‹ L'AmériqueChapitre 51 sur 113 · EXTRAITS ET ANALYSES NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

EXTRAITS ET ANALYSES NOTICE HISTORIQUE

L'Ile de Cuba a été souvent soulevée contre l'Espagne depuis 1815.

is complots partiels en 1823, 1826, 1828, 1850, 1851, déià encouragés

larles Etats-Unis, furent assez facilement réprimés. Après la Révolution

Des complots partiels en 1823, 1826, 1828, 1850, 1851, déià encouragés parles Etats-Unis, furent assez facilement réprimés. Après la Révolution de 1868, qui renversa la reine Isabelle II, une insurrection générale

éclata dans File, aux cris de : Cuba libre! Elle dura dix ans, et se termina par le convenio de Zanjon (10 février 1878).

Mais les réformes promises ne furent pas accordées. Cuba continua d'être un vaste champ d'exploitation et une source de profits pour la métropole. La plupart des fonctionnaires et des employés étaient originaires d'Espagne, et venaient à Cuba faire ou refaire leur fortune. Les chefs de rinsurrection menèrent une active propagande dans les campagnes, et préparèrent secrètement une nouvelle révolte. Ils étaient secondés par les sympathies d'abord secrètes, bientôt ouvertes et effectives des Yankees américains. Ils avaient à New- York une junte, qui ralliait des concours et préparait l'attaque.

Le 24 février 1895, l'insurrection éclata à Baire, dans la province de

Santiago. Elle ent pour chefs, Marti, Antonio Maceo et Maximo Gomez; ce dernier, né à Saint-Domingue, en 1836, ancien insurgé de 1868, tacticien habile et audacieux, fut le généralissime.

Contre les insurgés, les Espagnols envoyèrent d'abord le maréchal Martinez Campos. Malgré des succès partiels avril 1895-janvier 1896) il ne put empêcher Gomez de pousser une pointe hardie Jusqu'aux portes de la Havane, et Maceo de s'installer à Tonest de Tile, dans la province de Pinardel Rio. L'insurrection gagnait l'île tout entière.

Le général Weyler remplaça Martinez Campos. Ne pouvant réduire de vive force les insurgés, il essaya de les séparer et de les bloquer en coupant Tile par des trocha ou lignes fortifiées, et en les afTamaut. Les habitants des campagnes reçurent l'ordre de se réfugier dans les villes avec leurs provisions et leurs bestiaux. Les reconcentrados, terrorisés par les cruautés des soldats de Weyler. furent réduits à la plus cruelle misère. Les insurgés de leur côté brûlèrent les villages, firent sauter à la dynamite des trains de cheiirins de fer. Des armes, des niuiiilions, des vivres, des renforts leur arrivaient par mer des Etats-Unis. Maceo, toujours refoulé et battu, restait iusaisissable.

Avec 40000 hommes, Weyler batlit la brousse, épuisant ses troupes. Enfin, dans un combat, le mulâtre Maceo fut tué, et ses troupes reculèrent. Mais, dans l'est, Gomez sut échapper à son adversaire.

En octobre 1897, Weyler céda la place au maréchal Blanco. Le gouvernement espagnol, désespérant d'en finir avec une guerre atroce qui lui coûtait depuis trois ans 200 000 hommes, morts de leurs blessures et sartout de la fièvre jaune, de la dysenterie ou de l'infection paludéenne, se décida à accorder l'autonomie à Cuba et à Puerto-Rico. Les décrets des 25 et 26 novembre établissaient un parlement, des ministres responsables, des institutions libres.

Mais les insurgés refusèrent de reconnaître la suzeraineté espagnole. Les hostilités recommencèrent. L'intervention des Etats-Unis, d'abord officieuse, devint hostile, après l'explosion du croiseur de l'Union le Maine, dans la rade de la Havane. La commission d'enquête sembla rendre les Espagnols de Cuba responsables de la catastrophe, et le gouvernement de Madrid ayant refusé fièrement de se soumettre aux injonctions des Etats-Unis, qui lui ordonnaient de retirer ses troupes de l'île, la guerre fut déclarée. Elle s'étendit aux Antilles et aux Philippines.

