‹ L'AmériqueChapitre 77 sur 113 · SUD · texte numérisé non relu

SUD

«ldeS|déleUes à voiles. — Badget : en i 8D7 , h) ricettf u été : pDiir lu Ciiiyciiie ail|jaise&56U00 jiv.st.i latjt/ifii^^ im mO: b dme càlde 8f]|>ù00; — pour h Guyane franenise (1898) : nceius, 24^:i UtJii h\ : dt^ptua^s^^Arûi mm ïv. ; — Gapne bollandaise i receUcs,2 1 4(1 ÛÛO (loriii)^ ; déj^en j!es, 2 348 ÛOU fl. (189S)«

NOTIONS HISTORIQUES SUR LA GUVANIi FRANÇAISE,

Christophe Colomb aborda ii la Guyane^ le 1*"^ uoùt f'iGS, pendant son Iroisième vûja;îe; mais VincenlYanez Pinçon fot le premier qui en explora les càie?^, en lôOO. ba croyance k Texiâtence d'une ville merveilleuse^ gou^ vernée par iitisoiiverJiin cotivertd'or {E\ Dorado], entraîna an sei/ième et au dix-gepLième siècle oiie iinillitude d'aventuriers dans ces parages. Les plus illustres furent WiiHer Raleigh, Laurent Keimis, Cli. Leigli et Robert llarcourt. La légende n'était pas encore détruite au dix-huitième siède, et le ^oiiverfleur Claude d'Ôrvilliers eiivoj^aitj en ITiO, une eipédilion à la recherche de TEIdoiado^ k Aussi bien, écrit M. Gaiïarel» un M trésor exist.iit et exîâte encore à la Guyane. C*est même un trésor iné- » pwisable» l'agi iciiliure. Dans cette terre féconde pousisent à t'envl les a productions de toutes les lones. Baume, eâsence?^ boîs précieui, fruits » et céréale^^ ce sont là les trésors d'un Eldorado réel que tou^ peuvent » Goaqi^érir par ie travail; mais bien des siècles se sont écoules avant » qu'on ait compris celte vérité économique, et la Guyane a été tong- A temps h terre classique des déceptious* des mésaventureA, des dé- » Bastres même. En elFet, depuis ie commencement dii dix-septièoie jk sièclCi lotiles les ébauches de colonisatioii tentées par l'ÉtaL ou par des » particuliers ont misérablement échoué. Les rigueurs de la déportation a et des bagnes ont encore augmenté le sintstre renom de la Guyane qui » reste» à l'heure actuelle, la plus discréditée et la moins peuplée de nos » colonies. Elle coûte plus iiu'elle m rapporte, cl par un contraste qui » D*est pas en notre honneur, ses voisines, les Gnyanes hollandaise et » anglaise^ sont en pkine prospérité. » {Les colmm fraur^ams.)

Un gentilhomme poitevm, La Havardière» fut charge en 4604 par Henri IV, de rechercher les moyens de coloniser la Guy^jne. Il explora le

Çays et donna une réponse favorable; la mort du roi ajourna le projet, rois compagnies fondées en 1626, KîâSj 1643, échouèrent suceeasiveuient. La dernière avait parmi ses assot^tés un sieur Poucet de Itrétigny qui se fil haïr des Européens et des indijiènes par ses folles cruautés. Ou rapporte

3u*il faisait marquer au front ou £ur la paume de la main, avec une estauipe e fer rougi, où s'entrelaçaient ses initiales, les malheureui coupables d'avoir fait de mauvais réwa. M fnt massacré. C'est h ce fou furieux qu'on doit la fondation de Cayenoe. La compagnie des Dou^e SeigneurSi établie

1. Oa peut lîro dan» [a Monde enct^nté^ àe M. Ferdinand Deoia^ de curieux détaîla but l'Bt-D^ir&dOt et ln% folios de ce» aventurion capides^ 4 t& rechercha d^ano cilé fAoln^Uque qtrîls ne décoavrirent j^rrimiii. •* M. lulee Greviai B tuppofle queo'eit l'âxistence de irrotte» formera par dct rochcA micacéË« qui > ft lervi de baae à la légende ûti rEldorado, rHomnie Daré^ B'endujsaitl los che-

■ Taux el le corps, notj de {gâidJeUeB d'or, ntata de celle poufiaière que tout Ifli

■ monde cotioBlt aotia le nom àa snble d'or;^ ou or dea singea^ Dan» leurs récita • fantaatiqtieaf les Indiena cocLTondcnt lea paillcttea do mirja avec l'or. Quelque». t oub d'eutro eu%, exahéa par des liqueur» spirituouse» et pressêa. fiar dt'M ^ Toy&geura avides du métal prèoieuï, aurocit raconté que TBorame Doré Tirait t dans un palaia diint le* muriiillea élatent d'or mn»aif. L'illuaion dea explora.' I. leurs «'évanouira quand lia verront qu'il a'agit airnpieniâat d'uno graiida t fiicaTatton^ d'une veritnble grotte dont lea parois sont farméea de rucbei ml- » cacéea. *

en 1652, fut vite ruinée. Enfin en 1664, Colbert forma une cinquième compagnie, celle des Indes occidentales. Elle se soutint sans éclat, mais honorablement.

La grande expédition de 1763 eut un dénouement lamentable, et jeta sur la colonie un sinistre renom qui ne s'est point encore effacé. Le premier ministre de Louis XV, duc de Choiseul, désireux de relever noire fortune coloniale presque anéantie pendant la guerre de Sept ans, songea à développer la Guyane, qu'on désignait alors sous le beau nom de France équinoxiale. On fit appel, dans des prospectus mirifiques, aux capitaux et aux colons. Ni les uns ni les autres ne manquèrent; on offrait l'argent en abondance, et les engagements étaient sollicités comme une faveur. La conduite de l'expédition fut confiée au marquis de Turgot* frère du grand Turgot, et à rintendant de Chanvalon. Le premier était un administrateur incapable, le second fut mal secondé et mal entouré. Les 13 000 émigrants, pour la plupart originaires de l'Alsace et de la Lorraine, furent déposés sur la plage sablonneuse et malsaine du Rourou, sans abri, sans vivres, sans outils. Les vaisseaux qui devaient fournir les approvisionnements n'arrivaient pas, ou apportaient des denrées avariées. Chanvalon, pour distraire les colons, avait eu Tingénieuse idée de faire monter un théâtre où l'on jouait des bergerades, et de faire construire des boutiques, formant galerie^ comme au Palais-Royal, où Ton vendait toute sorte de bibelots de fantaisie; il y avait un étalage de patins^ dans un pays où la glace est inconnue ! ! Pendant ce temps la famine, la fièvre, le désespoir décimaient les colons, entassés dans des locaux malsains, brûlés par un soleil torride, en proie aux piqûres intolérables des moustiques, a la faim, à la soif 1 On vit des femmes affolées se précipiter avec leurs enfants du haut des rochers du Kourou. En 1765, sur 13000 émigrants, il en restait 918, amaigris, moribonds, prêts à fuir une terre odieuse, maudissant l'administration qui les avait trompés i. En France^ on s'émut de ce désastre; un procès interminable fut engagé au Parlement; peu à peu on atténua les fautes des chefs, et comme il fallait un coupable, à l'unanimité on condamna le climat'. Depuis ce temps,

