Sar M. Sqaier, V. pag
» Je reconnus bien des sites charmants, dont j'avais vu d'admirables croquis dans les albums de voyage de M. Angrand. Ces dessins, faits en 1834, vivants et sentis, me semblèrent donner nne certaine note que je ne retrouvais plus. Je compris plus tard que cette nuance délicate, le temps Pavait effacée. Lima marche, et l'adorable ville s* européanise. Les nouvelles maisons sont faites comme les prosaïques hôtels de nos petits rentiers. L'élément nouveau se mêle sans grâce aux bâtiments de style hispano-mauresque, celui de la ville ancienne. »
Ch. Wiener, Bolivie et Pérou.
(Paris, 1881, ia-4*, Hachette ; oayr. orné de gravures, cartes et plans.)
Vem races au Pérou : blanc»» Indiens»
noirs» Cliinois.
« Il n'y a certes pas un autre lieu au monde où, à ses
jours de fête, l'Eglise puisse réunir, comme à Lima, les descendants de Sem, de Gham et de Japhet, que connaît la Bible, et le Mongol, le Tartare et l'Indien, qu'elle ignore. Nulle part l'Européeil, l'Africain, l'Asiatique et l'Américain, de sang pur et de sang mélangé, ne se trouvent réunis sur un terrain plus restreint. Nulle part on ne saurait voir pareille galerie ethnographique, comptant des spécimens vivants de toutes les races, de leurs variétés, de leurs croisements. L'Europe y paraît avec ses Espagnols, ses Italiens, ses Anglais, ses Allemands, ses Français ; elle y produit le créole. L'Afrique y a fourni le nègre, le mulâtre, fruit de la race noire et de la race blanche ; le cuarteron qui ne compte plus que vingt-cinq pour cent de sang noir; le requinleron avec douze et demi; le trigénio avec six un quart pour cent; l'Indien, fils de l'Amérique, qui, dans son mélange avec la race noire, produit le zambo, et, dans son mélange avec la race blanche, donne le cholo; le chino-cholo, fruit du zambo et de la cbola; b métis, fils du cholo et de la blanche, n'ayant plus que vingt-ciog pour cent de sang indien; le dudoso, dont les douze et demi pour cent de sang^ indigène ne constituent plus un type facile k dislinguer du blanc put sang, A côté de ces maîtres de l'Amérique, l'Asie fournit le Chinois qui, lorsqu'il contracte une union, choisit de préférence lachino-chola pour compagne. L^ fmit de cette union n'a pas encore de nom courant dans la faunUe sociale de Lima.....
it ..,.. Que de nnano»^ nuifui i^v n... ,,., v.MiU.niMot, que de variétés de teintes noir ondant d©
Mozambique Jusqu'au ii^u^^^ÉteMB' d^voire!
Que d6 nuances de sépia parmi les mulâtres et les mélanges collatéraux qu'ils fout naître î Le Lmn de Sienne des zambos s'édaircissant dans la descendance *j la sépia mélangée de sienne avec des reflets cuivrés qui caractérisent l'Indien » pâlissant dans la ligne mélangée de sang blaoc? les tons mats de vieil ivoire qui caractérisent la teinte du Chinois, et les tons à la fois pâles et hàlés, que prend l'Européen eous les tropiques, forment une i^^amme de couleurs à laquelle manque la nuance qui ne se retrouve que dans la saine société de notre monde européen : le ton rose des joues et le rouge vif des lèvres
» Il faut noter que tous aspirent à des grande urs, car
tous ont leyrs légendes, leur histoire» leur passé. Ils ont dan? les quatre parties du monde leurs ancêtres de vieille noblesse, et, quoique républicains, ils tiennent à se les rappeler et à les rappeler atii autres : les créoles vous parlent avec fierté de leurs pères, les conquistadores; les noirs, de rois africains; les Indiens, des In cas et de leurs familles de sang impérial. Grâce à ces vagues souvenirs historiques et à leurs grandes aspirations politiques, ils sont forcément tous ennemis les uns des auires : Thomme du nord de celui qui vient du sud, l'homme de la côte de Thabitant de la sierra, et le smrano de Thomme des versants orientaux des Andes (appelés Id^Montanajy le mulâtre du nègre, l'Indien du blanc, le blanc du Chinois* Ils se sentent pourtant tous Péruviens, et, malgré les injures sanglantes dont ils s'accablent continuellement^ ils s'élèvent indignés contre toute critique venant du dehors. A les entendre, on dirait qu'ils s'exècrent, car ils s'insultent dans leurs conversations, dans leursjournaujc^ils se battent entre ein, mais devant tout ennemi non péruvien, ils sont unis aussitôt.
