IV. NOTIONS STATISTIQtÎES
Superfloie : 1334000 kilom. car. — Population : 2020 000 hab. ( 2 par kilom. car.). — Races : Espagnols de sang pur ou mélangé; Indiens : Aymaras^ QutcAuos, Guaranis^ Callahuayas, Mojos et Chiquitos.
Dialectes. — La langue officielle est l'espagnol. — Instruction publique : libre et gratuite. L'instruction primaire est donnée dans 366 écoles publiques, 126 écoles privées, 82 écoles industrielles, en tout 87000 enfants. M y a en outre 60 écoles pour l'instruction des Indiens. L'enseignement secondaire compte 8 collèges, 5 instituts ecclésiastiques, 4 écoles privées et 2100 élèves. L'enseignement supérieur compte 6 universités et des écoles de médecine et de théologie. — Justice. Les différents degrés sont la Cour suprêmey la Cour des districts, la Cour de justice de paiXj la Cour d'instruction, — Culte : le catholicisme est la religion d'Etat, avec un archevêque à Sucre, et 3 évèques à la Paz, Cochabamba, Santa-Cruz. — Armée : Elle comprend 2000 hommes en temps de paix, et 82000 avec les réserves; budget, 2 millions de pesos ou 10 millions de francs. — Monnaies : La Bolivie a adopté la monnaie française; le boliviano ou le peso = 2^,20; le peso se subdivise en 10 centavos (argent). — Poids et mesures : l'unité est la livre de Gastille pour les poids = 460 gram., et pour les longueurs le pied = 27833 millim. — Budget, 1895 : Recettes, 7973000 boiivianos : Dépenses, 8104000 bol. — Dette (1897), 4382000 boiivianos.
^iLScenaion d*iiii des pics de l*Illlinaiit t le pie de Paris.
« J'avais résolu de tenter Tascension d'un des pics de la Cordillère, et j'avais choisi l'Ulimani. J'étais accompagné par MM. José-Maria Ocampo et de Grumkow, ingénieur du gouvernement bolivien. Le 10 mai 1875, je quittai la capitale de la république bolivienne. Nom fîmes le trajet assez fatigant de Mecapata à l'Illimani par le lit même du Rio de la Paz, qui, à cette époque de l'année, est en grande partie à sec ; en beaucoup d'endroits, le torrent s'est creusé un lit d'un kilomètre et demi de large, mais ses eaux, divisées en cent bras, ne sont torrentielles que dans les endroits où le
lit se resserre entre des roches puissantes, souvent assez rapprochées pour ne laisser à la niasse liquide qu'un passage de 20 à 30 mètres. Dans ces passages étroits, appelés angostura^^ les hôtes passent avec la plus grande difficulté; entraînées par le courant, elles ne reprennent pied qu'à une cinquantaine de mètres au-dessous de l'endroit dangereux. Nous franchîmes ces petits rapides sans aulre accident que celui d^être complètement mouillés. Le second jour du voyage, nous arrivâmes à Cotana, situé à 2 441 mètres audessus du niveau de la mer; le 19 mai, à deux hcores, nous commençâmes Tascension de Tlllimani,
» Les Indiens, stimulés par l'appât de la récompense promise, marchaient allègrement. Nous arrivâmes ainsi, à six heures du matin, à une hauteur de 14025 pieds anglais. Là, il nous fallut laisser nos montures, continuer Tascension à pied. A 14900 pieds, nous quittâmes la limite de la végétation pour entrer dans le domaine des neiges étemelles. C'est là que commençaient les difficultés de Fascension. Ce flanc du cen^n est très abrupt, et nous fûmes ohligés de tourner le versant, formé de schistes ardoisiers, délités en plaques immenses, mêlées de feuillets plus petits. Ce terrain mobile coupait doidoureusement les pieds des voyageurs et traversait nos solides chaussures européennes. Un de nos Indiens s'était blessé au-dessous de la chevillCj malgré la solidité de la pe^iu corniflée qui abrite le pied de ces incomparables marcheurs,
» Toni'nant un petit pic séparé, au nord-ouest, du pic principal par une énorme crevasse, nous nous trouvâmes sur un champ de neige assez durcie pour supporter notre poids à partir de 15092 pieds. Jusque-là, nous avions marché avec la plus grande difficulté, en enfonçant parfois jusqu*au-dessus du genou dans des neiges, qui n'étaient dures qu'à la surface. Nous nous dirigeâmes vers le pic principal, le Condor-Blanc. Le premier obstacle sérieux que nous rencontrâmes était un mur naturel de roche de 8 mètres de hauteur environ. Nous choisîmes un point oîi, au milieu de cette muraille, apparat une sorte de terrasse. Les Indiens se firent la courte échelle. Le cinquième atteignit la plate-
forme, nous jeta un lasso et nous hissa auprès de lui. Le môme procédé nous permit d'atteindre la seconde moitié de la muraille. Les pentes devenaient de plus en plus roides, et nous étions obligés de nous servir des mains pour les gravir. A 16820 pieds, nouvel obstacle ; une immense crevasse, large d'environ 100 mètres, remplie de neige jusqu'à près de 50 mètres au-dessous du niveau du bord, arrêta nos pas, et nous força de dévier vers l'est.