i. I II paraît aujourd'hui incroyable, écrit Malouet (Collection de mémoh'es » et correspondances officielles sur l'administration des colonies^ Paris, 1802, » 5 Yol. iD-8«), qu'un homme de beaucoup d'esprit ait adopté le projet de faire B cultiver les marais de la zone torride par des paysans d'Alsace et de Lor- B raine. Mais l'impéritie, l'imprévoyance dans les détails d'exécution surpas- B Baient encore l'extravagance du plan... C'était un spectacle déplorable que B celui de cette multitude d'insensés de toutes les classes qui comptaient tous B sur une fortune rapide, et parmi lesquels, indépendamment des travailleurs B paysans, on comDtait des capitalistes, des jeunes gens bien élevés, des fa- B milles entières dWtisans, de bourgeois, des gentilshommes, une foule d'em- B ployés civils et militaires, enfin une troupe de comédiens, de musiciens, des- B tinés à l'amusement de la nouvelle colonie. > Malouet dit que l'entreprise coûta quatorze mille hommes et 30 millions.

2. Llntendant de Cayenne, Chanvalon, en 1765, déclara les plans de colonisation de Turgot impraticables, et fut rappelé en France. Turgot réplicjua en " accusant Chanvalon de concussions. L'intendant fut jeté à la Bastille, puis condamné à une détention perpétuelle, ses biens séquestrés et vendus au profit des colons de Cayenne qui avaient survécu. Cette sentence injuste, car elle ne frappait pas le vrai coupable, ne fut pas maintenue. Chanvalon en appela, réussit à prouver son innocence, et, en 1773, un nouveau jugement cassa le premier. 11 rentra en possession de ses biens, obtint 100000 livres d'indemnité, une pension annuelle de 10000 livres et la charge de commissaire général des colonies. Il ne survécut guère à cette réhabilitation. Le gouverneur de la Guyane. Turgot, dont la responsabilité est bien autrement lourde devant l*hi8-

AMÉRIOUT'^ DU SUD,

ropinion pabliqae n'a pas cessé de raiifter cette sentence^ et les échecs des expéaitions de Beasoer, en 1767 et 1773, de Vilkhois en 1788, les etTroyablea soyElrances des viciimes du 18 fructidor et de l'arrêté consulaire du 14 nivôse U janvier Î801), jelés sur les rives du Sinnamari, le désastre des colons de la Noiivelle-Aûgoulêmc en 1823, enfin les odieuses déportations des proscrits politiques de ISiiâ qia*cn dirigea de Lambessa Bur Cayenoe, pÊle-méle avec des forçats, [ont grandi encore la luçrnhre célébrité d*t]ne colonie qui vaut mieux que sa réptiUtion, et n'a besoia que de coîons lnborieuï, dirigés avec suite et prévoyance, pour devenir un de nos plus riches et de nos plus féconds établissements fran^ie d'outre^ mer. {V. plus bug, page 476.)

î» EXTRAITS ET ANALYSES Cayenné.

^ Vue à vol d*oiseau, la Guyane apparaît comme ime mer de feuillage. C'est l'expression la plus complète de la puissance de la sève tropicale. A part cpielques contre-forts éloignés de la grande chaîne des Andes, qui coupent à angle droit les rivières et en interrompent le cours navigable à une vingtaine de lieues de leur embouchure, la Guyane est un pays de plaines, d'oh s*élèvent quelques sommets isolés, semblables à des îles sortant de la mer.

» L'aspect de Cayenne, vue de la rade^ est des pins pittoresques. Ces montagnes verdoyantes, ces bouquets de palmistes et de cocotiers qui s'emmêlent aux maisons j la forme des édiHceSj la bordure de palétuviers qui termine le panorama, tout cela réalise l'idée qu'on se fait d'une ville créole. Quand on descend à terre, l'impression est eucore plus complète. Maisons et population sont à l'avenant. Les vitres sont inconnues et les appartements sont défendus contre le soleil et k pluie par des galeries extét-ieures fermées de nattes vertes et de jalousies mobiles qui laissent largement circuler l'air. Les rues larges et médiocrement pavées, sont couvertes, en été, d*une poussière rouge, fer-

toîre, subit à 90D tnur âne disg^rÂce». ÂQfiQsâ d'abus do poavolr p'^r GbRiiTAJott^ il fui, lui aussf, mia à la Bo^ilille. Quand il en earltl, le mînbLns lui 00*1*11 ma nom du roi une pension do 12000 livres. « Je remereift Sa Majesté, rég^ondlt Turgal, mnifl jo ue puis accepter uno penaioD que vou» ne m'avez pas laiè^ié la temps de m cri 1er. » l\ vécut cnfluiLo a ans une retrait a obscure^ et,, en moaraot, recommanda à bu eoTant» de ae pat Jaiaser faire Télogc de leur pèro.

AMEEUOl^l^ DU SUD, 47S

nigiDeiise, qui, délayée par les pluies de Fbiver, forment une boue désastreuse pour les vêtemenls. Llicrbe poasiâe volontiers dans les rues ; cepeodant, depuis que raduiinîstration des ponts et diansséesa des escouades de transportés k sa disposition, il y a une grande amélioration dans rentroti(*n de îa voirie. Toutefois, dans ce pays de mœurs patriarcales et de grandes lil>ertés, Tesprit d'indépendance descend josqifaux oiseaux de Lasse-cour et anx animaux domestiques qui prennent leurs ébats sur ta Aoie publique avec un laisser-aller cbarmant, en dépit des procès-verbaux que dressent les gendarmes-cabris, agents de k police coloniale, dont le sobriquet indique la principale occupation. La propreté des rues est exclusivement entretenue pa[* des bandes de gros corbeaux nommés u}*ubu,'f^ sorte de vautours noirs d'un aspect répugnnnt. Ce sont les récnreurs patentés qui nettoient la voie publique des immondices de toute espèce qu'on y jette ^ Omnivores et peu délicats sur le choix de leurs aliments, cesimmondes volatiles respectent toutceqin est animé, tout ce qui est vivant, mais s'attaquent à toot ce qui est mort, Leur odeur est fétide, leur démarche lourde, leurs alîm'es inquiètes. Quand ils sont repus, ils se perclient sur le toit des maisons. Là, ils supportent ptiilosopiûqoemeut le soleil et les pluies du cieL Quand revient le beau temps, ils ouwent leurs ailes mouillées, comme un navire qui met ses voiles au sec, et tournent au vent comme de vraies girouettes, la protection municipale les cou\Te de son égide sacrée, ce sont des fonctionnaires inviolables : défense d'y toucher sons [leine de grosse amende. Du reste, quoique doués des mômes goûts que certains quadrupèdes que je ne nommerai pas, ils en diîTèreot essentiellement en ce qu'Us ne valent quelque chose que pendant leur vie, tandis que les autres ne sont bons qu'après leur mort, n Frédéric BorvKH,

Voyage dans la Guyane française,

(Paris» IStlT, to-**, nnehelte. gravurtiact c^irteH.)

