IV. NOTIONS STATISTIQUES
Superficie : 1137000 kilom. car. — Population : 2681000 hab. (3 par kilom. car.). — Races et nationalités : 18000 Européens (6990 Italiens, 2647 Français, 1699 Espagnols, 1672 Allemands, 373 Portugais, 160 Suédois, 91 Suisses, etc.); 50000 Asiatiques; 10 000 nègres ou zambos, métis de nègres; ZO Australiens, 350000 Indiens sauvages Aymaras; les autres, métis descendants d'Espagnols ou d'Indiens, ou Américains de toute provenance. — Instruction publique : Instruction primaire et instructioi secondaire données gratuitement par l'Etat; écoles primaires et lycées, dans chaque province. Université San Marcos, à Lima. DeUx écoles navales, une école de médecine, une école militaire, etc., 1 000 écoles environ et 50000 élèves. — Justice : une cour suprême à Lima; tribunaux d'appel à Lima, Cuzco, Arequipa, Truxillo, Ayacucho, Puno; pouvoir Judiciaire indépendant. — Cultes : le catholicisme est la religion d'Etat : un archevêque (à Lima) et six évêques. — Armée : l'armée active a été fixée en temps de paix au chiffre total de 2750 hommes; pendant la guerre, les eiïectifs s'élèvent à 89 000 hommes. — Karine de l'Etat : la flotte, en 1898, ne comprend encore que 3 vapeurs, et 6 petits vapeurs à aubes, avec un navire-école. — Monnaies : le sole = 3 fr. 60 (la monnaie française est adoptée au Pérou). — Poids et mesures : système métrique. — Budget annuel en 1898 : recettes, 10 785000 soles; dépeuiies, 11488000. Dette publique intérieure en 1898 : 50 millions de soles.
1. Il y a aussi lyie cinquantaine de ports ofûciellement connus; neuf classés de premier ordre, dix de deuxième; les autres ne sont guère que des abris entre deux pointes de terre. On a dépensé 50 millions pour construire un môle et une darse à Callao (1875); d'autres travaux maritimes sont en voie d'exécution ou en projet; on adécrctiS la création de trenle-hullpharos, mais la guerre qui vient de ruiner le Pérou et le livrer à la merci du Cliili ajournera sans doute trop longteuijis le plan des ingénieurs et les grands travaux ordonnés par le Congrès. — Plusieurs compagnies de vapeurs desservent Callao : la compagnie a.ng\aise Pacific steam Navigation C"; la compagnie chilienne Sud- America; la compagnie H ambourg- America ; la compagnie allemande Kosmos; les compagnies françaises Transatlantique et Havraise péninsulaire par correspondances. — Le câble sous-marin de la côte du PadOque, qui atterrit aux ports d'Arica, Mollendo, Chorillos, Payta, rattache les porLs péruviens à l'Europe, au sud par Valparaiso et Buenos-Ayres, au nord par Panama.
lia Coraiilere ite« Anilei^t la Puiia et la Hontana-
Le Pérou se partage eo trois rti^ioaa longitudinales, qui portent les noms de Costa ^ côle on région CLS-andiDe; de Sien-a^ montagne ou région inlra-andine; el de Montana, (jays des foréls^ on réf^iun Iransandine. La Cote, contrée des sables arides {desierios on pampas}^ est par endroits siilonoée de rivières, dont les rives sont verdoyantes et marécageuses: la clialenr y est suflbcante, la ploie rare. M delà de 500 mètres d'altitude, à 140 kiL de la mert h Siert^a se snbdivise en deux BectÎQns : t*^ la Sierra proprement dite, ou la température est doQce, le climat chaude les terres fertiles; c'est le pays du nz et de la ranne à sncre; — 2» la Pana (à 3000 on 4000iQ) est froide: ses pajonales ne donnent au bétail qu'une Jiiaigre pMure. « La i*nna a pour » caractère d'être morne. Le ciel^ le sol, les flaques d'ean, les peliLs lacs » dormants, tout est gris, de cette couleur bâtarde qui, en réalité, n'en » est pas une et qui est une couleur de deuil* L'effrayante nudité de o cette nature est navrante : une profonde mélancolie oppregise le cœur » dans ce milieu désolé. Le regi^rd se perd sur TimmensiTé de ces landes *t situées à la hauteur du mont Blanc, couvertes d'une herbe cbétive, sans m saveur et sanâ cooleur i la bise jjlaciie donne le frisson; le soleil et les 1» éclairs éblouissent; les longs roulenaents du tonnerre assourdissent, tt Dans ces immenses solitudes, la poitrine est serrée comme dans un » ètau par l'air à peine respirable. Tels sont les tiants plateâui des » Andes : nature Jésolée et rebelle, région inbospîLalière et sûuvfiût » inaccessible, effrayants déserts... Le lama, avec sa démarche grave et » calme, le mouvement ondojaot de son cou, la mobilité de ses oreilles, » le regard curieux et intelligent de ses grands yeux noirs, est le seni j» èlrc vraiment heureux de ces hauteurs, comme il est la providence des » habitants de la l*ûna. u {Diclionnaire de geof/raphie universeUe r 4e VtVïEN OE Saixt-Mautin et Rodsselet, art. Pérou.)