Les escadres espagnoles, composées de navires pour la plupart de modèle ancien, en bois, mal armés, et d'une faible vitesse, ne purent lutter, malgré la bravoure de leurs équipages, et la fermeté de leurs officiers, contre des flottes de combat merveilleusement outillées et construites suivant les principes d'un art naval perfectionné. L'amiral américain De-wey bloqua et prit Manille; l'amiral Sampson et le général Miles occupèrent presque sans résistance Puerto-Rico. — Trompant la surveillance de l'escadre américaine, l'amiral espagnol Cervera pénétra dans l'étroite et profonde rade de Santiago, où il demeura longtemps à l'abri de toute attaque. Mais le commodore Schley l'y tint étroitement bloqué; puis, secondé par le général Shafter, il essaya d'enlever la place de vive force, mais n'y réussit pas. L'amiral espagnol, harcelé de toutes parts, et ne recevant pas les secours attendus, prit la funeste résolution de tenter une sortie aésespérée pour échapper à l'étreinte de l'ennemi. Le 3 juillet au matin, toute l'escadre, composée de six navires, ayant en tête le vaisseau -amiral Maria-Teresûj déboucha à toute vitesse de l'étroite passe. Les cuirassés géants de la flotte américaine s'approchèrent à 1 000 ou 1 oOO mètres des fuyards, et les écrasèrent sous un feu terrible. Pas

un n'échappa à celte destruction impitoyable qui coûta la vie à trois cents matelots. Treize cents autres, avec l'amiral, furent pris, et Santiago dut capituler, malgré l'énergique défense des généraux Linarès et Torral (17 juillet).

Les négociations entamées à "Washington par l'intermédiaire de M. Jules Cambon, ambassadeur de France, le 26 juillet, aboutirent le 12 août aux prélimiuaires de la paix signée à Pans. L'Espagne renonçait à toute prétention à la souveraineté et à tous ses droits sur Cuba.

Elle cédait aux Etats-Unis Porto-Rico et les autres îles espagnoles des Antilles. Les Etats-Unis devaient occuper et conserver Manille jusqu'à la conclusion de la paix définitive.

Ainsi se terminait ce drame sanglant qui dépouillait l'Espagne de sa flotte et de ses riches possessions coloniales. L'avenir dira si ce fut au profit des Cubains et des Philippins que la République des Etats-Unis avait secourus pour les émanciper.

lia Hawane s le quai.

« Je suis allé bravement m'asseoir sur le quai, les pieds dans la mélasse, au milieu d'un nuage de moustiques enragés. Le long du bord se balance, flanc contre flanc, sur plusieurs

rangs de profondeur, l'interminable file des vaisseaux marchands. Au milieu de la baie dorment d'un œil les vaisseaux de guerre blancs et noirs, tandis que vont et viennent les embarcations de la douane.

» Le soleil est de plomb ; aucun souffle ne rafr.iîi^hit l'air. Les pavillons pendent, immobiles, les voiles sont repliées, et du haut des mâts tombent et se croisent, dans un pêle-mêle savant, les chaînes et les cordages. Le linge sèche sur les écb rions. Quelques cheminées donnent passage à une fumée blanche et légère qui monte lentement, hésite et se perd sans avoir rencontré un souffle de brise pour la guider. A Tavant des navires se tordent des sirènes, s'enroulent des tritons, se penchent des héros de bois peint. Toute la mythologie nautique est représentée là. Auprès de cette exposition internationaie de sculpture, la peinture ne fait pas trop mauvaise figure, tout élémentaire qu'elle soit. Un Américain aux flancs robustes peint sa coque en noir, tandis qu'un Danois, midns lugubre, se barbouille de rouge, et un Hollandais de vert pomme. L'Ecole hollandaise est encore une fois sans rivale.