Ii*or de la Guyane flrançaise.

« Depuis longtemps déjà la foi des tribus indiennes aux gisements d'or de la Guyane se perpétuait de génération en génération. Cette croyance avait revêtu la forme mystique d'un pays lointain, l'Eldorado, dans lequel se rencontrait à profusion Tor tant désiré des Portugais ; c'était en même temps une terre promise, où toutes souffrances devaient finir, où les fruits naissaient sans culture, et qui offraient au chasseur fortuné des forêts sans bornes remplies de gibier. Ces fables avaient inspiré, à diverses reprises, l'idée de rechercher ces merveilleuses richesses.

)) Parmi les tentatives infructueuses faites dans ce but, il convient de citer celle du chevalier anglais Walter Raleigh, vers la fin du seizième siècle ; de Laurent Keymis en 1596, et plus tard, en 1740, le voyage de Nicolas Horsmann, qui essaya de découvrir l'Eldorado en remontant la rivière d'Esséquibo. Après ces insuccès, l'existence du lac d'or semblait donc une chimère trompeuse et aurait été oubliée, si les peuplades indigènes qui habitent le haut des rivières n'avaient entretenu la croyance de l'Eldorado, en faisant de loin en loin quelques échanges de pépites avec les établissements de la côte * . Tout à coup, la tradition prit une forme précise, et il y eut un homme qui put conduire sûrement à un gisement du précieux métal. C'était un indien portugais, nommée Paoline, qui avait vécu longtemps au Brésil et qui y avait appris la manière de récolter la poudre d'or. La conviction et la chaleur de ses paroles firent passer une partie de la foi qui l'animait dans l'esprit du commandant du quartier d'Approuague, Félix Cuny. Ce dernier

1. Un ingénieur civil, M. Alphonse Ride, crut, il y a trente ans, avoir retrouvé l'Eldorado des vieilles traditions dans la province d'Upata (Guyane vénézuélienne). On y exploite en effet depuis quelques années des mines d'or d'une grande richesse. 11 y a là une véritable Californie avec des mineurs de toutes les nations du monde ; les principales mines sont celles do Caratal et Callas, découvertes en 1839 par le docteur L. Plassard, dans le lit du Yuruari et visitées en 1868 par l'Anglais Poster qui a reconnu la parfaite véracité des récits de Walter Haleigh. (V. Bévue des Deux-Mondes , 1" novembre 1851 ; l'Eldorado, Voyage aux mines d'or d'Upata.)

AMÉUIQUE DU SUD. 477

déploya, pour raccomplissement de ses idéesj cette remarquable intelligence^ cette léaacité virile dont les anciens colons se souviennent encorôj et quelques mois plus lard le premier placer de la colonie était fondé. Paoline mourut à l'hôpital, soigné aux frais de îa Yille de Cayenne, et Félix Cuny fut lâchement assassiné dans les grands bois, par quelques misérables auxquels son or faisait envie.

)j Ainsi périrent les deux inventeurs de la fortune future de la colonie, le premier laissant une mémoire modeste, mais non oubliée, et le second illustrant, pour sa part, une famille dont le nom est si justement aimé et honoré à la Guyane française.

ï> Pour apprécier toute l'importance des gisements aurifères de la Guyane, il suffît de jeter un coup d'œil sur la carte de ce pays. Sur une longueur de côle d'environ quatrevingts lieues, viennent se jeter ces belles rivières: le Maroni, la Manaj le Sinnamary, le Mahury, FOyapok, TApprouague, voies immenses, par lesquelles s'écoulent à la mer les eaux des pluies équatoriales. Ces rivières, dont les rives boisées et giboyeuses offrent au voyageur les ressources de la chasse et delà pêche, sont les artères par lesquelles Thomme s'avance au cœur du pays, à la recherclie des zones aurifères. Un à un ces bassins ont eu l'atlrail de l'inconnu, et le désir d'y pénétrer s'est emparé de pionniers hardis qui partaient à la recherche du précieux métal. Dans ces courses lointaines chacun n'était pas heureux» et tous n'arrivaient pas au but; les rapides et les sauts de ces rivières, dont les Indiens seuls connaissent les passes, ont été souvent la barrière devant laqueOe sont venus échouer les plus grands efforts*

n Mais si les expéditions sont pénibles, il est juste dédire qu'il n'est pas de rivière à la Guyane qui n'ait offert de l'or; rOyapok seul n'a pas encore été visité au point de vue des recherches minières, et il est presque certain qu'il viendra compléter, à Test, cette énorme région de terrains aurifères qui s'étend du Maroni à FOyapok, sur une longueur de quatre-vingts lieues. Quant à la profondeur de cette zone^ il est dilTicUe de la fixer dès à présent, mais elle n'est

AMÉrtlQUR BU SUB.

criques. AcUieIkraent ce sont ces derniers gisements qui sont exploités par les mineur a.

» Uae végétation puissante et majestueuse couvre les collines, les bas-fonds et les plaines. Aussi loin que la vue puisse s'étendre, on n'aperçoit que la tête des arbres séculaires, et lorsque le veiiL agile ces cimes feuillues^ on dirait une vaste mer de verdure ondulant dans un lointain sans limite. Au sein de ces bois inconnus^ sous les voûtes immenses du feuillage, le chercheur d*or se dirige h la boussole; il demande tout à la forôt vierge : abri, nourriture, fortune. Dans la colonie on dit indifféremment : « Aller aux grands bois n ou « se rendre aux placers. » C'est au milieu de cette grande nature, loin des bommes et du monde civilisé, que le chercheur d'or est appelé h vivre et à travailler. Les ouvriers de race blanche supportent mal le travail sous ce climat brûlant, et ne sont utilisés sur les placers que comme scieurs de long. Ce sont généralement des transportés libérés qui ont appris leur métier stir les exploitations de bois du service pénitentiaire ; il est rare que Ton ait h se plaindre de leur conduite. Le gros des ateliers se compose de nègres ou d emigrants hindous, engagés pour cinq ans ^ Ces derniers sont loin de posséder les muscles et la force des nègres, mais leur intelligence, leur docilité et leur obéissance remplacent, et au delà, la vigueur qui leur fait défaut; tandis que les premiers ne sont encore qu'au dernier éche*