a Sï habitué que l'on soit aux paysages moûtagaeux, oa demeure confondu devant cette nature convulsée. Aussi loiti que le regard s'étende, impossible de découvrir une surface plane, un palier. C'est Pu ne des plus étonnantes poussées qn Vient janiaits soulevée la cro il te terrestre. Nous cheminons, pour ainsi dire, sur Tépice dorsale de la Gordillère. De la chaîne principale se détachent une série de puissants Cùntreft3rt3 aux arêtes vives, creusant autant de vallées parallèles * Les hasards de la route nous lont passer tour à tour d'yn versant à T autre pour contourner un escarpement, une corniche dang^ereuse ou quelque lagune aux eaux noires, formée par la fonte des neiges. D'une heure à l'autre ie paysage se transforme, suivant que le couloir qui sVivre à nos jiieds descend vers le Huallag^Li ou vers le Maranon. Ici la rodic nue, les grès rouges, les ravins
brûlés de la Sierra; là, les défilés ombreux, les hautes herbes, les mille filets d'eau rayant les parois moussues, puis réunis dans un même lit, s'engouffrant avec fracas sous les broussailles entrelacées : au delà, la forêt infinie, crépue comme une toison, ondoyante comme la mer, la forêt primitive qui s'étend des Andes à l'Atlantique. De ce côté, aucun obstacle n'arrête le regard, et les dernières ondulations de la chaîne se perdent à l'horizon dans les brumes dorées qui s'élèvent des rivières amazoniennes. . .
» ... Nulle part peut-être les variations atmosphériques ne sont aussi soudaines que dans cette partie des Andes. On ne saurait concevoir, sous une même latitude, dans un rayon restreint, une plus surprenante variété d'aspects et de climats. Au fond des étroites vallées où l'air se renouvelle à peine, oti la réverbération solaire entretient une chaleur de serre, s'épanouit la végétation des tropiques. Un peu plus haut apparaît la flore des régions tempérées, puis celle du nord, le court gazon alpestre, enfin le champ de neige labouré par l'avalanche. On passera, en quelques heures, de l'équateur au pôle. Il m'arriva de voir, dans la matinée, le thermomètre s'élever à l'ombre à 40°, et de camper le même soir sur un sol oh le mercure s'abaissait à i 0° et i 2° au-dessous de zéro.
»... A peine a-t-on dépassé la ligne des crêtes que l'on est saisi du brusque contraste entre la puna désolée et la puissante végétation du versant oriental. Mon dernier campement avait été installé à 3850 mètres, dans un site d'une âpreté extrême, en deçà d'un col auquel donnait accès une sorte de cheminée à demi comblée par des avalanches de pierres. A peine, cà et là, quelques maigres touffes d'herbe jaunie. Aux deux tiers de la pente, un lac minuscule, aux eaux d'un gris d'acier, sans un bouillonnement de source au centre eu sur les bords, sans une ride à la surface. Dans l'air, pas un bruit; vainement eût-on cherché dans ce paysage mort quelque chose qui remuât, une feuille emportée par le vent, un vol de moucherons, l'ombre errante d'un oiseau. C'était la mélancolie suprême, la fin de tout.
» De l'autre côté du col, changement soudain : de hautes herbes trempées de rosée, des bouquets d'arbustes, un murmure d'eaux vives. La végétation devenait plus iioarn6| les lianes festonnaient la broussaille ; à qodlqoes mètrai Audessous de nous, un torrent grondait fougères arborescentes. A peine
AMÉRIQUE DCT SUD,
en plein paradis tropicaL.. En forêt, la machete à la mairif taiilantf gubrant de Taube à la nuit, il semble que nous tentions de trouer un voile épais qui nous aveugle, mais dont, je ne sais par quel sortilège, la déchirure à peine ouverte se refermait aussitôt. Le vert tissu renoue ses fils. La chaîne est formée des arbres au tronc lisse, droits comme des piliers de cathédrale, par les stèles minces des palmilères; la trame, par les lianes de mille espèces, ligneuses, âbreuses, feutrées de mousses ou hérissées de pointes, les une^ tordues en ipirales, donnant l'illusion d'un reptile, d'autres tendues comme des amarres. Depuis quarante-huit heures, nous n^avons pour ainsi dire pas vu le soleil. Le jour entier n*est qu*un long crépuscule traversé gà et là d'un éclair. Sans la boussole, nous pourrions croire que nous marchons à tâtons dans les replis d*un inextricable labyrinthe.