» Nous marchâmes pendant près d'une heure, et je compris que je serais obligé de me contenter de gravir le second sommet de la montagne, car la crevasse se prolongeait et le soleil était haut sur l'horizon. Vers deux heures et quart, nous arrivâmes au pied d'une seconde muraille d'un peu plus de 4 mètres de hauteur; nous étions à 5400 mèlres. M. de Grumkow commençait à pleurer le sang. Un peu d'extrait de coca, mélangé de cognac, lui permit de continuer l'ascension. A 18312 pieds, M. de Ocampo avait été pris de vertige. Le médicament, qui avait remis sur pied M. de Grumkow, le fortifia ; mais, ennui imprévu, les Indiens refusèrent de marcher plus avant. Malgré les exhortations et les menaces, ils se préparaient à descendre. Suivant les idées superstitieuses du pays, c'est aller contre la volonté du ciel que d'oser franchir le mont lUimani. De terribles châtiments attendent l'audacieux qui tente l'entreprise ; celui qui monte au faite n'en descend jamais ; aussi les indigènes ne nous suivirent-ils qu'en rechignant jusqu'à 19512 pieds.
» n était trois heures vingt minutes du soir : malgré la fatigue, malgré un certain malaise qui n'était pas encore le mal des montagnes, mais qui pouvait le devenir, nous résolûmes de continuer l'expédition. Je regardai mes compagnons, non sans inquiétude ; leurs figures n'avaient plus apparence humaine ; ils étaient verdâtres, avec des plaques violettes ; le blanc des yeux était rouge, couleur de sang. Cependant il ne fallait plus qu'un dernier et suprême effort pour atteindre le sommet du pic qui se dressait devant nous. Nous n'hésitâmes point. Le soleil avait disparu derrière la montagne : peu nous importait. Trois Indiens nous res-
AMÉHIOUB DU SUD. 453
talent IklMes. Après une marche des plus fatî^anles sur la pente com^Tte de neige, nous atteip^nînaes le point extrême, petit plateau exposé à tous les vents ; une krge crevasse, vallon de nei^e, divise la plate- forme, qui mesure douze pas sur quinze, en deux moitiés à peu près égales dn sudouest au nord-est. L'air était très vif. L'atniosplière paraissait d*une incomparable transparence lorsqu'on regardait k ses pieds les centaines de vallées qui , semblables aux larges plis d'un immense manteau, entouraient le massif de Tlllimani et les versants des montagnes environnantes; dans la voûte du ciel d'un bleo foncé presque noir, le soleil ardent planait comme un disque de fer roage. Quelques moments nous suffirent pour faire la lecture du baromètre; il marquait 319™"* ; le point d'ébulïUion de Teaii ét?ïit à 79%3. Le résultât de ces observ^ations inscrit sur un parchemin préparé d' avance, que j'enfermai dans un double tobe en verre et en métal, avec la mention de la date, fut signé par mes compagnons et contre-signe par moi au nom des trois fidèles Indiens, qui avaient plus de courage que de science. J'enfonçai ce tube, enveloppé dans un drapeau aux couleurs nationales, dans les neiges de la crevasse, en donnant à ce point le nom de Pic de Parts.
» Voici la teneur de ce document, dont j'ai transrais copie au ministère de rinstruction publique :
illiinaûl» à âOllS pieds au-desî^uB in niveau de la mer, ce 19 du mois de mai iâ??» 4^«50 [u m.
Je, soussigné, chargé par le g^ooveraement de la République française d'une mission scientifique dans l'Amérique méridionale, accompagné de M* Georges B. de Grumkow, ingénieuf, et de M, José-Maria de Ocampo, ai fait aujourd'hui Fascension de cette montp-gne, le bai*omètre anéroïde et le point d*ébullition de Feau ayant indiqué une élévation de 20 H 8 pieds aïi-dessus du nivi^au de la mer, élévation qui n'a pas été atteinte avant moi. Je profite de mon droit, consacré par Tu s âge, de donner nom à la terre sur laquelle j*ai été le premier à mettre le pied, et baptise le point sur lequel je me trouve actuellement, sitné à une latitude de 16* 33'10", une longitude de 70°0'2i'\ et une élévation de 6131 mètres au-
dessus du niveau de la mer, du nom de Pic de Paris, en limitant cette dénomination au pic sud-est du groupe appelé riUimani, pic voisin de Télévation principale. En vertu de qjaoi ma signature, Signé : G. Wiener.
et la signature de mes compagnons dans cette ascension :
Signé : Georges B. de Grumkow.
Signé : José-Maria de Ocampo.
Pour les trois autres guides indiens, Geronimo Quispe de la Paz, Simon Lopez et Manuel Itule, de Cotaûa :
Signé : G. Wiener.
