‹ L'AmériqueChapitre 27 sur 113 · Ce terme désigne la femme de rindien · texte numérisé non relu

Ce terme désigne la femme de rindien

2. Canon (prononcez cagnon), en espagnol, a le sens de tuyau, et par suite du col ou délilé profondément creusé dans les roches.

ont mille ou mille deux cents mètres de haut, et leurs pics s'élevant au-dessus des pics dans une étonnante proximité, elles ont presque Tair de se rejoindre par-dessus vos têtes. Le Fraser, qui jusqu'alors n'a guère été qu'un torrent plein de roches, devient ici réellement furieux; il écume, il fait rage dans ce canal resserré, où il s'élance avec une vitesse de trentedeux kilomètres à l'heure. On comprendra plus exactement quel volume liquide passe par cette ouverture, qui n'a guère ici plus de quarante mètres de large, en songeant que le Fraser a déjà réuni les eaux d'un espace de plus de mille trois cents kilomètres, et qu'entre autres rivières, il a reçu la Thompson, presque aussi considérable que lui. A quelques centaines de kilomètres en amont, chacun de ces cours d'eau est déjà profond, et large de plus de quatre cents mètres; néanmoins, aux Gagnons, cette énorme quantité d'eau est contenue dans un canal qui n'en a pas cinquante d'ouverture. En outre, il y a plusieurs endroits où des roches gigantesques, surgissant du milieu du torrent, resserrent encore les passages où les eaux s'écoulent avec fureur. »

V® MiLTON ET D' Cheadle, Voyage de V Atlantique au Pacifique^ trad. par M. Belin de Launay. (Paris, Hachette, in-18, 1872.)

lie transcontinental Canadien.

La nouvelle voie ferrée appelée Pacifique-Canadien est la dernière ligne constrnite dans TAmérique du Nord entre les deux Océans. La rapidité d^exécation a élé surprenante.

Ce chemin de fer, commencé en 1875, mais poussé activement seulement à partir de 1880, quand le gouvernement eut cédé l'entreprise à une Compagnie privée, fut achevé en 1886. 11 traverse en grande partie des régions désertes, des montagnes sillonnées de torrents profonds, sur lesquels il a fallu ^eter des ponts de fer très longs au-dessus des abîmes; plos de 500 kilomètres de voie ont été taillés dans le roc.

La distance d Halifax à Vancouver (5908 kilom.) est franchie régulièrement en septjuurs.

Le Pacifique Canadien se détache de la ligne d'Ottawa à Matawa, grand marché de bois, et rendez-vous favori des chasseurs de daims et des pécheurs de truites des lacs et des rivières du bassin supérieur de TOttawa. 11 traverse la région lacustre et boisée qui s'étend au nord du lac Huron, longe la belle nappe du Nipissing, grand comme le lac de Genève, coupe plusieurs rivières dont l'eau fait mouvoir les scieries qui débitent les arbres des forêts gue Tincendie n'a pas dévastées, rejoint à Sui/ôury, grand centre d'expluitalion de minerais de cuivre, nickel et platine, rembranchement lon^ de 287 kilom. qui va rejoindre à Sault- Sainte- Marie les lignes américaines et le canal de jonction entre le lac Huron et

le lac Supérieur, et pénètre à travers une contrée encore demi-sauvage, où les grands bois alternent avec les étangs sombres et les prairies marécageuses, snr la rive septentrionale du lac Supérieur, le plus vaste des cinq qui s'étendent entre le Dominion et TUnion, plus grand deux fois que la Suisse entière. « La vue du lac, écrit M. Cotteau, est absolument » ravissante. La côte, abrupte et rocheuse, profondément découpée, forme » toute une série de baies sinueuses parsemées d'Iles boisées; pour » horizon les eaux limpides du plus grand lac du monde. Le paysage est » tout à fait grandiose. La forêt est moins dévastée, ce sont toujours des » pins, des bouleaux, des mélèzes, mais les arbres paraissent plus » vigoureux. La voie, taillée dans le roc, fréquemment coupée de tunnels » et de ponts de bois sur chevalets, est parfaitement établie : elle a dû » coûter des sommes énormes. »

Les lacs se multiplient : il en est d'immenses. Le lac Nipigon a treize fois l'étendue du Léman. Dans ces vastes plaines où Peau tient autant de place que la terre, le climat est excessif; brûlant Tété, glacé l'hiver. La voie s'éloigne du lac Supérieur, au sortir de Port-Arthur et Fort- William, situés en face l'un de l'autre sur la baie du Tonnerre^ au point de jonction du Pacifique-Canadien avec la li^ne des paquebots, qui ont un service rapide irrégulier avec Owen-Sound, port de Toronto, au fond de la baie Géorgienne, à l'extrémité orientale du lac Huron. « On » voit bien, dit M. Cotteau, que nous sommes rentrés dans la civilisation; » la plaine, partout cultivée, est nue et monotone, pas un arbre planté, » pas un jardin autour de ces petites maisons de bois, toutes semblables, » aisséminées dans des espaces vagues; en revanche, des magasins » spacieux, des docks, des débarcadères, des dépôts de charbon, de » grands élévateurs, dont l'un peut contenir 1200000 boisseaux. Tout » l'indique, le jour est proche où une grande cité s'élèvera sur ce même » emplacement, où des palais de marbre et de granit remplaceront les » modestes cabanes d'aujourd'hui. »

La station de Rat-Fortage marque la ligne de partage des eaux entre le lac Supérieur et le lac Winnipeg. Là surtout s entrecroisent les lacs et les rivières : Indiens et trappeurs pouvaient jadis, par le « portage » de leurs canots d'écorce d'un oassin à l'autre, faire aisément par eau des traversées de centaines de milles.

11 a fallu, pour établir la voie ferrée au-dessus de ces prairies tremblantes, reposant sur de profonds amas de tourbe, couler d'énormes quantités de terres et de roches. Plus de pins dans le Maniloba : la prairie s'étend à l'infini, avec sa terre noire où les champs de blé se succèdent autour des fermes opulentes, avec ses verts pâturages qui nourrissent d'immenses troupeaux : greniers et étables menaçants pour l'avenir de l'agriculture de l'ancien monde.

Winnipeg, capitale du Manitoba, au confluent de la Rivière-Rouee et de l'Assiniboine, jadis, sous le nom de Fort-Garry, quartier général de la Compagnie de la baie d'Hudson, est la grande cité des prairies. Elle a 90000 habitants; les optimistes ne doutent pas qu'elle en compte 100000 avant vingt ans. Aux approches de Régina^ la u Reine » des prairies, capitale du district d'Assmiboine, les Indiens se montrent plus fréquemment, ti Enveloppés de couvertures, accroupis et silencieux, ces pauvres » eens se tiennent le long des bâtiments de la gare, offrant aux passagers » du train des cornes de buffle, soigneusement polies et accouplées avec » art, des broderies de leur fabrication et autres menus objets de » curiosité. Ce sont des Cris ou des Fieds-Noirs, dont les réserves sont » voisines du chemin de fer. » Dans le bassin de la Saskatchevsran du

Sud, à Medicine-Hat, à Calgary, capitale du district d'Alberta^ la contrée devient déserte; le sol s'élève, de petits lacs de sel remplissent les dépressions du plateau, qui est dénudé, et d'où a tout à fait disparu la race des grands ouflles, exterminés par les chasseurs. A BanfT, le Pacifique. Canadien pénètre dans les Montagnes Rocheuses, et en atteint le point culminant à la station de Stephen^ à 1 614 m. d'altitude.

« Au nord, à 2500 m. au-dessus de nos têtes, se dresse la cime res- » plendissante du mont Stephen, d'où descend un immense glacier; en » lace, une montagne d'une élévation moindre, aux crêtes dentelées ; » enfin à nos pieds, un petit lac dont les eaux stagnantes, occupant le » sommet de la passe, peuvent s'écouler à la fois dans l'Atlantique et » dans le Pacifique. Un peu plus bas, un impétueux torrent sort d'un » antre lac : c'est le Cheval-qui-hue qui va porter ses ondes écumantes à » la rivière Columbia... La ligne descend rapidement, s'accroche aux » parois rocheuses, s'engouffre dans les profondes gorges. La descente » du Cheval-qui-Rne est effrayante. Sur un parcours de 75 kilomètres, la » voie, suspendue aux saillies de la montagne, sautant d'une paroi à » l'autre, se tord le long de précipices vertigineux au fond desquels » grondent les eaux tumultueuses. » (E. Cotteao.)