1. L Aholilion do resciMVngii», qui & été an de» grands bifiafails du dix-neuviùme siècle, &, fait reoftltre lo problèmo du travail dans le9 colonie» LrûpicalËv* Ernan^ cipès» les n'tgrefl ont à peu près oessô de trav&iHer. Vivant de peu, dan» des paya où le» roasources saut iuûnie.a et les besoins très HnniLét, mdaJenta par oa- Liira, ils ne dôâircDtdoâaUiruBqLio pour acheter da rhmii ou dos colliÛcbiel» de iDiletLe. Pour les romplacar sur les plaptaLîons, on a ima^itiè d'imparter des iraTBill(ii[ir!i libres, maia cnçagéi*, des coûlîea mdionsi et chïnui<f. M. le doctoar Français, coàdocia de Cayenoe, on visitant les placera où sont employés ees AKialiqaea, a consdaté une effiriyante morlatité. D^q^rî^s ses reohorch«i, on a introdiiil, eo Tingt-dcuit ans, à la Guyane, 8372 j m migrants. Sur ce nombre, 075 oQt élé rapatriés, 4823 existent eocore à la Guyane ; len autres* c'est-à-dire iâ^â, p1u« de la moitié, nimi morts. Le pécule emporté pur les rapatriés s'élevait à 42095 francs* soit 09 Tr. 70 paur chacun. U faut ajouLer qae les Htndoua sont pour la plup«rl de ilél&i<table« IraTailleura qui passent deux cent clinquante à trois cents Journées par an à vagabonder. M. Kran^ois conclut que les f^onhes ne remplaceront pas le« nègres dans les culoniei*, qu'ils ne sont pas plus capables d'y Iravciller et d'y vivre que les Européens, et il se plaint da recrut nient Tait par les agences indiennes, dont les procédés ne sauraient fournir de bon« sujets. (V. à ce sujet une 1res iDiérassanle analyse de M . AlgUirei iteuue icienti^m^ 14 février IS^.J

Ion de la hiérarchie humaine, ceux-ci ont derrière eux les siècles de la civilisation indienne, et Ton sent qu'ils appartiennent à une race qui a tenu un rang important dans rhistoire et la tradition. Aussi sont-ils recherchés sur beaucoup de placers, et, chaque fois qu'ils sont conduits avec douceur et intelligence, ils forment un atelier de mines qui rend de véritables services. »

De la Bouguse, Les placers de la Guyane française.

{Journal officiel, 20, 21 et 22 juin 1874.)

lies trois «uyanes*

Dans la Guyane anglaise, les recherches de l'or ont été plus récentes que dans les deux colonies voisines. Elles ne datent guère que de 1880. Mais elles ont pris récemment une extension considérable. Les districts aurifères par excellence sont ceux que traversent le Puruni et le Potaro, tributaires de la rivière Essequibo, surtout le Potaro, la superbe rivière où les voyageurs anglais Jm Thurm et Brown ont découvert la splendide cascade, hante de 250 mètres, qui dépasse le Niagara. Le gouvernement anglais n'accorde que des concessions de 20 hectares; le pays se peuple plus facilement. Déjà les extradions d'or dépassent par an 10 millions.

Mais la Guyane anglaise tire sa plus grande fortune de ses plantations de sucre et de ses fabriques de tafia. Il en est une sur le bord de la rivière Demerara, Diamond- Estate, qui a 2234 hectares, récolte 5500 t. de sucre, fabrique 2450 barriques de rhum, et occupe 3 000 Hindous et 790 nègres, Chinois et Portugais. Les autres plantations sont celles du cacao, des cocotiers, des bananiers.

La Guyane hollandaise compte 107 plantations de même nature, mais bien moins actives. La valeur de leurs exportations n'est que de 10 millions environ; celle de la Guyane anglaise de 50 à 60.

« La Guyane française, écrit M. Yerschuur, forme un triste contraste avec ses deux voisines. Les quelques plantations peu importantes qu'elle possède n'ont fourni dans la même année que 52000 kilos de sucre, 17 000 kilos de café et 26 000 kilos de cacao. Ce rendement est même insuffisant pour les besoins de la colonie ; il n'est pas étonnant en effet que le café qu'on boit à Cayenne vienne de Paris, ainsi que le riz et d'autres denrées coloniales qu'il serait facile de cultiver. » {Voyage aux trois Guy ânes.)

Les cultures sont tout à fait négligées dans la Guyane française, malgré la prodigieuse fertilité du sul. L'habitant ne cultive que ce dont il a besoin pour vivre. Une des causes de cet abandon de la terre est l'exploitation des mines d'or qui attirent les bras valides dans les placers par l'appât des gros salaires et de la vie capricieuse et accidentée en pays sauvages. « L'or a tné l'agriculture. Sans vouloir attribuer à la » découverte de l'or une influence funeste sur le pays, reconnaissons que » si la Guyane produit de l'or, elle ne nourrit pas ses habitants. Il faut » bien avouer que si l'on retranchait l'or brusquement, il ne resterait plus ») à Cayenne que des fonctionnaires et leurs fournisseurs. Tout lemouve- » ment commercial actuel de la colonie n'est provoqué que par l'or. L'in-

» dttstrie minière est 1;! seule qui actuellememl euplûie des bras. Pour » noirrir» babiller ses ouvriers, approvisionner et entretenir ses c'tianlie i s, » elle a, â Cayenne, et ailleurs, de nombreai dépôts. La recherche » de Pur seule titlire encore ici quelques Européens qui braventi dans K la perspeclive d'une richesse pTompLement acquise^ tous les d&n- « gers gu'on leur a fait entrevoir en Guyane. Mais ror, par la concurrence » du prix des salaires, contre lesquels Texploîtation agricole ne peut lutter, « accapare tous tes bras au détriment de la culture. Les négociants qui » fournissent des vivres et du matériel ponr les placers retournent en « France leur fortune faite* Il en est de même des chercheurs d'or. La plu- « part s'en vont jouir dans la métropole de ta fortune qu'ils ont acquise. 'i Que reste-t-il pour la Guyane? Rien on presque rien. Enfin, ces Eu* n ropéens, transportés sans transition des pays tempéréjï mv le sol des » forêts vierges de T Equateur, s'en retournent malades ou affaiblis par >» leur séjour dans un pays non assaini encore, et teiirs récits ne sont pas j» faits puur encourager ceui qui pourraient venir en Guyane s'installer • à demeure, « {Nciicts coknidei, t. ÏII, Ministère de fa mûrine, 1885.)