» Voyons comment toutes ces races sont arrivées sur
le coin de terre qui, depuis longtemps leur sert, tour à tour, de champ de culture et d'arène,
» Le premier habitant du Pérou était l'autochtone. Or, il y A peu d'Indiens sur la côte, et il 0*7 en a pas du tout à Lima; nous y trouvons seulement des cbolos, des chinos-cholos et d'autres métis ; les purs Indiens sont dans l'intérieur du Pérou oii la race indigène, quoique décimée, a survécu â tous les cataclysmes.
» L'Indien a été remplace sur sa terre par le blanc, qui s'est en apparence très bien acclimaté au Pérou. Nous disons en apparence, car cet acclimatement n'a guère donné de bons résultats qu'après le mélange des races. Les familles de sang
complètement hlatic commencent généralement à dépérir à la troisième génération et s'éteignent dans un incurable rachitisme.
» Le créole, dans toute sa force, est un être singulièrement sympathique, malgré bien des défauts. De race espagnole, il est né grand seigneur, il veut Téti guette républicaine et des institutions monarchiques. Qu'il porte ou non des titres de noblesse, il restera toujours grand d'Espagne j il ne sera jamais ni manœuvre, ni Cûmmerçant, ni industriel . S'il s'occupe d'entreprises minières ou agricoles, il dirigera ses ouvriers à la cravache, au sabre, au revolver; il établira dans son domaine le principe du ban plaisir, le féodalisme absolu; il n'admettra jamais l'immixtion dy gouvernement dans ses affaires. Cette activité souvent illégale dans la forme, mais utile à la production dn pays, constitue Teiception, car le penchant naturel du créole le porte au far niente; dans ce but, il veut être employé, fonctionnaire, la plupart du temps militaire. Telle est la raison du grand nombre d'officiers supérieurs de 1* armée péruvienne, qui compte un colonel pour sii simples soldats. Causeur, îl parlera de tout ce qu'il sait et de ce qu*il ne sait pas. Il parlera industrie sucrière, cotonnière, élève du bétail, culture de la coca, chevaux, mules, moutons, philosophie transcendante, théologie^ vie parisienne, travaux des mines, entreprises de chemins de ter, histoire péruvienne (qu'il appellera volontiers romaine); il critiquera amèrement gon pays, sa magistrature, son gouvernement, m diplomatie, les finances, et il bondira si son interlocuteur européen s'avise d'émettre un avis analogue au sien. En politique, il n'aura guère do principes autres que l'indépendance nationale et d'autres visées que de voir son compère au pouvoir, 11 est financier habile, mauvais industriel, agronome et mineur routinier, plus joueur que les cartes, sobre jusqu'au moment où il passera deui ou trois nuits daoïî l'orgie. Si^eptique et même lihre-penseur dans ses discours, il paraît dévot dans ses pratiques ; soldat à la manière des cQiiquîsîadares, il est courageux è 868 heures, et toujours tant soit peu fanfaron. En fin de compte, il est parfaitement beureox à sa façon, et quoique, au fond du cœur, il déteste Tétrangef, qu'il désigne sous le sobriquet de gringo, il se montre bienveillant et bon envers lui.
» L'émigrant blanc arrive au Pérou avec Farri ère-pensée
de n'y pas rester. Devenir riche au plus vite, voilà sa seuli* pensée. Celte fin justitie tous les moyens, et explique pourquoi
les immigrants ne deviennont presque jamais agriculteurs, rarement industriels^ Les Européens et les Nord-Américains
au Pérou sont presque toujours importateurs oa vendeurs en gros ou en détail de produits européens. Ces produits^ fabriqués en deçà de l'Atlantique pour rexportation, n'ont pas les qualités ordinaires des bonnes productions de nos manufactures; Tusage les détériore rapidement; Facheteur est obIig"é de les remplacer à bref délai. Ainsi se ramassent les fortunes rapides <|ue les habitants font dans les pays latino-américains.