Une étroite vallée sépare les Montagnes Rocheuses de la chaîne des Selkirk. Là commence la 3^ section du Pacifique-Canadien. La ligne remonte la vallée du Beaver, à travers de belles forêts, au-dessus desquelles se dressent les hautes cimes avec leurs neiges et leurs glaces. Par endroits, le chemin de fer s'enfonce dans de sombres couloirs, entre des roches verticales, et côtoie des précipices insondables; ailleurs, comme an col de Roger^ elle disparait sous de longs tunnels en bois, destinés à la protéger contre les avalanches.

« Les Selkirk, placés comme un écran entre le Pacifique et les Rocheuses, reçoivent une quantité bien plus considérable de pluie que ces dernières; par suite leurs glaciers sont plus étendus et descendent plus bas dans les vallées. La végétation arborescente se développe ici avec une puissance incroyable. Pins, sapins et cèdres, serrés en lignes

Pressées, cherchent à se dépasser mutuellement... Mais, depuis que homme a envahi leur domaine, ces nobles forêts sont périodiquement ravagées par Tincendie : le feu, que nul ne songe à arrêter, dévore des espaces considérables, et se propage à des centaines de kilomètres, et pendant des semaines entières.

Le point culminant du passage des Selkirk est à la station de Summit (1415 m.). Vers le sud à 2500 m. au-dessus de la vallée, s'élage un prodigieux cirque, montrant à la fois cinq ou six glaciers dont les crevasses verdâtres sont parfaitement visibles A la descente, le train

s'arrête à la station de Glacier-House, devant un gracieux petit hôtel, en forme de chalet suisse érigé par la Compagnie à dix minutes de la base dn Grand-Glacier, dont la masse énorme, encadrée de noirs sapins, miroite et resplendit au soleil. La descente continue avec rapidité, offrant constamment des points de vue d'une beauté merveilleuse : innombrables chutes d'eau couronnées d'arbres giganlescjues, lacets étranijes revenant presque à leur point de départ, gorges étroites et sauvages avec des échappées sur tout un monde de glaciers et de névés. » (K. Cotteau, le Transcanadien et V Alaska, Tour du Monde, 1891.)

La ligne longe la rive gauche de la rivière Thomson, rejoint le Fraser à Lytton, pénètre dans l'effrayant cagnon du fleuve, et atteint à son embouchure, après un parcours de 250 kilom. la dernière station, Vancouviff

LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAt'HÏK*

yûh <!è âOOilO îiaf»., hâ(îe ta 1R86, ea pfeine forât vierge, sur uoe baie pruluD'Ie du ilélroit de Geurgiet où la mer ne gèle jaraaîa. Vancouver slrUîtyle le h San Frîjncisco w du Dommiuo : elle esl le urminns de cinq vcS«B rirréei, el siiriout du Piicifni ne-Canadien, la lète de li|îne des services mantimeîï de h fUiine et du Japi>[k le centre de pêcheries ahundiiotes, de lïiâemenl:! de eb.irlis>ti mépuisables^ le cfébouché de^ miiie:^ de ia Col-rtihie, l'entrepôl de la voie la plus courle du Pacifique asiatique à rAtlHciiupie ecir^ipcen.

A peine cunstniiltiS^ en 1886^ ses maisons de hoia furent détruites par un in-etsilie. Elle fuL rebâtie en briques et pierres, et ses baufiars irnproy\sH (Ireui nLiCË à deà palais, à des miigasuiSf â des écoles, à des églises moniiinenrarei.

Un iiutre piint » terminus i» du transcontînental Canadien esl Vicfom, la capjlale de lile V.iiicouver et de la Colombie britanTiique> située 5ur une

60LF£ M GEORaiE -BASSm PU FflASeB INr^RIEUR^

Ik de Vanc^ouiver et biLSsm du Fraseï' inrcrieiir,

inse du dêtrcit j&an de Fuca^ à Vext rémité d'une tle ^ni poi^sëdede belles forêts, et les plui riches charbonnaiçes du Pacifique a^ptenlrional.

Maîtresse d'un pareil débouché, la ville des minenra snt>il nue véritibie (lèvre d'agraadissemetil. De beaux édifices, un arsenal, de^f entrepôts, des majîasmsT des avenueSi des places, des qu;rs, des jardins, des parcs y sortirent de terre comme par enchantement ; une ville charmanLe, Balubre, pinirvue de bon nés eaux potables, a remplacé les anciens mare* ea^es. m Klle eat visitée par de riches Américains, qui viefineat en été 7

» chercher un air pur, un climat lempéré, et le merveilleux horizon des » lies, des bras de mer, des forêts, du cône volcanique de Baker, et des k dômes de rOlympe américain. » (E. Reclus.)

Le port de \xctoria est médiocre, peu profond, d'un accès difficile. Aussi rAmirauté britannique lui a-t-elle préféré la baie à'Esqnimalt, située à 6 kilom., pour en faire le point de ravitaillement, Tarsenal, Tatelier de construction et de radoub de la flotte anglaise du Pacifique. Esquimalt-Harbour est devenu ainsi un faubourg de Victoria. Tout un

3nartier de la ville est occupé par une colonie très prosoère et très active e Chinois commerçants, brocanteurs, industriels, jardiniers, blanchisseurs, terrassiers, etc.

lies mines et les mineurs du Caribou.

La barrière épaisse et hérissée de pics escarpés qui, sous le nom de Montagnes Rocheuses, sépare la Colombia et le Fraser de TAthabasca et des deux rivières Saskatchewan, a rendu très longtemps presque impossible toute communicHtion entre la Colombie et les territoires du centre. La plupart des bandes d'émigrants qui ont tenté le passage, avant Milton et Cheadie, ont péri; et ceux-ci ne réussirent dans leur audacieuse entreprise que grâce à une énergie de tous les instants et à d'heureuses circonstances. Les mineurs qui se rendaient aux placers du Caribou partaient de New- Westminster, capitale de la Colombie britannique, située à Tembouchure du Fraser, remontaient en bateau à vapeur THarrisoD jusqu'à Lilloet (425 kilom.), d'où une diligence les portait par la vallée du Fraser à Soda-Creek (282 kilom.). Ce véhicule, attelé de chevaux et conduit par un Yankee ou un métis, gravit péniblement la route sinueuse et étroite qui s'enroule autour de la montagne au-dessus des abîmes et descend à fond de train les pentes, au risque de rompre essieux et timons, et d'envoyer les voyageurs rouler au fond des cascades écumantes où s'ébattent les truites et les saumons du fleuve. A Soda-Creek, un antre bateau à vapeur les transporte à Quesnelle. Là, on jette sur ses épaules un rouleau de couvertures, on enfonce ses jambes dans de grandes bottes à genouillères, on se coiffe du chapeau plat aux larges rebords, on entre costumé en mineur dans le pays des mines. Après trois jours de marche à travers des forêts et des rochers escarpés, on arrive à Richfield, à 100 kilom. de Quesnelle; on a devant soi l'étroit ravin où coule William's Creek : c'est Caribou.

a William's Creek tire son nom d'un de ceux qui l'ont découvert, William Dietz, Prussien, qui, avec son compagnon, appelé Rose, Ecossais, a compté parmi les pionniers les plus hardis du Caribou. Ni l'un ni l'autre n'a tiré aucun profit de la découverte de ce ruisseau, le plus riche peut-être qui existe au monde. Lorsqu'une foule de mineurs s'abattit sur ce trésor, ceux qui l'avaient trouvé s'en allèrent chercher d'autres gisements. L'Ecossais, après avoir disparu quelques mois, a laissé son corps au fond des déserts, où quelques mineurs qui faisaient un voyage de découverte, ont fini par le retrouver. Auprès de lui, sa tasse d'étain était suspendue à une branche

d'arbre; elle portait, écrits avec la pointe d'un couteau, les noms de Taventurier et ces mots : « Je meurs de faim. » Quant à William Dietz, il rentra pauvre à Victoria, et, abattu par une fièvre rhumatismale, il vivait de charité à Tépoque où nous y étions.