La faune île la csuyane.

tt Depuis quelques annêesi ^ ou a signalé dans les forSts des Guyane s un ennemi de plus pour Tbomme. C'est une petite mouche sans dard ni venins inofFensive en apparence, et cependant plus redoutable que le tigre et que le serpent* Les naturalistes l'ont baptisée Lucilia hominivore^ et cettii épittiète justiliée par une fatale expérience dépeint ce terrible fléau, La mouche anthropophage^ puisqu'il faut l'appeler par son nom, n*a ni l'aiguillon de la guêpe ni le bourdonnement du frelon, elle ressemble fort à la mouche vulgaire de la viande ; rien ne la signale ni ne la dénonce aux victimes qu^elle va frapper. Elle s'ïuti^oduit dans le nez ou dans les oreilles de l'homme «ndormi, et dépose ses œufs dans ces cavités qu'elle se hite d'abandonuer. Les si no s du nez et le tympan deviennent des ruches oîi se consomment toutes les métamorphoses do l'insecte et d'où Tessaim prendra son voL Les désordres occasionnés par la présence de ces milliers de larves aux abords du cerveau amènent une méningo-cépb alite qui emporte le malade au bout de quelques jours avec des souffrances intoléiables. La plupart des transportés attaqués par laLucîHa hominivore ont succombé malgré les secours de la science. Les cures que l'on a obtenues sont des exceptions. Sur une douzaine de morts constatées, on cite trois ou quatre goérisons * .

1, M, Jnle^ Creraux p^rle dans le î-êcit de son voyage ca Quyana dfia ehiqneë et des ti^u&f em prison né^Sr >* qui firent dans la peau de^ ses orteils des ravagea 9 diaboliques, Jt) a 'ai pas formé l'ceil eU au réveil, jo vais sur l'extrântUâ des » orleik de petites vésicdes rempLiea d'eau. Une jeune femine se met à roBavTft

» Jamais pays ne fut plus peuplé d'insectes que la Guyane, jamais Tentomologiste ne trouvera mine plus féconde. Formes étranges, couleurs étranges, tout est réuni pour séduire les regards et captiver Tattention. Le Maronj est une terre promise pour le collectionneur le plus insatiable. Le fulgore porte-croix, le fulgore porte-lanterne, le charançon bleu pointé de noir, l'arlequin dont le nom indique l'habit, la mouche-éléphant, l'actéon, toutes les raretés, toutes les variétés de cette immense famille des coléoptères, des diptères, des hémiptères, etc., s'y rencontrent. Les papillons les plus splendides, soit diurnes, soit nocturnes, surprennent par la bizarrerie de leurs dessins et la perfection de leurs organes, et les mouches à feu emplissent l'air de gerbes d'étincelles. La plupart de ces insectes sont inoffensifs; mais quelques-uns sont de vrais démons cachés sous une enveloppe microscopique, et les plus petits sont trop ouvent les pires'.

» Trois ennemis gardent les territoires de chasse : le

vampire^, la gymnote et le serpent. Le YSLiD^ïve {ferrovolador) est une grosse chauve-souris d'un i)run sombre, presque noir, un peu plus clair sous le ventre. Il est très commun dans nos bois de la Guyane, et suce le sang des bestiaux et des hommes endormis. Son instinct lui indique l'endroit d'où le sang s'écoule le plus facilement. C'est derrière l'oreille qu'il pique les bestiaux; c'est aussi là, ou encore au gros orteil qu'il s'attaque à l'homme. Pendant la succion, il ne cesse d'agiter ses ailes,

» avec un os taillé en pointe, et retire onze cadavres de cette affreuse puce pé- » nétrante que les Roucouyennes appellent cAiÇ'Ui. L'opérateur m'offre les pre- » miers parasites qu'elle retire pour les mettre sous ma dent. Je ne puis me » résoudre à l'usage des Ouayanas, qui croquent leurs chiques au fur et à me- » sure de l'extraction. Je demande à un Indien : Pourquoi manges-tu tes » chiques? Il me répond : Parce qu'elles m'ont dévoré les pieds. » {De Cayenne aux Andes; Exploration de l'Ot/apok; Tour du monde, 1880.)

1. M. Bouyer cite les moustiques appelés maringouins et maques, dont les piqûres sont intolérables; les fourmis noires qui dévastent les plantations ; les scorpions, les termites, les scolopendres, les yules et la hideuse araignée-crabe, qui fait la guerre aux oiseaux-mouches et aux colibris; elle est armée de pinces recourbées comme celles d'un crabe. Sa morsure cause la fièvre ; son contact seul provoque une inûammation de la peau. On en trouve qui, les pattes étendues, mesurent près de huit pouces de diamètre.

2. « Les vampires sont des chauves-souris un peu plus petites, mais de tout » point semblables à celles qui, chez nous, commencent à se mettre en chasse » au coucher du soleil. Plusieurs de nos hommes ont été mordus jusqu'à trois » fois en une seule nuit : au bout des doigts et des orteils, sans que le dormeur » se réveille, sans qu'il éprouve même le moindre cauchemar, elles enlèvent un » tout petit morceau de chair; ces blessures coulent abondamment; le matin, » au réveil, on est tout effrayé de se trouver dans une mare de sang. » (Armand Reclus, Explorations aux isthmes de Panama et de D arien.)

dont le mouvement produit une sorte de fraîcheur qui endort la douleur. Une nuit que j'avais pendu mon hamac entre deux arhres, je fus ainsi piqué par un vampire. J'éprouvais une sensation dont je ne pouvais me rendre compte ; quelque chose comme un lourd cauchemar pendant lequel il me semblait que des ailes frôlaient mon visage. Je fis un effort instinctif de résistance contre cette agression que je regardais cependant comme l'effet d'un rêve, et je cachai ma tôte sous mon drap. L'animal s*en prit à mon pied qui sortait nu du hamac. Quand je me réveillai le lendemain, je m'aperçus avec étonnement que le bout du hamac était couvert de sang. Je voulus me lever, et c'est alors que je sentis la douleur et la faiblesse. La blessure était presque imperceptible : on eût dit une piqpi!lre d'épingle. Mais je ne pouvais m'appuyer sur ce pied, et je fus plusieurs jours à me remettre.

» .... On rencontre souvent dans les pripris (uiarais couverts de roseaux) et les ruisseaux la gymnote, vulgairement appelée couleuvre ou anguille électrique, qui jouit des mêmes propriétés que la torpille. La torpille est unf poisson de mer, cartilagineux et aplati, semblable à la raie. La gymnote varie entre un et deux mètres de longueur; on assure en avoir trouvé de plus longues, mais ce sont les géants de l'espèce. Le corps est d'un bleu de plomb, sans écailles, la peau gluante. Une nageoire pareille à la quille d'uuj vaisseau lui court tout le long du ventre, depuis la tète jusqu'à la queue. Les secousses électriques que donne la gymnote sont des plus violentes. L'eau transmet le choc engourdissant, et le fluide que cette anguille dirige à volonté lui sert de défense contre , ses ennemis et d'attaque contre les animaux dont elle veut faire sa proie.