» C'était un des rares moments d'enthousiasme éprouvé pendant mon voyage ; mais bientôt nous dûmes revenir à la réalité : nos pieds étaient gelés, quoique l'insolation fut vive. Le thermomètre marquait, en effet, à 4 heures 30 minutes, 7 degrés au-dessus de zéro. Pendant la journée, pas un nuage n'avait voilé le ciel. Nous nous mîmes en devoir de redescendre. Il était 5 heures 10 minutes. A 5 heures 30, nous avions rejoint nos lâches Indiens. L'immobilité d'une heure les avait engourdis. Ils étaient, malgré leur couleur bronzée, blêmes et verdàtres comme nous-mêmes. As me demandèrent de l'eau-de-vie. Je leur en donnai aussitôt; mais, par malheur, je me trompai de gourde, et leur tendis celle qui contenait l'alcool rectifié dont j'avais eu besoin pour prendre le point d'ébullition. L'Indien, qui en prit à peine une gorgée, fut grisé instantanément; chancelant et perdant l'équilibre, il roula sur une pente à 20 mètres audessous de nous. Il resta inerte comme une masse. Je le crus mort ; nous le rejoignîmes bientôt, et dès que nous lui eûmes frotté les tempes avec de l'alcool,* il revint à lui. Ces natures, prodigieusement fortes, résistent aux secousses les plus violentes ; il avait le bras gauche démis, mais se déclara assez valide pour tenter la descente ; arrivé au bas de la muraille verticale de 4 mètres, l'obscurité à la chute du jour fut presque complète, et nous dûmes attendre, non sans anxiété, le lever de la lune. Après une demi-heure de
eette immobilité forcée, nous vîmes le croissant s'élever audessus de la crête du pic de Paris,
ï) Dès lors, à sa lueuF incertaine, nous continuâmes celte descente pleine de périls. Je ne sais comment il n'est arrivé à aucun de nous d'accidents plus sérieux que quelques écorchures sans importance..*. Le lendemain, à dix heures, nous rentrions à Cotana Kn Ch. Wieker.
Pérou et Bolivie »
(Parifl, 133Û, iQ-4\ HcLcbette ; outt. contcnaDt 1100 graruresj S7 cartea et
Potosi.
« Chuquisaca doit sans doute son nom au voisinage des mines de Porco, car, à l'époque où elle le reçut, la richesse métallique du Potose n'était point connue. Elle le justifiait par Tempioi qu'on y faisait de Targeot aux usages vulgaires. Serrures et gonds d*argentj vaisselle d'argent, harnais garnis d'argent, aiguières et vases d'argent se trouvaient dans les maisons les plus modestes. Quand Témancipation vint ouvrir les ports du Pacifique au coramiirce étranger, c'était un grand luxe à Chuquisaca que les assiettes en faïence. Les premières, qui furent apportées d'Angleterre et qui valaient en fabrique 1 penny (0*% 10), se vendment 7 ou 8 francs. Ce fut alors Tâge d'or du commerce eur option. Les plus minces pacotil leurs faisaient fortune. Ce temps dura peu, et une guerre de défiance et de haine commença contre les étrangers, non dans les classes élevées, mais dans les classes populaires.....
tï ..,.. Si la distance est faible entre la capitale de la
1. Â11 relourà U Paz, M, de Grumkow tomba grAvemgtit matadu d ons Cèvre oérébrale. * Le gooveraemeot bolimu^ écrit M. Wiener^ r&Litia^ sur ma de-
* m&ade, le Dûuveau nom du pin que j'&vait t,'r4vi ; d&a lov» il s'appela p^u-tout
> et poiir tous pic de Paris ^ Le jouroril ofQctel, et Ferru Varii [a* du
• i4 mai iS77}j publia an orllcle fort graciâux k ce sujet, dant lequel il était
> dit que si depuia loDglcm|Jia la France n'avait pas tauvoyé ûa mtuMrB plëaia potentiairo di de coDial dans Ja République^ elle pûBsèdail désarmai» dana » ces régions ud représentai l imrouabLa et clerueJ, rappelant a eu Bol l viens te I centre iuLelttictuef de la première Divlioo de Uraee lutine» ■ La prô^idunt fé* liulta Gbtleurâuaccneat M. Wiener, et, en lui remettant un • superbe brevel de dimensions cunsidûrablefl kfle noinrna repréaeulatit de la République bolivienne à rËTposilion 0DivftraeI!« de Paris qui devait s*Duvrir l'année suivante.
Bolivie et la montagne qui fait sa gloire, elle est difficile à franchir. De Chuquisaca à Potosi, on ne compte que 30 lieues, mais les chemins sont rudes, et quand nous approchâmes, après deux jours de marche, nous étions tous exténués de fatigue. Nos mules ne pouvaient plus faire un pas, et le terrain aride et montueux exigeait des efforts de plus en plus grands. Mais nous voyions de loin le cône rouge et réguUer du Hatun Potocchi^ ce Potose dont Timagination dès poètes a fait une montagne d*or et que tous les avares de la terre ont dû souvent contempler en rêve, ce paradis de la cupidité qui n'a été qu'un enfer de douleur, et nous marchions avec courage comme si nous allions, nous aussi, à la conquête do ses trésors.