» Le Caribou est le district le plus riche de la région aurifère dans la Colombie britannique. Figurez-vous une suite de montagnes et de collines recouvertes de sapins. Les premières s'élèvent jusqu'à deux mille et môme deux mille cinq cents mètres, entourées par un amas confus des autres. Partout le sol est tourmenté, au point, qu'excepté le fond des étroits ravins encaissés entre les collines, on y trouve à peine un pied de terrain uni... Autour de ces hauteurs, la branche principale du Fraser s'enroule en un cours semi-circulaire.

» ... C'est sur les bancs de sable du Fraser inférieur que le premier or a été découvert sous la forme d'une poussière très fine. Les anciens mineurs de la Californie ont remonté le fleuve en y lavant l'or durant 600 kilomètres, voyant le grain toujours grossir; puis ils suivirent les petits affluents qui descendent du Caribou, et y trouvèrent des pépites et des blocs de quartz aurifère. La chasse au métal précieux a été poussée loin, mais elle n'est pas terminée. 11 s'en faut que toutes les veines de quartz aient été découvertes; on n'en est encore qu'aux conjectures sur leur situation probable... Il se peut que la plus grande partie de ces richesses ait été entraînée par les eaux des torrents, mais évidemment des sommes énormes sont encore enfouies dans les entrailles du rocher. Dès qu'on aura découvert les veines quartzeuses, la Colombie britannique pourra rivaliser avec la Californie en richesse et en stabilité. Dans ce dernier pays, le travail des moulins, qui par centaines écrasent chaque jour des milliers de tonnes de quartz aurifère et argentifère, a prouvé combien ce genre d'exploitation des mines est plus productif et plus assuré que celui des fouilles à la surface, qui jadis, comme à présent dans le Caribou, ont fourni là tout l'or qu'on en tirait.

» Les grands désavantages qu'offre ce pays au travail des mines consistent dans sa nature même; dans ces montagnes et ces épaisses forêts, qui forment les plus grands obstacles à des recherches suffisantes, et rendent extrêmement coûteux le transport des provisions et des autres nécessités de la vie; dans ce long et rigoureux hiver, qui empêche de travailler aux fouilles depuis octobre jusqu'à juin; enfin, dans le boulever-

DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. lil

sèment géologique lui-même, qui, tout en étant la cause incontestable de la richesse de la région, rend fort incertaine ou au moins très difficile l'exploitation des filons.

La chance, ou la veine, comme disent les mineurs, ontjooé un grand rôle dans la destinée des chercheurs d'or primitifs. L'association des mineurs, et la formation de grandes compagnies, appuyées sur de puissants capitaux, ont rendu Pexploitation plus régulière et moins aléatoire. Mais elle a subi le contre-coup des découvertes des champs dV du pavs de Klondyke (voy. plus loin), et le rendement tend à diminuer. De 1858 à 1895, la production de Tor dans la Colombie a été de 290 millions de francs. Au début, certaines régions, comme le ravin de William's Creek, avaient suffi à 16000 persunnes pendant quatre ans. Tel claim avait produit jusqu'à 125000 francs d'or par semaine i.

« L'opulence ainsi rapidement acquise est généralement aussi vite dissipée. Le mineur qui a eu de la chance, se hâte d'aller à Victoria ou à San-Francisco semer son or dans l'Etat où il l'a ramassé. Rien n'y est trop cher pour lui; aucune extravas:ance ne dépasse l'ampleur de ses fantaisies. Son amour de l'étalage i'enlraine à mille folies, et ses excentricités proclament le peu de cas qu'il fait de l'argent. Un mineur qui, au bout de la saison, s'était trouvé possesseur de loOOOO francs de dollars, remplit ses poches de pièces d'or, descendit à Victoria, se rendit à un comptoir, et régala de Champagne la foule présente. Comme la compagnie ne pouvait pas venir à bout de consommer la provision entière du comi)toir, on flt venir du renfort en invitant les passants. Cependant la provision ne s'épuisait pas, et personne ne pouvait plus boire. L'ingénieux mécène commanda d'apporter et de remplir tous les verres du cabaret. Puis, levant son bâton, il balaya le comptoir. Restait encore un panier de Champagne; il fut ouvert, les bouteilles rangées sur le plancher, et notre homme se mit à sauter dessus en les écrasant sous les talons de ses grosses bottes. Le mineur avait encore une poignée d'or à sa disposition. Il marcha droit à une grande glace, qui ornait un des coins de la salle. 11 lança contre elle une pluie de lourde monnaie et la brisa en morceaux. Le héros de cette histoire retourna aux mines le printemps suivant, n'ayant plus un sou vaillant, et, lors de notre arrivée, il y travaillait en qualité de simple ouvrier. » (Milton et Cheadle^, voy. de l'Atlantique au Vaci/ique, trad. Belin de Launay; Paris, Hachette, 1S72.)

Vancouver t la bouille.

La longue lie canadienne de Vancouver paraît un peu sombre et triste, quand on la voit du détroit Juan de Fuca ou de la haute mer. a Une ligne de côtes escarpée, sévère, contre laquelle la mer brise avec violence, et au delà, presque sans intervalle de terrain uni, une suc-

1. Le vicomte Milton, seigneur anglais, fils aine de lord Fitz- William, descendant d'une des plus hautes familles d'Angleterre, et le docteur Cheadle, maître es arts, et membre de la Société de géographie, tous d^ux grands amateurs de voyageo, de chasses, enl reprirent de traverser les territoires de la Compagnie de la baie d'Hudson et l'un des cols des Montagnes llochonses, de Tisilerîes mines d'or de la Colombie, et d'explorer la Thompson et le F'raser. Ils ont pu, à force de persévérance et d'audace, suivre l'itinéraire qu'ils s'étaient tracé.

112 LECTURES Eï ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

cession monotone de hauteurs arrondies, tontes couvertes de tristes forêts de pins an-dessus desquelles on voit apparaitre une crête de montagnes nues, dentelée comme une scie, on véritable Muniserrat, formant une arête culminante qui s'étend comme one longue et riche épine dorsale d'une extrémité à l'antre de l'ile. Tout cet ensemble froid, uniforme, sauvage sans être pittoresque, d'où ne se détache aucun trait hardi,' aucun accident imprévu, laisse une impression de fatigue et de tristesse. » (Colonel Grant, Désert de l'ile Vancouver.)

Malgré sua climat plus tempéré ou moins rude que celui de la Colomliie, grâce â sa situation insulaire, Vancouver ne mérite pas ce titre d'Eldorado du Pacifique que lui donnent au Canada et en Angleterre les brochures et les prospectus des agences d'émigration. Mais si le sol, dur et peu fertile, qui est favorable a la végétation des conifères, se prête mal à Tagriculture, il renferme d'assez grandes richesses minérales. On y a reconnu des traces de cuivre et de plomb; on y exploite de Vor sur la rivière Leech, et Vanthracite et la houille bitumineuse s'y rencontrent en abondance et en excellente qualité. Les gisements les plus exploités sont ceux de Nanaimo, Comox, Koskemo, Fort-hupert. La veine aurait, dit-on, plus de 200 kilom. de longueur. Le bassin houiller de Koskemo a 75000 hectares d'étendne. Le combustible est exporté à San Francisco, aux iles de Sandwich, et jusqu'en Chine*.

lie KlondyKe et les mines d*or du Youlcoii.