)9 ..... Quant aux nègres, ils ont été jetés sur tù continent dans les circonstances les plus déplorables-, affaiblis par les souffrances d'une traversée effectuée dans des conditions d'insalubrité atroce, à peine débarqués, ils se soBt trouvés contraints aux travauï les plus durs et souvent les plus malsains, sous un climat différent de celui qu'ils venaient de quitter. De père en fils, dans des régions de fièvre, ils ont accompli les travaux les plus dangereux quil soit possible d'imag-iner. Ils ont défriché le terrain, ils ont remué le sol, pour y planter le café, le cacao, le tabac, la canne h sucre; ils ont fait des travaui d'irrîgation ; ils ont séjourné dans l'eau, souvent jusqu'à la ceinture, demenrant sans cesse sous les rayons verticaux do soleil tropical. Leur tempérament s'est révélé si solide qu'ils ont, pendant plusieurs générations, résisté victorieusement à tous les miasmes, comme au feu qui tombe du ciel et dévore les natures les mieux trempées. Non seulement ils ont vécu, mais ils sont restés vigoureux, mais leur progéniture n'a pas dégénéré. Le nègre a de bonnes qualités : sa charpente solide, ses muscles puissants font de lui, à côté du créole souvent chétifj un véritable géant : mais il ne fait pas appel à sa force; il a vu pendant tant de siècles que le far niente était le privilège des libres, que, libre, il veut en Jouir.
» C'est ainsi qu'il reste pauvre, qu'il gémit de sa misère, et la misère, mauvaise conseillère, étouffe le bon germe
i« M. Wiener remarque que des raiflom pbyâîolog'tques s^oppo^eat égale m eut AU Iravail maijae^ de^nlancs aoua lea tropiques. Oo a. fuit bu Pérou comme sn Bréflilf d daos d&a condiLinoa bien plui avanbftgekisQS pour les immi^EOLUtii qu*BUT Elals-Unis^ l'essai du travau du bUuc. Les colonies a^lo^lés péri}* TÎeanea de Possuo et Cb»Dchamayo, commo les colomea brésilienn&a de BiamcDâûf JoioTille, NomvelIe'Fiiboiirfl', tï'ônt donna que des résultala tnédiDCresÉ Le climat énorre les blanea, et ila devieaneot vite incapabîôB d'un traTail matériel utile.
AMÉRIOUK OU SUD. 435
de ses facultés morales : cependant, voleur ou même assassin, on rencontre chez lui ce je ne sais quoi qui rend l'homme sympathique, par l'aveu et le reg^ret du méfait, et, jusqu'à un certain point, par la hardiesse souvent chevaleresque qu'il met au service des plus mauvaises causes.
» La principale préoccupation de la négresse du Pérou consiste à décolorer le plus possible sa progéniture. Rien de plus rare aujourd'hui que de voir des négresses accepter des nègres pour maris* Aussi la race pure disparaît-elle rapidement^ et le nomhre des mulâtres, cuarterons et trigenlos va4-il toujours en augmentant. Le molâtre, méprisé du hîanCi hait le nègre, et de cette haine et de ce mépris se forme un caractère douteui fait de sotte vanité, d'orgueil ridicule, de prétentions hidalguesques, d'appélits grossiers, qui le rendent mal disposé au travail, incapable d'une allure droite. Il est à la fois violent dans ses conceptions et hésitant dans ses actes : en somme, peu sympathique aux uns et aux autres et antipathique à luimême..,*.