)) Quoique la ville de Potosi soit, d'après le voyageur anglais Penthand, à la hauteur absolue de 4058 mètres au-dessus du niveau de la mer, on ne la découvre, du côté où nous l'approchions, qu'au moment d'y arriver. Elle est cachée par un rideau de montagnes au sud-ouest, et ce n'est que du haut de ces montagnes que nous en eûmes le coup d'oeil général. On est tout étonné de se trouver soudain, en sortant du désert, en face d'une agglomération aussi considérable de maisons; mais ce ne sont que des maisons, en effet, car la population a diminué des neuf dixièmes depuis le temps où Vauri sacra famés a formé ce vaste campement
)) La population de Potosi qui, à en juger par le
nombre de maisons vides, devait être autrefois de plus de 100000 âmes, ne s'élève plus qu'à 9 ou 10000. Les plus récents recensements ont donné 13600 âmes pour la ville et les trois cantons ruraux qui l'entourent. Les édifices sont les églises, autrefois au nombre de vingt-huit, pauvres d'architecture, mais richement ornées. Elles sont encore debout, quoique en ruines. La cathédrale, construite à une époque récente, et bâtie en pierre de taille, bien qu'avec peu de goût, fait à peu près seule exception. Elle fait face à la montagne et occupe, avec le collège de Vitchincha, le côté septentrional de la plaza Major. La préfecture se trouve sur le côté occidental, et, au milieu, s'élève une pyramide en
pierre de taille en rhonneur de Bolivar. Mais îe monument le plus considérable de la viUe de Potosi c'est, Mea entendu, l'hôtel des monnaies. H occupe un q[nartier tout entier, et, quoiïpie moins important que par le passé, cet étabEssement travaille encore assez pour qu'on dût y introduire les procédés modernes du rnoonayage. Ceux qu'un y suit maintenant et les machines qu'on y emploie remontent à deux Biècles, n y a aussi un hôpital civil, un collège contenant une centaine d'élèves, où Ton eoseigne surtout la chimie et la miné['aîogie, une pension de demoiselles entretenue aux frais du gouvernement, une école lancasldenne et huit autres écoles primaires» Mais ce qui est surtout intéressant pour les voyageurs, ce sont les nombreuses usines qui servaient et dont quelques-unes sentent encore à Fexploitatiou des minerais argentifères du Ceiro, Leurs vastes bâtiments et leurs longs aqueducs couvrent, sans intervalles, les deux côtés d'une énorme ravine que traverse la ville et le faubourg de Caniumarca, sur une longueur de près d'une lieue » L'élévation de la ville de PoLosi au-dessus du niveau de la mer i^nd sa température extrêmement désagréable. Ce n'est pas que le froid y soit excessif pour un Européen. Le Ihermonnjtre Réaumur n'y descend jamais, en hiver, plus bas que G ou 7" au-dessous de zéro. Mais il ne se passe guère deJjour dans Tannée sans qu'il ne tombe de la pliue, de la neige ou de la grêle à Potosi, et bien souvent, grêle, neige, pluie se succèdent dans la même journée- La raréfaction de Taii* y est si grande que les poumons en sont péniblement affectés. Cela donne le soroché^ sorte de maladie ainsi appelée dans le pays du nom d'un minerai à la présence duijuel les Indiens l'attribuent. Mais cette souffrance, qui n'est pas une véritable maladie, n*est poîiit causée pai- autre chose que par la difliculté de respirer. Tous les étraiigenà qui arrivent à Potosi se ressentent plus ou moins du sorochéy surtout la nuit et le matin; et cbez certaines personnes, il produit des effets semblables à ceux du mal de mer. Aux enfants, cette pression de Tah' sur les poumons est funeste. Quelque précaution que Ton prenne dans les familles blauches, sur trois enfants qui naissent,
un seul à peine survit au delà de quelques heures, et il s'élève avec beaucoup de peine. Ceux qui atteignent TAge d'homme eussent été des athlètes en d'autres pays, et ces organisations d'élite ne réussissent à former à Potosi qu'une population chétive et rabougrie. »
VlLLAMUS,
De Quito à Potosù
(Cùrrespondant^ 25 janvier 1876.)
lie Cerro de Potosi $ le traitement du minerai aryentifère.
a La ville de Potosi n'est pour le voyageur qu'une étape vers la montagne argentifère. C'est pour voir et toucher le Potose légendaire que TEupopéen a traversé tant de plaines désolées, gravi tant de chemins rocheux et passé tant de nuits dans de misérables lambos. Qui n'a vu le Potose que sur les monnaies boliviennes, ou qui a lu les récits qu'en ont faits les historiens de la conquête, se figure un lieu privilégié où l'or coule avec la joie et le plaisir, ce rêve d'enfant est vite détruit par l'aspect du cerro et remplacé par des images bien différentes. Une morne population de silencieux et tristes Indiens erre sur les flancs de la montagne, comme les ombres de ceux que ses entrailles ont engloutis. Leur travail se fait encore d'une manière aussi primitive que barbare. Un homme, à plat ventre, perce la terre par un procédé de rat mulot. Il va, va devant lui pendant des jours, pendant des mois, jusqu'à ce que sa lampe s'éteigne et qu'il meure, s'il n'a la force de revenir en arrière. La galerie n'a jamais que la hauteur suffisante pour le corps plié sur les genoux *. C'est
1. « Le mont de Potosi, où à un moment donné 5000 galeries étaient en exploitation, est en réalité le plus grand cimetière de mineurs du monde. Un des vice-rois, Toledo, avait décrété la prestation sous le nom de la mita^ et comme à cette époque on s'occupait peu d'appliquer les règles les plus élémentaires d'hygiène dans les mines, les malheureux que l'on y conduisait de force, bien fixés sur le triste sort qui les attendait, chantaient, avant de pénétrer dans ce tombeau, le chant des agonisants. Cette montagne renferme certainement des millions de squelettes d'Indiens. (C. Wiener, Bull, de la Soc de Géogr. commerciale^ 1894.)
Plus loin, M. Wiener écrit : « De Potosi, je me suis rendu aux mines do Huanchaca. L'installation des usines est des plus parfaites, et par 4165 mètres on se trouve dans un milieu habitable. Par suite du traitement des métaux, les fours y dégagent des fumées sulfureuses qui tuaient promptement hommes et bêtes. On n'avait jamais pu réussir à faire l'élevage d'animaux de basse-
sur les genoux qu'il avance, grattant !e minerai, sur les genoux qu'il recule, emportant la terre métallifère dans un petit sac en cuir, qu'il dépose à Feutrée du trou-, puis il retourne et recommence, va eÈ vient dans les ténèbres depuis son enfance jusqu'à sa mort. La moniagne argentifère est toute percée, comme une ruche d'abeilles, de couloirs formés paries mineurs à la poursuite di^s filons. Souvent la terre, en s'éboulant, mure à jamais le travailleur dans sa prison! On frémit en pensant que le cerro^ déchiré depuis plus de trois siècles par Tavidité des blancs, a englouti tant d 'êtres îiumain s, dont les cadavres remplissent ses alvéoles, a dévoré tant d'existencss, car les malheureux mineurs indiens sont des morts vivants.
