VIRONS
magiques le parc de Fairmount, où la nature n'avait presque pas eu besoin de l'art pour être belle, souriante, enchanteresse et sublime.
Cette magnifique Exposition de Philadelphie resta ainsi ouverte pendant six mois entiers, pour la plus grande joie des visiteurs de toutes les nations accourus à Fairmount des coins les plus reculés du globe terrestre.
Le bâtiment destiné aux beaux-arts offrait aux curieux différents objets que l'on remarquait fort. Sous le péristyle, la Femme piquant un bison, symbole du Go-ahead américain, Sur le côté droit se tenait debout le Prince de Bismark, à pied, de grandeur naturelle, et, de l'autre, le Président Blanco, du Vénézuéla, à cheval. Dans l'intérieur, on s'arrétait devant le Portrait de M, Thiers, par Healy, et celui de M" Croisette à cheval, par Carolus Duran. On voyait ensuite les Sept pendus, de Becker; la Mort du Président Lincoln ; des paysages assez nombreux, et un tableau historique représentant l'Effet de l'électricité sur la culture humaine, du vrai réalisme.
En sortant de cette exposition des beaux-arts, on pénétrait dans la Main Building, où étaient exhibés la librairie, l'horlogerie, la bijouterie, les soieries de tous les pays, les tapis, la verrerie, les chinoïseries, les articles du Japon, etc., etc.; bref, tout ce qui était contenu, lan dernier, dans le bâtiment du milieu, côté gauche, — en remontant vers l'École militaire, — de notre grande Exposition de Paris, au champ de Mars.
Dans l'annexe du «Main Building » étaient exhibées les voitures de toutes sortes, depuis le wagon américain de luxe, jusqu'au cart, — charrette, — destiné aux travaux de l'agriculture. Venaient ensuite les machines, — celles-là de tout calibre, de tout genre, de tout usage : — machines de chemin de fer, d'usine, de moulins, voire même de guerre, car il y avait, dans un autre endroit des canons énormes, rivalisant avec les Krupp les mieux assortis.
Le département des dames n'avait pas été oublié, et l'on sait si la femme aux États- Unis a des tendances de liberté plus qu’en aucun pays du monde! A Philadelphie, elles composaient un journal : {he New Century for women; tissaient des étoffes, des rubans, fabriquaient des bobines, etc., etc., coram populo, et cela plaisait fort au public.
Si l’on descendait, au moyen d'un chemin de fer circulaire vers l'Agricultural Hall, on trouvait dans ce département tout ce qui a trait à la culture des champs : charrues, herses, machines à semer, faucheuses, tondeuses, peleuses de pommes de terre, et enfin toutes les conserves végétales possibles, vins de toutes les qualités depuis le modeste liquide californien jusqu'au Heydsik, Montebello, Crémant, etc., etc, sans oublier la veuve Cliquot et le Moët et Chandon.
Un elevated raïlroad partait de cet endroit pour conduire les visiteurs fatigués dans la partie réservée aux cottages particuliers de chacun des États de l'Union : les restaurants, de toutes les qualifications, la poste, le télégraphe, le bureau des billets de spectacle et du chemin de fer, le kiosque de la société biblique où l'on donnait la Bible traduite en cing langues difiérentes; l'exhibition des cercueils appelés centenial caskets, en ébène, bois de rose, palissandre, doublés de satin et d'étofles lamées d'argent. Ce spectacle quelque peu lugubre disait bien tout ce qu'il avait la prétention d'apprendre : © vanité des vanités !
Cette Exposition du centenaire de Philadelphie dura six mois, et pendant tout ce temps la foule se pressa, en dépit des chaleurs de juillet et d'août, sous ces toits de verre et sous les ombrages du pare, prétant l'oreille aux mélodies de l'orchestre de Gilmore, ou aux sons
des tubes harmonieux des orgues de tout calibre, de toutes dimensions. Partout où l'on allait, des accords charmaient les passants et l'on oubliait les heures fugitives, hélas! trop tôt envolées.
Lorsque le 4 juillet ramena l'anniversaire de la fête de l'Indépendance, on avait organisé une grande procession aux flambeaux, — torch lightralk,—qui fut la partie la plus populaire