» La Guyane renferme toutes les espèces de serpent,

les plus venimeuses comme les plus inoffensives, depuis le serpent corail, qui n'est parfois pas plus grand qu'un ver de terre, jusqu'au boa qui atteint d'énormes proportions. Le serpent est partout, dans l'herbe et sous la pierre, caché dans le tronc de l'arbre mort, pendu aux branches, brillant au ciel, ou dérobé dans l'ombre. Avec l'habitude que l'on a de dormir fenêtres et portes ouvertes, le serpent a ses grandes et petites entrées dans les maisons. Vous pouvez l'avoir pour camarade de lit ou le trouver au matin dans vos pantoufles... Le grage de la Guyane est le trigonocéphale de la Martinique. On l'appelle grage, du nom de la râpe qui sert

AMÉlUOUli BU SUD.

au manioc*, et dont sa peau présente les rugosités. Le serpent à Bonnettes, le serpent-coraiî, le serpent-liane, le serpentperroquet, le serpcnt-aye-aye occupent la tète de la liste parmi

les plus redoutables »

Frédéric Bouyer^ capitaine de vaisseau, Voyage dans la Gut/ane française,

(Paris, 1857, io-i". Hachette; ^aTurea et c*rtfia,)

Eia forêt %'ierge.

« La Guyane est recouverte d'une immense forêt qui gênéfalement n'est interrompue que par des cours d'eau et de rares éclaircies dans les endroits où le sol n'est p^is assez fertile pour nourrir des arbres. Les terrains qu'on appelle savanes sont recouverts de graminées et servent îI ralimentation du bétaîl qu'oQ y laisse paître en toute liliBrtâ. Les savanes occupent le bas des Guyanes, près du littonil ; nous nVo avons rencontré qu'une seu!e dans l'intérieur; c'est près du village de Cotica, dans le pays des Bonis.

» Peu de personnes se font une idée exacte de la forêt équatoriale. Les dessinateurs et les romanciers ont habitué lepublic à voir dans ces forêts des palmiers sans nombre, des arbres aux formes bizarres, recouverts de parasites et entremêlés de lianes courant de branche en brancbe comme des cordages aui mâts d'un navire. Cette description n'est guère vraie que pour les petites îles de la côte des Gtiyanes et pour le bord des rivières près de leur embouchure.

^ La forêt vierge, le grand bois, comme on l'appelle en Guyane, se présente sous un aspect froid et sévère. Mille colonnades ayant 35 ou 4D mètres de haut s*élèvent au-dessus de vos têtes pour supporter un massif de verdure qui intercepte presque complètement les rayons du soleil» A vos pieds, vous ne voyez pas un brio d'herbe, à peine quelques arbres grêles et élancés, pressés d'atteindre la hauleor de leurs voisins pour partager fair et la lumière qui leur manquent. Souvent ces colonnades, trop faibles pour résister aui tempêtes, sont sou-

1. « Le mcLnioc esL ïe blé dé la Guyane. Ccl nrbuÈte s& termine par uoa ncioe tULberculeuse qui a la singulière propriété de fournir en mémo temps «in fioleul poîion et une excelletil© fuibstanco aSimeEiLairi;. 11 faut aép&rer Tune d^ Vautre^ L'opéraUoD eat simple et permet do faire entrer dam la conanmmatioa cette farÎQs qui^ soaa les Doms diveri ûq cotmc, de lafi^Uy de îapmea^ eat do^ graxid usage dans le monde dfts trob contiDeoii. « (t)a même auteur.)

tenues par des espèces d'arcs-boutants ou béquilles comparables à celles des monuments gothiques désignées sous le nom d'arcabas. Sur le sol, à part quelques fougères et d'autres plantes sans fleurs, gisent des feuilles et des branches mortes recouvertes de moisissure.

» L'air manque. « On y sent la fièvre, » me disait un de mes compagnons. La vie parait avoir quitté la terre pour se transporter dans les hauteurs, sur le massif de verdure qui forme le dôme de cette immense cathédrale. C'est à cette hauteur de 40 mètres que Ton voit courir les singes ; c'est de là que partent les chants de milliers d'oiseaux aux plumages riches et variés. Au niveau des cours d'eau, la végétation perd sa sévérité pour gagner en élégance et en pittoresque. Ici le soleil est le privilège des plus grands arbres, qui s'élancent audevant de lui; mais les plus petits trouvent aussi leur part de chaleur et de lumière. Les herbes, les arbrisseaux, prenant tout leur développement, sont couverts de fleurs et de fruits aux couleurs éclatantes. Le hideux champignon, l'obscure fougère font place à des plantes aux feuilles riches en couleurs, aux fleurs élégantes. Des lianes s'élèvent du sol jusqu'au sommet des plus grands arbres, en prenant des points d'appui sur les arbrisseaux qu'elles rencontrent. Ce sont des traits d'union entre les grands et les petits. La lumière également partagée engendre l'harmonie, non seulement dans le règne végétal, mais encore dans le règne animal. Là-bas, c'est la bête fauve et le hideux crapaud; ici, ce sont des animaux de toute espèce qui viennent partager, tous ensemble, les bienfaits de la nature. »

Jules Crevaux,

Voyage df exploration dam ^intérieur des Guyanes.

(rotir du Monde, 1879, !•' semestr*.)

Les explorations de Jnles Crevaux. — Le docteur Jules Crevaux est né le 1«' avril 1847 à Lorquin, village de la Meurthe, qui n'appartient plus à la France depuis le traité de Francfort de 1871. Il fit ses études au lycée de Nancy, à la faculté de médecine de Strasbourg et à Técole de médecine navale de Brest, fut nommé aide- médecin de la marine en 1868, et débuta dans la carrière maritime sur le transport la Gérés, M. Lejanne, son condisciple, son compagnon de voyage et son ami, a dit de lui : « Ce qui l'attirait dans notre école (à Brest), c'était le désir de >» visiter des régions peu connues, la certitude de courir le monde, les » périls et les émotions de la vie de marin, car le danger, il Taimait... » Petit, trapu, d'une vigueur peu commune, il avait le front élevé et une n flamme dans les yeux; questionneur plutôt que conteur, on devinait

» eu Lui l'homme avide de savoir; il était doué d'uae grande sagacité... M II était excellent camarade, iûdulgeat à toas, dévoué à ses ami»; son » tour d'esprit était vif, enjoué ; &es mots justes, spirituels, jamais mé- » chants. >*

En 1870, à son retour de Gnvane, il obtient un emploi dans îe quatrième bataillon de marins de Clierbourg, Fait prisonnier au combat de Fréteval, près de Vendôme, il s'échappe, traverse les lignes prussiennes et regagne l'armée de l'Est, où il est ht es se. Il se fait alors recevoir docteur en médecine et s'embarque hientdt pour la càte d'Afrique, à bord de Taviso le Laviûlhi' Piquet. l\ riarcoirt de nouveau la Guyane^ le Brésil, la Répablique Argentine, et publie dans la RevM cotonMe le résultat de ses obsecvations.