» Le cerro de HaUtn Potocchi^ quoique un peu moins élevé que la cordillère de Carivari, est beaucoup plus remarquable déforme et d'aspect* Il s'élève isolé, au milieu d'un vaste bassin, comme une pyramide dans le déseri. Des collines, symétriquement rangées autour de sa base, lui font un piédestal, et il dresse sa lêle rouge et conique à 4 865 m. au-dessus du niveau de la mer. Les prodigieuses quantités de terre extraites 4e ses entrailles et rejetées à sa surface n'ont en rien altéré ses lignes^ pt c'est à peine si, du pied de la montagne, on aperçoit les énormes monceaux de déblais, les vastes esplanades qui sont le travail de plusieurs milliers d'hommes atta- •chés à ses flancs depuis dix-huit générations.
» De quelque côté qu on promène ses regards du haut du Potose, J'œil ne découvre que des mornes nus, noirs, escarpés, couronnés de rochers. On dirait une armée de volcans fiuppée de mort et d'immobilité. Les plaines qui les séparent ne sont que sables et que pierres. Partout règne la stérilité la plus complète. Aucune végétation aucun combustible qui puisse servir à réchauffer le pauvre indien presque nu et l'Européen transi, drapé dans son manteau, sous le soleil des tropiques. On fait cuire les aliments avec la fiente des bêtes de somme, et ces bètes de somme, qui sont des lamas, vont chercher au loin leur nourriture. On restreint ses besoins, on n'est là qu'en passant! Mais le pauvre Indien, lui, vit et meurt sur la montagne, meurt surtout, meurt sans avoir vu un arbre, une
Cûnr, ni même à conservtîr vivanl le plaa p«l.iL goral. AprèA di'VBrsefl teotatives iofruatueuifts pour arriver à préserver l homme de cea émanations, on sV^t décidé à élever, bien avaol la tour Eiffel, une cheminée eoloiis^alo de 380 mètres de haut adoaâée k U montagne. Toute la fumée â'^cagouiîre doDS cet immense tumael quî Tsi^bemiDe daas une gorge Toiiioe. »
Uiï
plaDle, sans avoir goùlé à ua fruit, sans avoir connu un sourire de la nature et sans avoir vu, sur la terre, d^aulres trésors
que des pierres et de l'argent
m Non 3 allons décrire de quelle façon primitive on traite le minerai àPotosî, avec quelle dépense de main-d'ceyvre inutile, avec (juelle perte de temps, avec quel mépris âe la vie des pauvres Indiens, qu'on travail exécuté de cette manière fait périr CD quelques années. Le minerai est d'abord concassé au marteau et à la main, dans la montagne, en morceaux gros comme deux ou trois fois le pouce. On choisit les morceaux qui paraissent contenir le plus d'argent» on les met dans des
Lb liUlIEI.
sacs et on les cîiarge sur le dos des lamas, animaux sobres, patients, mélancoliques comme leurs maîtres. Ce mode de transport est lent* car on ne peut guère charger un lama au delà de cent cinquante livres. Arrivé aux usines qui bordent la Ribera de Potosi, on jette le minerai sous les bocards dont îes pilons armés de fer sont mus par des roues à eau. Quand il est réduit en poussière, des Indiens le passent au tamis, ou blutoir (toujours à la main)» et séparent ainsi les grosses parcelles de ce qu'ils apnpJlf^^it la /mma, la farine pure* Cette
AMÉE]gUE DU SUD.