Depuis le jour (en 1867) oii la Russie vendit aux Etats-Unis pour 7 millions de dollars ses droits sur PAlaska (voy. p. 41), la presqu'île glacée ne cessa pas d'être un terrain de recherches pour les avides prospecteurs. La fièvre de l'or qui avait entraîné les aventuriers en 1848 vers les placers californiens, en 1854 vers les filons de l'Australie, et plus tard vers les daims de la Colombie britannique, les amena peu à peu à franchir les Montagnes Rocheuses, et à descendre le long des vallées désertes du Lewis et du Pelly, bras supérieurs du Youkon, vers les terres polaires. Les mines de VAlaska-Treadwell et de VAlaska-Mexican, exploitées dès 1887. dans la région de Juneau, donnaient des résultats médiocres, mais qui s'amélioraient chaque année. En 1880, l'Alaska américain produisait 10 kilogr. d'or; en 1890, 1150, et en 1896, 18480.

Au mois d'août 1896, deux mineurs, Robert Henderson et Georges Mac- Cormack, découvrirent des traces d'or dans la vallée de KIondyke, aTAuent de droite du Youkon. Le territoire appartenait an gouvernement canadien; ils obtinrent de lui un claim, et ce terrain fouillé par eux leur donna

1. Sur la Colombie britannique, voy. Guide ta the Province of British Columbta. (Victoria, 1878, in-8«.) — W. Moberley, The Rncksand Hivers of BritUh Columbia. (Londres, 1885, in-8«.) — Tanner, British Columhia. (Lond es, 1887, in-8».) — Dawson. The minerai wealth of Britixh Columbia. (Montréal, 1888, in-8*.) — D» Oppenheiner. The minerai resonrces of British Columbia. (Vancouver, 1889, in-8».)— Bellet (D.). Le bassin houiller de la Colombie britannique. {Annales industrielles ; Paris, janvier 1893.) — British Colu>nbia, ressources et avenir. {Publication officielle. Victoria, 1893, in-8».) — BtoQ. History of British Columbia. (Toronto, 1894, in-8».) — Pour le cartes : Dawson. Carte du sud et du centre de la Colombie britannique. (Moniréal. 1880.) — Map of the Province of British Columbia. (Victoria, 1884, au 1/5S0000.) — Martin, Mazof the Province of British Columbia. (Victoria, 1895, 2 feuilles au 1/1124000.) Browler, Map of the Province of British Columbia au 1/2070000. (Victoria, 1893.)

bientôt 15 francs d'or par plat de boue aurifère. A cette nouvelle, tous les mineurs disséminés dans PAlaska affluèrent vers le Kiondyke. Un des commissaires chargés de délimiter la frontière entre les Etais-Unis et le Canada fut invité à faire une enquête sur les terrains concédés, et son rapport officiel confirma Texistence de ce nouvel Eldurado.

« Les placers humides du Bonanza-Creek, écrivait M. Ogilvie, n'ont cessé de dquiier des rendements étonnants. Un mineur me racontait hier avoir re'iré d'un seul plat de boue aurifère 71 francs. C'est une exception, mais la moyenne oscille entre 25 et 35 francs. Cette couche de boue mesure cinq pieds de profondeur, sa largeur est encore indéterminée, mais n'est pas moindre de 30 pieds, ce qui donnerait à 25 francs par plat et 9 à 10 plats par pied cube, la somme énorme de 20 millions pour ce seul claim. Les nouvelles que nous recevons de la région du Kiondyke ne sont pas moins surprenantes. Elles ont eu pour résultat de faire in<;tantanéaient le vide autour des placers de Forly -Mile Creek, en territoire américain. Les mineurs sont partis pour Klundyke, attelés à leurs traîneaux. On ne trouve personne qui consente à louer ses services ou à faire antre chose que laver l'or. Ceux des nouveaux arrivés que la misère contraint à travailler pour autrui sont payés à raison de 7ï«*,50 l'heure. A Eldorado Creek, trois mineurs ont, en une seule journée, et sur des claims différents, récolté, l'un 1020 francs, le second 1060, le troisième 1080. Mais ce sont là encore des cas excepdonnels. Les moins favorisés recueillent 50 francs, bon nombre 200 à 250 francs par jour*.

On raconte partout les histoires souvent embellies et imaginaires de fortunes énormes réalisées en quelques mois; un vieux courtier d'agences de Seattle, à bout de ressources, avait retiré de deux excavations d'un claim 575000 francs d'or; cinq agents de police, ayant donné leur démission pour prendre le pic, étaient rentrés chez eux emportant 200000 francs chacun; le vapeur Portîand^ Técemment arrivé a Sitka, ramenait soixante -quatre mineurs ayant gagné en trois mois les uns 150000, les autres jusqu'à 700000 francs! Le héros de ces léi^endes dorées était Joô Ladue, fils d'un fermier américain, qui, après avoir lutté quinze ans contre une noire misère, avait enfin trouvé dans le Kiondyke assez d'or pour fonder un magasin, et pour acheter ensuite les terrains sur lesquels, au confluent du Kiondyke et du Youkon, s'éleva la ville de Dawson-City, capitale du pays de l'or!

. Les trains des lignes du Pacifique, les paquebots canadiens et américains furent bondés de chercheurs d'or; on n'eut pas assez de steamers disponibles. On connaissait mal le pays. Le gouvernement canadien publia des cartes dres^ées d'après l'exploration scientifique de M. Dawson en 1887. Deux routes permettaient d'atteindre le Kiondyke. « La première, partant de Seattle, conduit par mer jusqu'à Saint- Micliaël, ancien poste russe d'Alaska; de là, par bateau, on atteint le Youkon que l'on

1. Les sondages se multipliaient, et chaque jour éclataient de nouveaux cris de victoire. On en retrouve l'écho dans les noms donnés à quelques-uns de ces petits Pacioles : c'est le Bonanza et V Eldorado, c'est Y Eurêka, c'est le Nugget (la pépite), c'est le Gold Bottant (la poudre d'or), c'est le Coarse Gold (l'or brut) et le Fure Gold (l'or pur), c'est \ AU Gold {ioni or) et le Too much Gold (trop d'or!) (De Foville, Bévue des Deux-Mondes. 15 novembre 1898.) — Les claims ont produit 10 millions en 1896, 25 en 1897, 50 en 1893. On a vu, en août 189S, le steamer Koanoake arriver de Dawson à Seattle avec une cargaison de 20 millions d'or!

remonte sur un parcours de 2720 kilom: la fin du voyage se fait en traîneau ou à pied, dans la neige pendant Thiver, dans les hautes herbes, sur un sol boueux pendant Tété. La seconde route par Juneau, petit port du Pacilique, est plus courte, mais plus difficile : elle ne compte que 1 000 kilom. De Juneau, on va en bateau jusqu'à Dyéay petit port de TAlaska. De Dyéa au Klondyke^ on traverse le pays le plus accidenté

au'on puisse rêver. La traversée des gorges du Chilkoot^ à 4000 pieds 'altitude, est surtout très dangereuse : la, pas de trace de sentier, des crevasses profondes recouvertes d'une neige perfide, un froid intense, des tempêtes fréquentes; à la descente du Chiikoot, le voyageur suit le chemin des lacs, qui le conduit au Lewis, le principal affluent du You' kon. » Avec de robustes canots, qu'on est souvent obligé de construire soimême, on peut descendre le Youkon jusqu'au KIondyke, en prenant soin de faire des portages à la rencontre de plusieurs rapides dangereux. On met quarante jours par la route de Seattle, vingt à trente par celle de Juneau. Mais celle-ci est terriblement pénible, et praticable seulement de juin à seplembre.

Le mineur doit tout traîner avec lui, ustensiles, outils, médicaments, vêtements, nourriture de conserves; cet équipement et ce transport coûtent fort cher. Au KIondyke, où seuls le gibier et le poisson sont en quelque abondance, les vivres sont hors de prix. Le lard se vend 10 francs la livre, un sac de farine vaut 300 francs, un œuf 3^^ j5 la pièce, un verre de whisky 2'',50, un poulet de grain 50 francs, une bouteille de Champagne 150.

La capitale, Da'wson, s'est peuplée en deux ans de 15000 habitants. L'élément américain, venu des Etats-Unis et du Canada, domine; le reste des émigrants est surtout composé de Français, Russes, Suédois.