» J'ai dit qu'il fallait du courag».' }>our stationner sur le quai; c'est d'héroïsme que j'aurais dû parler. Une course effrénée s'engage. Des porte-faix roulent d'énormes barils et luttent de vitesse en riant. Tant pis pour les maladroits et les distraits qui se trouvent sur leur passage. Un madrier chargé sur un baquet vient, du même coup, de crever un tonneau de farine américaine et de jeter bas une pile de barils de miel. Il se forme sur le plancher un mastic gluant dans lequel tout le monde piétine. Voilà de belle besogne! Les moustiques arrivent par nuées, avides, féroces, sonnant leur faiifare d'attaque. Les raves viennent ensuite, ventrus et puants. Puis c'est le tour des scolopendres, qui sortent de dessous les planchers et les cailloux, précédant de peu les scorpions roux. Avisez-vous de déranger ces écumeurs de fange! Tous les échantillons de la laideur humaine sont réunis là, Congos, Mandingiies, Sofalas, nègres caraards, trapus et cagneux, fronts étroits, pommettes saillantes, torses robustes et jambes grêles, cheveux crépus, ventres ballonnés, peaux huilouses, tout est là. Le Chinois couleur de safran, sec et grêle, le visage plat, le menton imberbe, travaille, silencieux et grave, tandis que le noir rit bruyamment et montre des dents éternellement blanches, dépareillées à coups de poing ou de couteau.

» La farine descend à terre, le sucre monte à bord. Ici se déchargent les marbres de la Nouvelle-Caroline, les vins d'Espagne, le beurre américain ; là s'embarquent des barils poissés, des caisses de cigares et de cacao. Le soleil dore la mer -, le

AMERIQUE CENTHALE. 309

miroitement de l'eau moire de reflets verdâtres le flanc des vaisseaux. Les douaniers vont et viennent d'un air indifférent, mais leur œil se promène au bon endroit. Au delà des plan.ches, du côté de la ville, des camions attelés de mules ou de bœufs, se remplissent de sacs, de caisses ou de barils. La charge est faite, le fouet siffle, l'aiguillon pique : « hardi les bêtes î » Les commis courent de tous côtés, le carnet à la main, pointant les connaissements, contant quelque histoire grivoise au douanier, dans l'espoir de le voir sourire et de s'en faire un indulgent compère. Les marteaux des chantiers ne s'arrêtent pas une seconde, tapant le fer, tapant le bois. Au milieu de la rade stationnent les bateaux de guerre, courent les embarcations, tandis que de cinq en cinq minutes passe le vapeuromnibus de Régla. Et dans le fond, tout là-bas, au-dessus de la mer immense, des oiseaux blancs aux larges ailes décrivent dans Tair des cercles sans fin * . »

QuATRELLE, LHle de Cuba avant rinsurrection,

{Revue politique et littéraire, 23 janvier 1881.)

lie tbéâtre Vacon» à la Havane.

« Aller à la Havane sans visiter Tacon 2, c'est habiter Pise et ne pas connaître la tour penchée. Aussi, bien que les représentations n'eussent par elles-mêmes aucun attrait, bien que

1. « La Havane est la ville la plus sale du monde, cilé de mauvaises odeurs et de bruits infernaux. Une fois débarqué, on traverse des rues étroites, encombrées, flanquées de chaque côté de ruisseaux fétides formés de pierres dures inégales, bordées de trottoirs de dix pouces de largeur, et dans lesquelles soit à pied, soit en voiture, on court toujours le risque de se casser les membres ou d'être écrasé. Dans tout ce désordre, cependant, il n'est pas impossible de découvrir de belles choses. Les boutiques aux devantures largement ouvertes, ombragées de stores multicolores, ont un aspect de fraîcheur et de propreté. Les maisons, dont les portes et les fenêtres rasent le sol, offrent certains airs de gaité, en dépit des barreaux de fer qui font l'office de vitres, de persiennes et de volets, révélant à certaines heures jusqu'aux recoins les plus intimes de la vie privée. Partout des habitations monumentales, ornées de portiques et de colonnades, sont coudoyées par d'horribles huttes de nègres, toutes grouillantes d'enfants nus de toutes couleurs, se vautrant dans le ruisseau, et de femmes malpropres, traînant dans la poussière leur unique vêtement... Ce qui frappe tout d'abord l'étranger, c'est la profusion du marbre blanc accumulé dans ces demeures : escaliers de marbre, dallage de marbre, salles de m irbrc. Tout ce marbre vient de Gênes; non pas qu'il n'y ait dans l'île d'excellentes carrières, mais on trouve de l'économie à le faire venir d'Europe : les bras sont rares à Cuba, et tous ceux dont on peut disposer là doivent faire du sucre. Avec iDeaucoup de marbre, des toiles vernissées, une absence générale de vitres et par ci par là quelques petits bouts de jardins, les classes riches s'arrangent pour vivre dans le luxe. » {lîevue Britannique, juin 1873.)