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poudre fine est mise de nouveau dans les sacs et portée à dos d'homme dans une aire voisine^ où on la verse dans de grands cadres en planches d'un pied et demi de haut environ, appelés (opûs, et contenant chacun %'iog^t-cinq quintaux de minerai pulvérisé. Ces cadres ne sont là que pour servir démesures; aussitôt T|u'ils sont pleins, on les enlève et on laisse le tas libre. On jette alors dans chaque tas trois quintaux de sel gemme ordinaire, qui abonde dans tout le pays, de sept à trente-sept livres d'acide vitriol ique, suivant la quantité du minerai, une quantité d'eau suffisaotepour faciliter le mélange, et on laisse le tout fermenter de un à dnq joups. Au bout de ce temps^ on verse dans chaque tas an tant de livres de mercure qu'on suppose devoir obtenir de marcs d'argent par caisson de cinquante quintaux. Si le minerai doit donner approximaliveraent six m arcs ^ on y m^^le six livres de mercure. C'est très joli de voir les Indiens renfermer dans un coin de leur poncho et le semer en gouttelettes, comme avec une pompe d'arrosoir ; mais cela prend encore hcaucoop de temps* Ils entrent alors dans les tas, qu'on appelle aussi topos, du nom des cadres ou mesures qui les ont formés, et se mettent à pétrir le minerai avec les pieds , comme on foule le raisin dans la cuve. Les topos présentent bientôt l'aspect d'un tas de boue ou de mortier* Celte opération se répète pendant vingt et un à ving^t^-huit jours, à raison de quatre heures de travail par jour. Après les trois premiers jours, on essaie le minerai, c'est-à-dire qu'on en prend dans chaque tas une petite quantité qu'on lave dans une écuelle, et, suivant l'aspect qu'il présente après le lavage, on jette dans le topo soit du mercure, soit do sel, du plomb, de la cendre, ou de la chaux. Si le rainerai est trop concentré, on y ajoute de Tacide vitriol ique. On répète cet essayage tous les jours jusqu'à la fin de Tamalgamation. lî y a des individus à Potosi qui exercent exclusivement la profession d'essayeurs. »
Le minerai, Iransporlê dans des cuirs à dos d'hnmmes, est ensuite lavé dans uae auge de briques reuqïlie d'eiui, que les Indiens biillent avec un Mton on avec les pieds. Le métal, ainsi lavé, est porlé dans un laboratoire, versé dans nn récipient en boJs el pesé. Le pesaj^e fait, oa passe le liquide daos un linçe, pour en sép:jfer le mercure. Da soumet ensuite cette pelh ou pâle métallique bien ballue à 1 aclicm dn feu dans an pelil fonrneau autour duquel an place des charbons allumés,
M Le feu Tait évaporer le mercure, qui se précipile el lombe dans îïa vase nleifl d'eau placé sous la pelfa, le travail d'évaporaliou dure diibnjl fleures. On oblient alors un Hngot ou pàm d'argent qtf an envoie ^ h monnaie où on y met l'alliage voulu.
» 11 faut avoir le mépris du temps, cette première richesse des hommes,
Sour ne pas employer même la brouette; il faut avoir surtout le mépris e la vie des pauvres Indiens, pour leur faire faire à la main le tamisage de la poudre métallirère, opération qui leur est toujours mortelle. Un Indien ne peut travailler plus de six mois dans on moulin sans être malade. S'il s'obstine à y rester, parce que le salaire y est double de celai qu'on donne dans la montagne, il est infailliblement tué par la poussière métallique qu'il respire ^ » (Villamus.)
On évalue à 9 milliards de francs la valeur du métal d'argent extrait des veines du Porosi jusqu'en 1870, malgré les procédés tout primitifs d'exploitation. L'état anarchique, les guerres civiles ou étrangères des deroiëies années ont notablement abaissé le chiffre de la production. Le Chili a systématiquement arraché à la Bolivie ses territoires les plus riches en gisements, et ce sont les capitaux chiliens qui exploitent surtout les mines boliviennes.
En 1894, les mines d'argent ont fourni 682000 kilogrammes, et la principale, Huanchaca, comptait dans le total pour 410 000. L'étain des mines d'Avecaya et d'Oruro, le cuivre de Caracoro et de Cbacariila, donnent des rendements précieux évalués à 1 5 ou 20 millions de francs par an.
lie daeinlii de fer d'Antofagasta à Pulaca^o et Hvanctaiaca.
Depuis la grande guerre de 1879-1884, le Pérou et la Bolivie ont été dépouillés au profit du Chili d^in territoire de 275 000 kilomètres carrés. La flotte péruvienne a été anéantie, et la sanglante victoire des Chiliens à Tacna (26 mai 1880) a décidé du sort des vaincus. La Bolivie a perdu son littoral tout entier ; les ports d'Arico, Cobijaf MejilloneSy Antofagasta, par où s'écoulaient les salpêtres et les minerais des régions du Tacna, Tarafaca, Atacama, sont tombés aux mains du Chili avec les riches départements miniers d'alentour.
De tous les mouillages de la côte chilienne, le plus sur parait être
1. M. André Bellessort, dans le récit de sa visite à la mine de Palacayo, dont nous parlons plus loin, s'indigne de la condition atroce que subissent les malheureux enfants de dix à douze ans, les mineritos^ que la compagnie emploie dans Tobscurité de ses galeries, où la chaleur est terrible, où l'eau suinte des parois, où parfois se rencontrent des fondrières et des marécages, a Autour de nous circulent des bambins étiolés : je remarque la maigreur de leurs bras et de leurs jambes, et leurs pauvres yeux vides. Quel âge ont-ils? Dix ou onze ans peul-ètre. Plusieurs en paraissent huit à peine. Cette petite escorte, que nous chargerons de nos chùles, vit, travaille, gagne son pain dans les profondeurs de la mine. La compagnie aime les enfants : elle les paie moins cher que les hommes. On les emploie à diverses besognes, qu'ils peuvent remplir, et dont ils meurent. Vers huit ans, ils descendent à neuf cents pieds sous terre : ils en remontent moribonds à quinze ans. Un des administrateurs m'affirmait que les deux tiers n'atteignaient pas leur dix-huitième annés... Ces enfants ont une impassibilité de vieillards. La nuit éternelle, où ils grandissent, a éteint leurs regards et donné à leur figure une rigidité sinistre. Leurs mouvements ont parfois une roideur d'automates. Quelques-uns gardent encore une physionomie ouverte : l'intelligence jette de furtives lueurs. Le crime de Huanchaca n'e5>t pas tout à fait consommé. D'autres sont usés, finis; il ne reste plus qu'à leur prendre mesure pour leurs bières. » {La Jeune Amérique, p. 305.)
AMÉRIOOK DU SUD.
celui de la vasle et spleadide baie de Mejllloiies, où des ceubines de navires peuvent trouver ua abri sur les flots Meus d'une mer « éUroeilement calme. »• (BnEsaiN.)