L'Alaska renferme, dit-on, des terrains aurifères d'une superficie de 129000 kilom. carrés. Pour empêcher l'accaparement de ces terrains par les spéculateurs et les grandes compagnies, le gouvernement canadien a décidé qu'un mineur ne pourrait posséder dans chaque district qu'un daim, soit un terrain long de 150 mètres et large de 180.

Tel mineur heureux a réussi en effet à gagner en quelques mois une fortune. Mais quel labeur dans ces tranchées pour percer la croûte du sol, gelée à une énorme profondeur, et aussi la roche de granit ou de schiste, pour amener l'eau, pour enlever le sable à la pelle 1 Que de mineurs ont péri sur la route, ou sans avoir pu découvrir la moindre parcelle du précieux métal, tués par l'anémie, le scorbut, le froid, les privations et le désespoir, sous un climat où le thermomètre marque en juillet 40» à l'ombre, et en janvier descend au-dessous de 40» en plein air! Le gouvernement du Canada s'est efforcé de ralentir le mouvement qui pousse vers des régions désolées des affolés dont il ne peut assurer la sécurité et la subsistance.

On a découvert un col de passage, le White Pass, situé à 300 mètres plus bas que le Chiikoot, qui permettra d'établir une route carrossable paitant de Skaguay. On a fait le plan de plusieurs voies ferrées pour pénétrer au KIondyke; l'une partant de la côte, l'autre é'Edmonton, sur le Canadian-Pacific, une troisième venant de la baie d'Hudson par le lac des Esclaves et le Mackenzie. Le gouvernemjent d'Ottawa parait surtout se préoccuper de ne pas placer sur le territoire de l'Union, à Dyéa, Skaguay, ou Fort-Wrangel, le point terminus des routes, pour ne pas laisser passer à ses voisins une large part des bénéfices du transit des voyageurs à destination du Youkon. Les Canadiens paraissent se décider à construire une route de Glenora au lac Teslin et à la rivière Hoottalinqua.

Les Etals-Unis préparent de leur côté le tracé d'un chemin de fer partant da port de Skaguay et franchissant le col de While pour aboutir au lac Bennett, sur le coars supérieur du Le\vis.

(VoT. sar la question du Klondyke : Loico de Lobel, le Klondyke, l'Alaska^ le Tukon.., (Bull, de la Soc. de Gèour. de Paris, !•' trim. 1899). — Ames Sé- MiRÉ, Dans VAlaska (art. publ. dans le Temps, mars-ocldbre 1898). — R. db Batz. Les champs d'or de l'Alaska. {Génie civil, janvier 1899.) — M***. Les mines d'or du Klondyke. {Tour du Monde, 30 octobre 1S07.) - C. de VahionV. Les mines d'or de l'Alaska et la Colombie britannique, {liecue des Deux-Mondes dul"octobrel897.) — De Foville. L'or du Klondyke, {Id.^ivi novembre i89S.)

lies Indiens. — Le wlllaye de lioretle.

Quand les Européens découvrirent les vallées du Saint-Lanrent et de rOulaouais, ils y trouvèrent établies deux grandes races d'Indiens, la race iroquoise et la race algonquine. Les uns étaient guerriers et chasseurs, les autres cultivateurs. Une haine implacable les poussa à s'entredétraire : à ces guerres incessantes les colons français se mêlèrent dès 1609, et les Hurons, de la race des Iroquois, furent les alliés de Champlaini. En 1701, après le traité de Montréal, les Indiens de toutes races devinrent les plus fermes soutiens de la domination française dans TAmérique du Nord. Ils sont restés les amis de la France. Aujourd'hui les Indiens du Canada qui ont conservé leur ancien mode d'existence sont répartis en tribus administrées par des chefs élus et vivent sur des terres inaliénables qui leur ont été réservées. Ils ont des écoles entretenues aux frais du budget canadien, où les petits Indiens apprennent avec leur idiome les élénrientsdu français ou de l'anglais. Une loi prohibe d'une façon absolue le commerce des liqueurs spiritueuses dans ces tribus qui ont une passion déréglée pour « l'eau-de-feu ». Les Indiens suflisamment instruits penvent se séparer de leur tribu, obtenir un acte d'émancipation et devenir dtoyens. Aussi la race indienne pure, grâce à ces sages mesures, est-elle en voie d'accroissement. M. de Lamolhe estime à 102000 le chiffre des Indiens de la confédération tout entière. Les croisements entre Français et Indiennes ont été relativement nombreux; on évalue à quatre pour cent la proportion des Canadiens français qui peuvent avoir dans les veines quelques gouttes de sang indien, c'est-à-dire 50 à 60000 individus.

« Le village de la « Jeune-Lorette » est une grosse paroisse canadienne française de trois mille habitants, agréablement située au milieu d'un pays accidenté. Une jolie rivière aux eaux brunes, comme toutes celles qui prennent leur source dans les sapinières du nord, traverse son territoire et se précipite dans la plaine par une pittoresque cascade. Cette rivière franchie, nous nous trouvons. tout à coup transportés sans transition en pays indien. Devant nous s'offre un hameau dont les habitations présentent un contraste frappant avec les maisons canadiennes que nous venons de laisser sur l'autre rive. Une sorte de hangar fait de poutres mal équarries, à la

1. D*aprë8 la relation de Champlain, le véritable nom indigène des Hurons est Houendats (Wyandotts des Anglais) : le nom de Hurons est un sobriquet dû à l'humeur facétieuse des premiers colons français : en voyant ces étonnantes tètes de sauvages, ils s'écrièrent : « Quelles hures! »

toiture basse, aux larges ouvertures; pour tout meuble un lit de camp dressé le long des parois, et sur lequel sont étendues des couvertures de laine bizarrement ornementées; au centre, la place du foyer, dont la fumée s'échappe par une ouverture pratiquée dans le toit, non sans avoir rempli tout le local de ses acres senteurs; telle est dans ses traits principaux la demeure du Hupon de nos jours. Ce n'est après tout qu'une reproduction agrandie et quelque peu perfectionnée du wigwam traditionnel des tribus indiennes. De nomade, le Huron christianisé est devenu sédentaire. Il a dû accommoder son habitation aux exigences de sa vie nouvelle; mais, en dépit des liens de sang et d'intérêt qui l'unissent chaque jour plus étroitement aux Canadiens français qui Tentourent, il reste encore fidèle, dans les dispositions et l'aménagement de sa cabane de sapin, à quelques-unes des traditions qu'observaient ses ancêtres. »

Lorette se compose de 60 à 70 familles de Hurons dont le type n'est pas resté pur. Les alliances contractées depuis plus de deux siècles avec les Canadiens ont modifié les traits physiques de la race. Mais ces Indiens d'origine, riches ou pauvres, ont conservé, avec un soin jaloux les traditions de la tribu et le costume de guerre des ancêtres, Thabitude de vivre en commun et certains privilèges garantis jadis à leur nation, et toujours respectés par les gouvernements canadiens.

« Chacun conserve précieusement les preuves de son origine et de sa filiation, qui déterminent son rang dans Tune des quatre familles ou tribus dont la réunion constitue la « nation des Houendats ». On est « chevreuil », a tortue », « ours » ou « loup » ; les enfants appartiennent à la famille de leur mère. Chaque tribu nomme à l'élection son chef ou « capitaine de guerre » ; les quatre chefs de guerre désignent deux « chefs de conseil », et les six réunis élèvent à la dignité du « grand chef » soit l'un d'entre eux, soit un étranger déjà chef honoraire. C'est ainsi, m'a-t-on assuré, qu'un beau jour les descendants des farouches alliés de Champlain se sont trouvés avoir pour chef légitime, par décision du conseil des chefs et en vertu des coutumes antiques, un honorable citoyen de Québec qui cumulait sa haute dignité « sauvage » avec le paisible gouvernement d'une étude de notaire. Un chef des Hurons dans la cravate d'un notaire! 0 prosaïque civilisation, voilà bien de tes coups! Le grand chef actuel, ancien commerçant et excellent agriculteur, s'appelle, de son nom français, François-Xavier Picard et, de son nom houendat, Taourenché (Le- Point-du-Jour); il appartient à la famille des Chevreuils. Son fils, Paul Taourenché ou Picard, dessinateur au ministère des

terres de la Couronne à Québec, est né « tortue » du chef de madame sa mère et en vertu de la règle de filiation indiquée plus haut.