)» Depuis quelques années les haines des noirs s'adoucissent. Ils ne sont plus les parias du pays, et, douce satisfaction, on leur a suhsiitué un autre paria, le Chinois
En apparence, le coolisme est un progrès sur Tesclavage, en réalité il est encore une monstruosité sociale- Jadis le maître avait intérêt à prolonger Teiistence de ses esclaves, à oe pas affaiblir par des excès de travail des constitutions qui représentaient un capital considérable. Cette triste garantie n'existe plus pour le Ôhinois qui signe ud engagement de huit ans ; le propriétaire qui l'engage ne se préoccupe guère que de le faire durer huit ans. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'un tiers des coolies à peine arrive à la fin du contrat; le reste succombe, et Ton en vient à reconnaître, comme le démontre M. Wiener, que îe nègre était plus heureui et plus utile que le Chinois.
1. Lu nègre libéré du Pérou, t'adoonatit k tous les iric«B qu'eofçoîidro la paresse, dîsparaU avec noe rapidité incroyable . Eu 1355t on complaît 45000 &êcUvet^ le dernier rocenssment ancuio à poine 8000 Dolrs. Quant à riadlea« qai n^ËSL plfiB astrfiÎDt à payer le tribut d« 30 francs par aa, il n^a plufli d* raiion de travailler. Il vit de pommes de terre et de mais, qu^ U t^rre lai foamit nADs ymnrfe peine; il lissi* rot vèlementB lui-même. Il ne fait rien produire au pays qu^ii occupe; il u'u qu'une industrie iosij^iB&utei et n'est paa oommer^U
» Le Chinois quitte son pays, et, par une triste mystification, signe un engagement de huit ans pendant lesquels il est absolument à la merci d'un maître. Les stipulations de solde sont illusoires. Les hacendados (propriétaires de fermes) payent généralement les coolies en vêtements, en nourriture, comptés à des prix fantaisistes. Le gouvernement du Céleste- Empire empêche l'exportation des Chinoises, le coolie n*a donc pas de compagne. Parqué comme du bétail, il vit dans les galpones (sortes d'immenses enceintes), sous la menace du fouet et des revolvers. Quelque malheureux qu'il ait été dans son pays, il est impossible qu'il ait même rêvé l'effroyable misère qui l'attend dans la servitude péruvienne. Aussi redoute-t-on le Chinois, qui n'a remplacé ni l'Indien, ni le nègre. Les maîtres d'aujourd'hui sentent vaguement un danger près de
fondre sur eux  côté de celte menace brutale suspendue
sur le Pérou, une autre question non moins inquiétante commence à préoccuper l'observateur. Partout où l'on jette le regard sur la côte, on voit le Chinois : dans les entreprises agricoles, il représente la main-d'œuvre, et dans les villes nous le retrouvons toujours et partout : coolie, il est domestique et cuisinier; libéré, il est hôtelier, restaurateur, négociant en détail et en gros, et, depuis peu, même médecin. Il s'est infiltré dans cette société hispano-américaine, et il ne s'est nulle part assimilé, ce qui lui permet «Je se retrouver à tout instant... Les Chinois sont indispensables, et, par là, ils sont les maîtres, malgré leur humilité. »
Charles Wiener, Bolivie et Pérou,
La culture de la canne à sucre, qui prospère au Pérou, et qui donne 8000 kilogr. de sucre par hectare, rendement supérieur à la canne de Cuba (2500 kil.), de la Réunion (5000), du Brésil (6 à 7000), est presque exclusivement confiée à des ouvriers chinois. » De 1850 à 1864, on en a » importé 87932, sur lesquels un dixième est mort durant la traversée. » Les autres ont été vendus au Callao, à peu près comme esclaves, au » prix de 300 à 400 soles, avec prétendu engagement de 8 ans. Ils ont » été si maltraités que la plupart sont morts, et ceux qui ont pu se sont » sauvés. Le Céleste-Empire, informé de ces faits, avait défendu cette » traite nouvelle. En 1875, le gouvernement péruvien réussit à conclure »> avec la Chine un traité pour le voyage libre des Chinois au Pérou, à la » condition qu'ils y seraient traités comme les citoyens de toute autre » nation. Cela n'empêche pas que le Chinois y est mal vu, souvent fort » maltraité, ce qui le pousse parfois à assassiner son bourreau. Pour les » terroriser, dans une ferme, on allait jusqu'à brûler leurs cadavres dans » un four. On sait que le Chinois croit qu'en mourant sur la terre étran- » gère, il ressuscitera dans son pays; or la chose lui paraît impossible