En 18T6, le ministre de l'instruction publique confia à Jules Crevani une mission officielle : il devait partir de Cayeone, remonter le M a roui, franchir les monts Tumic-Hnmae que personne n'avait encore visités, et descendre le Yari, affluent de l'Amazone, en un mot, explorer la contrée où les anciens géographes plaçaient le pays légendaire de l'Eldorado. Une épidémie de (lèvre jaune Tarrôla six mois à Cayenne et aui iles du Salut; il en combattit les ravages avec m admirable dévouement, et foillit en être victime. Le gouvernement le récompensa par !a croix de la Légion d'honneur.

Il partit ei juillet 1877 et s'embarqua en pirogue sur le Maronî, qu'il temonta péniblement jusqu'à sa source. La fièvre le retint un mois chdz lea Bonis, descendants des nègres esclaves révL»ltés contre la Hollaode ea 4772 ; il profita de ce séjour forcé pour étudier l histoire, les mœurs, la religion et le langage de cette tribu, et il y fit la connaissance du Ûdèle Apatou, qui depuis le suivit partout, et le servit avec un dévouement sans bornes. Le docteur ne trouva pas l'Eldorado, et pour cause; mais il franchit îa chatne de Tumuc-lturoac, arriva aux sources de l'Apaouani, aiKluent du Yari, et descendit le Yari sur une embarcation creusée dans un tronc d'arbre, à travers d'effroyables rapides et des cataractes, dont Ttine ne mesure pas moins de 20 mètres de hauteur, et que les Indiens Roucouyennes e m -mêmes n'avaient jamais osé franchir. Le 30 novembre 1877, ayant parcouru un itinéraire de 2000 kilomètres, et exploré des régions inconnues en grande partie, Crevaux arrivait au Para.

Quelques mois plus tard, à peine retnis de ses fatigues, rintrépide vovageur regagnait la Guyane. 11 se proposait cette fols «^explorer l'Oya*

Sût, oui limite à t'est la colonie française, et, en remontant cette rivière, ont le cours n'a été relevé qu'en partie par Criilet et Béchamel en 1674, Leblond en 1780, Bodîn en 1823, Leprieui en 1832, il voulait rejoindre le Parou, affluent inconnu de l'Amazone. Malgré les rapides

2ui barrent la navigation, l'Ûyapok fut remonté rapidement; Crevaux value sa longueui â 485 kilomètres environ, en comptant !es détours j son débit est plus considérable que celui du Rhdne et de la Loire, qut mesurent pourtant plus de kilomètres.

Les difficultés commencèrent au moment de franchir les monts qui séparent l'Oyapok du bassii amazonien, Tantât il fallait se frayer une route avec la hache à travers la forêt, tantôt lutter contre les bêtes, traverser des torrents, supporter les insomnies, la lèvre, les piqûres venimeuses des guêpes et des sc<)rpions, etc; rien n'arrêta le docteur, jamais il ne cessa de faire des observations sur les plantes, les animaux, les individus. Les mœurs des Roucouyennes ont fourni à son journal bien des pa^eg curieuses, et il a pu suivre dans tous ses détnits la préparation mystérieuse du poison des flèches, on curare (uretn). 11 levi le cours du

fleave Paron, faillit cinq ou six fois se noyer dans ses chutes, et regagna l'estaaire de rAmazone.

Sa mission était accomplie; mais, an lieu de rentrer en France, il songea à une autre expédition. Un vapeur remontait TAmazone, et devait s'enffager dans le Rio Iça, navigaole jusqu'au pied des Andes : il 8*y embarqua. Chemin faisant, il releva le cours de cette rivière, et, arrivé au Died des Andes, il atteignit le Yapoura à sa source. Accompagné du fidèle Apatou et d*un bandit redoutable, Santa -Cruz, qui seul consentit à le suivre, il descendit pendant 500 lieues l'Yapura, dressant des cartes, collectionnant des plantes et des insectes, et étudiant les coutumes des tribus riveraines, les Oiiitotos anthropophages, qui fabriquent des flûtes avec des ossements humains, et qn*il surprit un jour occupés à faire bouillir dans une marmite une tête d'Indien. « Voilà quarante-trois jours, » écrit le voyageur, que nous couchons par terre sous des pluies torren- 9 tielles, n'ayant pour abri qu'un petit toit que nous faisons chaque soir • avec des feuilles. Il n*est pas étonnant que tous nos hommes soient » pris par la fièvre... Je suis obligé de me mettre moi-même aux et: w rons. » Enfin, ils arrivent à la mer et s'embarquent pour Saint* Nazaire. « En résumé, j'ai exploré dans mes deux voyages six cours » d'eau, deux fleuves de la Guyane, le Maroni et l'Oyapok, et quatre » affluents de l'Amazone, le Yari, le Parou, l'Iça et le Yapura. Si le V Maroni, l'Oyapok et l'Iça étaient un peu connus, je puis aire que le » Yari et le Parou étaient absolument vierges de toute exploration. Quant » au Yapura, qui mesure 500 lieues, il était inconnu dans les quatre » cinquièmes de son parcours. » On comprend que la Société de géographie de France, pour récompenser tant a'héroîsme et reconnaître de si beaux résultats, ait décerné dans sa séance du 16 avril 1880 une médaille d'or à Jules Grevaux.

Deux mois après, le 6 août 1880, Grevaux se remettait en route, accompagné de son ami, M. Lejanne, pharmacien de marine, d'un matelot nantais, François Burban, et du brave Apatou qu'il avait amené à Paris avec lui. Cette fois, il se proposait de remonter le Magdalena, fleuve colombien, jusqu'à Neiva, point extrême où s'arrête la navigation, et là, de franchir les Andes, pour suivre dans toute sa longueur un des affluents inconnus du haut Oréaoque. Ce fut le Guyabero ou Guaviare (fleuve des goyaves) qu'ils choisirent : il était totalement inconnu. En lançant leur radeau dans le courant de la rivière, les voyageurs la baptisèrent du nom de Rio Lesseps. Ils coururent dans cette navigation d effroyables périls, tantôt précipités dans les rapides des angosîuras ou déniés, tantôt lancés contre des rochers ou des troncs d'arbre, tantôt épiés par les jaguars errants sur les rives, ou menacés par les alligators, qui, un jour, happèrent le nègre Apatou : le docteur l'arracha à 'a gueule du monstre, mais non pas tout entier; un lambeau du mollet était resté entre les dents du saunen. Dans cette expédition à travers des contrées souvent désertes, où ils furent plus d'une fois en proie à la famine, les voyageurs perdirent un des leurs, Burban, qui fut piqué par une raie venimeuse et succomba après trois jours de souffrances. Grevaux termina son vovage par un séjour de deux semaines chez les Indiens Guaraounos, qui habitent le delta <ie l'Orénoque. En étudiant le pays et les mœurs de ces tribus, il contracta les germes d'une fièvre pernicieuse qui faillit l'emporter. A peine rétabli, il rapporta en France ses collections anthropologiques et botaniques, et écrivit le récit du voyage, le dernier qu'ait tracé sa plume. Le gouvernement le promut au grade d'officier de la Légion d'honneur.