» Les jours ordinaires, les hommes portent un costume qui dilTère peu de celui de leurs voisins les Canadiens; mais les femmes, coifTées du mouchoir d'étoffe noire enroulé autour de la tète au-dessus de laquelle elles rabattent une couverture de laine, vêtues d'un corsage à manches coartes et d'une jupe de couleur sombre, chaussées de mo assins en peaa d'orignal qu'ornent des dessins en grains de porcelaine et de verroterie, et des piquants de porc-épic, restent fidèles aux modes originales et bizarres des anciens jours.

V Hommes et femmes paraissent vivre assez à Taise du produit des bois de leur « réserve » et de leur petite industrie locale. Ils fabriquent à demeure les larges « raquettes » que • V habitant, le coureur des bois et quelques sportmens canadiens adaptent Thiver à leurs mocassins pour faire de longues marches sur une neige épaisse et insuffisamment durcie. Ils font aussi des paniers en bois de bouleau, des mocassins, des ouvrages en plumes, des costumes indiens, des calumets en bois, des tomahawks et toutes sortes d'autres armes indigènes qu'ils disposent en trophées dans leurs habitations et qu'ils vendent aux étrangers ou aux marchands de curiosités. En outre, les hommes vont à la chasse, parcourant le pays qui s'étend entre Québec et le lac Saint-Jean; ils s'emploient comme conducteurs sur les « cages » ou trains de bois flotté qui descendent les rivières du nord, et comme « voyageurs » au service de la compagnie de la Baie-d'Hudson. Toutefois, si Faisance entre dans les familles, la couleur locale disparaît toujours davantage : les jeunes filles commencent déjà à s'habiller comme les Canadiennes et se marient souvent avec les Canadiens; la plupart des jeunes gens, m'assure-t-on, ne parlent même plus leur langue nationale, que les amateurs de philologie américaine ne pourront bientôt plus étudier que dans les travaux des premiers missionnaires * , »

H. DE Lamothe,

Cinq mois chez les Français d'Amérique; Paris, in-18, 1880, Hachette.

1. M. de Lamothe raconte qu'avant de partir pour Lorette il avait meublé sa mémoire d'anecdotes anciennes, toutes à la gloire de la nation huronne. Il en troara le placement chez un brave Huron qui paraissait très attaché aux Français de France, non moins qu'au whisky. Quand ils se séparèrent, le Iluron serra Tieoureusement la main de son hôte, et lui dit avec le plus pur accent normand : « Ah! m'sieu, jVois ben qu'pour un Français d'France vous connaissez ben not'nation tout d'même! J'en jaserais ben volontiers une veillée aTeo Yoas! » Une veillée et une jaserie! Décidément je n'étais plus chez les Barons, j'étais en pleine Neustrie.

M. de Lamothe est gouverneur du Congo français (1899).

fc

E.e ManHolia^

Le territoire de Manitoba, cédé en i870 par la Compagnie de la baie d'Hudson à la couronne d'Angleterre, avait une superficie de 37 000 kil. car. En 1881, il avait été porté à 388000; mais la province d'Ontario en revendiqua une partie, et le Conseil privé ramena à 166000 kilom. car. rétendue du territoire. Le pays appartient surtout à ïirigion des Prairies : il occupe le fond d'un ancien lac en partie desséché, gui avait pour limites au sud et au sud-ouest des collines de graviers, sables et cailloux roulés, en partie couvertes d'épaisses forêts; on les appelle les monts de FembinUy Dauphin, Canards, mont Porc-Epic. Nombreuses sont les rivières lui coulent dans la« Méditerranée », dont ces terrasses formaient autreois les berges. Les principales sont le Winnipeg (eau sale), rivière imposante, coupée de magnifiques rapides; la Riviere-Roug^e, longue de 1 175 kilom., dont 950 appartiennent aux Etats-Unis. La Rivière- Rouge, arrivée à Winnipee, qu'elle sépare de Saint-Roniface, reçoit à gauche la longue rivière de VAssiniboine, grossie elle-même de la Qu^appelk, de la Queue d'oiseau, de la petite Saskatchewan, de la Souris, et porte cette masse d'eau au lac Winiii|)eg( long. 450 kilom., superf. 22000 kil. car., prof. 22 m.). Ce lac se termine au nord sur les territoires de Saskatchewan et de Keewatin. A l'ouest du Winnipeg, une chaîne de lacs, reliés par des rivières, sont les témoins et les restes de l'ancien bassin lacustre qui couvrait jadis le pays. Du lac Winnipegous (5000 kilom. car.) sort la rivière Poule d*eau, large, rapide, profonde, arrosant une vallée humide et vaseuse; elle se jette dans le lac Manitoba (5000 kilom. car.) peu profond, entouré de sources salines et de dépôts de lignites. Son émissaire, la Perdrix, gagne le lac Saint-Martin (800 kilom. car.) et en sort sous le nom de Dauphin, courant limpide et abondant qui va se perdre dans le grand lac Winnipeg.

Cette terre, toute d'alluvions, est extrêmement fertile. « Jusqu'à la » profondeur de deux, trois, quatre pieds, le sol est un terrain noir com- » posé des mêmes matériaux rocheux que le sous-sol, mais en plus mé- » langé de matières végétales ; cette couleur noire est évidemment due à » l'accumulation lente de la cendre des herbes brûlées. Là on peut dire » que le sol est prêt pour la charrue : il suffit de retourner un peu le » gazon pour avoir dès la première année une récolte de pommes de terre ; » cependant, comme la substance du sol est forte, elle n'est bien brisée » gue lorsqu'elle a été soumise au moins au froid d'un hiver après avoir » été labourée... Sous le sol est un sous-sol marneux gui passerait » ailleurs pour une terre excellente ; en somme, tout cela rait une cam-

'"'^'' " hn Macodn, ays produit in, des fourrages, des fruits; on élève facilement les moutons dans la prairie; les rivières et les lacs regorgent de poissons. Le pays semble donc appelé à devenir florissant. Jadis les vallées étaient couvertes de belles forets de chênes, ormes, érables, peupliers; malheureusement^ les colons les défrichent ou les brûlent u)llemeDt, sans aucune idée de conservation ou d'aménagement. — L'hiver, l'aspect du pays est d'une monotonie et d'une tristesse lugubres. Souvent des tourmentes de neige, les 6/tzzards, balaient h Prairie, et glacent le voyageur; le thermomètre descend à 22, 24, 26 degrés, parfois à 40 et même 46.

1. Le nom de Maniloba est celui da grand lac situé àTouestdu lac Winnipeg; ■on étymologie indienne, manitowapaw, signifie détroit de Manitou.

» ailleurs pour une lerre exueiieuic ; eu somme, loui ceia laii u » pagne dont la fertilité est pratiquement inépuisable. » (John cite par le Dict, de Vivien Saint-Martin, art. Manitoba,) Le pays en abondance un blé excellent, des légumes, du houblon, du lin, é

Les habitants da Manitoba sont des hommes assez civilisés, sachant lire et écrire, fort intelligents. Ils sont les fils des anciens coureurs de bois on « voyageurs » employés par Tancienne compagnie de la baie d'Hudson, et des Indiennes du pays. Les métis d'origine française remportent en nombre sur ceux d'origine anglaise ; c'est aux métis français qne la colonie doit son existence comme Etat. La compagnie de la baie d'Hudson avait vendu son territoire au Dominion. M. de Lamotbe raconte (ch. xiv) qu'une nuée d'aventuriers se disposait à faire vendre les terres des habitants du Manitoba. Ceux-ci détendirent leurs droits, fondèrent on gouvernement provisoire dont ils donnèrent la présidence à un des leurs, M. Louis Riel ^. Malgré les difficultés et les perfidies de toutes sortes, les métis eurent le dessus, la province du Manitoba garda son autonomie, et se fit représenter par quatre députés au Parlement fédéral.