m si k cadavre passe parle fgu. Quelques Cliiaoiâ onlélaMi (les magosins » où ils vendent Jea marcbandises de jeur pays. " (K. Mtcbel, Gdsefie
L0I 6xpl«ratloas de H. WioDcr. — M. Wiener (Charles}, né à Vienne en 1851 1 après avoir enseigné quelque temps la langue allemaQde au lycée Foilanes où il avait fait ses éludes, tourna ses reclicrches du côté des antjquités américaines. Ll prit tout de suite une phce distinguée parmi les Américanisâtes, en publiant [1874] un essai sur les Jrî:fîi(ufiOM5 poiitiqms, relisieuses, éconoimques 6t socialts deslncas. En 1875, le ministre de IrnstïuctJon publique le chargea d'une mission scientifique au Pérou. II passa de m années pleines à parcourir à pied, à dos de mule ou de cheval, en canot j les canlrées les plus sauvages et tes plus désertes des Andes. Mal^è lamalveillatice de^ autorités locales et les attaques des indigènes, malgré les rigueurs du climat^ les fatigues et les maladies, il franchit plusieurs ft>ia la Cordillère, escalada les hauts plateaux de Huanuco, s'égara dans les régions inhospitalières où il recherchait la fameuse route royale des Incas, et de Lima à Ançon, à CuicOj à la Paz, dirigea avec patience et succès des fouilles archéologiques, dont les résulLats oit enrichi la science. Qnand il revint à Fa ris, au mois d'août 1877^ il avait suivi en Amérique un itinéraire déplus de 14000 kilomètres, et rapportait environ quatre mille objets, précieuse collection qui est allée grossir les trésors du musée ethnographique de Paris. I^e beau livre de M. Wiener, Bolivk et PéroUj est le récit de son voyage et l'exposé de ses découvertes.
Au lendemain de l'Eiposition universelle, où M. Wiener, secrétaire de 1& comnoission d'ethnographie, obtînt une médaille d or et la croix de la Légion d'honneur, le ministre des aflaires étrangères le nomma viceconsul à Guaya((uil (1879) et le chargea d'une mission d'eiploration. Il traversa rAïuénque méridiotiale dans sa plus grande largeur, de Guayaauil an Para, franchit six fois la Cordillère, recunnut le cours inexploré du Riù'Napo, affluent sipèrîeur de TA madone et de dix autres affluents iecondaires, et rapporta de cette expédition, dana laquelle il avait parcouru de nouveau environ 15000 kikiinètres, les données les plus précieuses el les plus solides Bur les projets d'avenir pour une voie commerciale entre ïes deux océans*.
1. En attendant la publication complète de ses nouvelltia e x pi o ratio us, M, Wîener en & entreteno partiellement le paMia «prèâ aon rietour, dani diverses GonféreDoes faîlcs a Bordenox. Hoobd, Versaîlka, Nancy : ocrns citerott!^ an^si m. trop oaarte QciinmumcaLtioii à la aèaaee eolenricllo de la Saoiété d^ topographie de Francep h la Sorbanue, le S9 octobre iSS2t sous la présidence de M. do Le^seps. Il y a fait entendre, avec an &cceat de patriutismfl eotr&JuaDL, sur len rii^Lessos du baa^iii Aniosomeiif sur k rôle dos étrangers et stirtout des Anglai» et des Allemande qn\ noaa font là-baa la cancurronco îndusLrielle la plus déloyalû, euflo sur Unertie du eommeree extérieur de la Franee, des iréritéa bonnes à fecueiCiir, et qui ont été vigoureusement appEaudios^ (V^ celte communiealinn imprimée dans la Bévue scientiftqite du 18 novembre 1883. — V. «uBÙ notre obapitre sur le Brésil.)
Item Inilteiis Conlliosi la eliasse aux tortues.