C'est en iSlO qu^ la découverle des filons d'argent de Caracoles^ situés à ime qimniN Faine de lieues, amena la création du purÈ de Mt^jiElones. Le CtiiJieii jQ&ê Binz-Ganu et le Frantjais Amous de Rivière en oaî éié les fondateurs. Il devint k déboucbé d'iiis guanos et des mitierais d'arpnl eiptoités dans les environ s. Le succès du port et de la raine fut rapide] et prodigieux. De nombreuses sociétés minières^ pour la plupart formées d'ai^lionnaires françaïs^ y eiiga^Ërent des caEnlaiii de 70 a ^Q millLons. M, de llivière vendit sa part de pruprtfHé 10 milllana, Dinz-Gana la sienne 7 millions 1/2. Et puurtanl le pays est uu HlTreiu désert, sans végétation, sans eau; les provisions étaient apportées du Cliili ou durérou; des macbiues distillatoires fournissaient itym^ et des ânes la poiLaienl dans des barils aux mineurs des plateaus.
Cette prospérité ne se iiiaiiiiuit pas. Après la conquête chilienne ^ le port d'An tofagasta devint te port pn^féré pour t^eipurtation des nitrates, de 1 argent et du cuivre. Sa population sWIevij dt; îîOO babitauts à 10 000. Le uniiiillageest moins sûr; mats un chemtu de fer fut construit par une compagnie anglaise pour rattacher le port aiir centres miniers des hauts plateaux. La ligne d'Antofagnsta ^agie Caracoles, et Olla^ua, sur la frontière bulivienue, et rie là pénètre en Bolivie, à Uvuniet Ornro, Elle ^atteint une altiliide de 4000 métre.s au centre d'tine'rcgiou bouleversée ^jar les émotions volcantciues- Un embraniiicaietit rattacbe celte ligue au port de Mej illunes.
« La ville d'Antofagasta n'est qu'une réduction d'iquique. Toutes ces villes ont le même caractère de campement sans audace ni pittoresque. £tûutfée s par des hauteurs poudreuses» aveuglées par le soleil. aBSourdies parFOcéaii^ elles ne révèlent ^bez leurs hôtes aucune énergie marale. On s'y établit pour vivre au jour le jour. Des rues luoniantea^ larges et vides^ peu oci point de trottoirs; du sable et de la poussière. La place centrale ressemble ii un immense terrain vague...
» ... Dans ce port d^Autrifagasta, ta colonie germaiuque me semble la plus nombreuse, bien que les Anglais assurent auï cabaretiers une solide clientèle. Qu^int aux Fiançais, ils se comptent et on les compte pour rien...
t» Antofaga-ila est flanquée à droite et à gauciie de deux établissf^meots industriels qui rivalisent avec les plus vastes du monde. A droite, l'officine de salpêtre, première cause de ta guerre dti PaciOque; à gaucbe^ mais en dehors de fa ville, l'usine de Playa-Blanca, oh se fondent les ntinerai d'argent.
» Le irdin d'Antofagasta ne marchant point la nuit, il faut deux jours pottr atteindre Uyuni, d'où part rembranchewent spécial sur la grande mine d'argent. Le premier soir, on couche dans Toasis de Calama, le second à Uyuni et le troisième seulement on arrive au (kf de la compagnie de Unandiaca. Le chemin de fer, long d environ i 000 kilomètres avec une voie large de 75 cenltuiétres, décrit des courbes multiples, et escalade des pentes d'une incroyable audace; de Cala ma à Aacolan il gravit 2000 rnèlreâ en quatre heures î
i> Toute la pampa, depuis la sortie d'Antofaj;ast a jusqu'à Calama» est couverte d'un sable fin constamment balayé par les vents. Mais on y distingue un nombre infini de petites
pierres angulaires, dont la forme indique qu'elles n'ont pas voyagé, car les longues courses auraient arrondi et poli leurs contours. On les attribue à la désagrégation des roches platoniques, occasionnée par les changements de température, les vents pério'liques et les brouillards...
»... A mesure que nous avançons, le sable change de couleur, et le soleil, qui s'adoucit et ne fond plus ces couleurs dans le même miroitement, multiplie les fêtes de nos yeux... Je me plais à dénombrer durant nos haltes ces mille pierres, dont la lumière m'enchante : je reconnais maintenant les calcédoines, sombres, luisantes, avec des cristaux de quartz hyalin, qu'elles enchâssent, diamants sur fond noir; les agates, d'une blancheur laiteuse, quelquefois nuancées de rose et de vert : la poussière de porphyre aux tons rougeàtres; les jaspes, dont le bleu tire sur le gris. On me montre des gangues de couperose, d'azur violet dans leurs brisures fraîches et qui deviennent jaunes, quand elles ont traîné sur le sol, des «t dionisias » noires tachées de sang, et tant d'autres, dont les noms bizarres et gracieux font un bruit d'incantation. Ce sont les orchidées du désert. »
Calama est la grande oasis, « le port méditerranéen » de la pampa, \ine oasi^ faite non de dattiers, de palmiers et de fleurs, mais de champs de luzernes. Calama est un village déchu; jadis 20000 mules paissaient dans ses pâturages, et servaient aux transactions entre la côte et la Bo~ livie. Le chemin de fer a ruiné les muletiers, et Calama n'est plus qu'un pauvre centre d'approvisionnements pour les mines des alentours, uue misérable auberge d'arrêt pour les voyageurs qui sont contraints d'y passer une nuit. — Au sortir de Calama, jusqu'à Ascotan, le train s'élève rapidement au-dessus du désert, dans la zone des volcans, entre des parois noirâtres, des cimes couvertes de neige, et des cônes tronqués d'où s'échappent parfois des fumées épaisses le jour, et la nuit des gerbes d'étincelles. Le soroche ou mal des montagnes éprouve les voyageurs, leur donne des nausées, des maux de cœur, des palpitations, des vertiges.