Il y a entre les Anglais et les Franco-Canadiens une rivalité ardente pour le peuplement des campagnes de l'Oltawa et du Manitoba. L'agriculture les attire; sur 7 000 colons, les Français comptent 3350 individus de leur race.

« Des centaines de petits Canadiens surgissent comme de dessous » terre, s'ébattent sur la voie publique et, sans respect pour la race con- 9 quérante, échangent de vigoureux coups de pomg avec les rejetons n ie la Grande-Bretagne. A cette vue, l'Anglais devient mélancolique : » les plus tristes pronostics l'assiègent, et pour la première fois il se » prend à douter de son avenir, comme si ces voix enfantines lui 9 criaient : « Frère, il faut mourir I » Dans ce croit exubérant, il » pressent une prochaine majorité d'électeurs, un peuple qui l'enfermera » lui et les siens, comme dans un étau, qui rraucisera ses petits- » enfants I... Il passe donc l'Ottawa; mais, ô malheur I son ennemi » implacable enjambe le fleuve derrière lui, s'installe, cultive et se mul- » tiplie sans pudeur sur la rive anglaise >. »

Le Manitoba compte actuellement plus de 200000 habitants dont les trois cinquièmes sont de souche française. Le centre principal de ces métis français est Saint-Boni face, la ville naissante qui rait face à Winnipeg, sur la Rivière-Rouge. Elle est le siège d'un archevêché catholique, occupé par M. Taché s ; elle possède un collège, une cathédrale, une école supérieure de jeunes filles, un couvent, un orphelinat, un bôpital. Elle est rattachée, comme Winnipeg, au lac Supérieur par une route de 700 kilom., œuvre de l'ingénieur Dawson, dont elle porte le nom, qui en proposa le plan en 1859, et, après mille obstacles vaincus. réussit à la faire ouvrir. Sur le parcours, M. de Lamothe a rencontré partout des « habitants » ou paysans franco -canadiens. Un jour qu'il était entré dans une petite caoane élevée sur le bord de la route, les villageois l'entourèrent; une conversation familière s'engagea, à laquelle les enfants eux-mêmes se mêlèrent, et une bonne femme lui dit, non sans un sentiment de naïve fierté : « Ah I m'sieu, chez nous, c'est pas » du monde du vieux pays. Dans c*pays cite, nous sommes des pauv' » Français sauvages. Mais, voyez-vous, nous sommes de ben bons « Français tout de même. »

1. Riel s'est mis de nouveau à la tète d'une insurrection des métis du N.-O. en 1885 : il a été pris et pendu.

2. J. Guérard, la France canadienne {Correspondant, avril 1877).

3. M. Taché, auteur d'un ouvrage cité ailleurs, est par son père un arricre-

Petitrfils de Louis Joliet, le découvreur du Haul-Mi.^sissipi, et par sa mère arrière-petit-neyeu de l'illustre explorateur, Varenne de la Vérandrye.

ra France au Canada.

Les usages, les mœurs, les préjugés, la langue surtout, tout rappelle au Canada le souvenir de la domination française. Il est vrai, comme le disait lin jour un Anglais, M. Russell, que «Vest plutôt une France du vieux temps où régnait le drapeau blanc fleurdelisé ». On a remarqué qu'au Canada, tout ce qui est français, ou peu s'en faut, semble remonter au dix-septième siècle; tout ce qui est moderne porte généralement 1 empreinte anglaise ou américaine : les villages s'appellent Bertier, Richelieu, Verchères, l'Assomption, Saint-Jean, Saint-Boniface, Saint- Hyacinthe; les lacs de la Pluie, des Bois, Champlain, Rouge, Esturgeon; sur les enseignes de Montréal et de Québec se Usent les noms de la Déroute, la France, la Liberté, l'Africain, Lavaleur, Laframboise, Dupin, Poirier, Lelièvre, Rossignol, Papillon, Lecoq, Delorme, Olivier, Lafleur, Dulac, Leblond, Leblanc, Lenoir, Levert, Lebon, Legrand, Lepetit, etc. Ces Français du nord-ouest américain, qui malmènent un peu la langue et la grammaire nationales^, sont restés invinciblement attachés à leur ancienne patrie. Tous les voyageurs qui ont visité le Canada se plaisent à citer des témoignages de cette sympathie ardente peur la vraie France >.

Les Canadiens français sont en majorité dans la i)rovince de Québec ; dans toutes les autres, ils opposent d'imposantes majorités, qui s'accroissent sans cesse, à la race anglaise, irlandaise, écossaise, allemande. Ils ont plus que vingtuplé en un siècle. Nulle part on ne saurait trouver une nationalité pins fidèle à sa langue, à ses usages, à son passé, à son culte. Les Canadiens d'origine française constituent des familles d'une extraordinaire fécondité et d'une longévité non moins étonnante. Les familles comptant de 12 à 15 enfants sont très nombreuses. En 1890, le gouvernement de la province de Québec vota une loi par laquelle une terre de cent acres (40 hectares) était octroyée à tout père de famille ayant douze, ou plus de douze enfants vivants. Les demandes affluèrent. Une seule commune du comté de Charlevoix, les Eboulements^ peuplée de 2 800 habitants, envoya réclamer dix-sept fois les cent acres au nom de dix-sept familles comptant chacune au moins douze enfants vivants, nés dans les limites de la municipalité. On a célébré, en 1888, dans la commune de

1. Un poète canadien s'est plaint de Tinvasion de l'anglais dans le dialecte canadien :

Très sonvent, an milieu d'une phrase française Noas plaçons sans façon une tournure anglaise : Presentment, indictment, impeacliment, nreman, Sberifl', writ, verdict, bill, roast-beef, foreman.

2. Un de nos compatriotes, M. Edm. Rameau, dans un beau livre publié en 1859, et dans une série de publications et de conférences, s'est fait le défenseur cloquent des idées françaises au Canada. Son nom est un des plus populaires de la colonie. Pendant la guerre de 1870-71, les Canadiens ont témoigné à la France, de toutes les manières, leurs sympathies et leur solidarité, par des adresses, des souscriptions et des enrôlements volontaires.

Un des représentants les plus sympathiques et les plus populaires de la littérature canadienne-française, M. Louis Fréchette, a écrit en Thonneur de la France plusieurs pièces de vers admirables par la vigueur de Tinspiration et la

généreuse noblesse des setitiments. On peut lire dans le Monde illustré ^n" du septembre 1882) la reproduction du morceau intitulé 1 mi O et publié par l'Opinion publiauet journal illustré français de Montréal. Les œuvres de M. Louis Fréchette ont elé couronnées en 1881 par l'Académie française, qui a accordé à l'auteur canadien un prix Monthyon.

DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. i21

risjonipiïon (province de Québec), le cinquantenaire du mariage de (]iiarante conjoints. Dans ceLle exceptionnel le fête de noces d'or, le plus ancien avait 10 ans de mmâge, le plus jeune 30 ans. Il serait ftcile th multiplier les exemples de ce genre.