» Il n'est pas de terrain, ai accidenté qu'on le suppose, comparable auK pentes orientales de ia Grande Cordillère. La végétation y recouvre un effrayant cataclysme. On dirait de gigantesques ruines, les débris amoncelés d'une ville de Titans. Sectlement, les pariétaires et les ronces sont remplacées ici par des colosses dont les plus basses branches, chargées de parasites, sont h 20 mètres du sol, et dont le pied disparait sous le iouilHs d'une broussaiUe arborescente à travers laquelle il faut s'ouvrir passage avec la hache. Rarement un rayon de soleil y pénètre. Il y règne un demi-jour de crypte, une humidité chaude entretenue par les abondantes rosées nocturnes et les averses. Ajoutez à cela i'irapossibihté presque absolue de relever sa route autrement qu'à la boussole, aucune brèche dans le feuillage ne permettant de découvrir un horizon suffisant, un point de repère quelconque. » L Marcel Monnier', Des Andes au Para.
^" rappc
MéB lao l^Itleaea.
« Par sa grandeur, Taltitude à laquelle II est situé, ses rapports avec le bassin extraordinaire auquel il a donné son
K Sof M. ^ïolHlit^, V. p. 277. — Au retour dû ce beau rodage, où LI avait ▼iugl foia AÏÏcùoté lai mort, TiQti'èiiido explorateur faillst périr aa porL Le 8 mai t^, le navire le Bio de Janeiro qui le rameiiait en FraDoe« à la suite d'une collision dana le broailtard aree la Champagne^ s'abîma daaii la Manona à quelques millea de Cherbourg. L*équlpag:e et k*s passagers furent ftauvéa.
nom, le lac Titicaca est peut-être le volume d'eau le plus remarquable du monde. Gomme on le voit sur les cartes, sa forme est celle d'un ovale irrégulier et allongé, dont un cinquième se trouve presque complètement détaché par les péninsules de Gopacabana et Tiquina. Sa plus grande longueur n'est guère inférieure à 120 milles, tandis que sa plus grande largeur est de 50 à 60 milles. Son niveau moyen est à peu près à 12864 pieds, mais il varie un peu suivant les saisons. » La rive est ou rive bolivienne du lac est abrupte, les montagnes s'avançant souvent dans Teau même d'une manière tout à fait pittoresque. Les rives ouest et sud, au contraire, sont relativement basses et unies. L'eau y est peu
LAC ; -/^ d«TmCACAou CHUCUITO (Pèrog-Borivie) "
Lac de Titicaca ou Chucuito.
profonde et remplie d'herbes et de joncs dans lesquels des myriades d'oiseaux aquatiques trouvent abri et nourriture. Une grande partie de ces basses terres sont encore marécageuses et les routes y sont établies sur des chaussées en
pierre, pour la plupart d'origine inca. Une baisse de 10 pieda dans le niv^eau moyen du lac en diminuerait peut-être la superûcie d'un cinquième. Elle mettrait h découvert la grande baie de Puno presque entière et i^ne grande partie des baies de Tiquina et Guaqui, Il est facile de voir que le lac recouvrait autrefois une plus grande étendue. Il ne faudrait pas cependant supposer que le lac soit généralement peu profond; en certains endroits^ les sondages ont dépassé 100 brasses. Le niveau pendant la saison sèche, c'est-à-dire en hiver, est de 3 à S pieds au-dessous de celui de Tété* Cette hausse et cette baisse de Teau contribuent d'une manière curieuse à l'entretien des troupeaux de bœufs qui, durant Têpoque des pluies, trouvent leur nourriture dans les vastes pâturages du Puno. Il y a, dans les parties basses do lac, de vastes ceintures de roseaux et d'une espèce d^herbe lacustre tendre que les bœufs recherchent avec beaucoup dWidité. Cette herbe y pousse abondamment, s*élevant, d'une profondeur de 10 à 12 pieds, jusqu'à la surface. A l'époque de la saison froide et sèche, r herbe des pâturages disparaît, et les bœufs s'assemblent autour du lac pour 'venir y chercher leur nourriture jusqu'à ce que les pîuies viennent faire revi\Te leurs pâturages.