« C'est en vain que les forêts et les eaux offrent au Conibo * une nourriture abondante et variée, il n'a faim que de tortues, et cette prédilection, poussée jusqu'à la manie, a fait de lui le plus rude exterminateur de ces animaux, n passe de longues heures à étudier, au bord des rivières, les mœurs de ce morne amphibie, depuis l'époque
de sa ponte jusqu'à celle de ses migrations Entre le
15 août et le 1" septembre, époque de la ponte des tortues dans rUcayali, la neige, en cessant de tomber sur le sommet des Andes, a ralenti le cours du fleuve, baissé son niveau et mis à nu ses vastes plages de sable. L'étiage de l'eau donne aux Conibos le signal de la pêche. A un jour fixé, ils s'embarquent avec leurs familles, munis des ustensiles qui leur sont nécessaires, et voguent en aval ou en amont de la rivière, selon que le caprice les pousse ou que l'instinct les guide. Ces voyages sont de 10, 20 ou 40 lieues.
» Quand les pêcheurs ont découvert sur une plage ces lignes incohérentes, sillon onguiculé que trace en marchant la tortue, ils s'arrêtent, édifient à 200 pas de l'eau des ajaupas provisoires, et, cachés sous ces abris, ils attendent patiemment l'arrivée des amphibies. L'instinct de ces pêcheurs est tel, que leur installation sur cette plage ne précède guère que d'un jour ou deux l'apparition des tortues. Certaine nuit obscure, entre minuit et 2 heures, un immense mascaret fait tout à coup bouillonner la rivière; des
1. Les Conibos habitent, comme les Chontaquiros, les Sipibos et les Shetibos, les vallées de l'Âpu-Paro, de la Pachitea, de l'Ucayali, affluents supérieurs du Maranon (Pérou). Ces tribus indiennes, encore très nombreuses au dix-huitième siècle, ont presque disparu, décimées par les guerres civiles et étrangères, les épidémies et surtout la petite vérole. L'Indien considère ce mal comme une preuve de la colère du Grand Esprit, et il juge inutile de le combattre. « Aux premiers symptômes de l'éruption cutanée, écrit M. Paul Marco^r, 1 alors que la fièvre brAle son sang, le seul remède, ou plutôt le seul palliatif 1 auquel il ait recours pour se débarrasser d'une insupportable chaleur, c'est de • courir à la rivière, de se plonger dans l'eau jusqu'au menton et de rester im- 1 mobile jusqu'à ce que le froid l'ait saisi. On devine le résultat de ce traite^ B ment. > Aussi ne faut-il pas s'étonner que des cent vingt peuplades qu'on comptait jadis sur les rives du Haallaga, du Marafion, de 1 Ucayali, il en reate vingt-cinq ou trente aujourd'hui.
AMÊHÏOUR DU SUD. 43ft
miUJers de tortues sortent pesamment de Teau et se répandent sur les plages. Nos Conibos, accroupis ou agenouillés sous leurs abris de feuilles et gardant un profond silence, attendent le moment d'agir. Les tortues, qui se sont divisées par escouades au sortir de l'eau, creusent rapidement, avec leurs pieds de devant, une tranchée souvent longue de 200 mètres, et toujours large de 4 pieds, sur 2 de profondeur. L'ardeup qu'elles mettent à cette besogne est telle, que !e sable vole autour d'eOes et les enveloppe comme un brouillard. Oiiarid la capacité de la fosse leur paraît suffisante, chacune d'elles j remontant sur le bord, tourne brusquement sa partie postériem^ vers la cavité, et laisse choir au fond une provision d*CEufs à coquille molle, de quarante au moins, de soixante-dix au plus ; les pieds de derrière, renouvelant alors la besogne de ceux de devant, ont bientôt comblé l'excavation. Dans cette mêlée de pattes mouvantes, plus d'une tortue, bousculée par ses compagnes, roule dans le fossé et y est enterrée vivante. Un quart d'heure a suffi à cette œuvre immense. A peine la tranchée est-elle comblée que les tortues reprennent en désordre le chemin de la rivière; c'est le moment qu'épiaient nos Conibos* Au cri poussé par Fun d'eux, toute la troupe se relève et s'élance à la poursuite des amphibies, non pour leur couper la retraite, — ils seraient renversés et foulés aux pieds par le puissant esi^adron, mais pour voltiger sur ses flaûCSf se saisir des traînards et les retourner sur le dos; avant que le corps d'armée ait disparu, mille prisonniers sont restés souvent aux mains des Vireurs^, Aux premières clartés du jour, le massacre commence; sous la hache de l'indigène, la carapace et le plastron de Tamphibie volent en éclats; ses intestins fumants sont arrachés et remis aux femmes, qui en détachent une graisse jaune et fine, supérieure en délicatesse à la graisse d'oie. Les cadavres éventrés sont abandonnés ensuite aux percnoptères, aux vautours-
t. Do trln>ri ctmvirer. C'eal le Dom cluiiDé par les misaiuDDurefl de l'UcAyali fit Ifli rivermiai» du Hîiui-Araajtoae nax individus qui 4:hii9aBcit on pèchent Ia tortQ« en couraat apràa ello et !& reDVeraant sar Ig dos. (Mat^ de l'auteur.)