Malgré cette nierveilletjse vitalité, qui fait fétonnemenl dé la race anglo-saxonne, on s'e?t demandé souvent quel est Pavenir des Canadicaâ ffanc;ais, et s'il n*e?t pas driDs leur destinée d'Ôtre englobés an jour dans le va si e inonde de TUnion américaine. Les Canadiens Tran^ais protestent avec énergie contre une pareille présomption. Dans le dernier cnapitre de /a France traiisailaniiqm^ M, Sylva Clapin suppose que si aucune querelle, aucune guerre civile on religieuse n'éclate enlre Franco-Canadiens el Anglû-Ca[iadien>, ^b montée sure et silencieuse de h France transatlantique " se poursuivra à travers les forêts et les prajii*is du nouveau monde. A la fin du siècle prochain, les Canadiens français compterunt quarante millions d'âmes sur les cent millions que contiendra alors le llotaiuion. L'auleur d'une belle publication illiistree, Vkturtu^que-Canada, M. Giant, directeur de lUniversité royale de Kingston (Ontario), écrit : u Les Ecossais ne sont qu'une des races engagées dans la constitution de V la nationalité canadienne; il ne leur conviendrait pas, en conséouence, B d'être Ecossais seulemeuL Ils ne sont qu'une race et pas même la pre- » mière* C'est a nos concitoyens d'ûnja;ine française qu*appartient ici celte » place. Ce sont les Canadiens français, en ellel, qui ont arraché le Can nada à la sauvagerie; ils ont siiucLifîé ce sol de leurs larnies et de lenr » sang, de riiéroïsme et du dévouement de dii générations... Qui ne se » découvrirait en présence des CarticTj des Cliamplain, des Maisonneave^ m des Dulac, des tîréttœuf, des iMoolcaim^ des Lévis? Les Canadiens » français ont conservé toute la vlnlité de leurs pères. Le Canada tout n entier slionore de juges comme les Duriun, de p<>ète3 comme les Fré- » elle lie, d'orateurs comme les Cbapleau et les Laurier, de patriotes «» comme les Joly et d écrivains comme les Chauveau et les Casgrain. n Aussi longtemps c|ue la race françÉiise, au Cri nada, enfantera de pareils >* hommeSfTagrandissement de notie pays ne pourra que lui fournir Toc- *» rasion de nouveaux triomphes. A nous comme à eux s impose une ohlin gjition sacrée. Nous devons être plus que des Ecossais, plus que des k) Français ; Non s devons être des Canadiens. Il ne doit y avoir qu'une » nation canadienne, m

le Ctimda «uî: Cmiadiens; ni Américains^ ni Anglais, ni Français, mais Canadiens, telle parait être la devise ferme de la majorité dans le Dorai- Dion. On sm\ que, devant l'annexion, ils ne céderaient qu'à la force.

Il y a d'ailleurs un mouvement assex considérable d'émigration canadienne dans les Etats de f Union, voisins et même éloignés de la frontière. M, îlîJniftau a constaté que dans six comtes, dans le nord de l'Etat de New-York, sur 390 000 âmes, ou compte 52000 Canadiens. Il aflSrmeque la popubtlion canadii-noe se développe aussi rapiilement â l'étranger que sur le sol uatal, et que d.ms la très grande majorité des comtés limitrophes de la frontière, le nombre des Canadiens franc;ais l'emporte snrceluMle^ Canadiens anglais*.

1. Lti gDuVËrneur nctuiil du Cânadap lïiarquiB û& LaQâdowoep a sancédé au marqult d« Lorne, gendre d6 U reine Victoria, Leur prâdèceaseur était Frédéric Temple, eo rate do DiilTenn^ dont un écrivain canndien peu euapecl de tendresse pour lea Anglais et leura hommes politiques a dil : h Lnrd DujTcrîn est lo plus galaol, ïe plus uimable, le pïo» iDlelligcnt des gouvernei^rj qao rAnj-'Eclerro Dous ait donnes depuis Icrd Elgiii et d« longlernpa avAab lui. w II fuL uja gon-^

122 LECTURliS ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

lie colon canadien*

« Dans un Guide pour Vémigrant, qui a paru à Ottawa, en 1879, par les soins du ministre de Tagriculture, on appelle la gravure au secours de la parole, et en trois dessins on y représente la vie du fermier canadien sous trois aspects différents. Une clairière dans une forêt; un attelage de deux bœufs qui traînent des souches, et deux hommes qui les roulent; un ruisseau que traverse une planche servant de passerelle, et sur les bords, une vache paissant l'herbe; au fond, enfin, un log house ou cabane en bois, avec une femme sur le seuil, voilà le premier dessin. Le deuxième montre des champs de blés clos et couverts de gerbes ; deux cabanes au lieu d'une, et un buggy ou voiture légère, attelé de deux chevaux devant la principale, une vraie passerelle sur le ruisseau, une jument et son poulain au pacage. Dans le troisième, enfin, c'est tout un groupe de maisons que l'on voit, maisons entourées de larges routes sur lesquelles circulent plusieurs chariots, et la passerelle, devenue un vrai pont, est franchie par une élégante voiture à double train.

» Tous ces changements ont été l'œuvre d'une trentaine d'années. On dit volontiers menteur comme un bulletin, et on pourrait aussi bien dire : menteur comme un guide officiel. Notre handbook (livre manuel) n'a pas menti néanmoins. Qu'on en juge par l'histoire d'un colon du haut Canada, telle que M. Sheridan Logan la raconte. Il avait rencontré ce colon, pour la première fois, sur un lambeau de défrichements, dans la vallée de la Grande-Rivière, au milieu d'une forêt

▼erneur constitutionnel ; il laissa la colonie jouir de la plénitude de ses franchises

{)arlementaires. Sa pensée favorite, maintes fois exprimée en public, était que a prospérité du Canada dépendait de la coexistence et de la coopération dans la colonie des races différenles. Ses prédilections se portaient d'ailleurs vers les Canadiens plus cultivés, plus amis des lettres et des arts. Nous avons plai^r à citer les paroles flatteuses pour la France et justes en même temps qu^il prononçait dans un de ses derniers discours avant de quitter le Canada :

tt Mon aspiration la plus chaleureuse pour cette province a toujours été de » voir les habitants français remplir pour le Canada les fonctions que la France » elle-même a si admirablement remplies pour TEurope. Effacez de l'histoire » de l'Europe les grandes actions accomplies par la France, retranchez de la » civilisation européenne ce que la France y a fourni, et vous verrez quel vide » immense en résulterait. »

Les progrès de l'élément français se marquent par l'augmentation de la popu< lation, et aussi par l'accroissement de Tinfluence politique, industrielle et agricole. Le maire d'Ottawa est un Français; toutes les municipalités qui entourent Montréal sont aux neuf dixièmes françaises ; partout, dans les manufactures^ on entend parler le français. On compte au Canada environ quatre-vingts jour» aux rédigés en langue française.

épaisse, silencieuse, sauvage. Une misérable hutte était son seul abri; quelques tiges de blé d'Inde émergeant des racines entrelacées des souches, quelques plants de pommes de terre luttant contre les ronces, ses seules ressources alimentaires. Sept ans plus tard, M. Logan repassait par ces mêmes lieux, et revoyait son colon solitaire; mais que la scène avait changé, et combien différent l'aspect des lieux I

» L^ancienne batte en bois rond servait de cuisine; derrière, nne jolie maison en bois, carrée, à deux étages et peinte en blanc. Auprès était une grange spacieuse, avec des animaux de toute sorte dans la cour. Les souches autour desquelles les tiges de blé dMnde avaient tant de peine à croître, la dernière fois que j'avais vu rendroit, avaient presque toutes disparu; une moisson luxuriante de maïs était en possession de la place où les pommes de terre avaient eu à lutter si péniblement contre les ronces et les buissons... Un jardin, brillant de fleurs et entouré d'une jolie clôture en piquets, ornait le devant de la maison; un jeune verger s'étendait par derrière. Comme je quittais la scène, je rencontrai un fermier venant de l'église du village voisin avec sa femme et ses enfants. C'était un dimanche, et il n'y avait rien dans leur apparence, si ce n'est la couleur brune de leurs visages florissants, qui put les distinguer des habitants des villes. Le wagon dans lequel ils étaient, leurs chevaux, leurs harnais, leurs habits, tout, en un mot, indiquait le bien-être et l'aisance. Je demandai à l'homme quel était le propriétaire de la ferme que je viens de décrire : « Elle m'appartient. Monsieur, répondit-il; il n'y a que » neuf ans queje m'y suis établi et, grâce à Dieu, j'ai bien réussi. » Tel était un des colons d'abord isolés an haut Canada ; tels ont été ses fatigues, son énergie et son succès. Son histoire est celle de milliers d'autres de la même province. » Louis Kërrilis, Journal des Economistes.

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