» Le lac n'est jamais pris entièrement, et ce n'est que sur ses bords et dans les endroits les plus bas que la glace se forme. En effet, le lac iui-méme exerce «ne influence très sensible sur le climat de ces régions élevées, froides et désertes. Ses eaui ont en hiver une température de 10 â. la'* Farenheit au-dessus de celle de l'atmosphère. Les lies et les presqu'îles se ressentent de cette différence d'y ne manière très appréciable, et j'y ai vu Tofge, les pois et le maïs (bien que ce dernier n'y vînt ni haut ni abondant), atteindre la maturité qui lui est refusée sur co qu'on pourrait appeler la terre ferme. Les vents dominants sont ceux du nord-est; ils soufflent souvent avec une grande force, ce qui donne aui vagues qui assailieot les côtes ouest et sud quelque chose de la force et de la majesté de celles de l'Océan. Des tempêtes violentes ne sont même pas rares et rendent parfois extrêmement dangereuse la navigation, toujours lente et précaire, sur les balsas fragiles et sur les radeauï de totora ou roseaux. De grands eifoits, malheureusement mal dirigés, ont été tentés pour établir des vapeurs sur le lac, et Ton a pu voir pendant quelque temps dans la ville de Puno les pièces de deui petits bateaux en fer. Ce qui entravera surtout le succès d'une telle entreprise, ce sera le
manque de combustible; les ressources en ce genre se réduisent à ce qu'on peut tirer des quenuas ou oliviers sauvages dans les parties abritées des îles. On m'a cependant montré quelques échantillons d'un très beau charbon bitumineux qu'on disait avoir été trouvé sur la presqu'île de Gopacabana, mais je n'ai pu visiter !e prétendu dépôt. »
E. G. Squter*, Qwlques remarques sur la géographie et les monuments du Pérou,
{Bulletin de la Société de géographie de Pari.*, janvier 1868.)
Le lac Tiiicaca est bordé de baies profondes et semé de plusieurs grandes lies, la plupart habitées. La plus grande, Tlle Titicaca, escarpée et montueuse, est Vile sacrée du Pérou. La tradition veut que Manco- Capac, souverain des Incas, descendu du soleil, partit de cette tle, en explora les rives et Ragna la vallée où il bâtit sa capitale, Guzco, la Cité du Soleil, la capitale et le sanctuaire de Tempire. Dans Tile se voient encore les restes d'uu temple du soleil, d*un couvent de prêtres et d'un
Salais royal. Les lies voisines, Coati et Soto, sont pareillement riches en ébris de monuments de rarchitecture des Incas.
lie Callao.
« Le port du Callao se présente sous un aspect particulièrement civilisé. Une société industrielle française y a construit un port avec de grands bassins. Des murs énormes ont été élevés dans Teau avec des sacs à moitié remplis de chaux hydraulique. On les a d'abord déposés les uns à côté des autres, puis on a superposé les rangées jusqu'à leur faire atteindre le niveau des mers moyennes. Ces sacs se sont tout d'abord affaissés, et, par suite, ils se sont ajustés les uns aux autres. La chaux a durci dans Teau, la vague a fait disparaître la toile et mis à jour l'appareil singulier de ces murs cyclopéens par accident. Le perfectionnement de la technique moderne leur a ainsi donné un aspect de haute antiquité. Sur les énormes môles en fer, on entend le grincement métallique des grues à vapeur et le bruyant va-et-vient de petites locomotives; une lorët de mâts et de cheminées ondoie sous l'influence non vaincue complètement de la houle, comme le chaume sous le souffle d'une brise légère : les transatlantiques, les vaisseaux de guerre français, italiens^ anglais, et la flotte péruvienne, cuirassés, batteries flottantes et autres engins meurtriers, se balancent paisibles sur la vague qui entoure les carènes d'un clapotis, sorte de bnsant endormi. Ils semblent sommeiller au milieu des centaines de barques qui dansent sur Tonde et des remorqueurs sillonnant le port et la rade.
» La ville du Callao, avec ses 30000 habitants, est un faubourg de Lima : deux chemins de fer la desservent et vingt-quatre trains par jour franchissent les trois lieues qui sépareat la capitale du Pérou de son port maritime. Aussi ce fauboarg, comme s'il voulait rejoindre Lima,