harpies et aux aigles pêcheurs accourus de tous côtés à la vue du carnage.
» Avant de procéder à cette boucb<îrie, les Conibos ont fait choix de deux ou trois cents tortues qui sont destinées à leur subsistance et à leur trafic avec les missions. Pour empêcher ces animaux de se débattre et de trouver avec les pattes un pomt d'appui qui les ramènerait à leur posture accoutumée, ils incisent ses quatre membranes pédiculaires et les attachent par paires. La tortue, mise hors d*état de se mouvoir, rentre la tête dans sa carapace et ne donne plus signe de vie. Pour éviter que le soleil ne calcine ces corps inertes, les pêcheurs les précipitent pêle-mêle dans une fosse qu'ils ont creusée et les recouvrent de roseaux verts. Hommes et femmes procèdent ensuite à la fabrication de la graisse qu'ils font fondre et qu'ils écument à l'aide de spatules en bois. De jaune et d'opaque qu'elle était au sortir de l'animal, cette graisse devient incolore et ne se fige plus. Les Conibos en emplissent des jarres dont ils tamponnent l'ouverture avec des feuilles de balisier. Le résidu, rillettes et rillons, resté au fond de la chaudière, est rejeté à l'eau, où les poissons et les caïmans se le disputent avec acharnement. Cette opération termmée, nos indigènes n'ont garde d'oublier ou d'abandonner le produit de la ponte des tortues qui est, avec la graisse et la chair de ces animaux, un des articles de leur commerce avec les missions. Ces œufs sont retirés à pleines mains de la fosse dans laqueDe les chéloniens les avaient déposés, et jetés dans une petite pirogue préalablement lavée et raclée et qui servira de pressoir. A l'aide de fièches à cinq pointes, hommes et femmes crèvent ces œufs dont le jaune huileux est recueilli par eux avec de larges valves de moules faisant l'office de cuillères. Sur le détritus des coquilles on jette plus tard quelques potées d'eau, comme sur un marc de pommes ou de raisin, on Vemue violemment le tout, et le jaune qui s'en détache et surnage sur le liquide est de nouveau recueilli avec soin. Reste alors à faire bouillir cette huile, à l'écumer, à y jeter quelques grains de sel et à la verser dans des jarres. Cette graisBe et cette huile que pré-
parent les Conîbos sont cebang-ées par eux avec les niissionoaires, qui s'en serveot pour leur cuisinej contre des verroteries, des couteaux, des hameçons et des dai-ds à tortue, vieux clous de rebut passés au feu et remis à neuf par Jl^s néophytes forgerons de Surayacu. Un de ces clous, couvenablement affilé et que l^lridigène adapte à sa fiècbe, lui sert à harponner les tortues à Tépoque où, flottant par bancs épaisj elles passent d'une rivière à l'autre. Pendant de longues heures, le pécheur, debout sur la rive, épie le passage des chélonieus. A peine un banc de tortue est-il en vue, qu'il bande son arc, y place une llèche et attend. Au monient ot la masse flottante passe devant lui, il la vise horizon talemenl, puis, relevant brusquement son arc et sa flèche, il fait décrire à celle-ci une trajectoire dont îa li^rne descendante a pour point d'intersection la carapace d'une tortue. Parfois, plusieurs individus se jettent dans une pirogue, poursuivent le banc de tortues, Tassaillent de leurs flèches aux courbes paraboliques, et n'abandonnent la partie que lorsque leur embarcation est chargée de butin à couler bas. A eo Juger par les cris, les hourras et les éclats de rire qui accompagnent cette pêche, on doit croire qu^eUe est pour le Couibo un amusement plutôt qu'une corvre. «
Paul Marcoy, Voyage de Vocéan Pacifique à l'océan Atlantique^ à travers P Amérique du Sud,
{Toîir du Afonde, i* aem,, IStiJ, Paris, HacheUcO
lies îles Clilneba et Fexpioilatioii ilu ^uana»
« Les trois îles Chinchap situées en face de la baîe de Pisco, ont pendait de longues années fuurni a m navîres des deut momies le pr<5ci{3ux eogriiis fossile qui doublait ou triplait le rendement de certaines récolles. Le guano, dit M. Siraynifi, est un engrais aaimaJ pétrifié, mêlé d'amnnv nîaque et de pbospbate de chaujc.