« Ascotan, grande blancheur crue au milieu de montagnes fauves, déroule ses immenses lacs de borax. Leur exploitation est d'une extrême simplicité. On enlève la légère couche terreuse qui les recouvre, on extrait le borax, on en forme des pyramides qui, durant quinze jours ou un mois, sèchent au soleil, puis on l'envoie dans des sacs de cuirs à Antofagasta, d'oii il est expédié en Europe...
)) Mais ce qui nous frappe surtout et nous enchante, dès que nous descendons d'Ascotan, ce sont les étangs, les lagunes
iê5 LECTURES £T ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
d*eau salée, dont l'immobile azur dort surplumbé par le versant des montagnes. Des courants bleus sillonnent Téteodue et doucement écument. Quelques îlots en émergent, qui ressemblenl à des crêtes de roclies volcaniques. Ces petits lacs déposent sur les grèves» où ils ont Tair de bras de mer qui se retirent, des ourlets d'écume cristallisée. Ce sont de purs bijoux étincelanls.
» ,., Les eaux de ces lacs sont chaudes : leur température varie de dix-huit à trente-cinq degrés; et, quand on en approche, on dis lingue dans leur transparence des bandes de petits poissons au dos noir, au ventre vert, gris ou jaune, et de la forme cylindrique des anchois*
» ... Nous sommes arrachés à leur contemplation par la vue subite d'une merveille. A cinq cents m&tres de nous surgit le Cerro-Colorado, Représentez-vous, sur un plan incliné, au haut d^une montagne, une ouverture de cratère largement échancrée. Les versants de la inonlagnesont bruns; les parois du cratère, imprégnées de sulfure de fer, flambent; un intérieur de forge dans la nuit. Des gerbes de flammes rouges, vertes, jaunes^ bleues, a*y plaquent, exaspérées par l'acharnement du soleil. Pas une ombre de fumée, pas un bruit; et tout d'abord on ne s'explique pas cette peinture de fournaise : on reste déconcerté, comme en proie au cauchemar, devant le silence de cet enfer béant sous Tincendescence du ciel, »
Au i!e1â lie la stallon d'Ollagna, fronliëre de la Bolivie, lé cliemici de fer traverse en ligne (Iroite uae immfiDse painpa qtie soii lierbe « iatcrmi tt en le et lépretise >• a fait s a nom mer pampa pelée ^ j}(imps ptkda. A llyuni, se détache la ligne vertigineusCj langue de 25 Ifilomclres, qui, par trois cents rourbes, escalade les haoleiirs de Pulacayo.
ti Qa a la sensation ^e courir dans un énorme labyrinthe. Et à 4600 m* d'altitude» des diévres paisseit traûquilhjmenl au milieu des fougères. EiîQii nous touchons à la croupe des monts, nue, aride, parsemée de blocs rougeàtres, démoiiliojis ou décombres. Le train la contourne, descend tégèremeot, et toit à coup, an milieu d'un prodigieux entassement de montagnes rouges, vertes et vert-de-gris, la cité de Pulacafo nous appjrait avec ses bautes cheminées d'usiae, quelques grands chalets et une multitude de toits de chaume et de zinc. On dirait une noire fourmilière dais levasemeot d'une gerbe rustique. Je ne m'attendais pas à ce spectacle, et là où je ne croyais trouver qu'une juxtaposition de hameaux autour d'un grand trou de mine, je découvrais nue ville étrange, la nlus haute dn globe et à laquelle il ne manque, pour être une merveille, qu'une vieilie abbaye, ou iinchûlean féodiil. u (Afliiré BELLKs&otiT», la Jtime Amérique^ ûu ix et x ; Paris, in-8% 1S97, Perdn.)
i* M. Andrd Belle«sort, né à Laval en iSGô, profeafteur agrégé des lettres nu lynéd Jannoii-de-SailIv. lauréat rlâ l'A.cadérDÎe FmDçai&e, a fait die 1395 k 1397,
AMÈRIOUïil BU SUB,
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en qualité de cori'eRpQndnnt du Tempx el de la Beaite des Uieux-Mondes, deux; I Yoyages dans l'Amérique du Sud^aux Philippines, nu Japon et dana Tlnde, Los lecteuni du Journal ut de la Bévue ont ou eu parti© la primeur do ces récita pu» h\iét dan» doux volutnes sous les titres suivtitits: La Jeune Amérique, in-13* — En Escale, noies d'ETlrème-Oneni, in-12. — Dans »me belle langue, ncrveuio et imagée, où l'on scat le poète soub récrivojn^ M. BeUeaaurt n dépeint avec I« vigoureuse frauiihîse d'an homme de cccoret robservatton pénétrante d'un pMiosophe et d'un mofAhsCe les eontrastes, le? étrang'etéB et lea mijsèreEt de cette YÎe sud-amérieniiie c|ui a inspiré le» couplets et lea âCrophe^ tour k tour délicates et vibrantes de aa Chanaon dtt Sud (Jn-18, Lemerre, 1896).