l'accomplissement d’un travail réellement gigantesque.

Nous ne devons pas oublier d'ajouter ici que le ciel s'était montré clément; avant la fin de la cérémonie, les nuages s'étaient dissipés et le soleil éclairait de ses rayons

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