a Comment s'csil formé le çuano? La réponse n'est pas difUcile; nona "voyons encore tous les jours les oiseaui marins^ les cormorans, tes pélicans, les pîngouina^ les fous, partir pour ia chasse aux poissons. Un chef coirmuiude la bande, qui se déroule sur k^ eaux de manière à former nu immense cercle. On environne ainsi les poissons. Alors commence la curée. Chaque oîsean pèche punr sa part, plonsteant du bec et du cou, et se Çorgeanl à qui mieux mieiiï. On assiste h ce spectnde, à chaque instant, sur les eani calmes du l^iinJiciue. Le fesliri fini, h b»nde Tefracrne rîle ou
LECTURES ET ANALYSES DE OÉOGRAPHiE.
la côte la plus voisine, et là, sur le sol, paisiblement, chaque volatile prélude à une laborieuse digestion. Il en est qui sont si pleins qu'ils rendent quelquefois des poissons tout entiers par ta bouche. D'autres s'affaissent sur place pour ne plus se relever, et laissent leur corps se mouler dans leurs déjections. Tout cela concourt à faire Tengrais le plus riche qu'on puisse voir. Si le guano des Chincha est si complet, si bien conservé, c'est qu'aux Chincha, et sur la côte voisine du Pérou, jamais il ne pleut.
Cartes des eôtes du Pérou.
Jamais, de temps immémorial, il n'est tombé une goutte d'eau dans ces régions. Si vous partez un jour pour ces pays avec une pacotille, n'emportez pas de parapluies, ils vous resteraient pour compte. S'il ne pleut jamais aux Chincha, vous comprenez comment les sels ammoniacaux, calcaires, en un mot toutes les parties plus ou moins solubles des dé-
jections de nos volatiles, ont. pu être conservées» comprimées, condensées, sans que la moindre particule ail pn se perdre. De là rin^tpprédable qualité du j^nana pêruvieD.
» Oii a bien dtoouverl depuis quelque temps du guano en mille autres lieux. Une matière est-elle reconnue précieuse, vite tout le monde §6 met encampape pour la trouver, alors que nul n'y prenait garde auparavant. C'est ce qui esl arrivé pour le guano* On a cherché partout» au moins dans les contrées tropicales, et Ton en a trouvé presque partout. D^ms îa mer Rousre, dans le golfe Persïoue, dans le désert dAtacama, entre le Chili et la Bolivie, sur les côtes boliviennes elles-mfimes, à MejSlIones, on a trouvé des ^sements de guano. On en a trouvé dans îa basse Californie, et sur certains rivages, surcerlaînes îles de la cAte occidentale ou orientale d'Afrique. On en a trouvé dans les îles delà mer des Indes, de rOcéanie. On a même rencontré, dans certaines cavernes, une nouvelle espèce de guano provenant des chauves-souris, mais nulle part on n'a trouvé Téqui-
Ti'HiD