2. n a été construit, de 1835 à 1838, par don Francisco Marty y Torrcns, et appartient aujourd'hui à la Compagnie anonyme du lyc6e de la Havane, qui l'a payé en 1857 700000 piastres.

310 LECTURES ET ANALYSIîS DR GÉOGRAPHIE.

Tapistocratie havanaise fût encore à la campagne, je me rendis au théâtre. Il n'était encore que sept heures lorsque j'arrivai au coin de la calle San-Rafael ; la foule était déjà compacte. Les marchands de billets avaient accaparé toutes les stalles et les revendaient quatre et cinq dollars au lieu de deux qu'el les coûtent au bureau. Le public ne se faisait pas faute de rendre l'administration responsable de ce trafic, l'accusant même d'en profiter.

» Le péristyle était encombré de fumeurs attendant le lever du rideau, au milieu d'un épais nuage que les dames traversaient le mouchoir sur les lèvres. Les pauvres femmes paraissaient fort préoccupées de préserver leurs robes longues et légères, qui entraînaient les bouts de cigares encore brûlants jetés de tons côtés.

» Le théâtre vend deux catégories de billets : des entrées et des billets de place. L'entrée donne simplement accès dans la salle. Si vous n*avez pas pris un billet de place, si l'on ne vous a pas réservé un fauteuil, vous passerez votre soirée dans les ' couloirs, regardant furtivement, à travers les persiennes qui servent de cloison aux loges, le dos des spectateurs, écoutant des lambeaux de causerie et des fragments de musique. Ne trouvant plus de place ni au bureau, ni à la porte, je pris une entrée, sans savoir précisément à quoi elle me servirait. A peine dans les couloirs, je fis une remarque qui me ravit ; il n'y avait pas une ouvreuse dans la salle. Au théâtre, toutes les portes sont ouvertes, et chacun prend librement possession de sa place. Si quelque intrus s'empare d'une loge ou d'une stalle, le véritable propriétaire suffit pour l'en déloger. En échange de mon compliment, je risque une légère critique. L'entrée se donne au contrôle, le billet de place se conserve. Dans le courant de la représentation, on le réclame comme il est fait en France pour le prix des chaises durant les offices. Le contrôleur circule dans la salle pendant que le rideau est levé. Il entre dans les loges, enjambe les banquettes, vous marche sur les pieds, et s'arrête devant vous, sans souci aucun de vous masquer la scène. La pièce vous intéresse, l'action va se dénouer, vous palpitez, si tant est que vous soyez de complexion à palpiter, l'acteur en voguf3 s'écrie : « l'assassin de ta mère, c'est... — Votre billet! » vous demande le contrôleur. 11 n'y a pas d'émotion qui résiste à cela.

» La salle est grande, aérée, élégante. Elle contient deux mille spectateurs. Les loges sont spacieuses, les stalles sont larges, commodes et d'un accès facile. J'ajouterai encore un

complimenta ceux qui priicèdent : c'est que dans aucune occasion on ne glisse de tabourets dans les couloirs, que jamais la circulation n*est interrompue.

» Les loges sont closes du côté du couloir par des persîennes mobiles qui, si elles permettent à l'air de circuler, ne permettent pas aux toilettes de se détacher avantageusement comme sur le fond calme et uni de nos loges européennes. Cette disposition, que la chaleur rend indispensable, a d'autres très grands inconvénients. On n'entend que difflcilement ce qui se dit en scène, mais on distingue à merveille tous les bruits du dehors. Par les fenêtres ouvertes, arrivent les cris des marchands, le roulement lointain des voitures, toutes les clameurs de la rue. Les spectateurs qui, soit par économie, soit faute de place, n'ont payé que leur entrée, se promènent dans les couloirs, causent en fumant et envoient dans la salle leur part de bruit. D'autres s'accrochent aux persiennes, dont ils relèvent les lames pour suivre tant bien que mal le spectacle. Si la porte est ouverte, ils s'entassent à rentrée de votre loge, si bien que les dames ont sans cesse quinze ou vingt paires d'yeux braquées sur elles et autant de paires d'oreilles qui les écoutent.

» On arrive aux deux derniers étages par un escalier spécial. Au quatrième se trouve une galerie appelée la Tertuïia. Le côté gauche de la salle est réservé aux dames, le côté droit aux hommes. La petite bourgeoisie occupe ces places en toilette de gala. Le cintre est réservé aux nègres. Il faut avoir le cœur et les entrailles solides pour en approcher. Je ne sais si c'est à ce fumet spécial que ces places doivent le nom qu'elles portent de Cazuela (casserole). C'est là que les filles d'Afrique, vêtues de couleurs claires, les cheveux encombrés de fleurs, assistent au spectacle. Les nègres, vêtus de blanc, cravatés de rouge, ornés de chaînes énormes, font pendant au beau sexe

noir. » QUATRELLE*,

LHle de Cuba avant VinsurrecUon, lies cigares.

« Il y a à La Havane plus de cent fabriques de cigares; mais sept ou huit seulement sont regardées comme de pre-

i* M. L'Epine (Ernest), né à Paris en 1826, ancien secrétaire et chef de cabinet du duc de Morny à la présidence du Corps législatif, plus tard conseiller référendaire à la Cour des comples, a publié sous le pseudonyme do Quatrelle, des pocsie<:, des romans et des pièces de thé&tre.

mier ordre... Les principales marques sont : Upmann, Figaro, Cabanas y Carvajal, Morales, la Legitimidad, Vîllar y Villar, Partagas. Parmi les cigares les plus renommés de ces fabriques, je citerai Yexceptionnalès d'Upmann, le gonzalo de Figaro, Yïmpérialès de Cabaûas, le non plus ultra de Morales, le para la noblezza de la Legitimidad, le regalia de Villar y Villar. De ces cigares quelques-uns sont envoyés en France, d'autres n*ont pas encore obtenu droit de cité. Quant à la couleur, on peut les préférer maduros oscuros ou colorados claros : ceci est affaire de goût et de tempérament ; mais trouver d'un goût désagréable un seul des cigares que je viens de citer, ce serait s'avouer profane en la matière et indigne d'apprécier une des plus suaves et des plus délicates productions de la nature.

» Le cigare joue un très grand rôle à La Havane dans les relations amicales et même dans certaines affaires, dans certains traités de commerce privé. Des hommes ne s'abordent jamais sans s'offrir mutuellement un cigare; une perle qu'ils tiennent, disent-ils, du fabricant lui-même, lequel l'avait fait confectionner pour son usage personnel. A la fin du repas, surtout, il se fait un échange considérable de ces produits havanais. Chaque convive se croirait déshonoré s'il n'avait que quatre ou cinq cigares à offrir à chacun des hommes qui ont dîné non loin de lui. En dehors des femmes de la haute société créole, tout le monde fume à Cuba. La préférence même est donnée aux cigares les plus gros, les plus longs et les plus noirs. Il n'y a pas de petit garçon, de femme ou petite fille du peuple qui, de temps en temps, ne savoure ce produit havanais. On rencontre même souvent sur les places, dans ce qu'on est convenu d'appeler les promenades, des groupes de nourrices allaitant leurs bambins, et tenant en même temps dans la bouche, moitié fumant, moitié chiquant, im des plus énormes et des plus sombres cigares qui puissent voir le jour à Cuba ^ . »

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