AMÉRIOUE DO SUD.

Le démoû des voyages viot bientôt le reprendre. Son activitéj son énergie^ son méfiTis du danger^ U promptitode de ses décisions, && passion pour la scienœ lui firent oublier le mn de sa santé. Huit mois après son relour de TOrénof^ue, tl partait pour Buenos-Ayres. Il voulait traverser le coolrnetit améncaii du nord an sud, et explorer le vaste espace, en grande partie inconnu, qui sépare le Rio de la Plata de rAinasîone. Les Chambres lui votèrent un crédit de ItlOOO francs : un astronome, M. Billet^ un dessinateur, M. Jules Ringel^ un limonier, M. Ernest Haurat, un aide, M. Didelot, raccompagnaient. La mitsion arriva à Buenos-Ayres à la fin de décembre IfiSl, Ne jugeant pas la saison favorable à une esploration par le haut Paraguay, Crevaui modifia son itinéraire, et se décida à pénétrer dans llnténeur en suivant le tours du Rio Pilcomayo. H s'engagea hardimenl dans le désert du Gran-Chaco : au commencement de mars iSS2, il était à Tarija (Bolivie) avec dix-neuf hommes bien armés^ et s'embarquait sur le PiEcomayo, qull devait des* cendre dans tonle sa lonjïueur.

Trois mois après, des dépêches venues de Tarija apprenaient à la France la donloureise nouvelle du massacre de la mission. Le rapport du sons-

Êréfet de la province du Gran-Chaco annonçait que le docteur et dix-sepl Dmmes embarqués sur trois canots avaient atteint Teyo, capitale des tribns d'Indiens Tobas. Crevaui avait dét^arqué et commençait à distribuer des oréseits aux indigènes, lorsque ceui-cî, très nombreiiT, après quelques tansses démonstrations de bon accueil, se rnèrent subitement sur les voyageurs et les tuèrent à coups de couteau.

« La mort du docteur Crevaui^ écritM. Paul Armand, est un deuil pour » noire pays. Par Félévation de son caractère, par son ardent patrion tismCi par sa bravoure à toute épreuve, par les services émînents » qu'il avait déjà rendus à la géographie, tl s'était fait un nom illustre î> parmi les grands eiplorateurs modernes dont notre siècle est si fier*. »

Lea voyages de H. Tbouat, — Un inUépide explorateur, M. Thouar, reprit les protêts du docteur Crevaux, et partit au mois de septembre 1SB2, pour aller à la découverte des restes de la mission, et délivrer les captifs qui étaient peut-èlre encore vivants chez les Indiens Tohus- De Santiago il se rendit à la Paz et à Tarifa. Le gouvernement bolivien mit à sa disposition une poignée d'hommes, et il s'enfonça résolument dans le Chaco boréal. Sur les bords du Pilcomayo, il invita les capitaines Tobas k une entrevuei et apprit d'eux que deux des survivants élaient morts chez les Indiens de privations et de soutl'rances, après six mois de captivité. Il put recueillir quelques instruments à demi brisés, des notes^ un croquis de l'infortune voyageur. « Dans une de mes entrevues avec lea > Tohas, écrit M. Thouar^ je leur demand;ii pourquoi ils avaient tué le

1. V.iur Jules Crevaîix la notîco do docteur Lejanoe {Tour du Monde^^Q mptembre 1&3S) ; uq excellcDl article ds M. Paul Armand^ secrétaire général d!â îa Sonlëlé da géographie de Maraiiille, dans le Banetin de cette socièlé (n" do juillet-Roptembre tS©2* enfin Se livre récent de M. Paul Gatfarel {Les Explût^' tions frafiçaiseâ de I37t> à 188t ; Paria, îu-lS, Degorce-Gadot). Naus ne aatipiona trop recommiAadBr à l'attention de aoa lecteurs cet ouTtaçe de vulgarisalion

{tatrîotique, où le aavatit auteur de VffistoîrB de in Floride française^ lauréat ul-mêmû de la Société de géographie de Parii», a rèt^iamè sous une forme attrayante les récits de dos béraa voyngeuni, et démontré une fois de plus, par la vive exponitioa des faita, que la France contïniaait â tenir noblement sa place dans l'œuvre de la conquête de la terre par ta acienee et par fhuma- DÎté.

» doctear Grevaux et ses compaenons; me prenant pour son frère, ils me » répondirent : Ton frère nous ravons tué, parce que ceux de ta couleur » ont tué les nôtres. » Le fait était vrai. Pendant que Grevaux explorait le Gbaco, une expédition militaire avait été lancée contre les Tooas, Injustement accusés d'un vol de chevaux commis par des pillards de Yacuiva au préjudice d'un commandant militaire bolivien. Vainement Grevaux avait protesté contre cette expédition au moins inopportune; Tescorte tua 12 Indiens et ramena 7 enfants prisonniers. Grevaux essaya

Êar des présents et des messages de paix d'atténuer Teffet de ce rapt, [ais les Tobas avaient résolu de se venger. Ils guettèrent au ])assage la mission française et bolivienne embarquée sur le Pilcomayo, rinvitërent

{perfidement à manger avec eux, sur le sable de la rive, du poisson et de a viande, et la massacrèrent à coups de massue et de couteau. Cinq Français, douze Argentins, douze Boliviens avaient péri. Leurs corps furent coupés en morceaux, et chacun des capitaines Tobas en emporta dans son rancbo comme un trophée de victoire. Les Indiens se partagèrent les bagages, armes et munitions des victimes, et mirent le reu à leurs embarcations. Tels sont les détails que M. Thouar recueillit sur place de la bouche du jeune Bolivien Geballos, échappé au massacre, et resté cinq mois prisonnier des Tobas.

M. Thouar remonta à son tour le Pilcomayo, fleuve sinueux et rapide, coulant en cet endroit sur un lit de sable aurifère large d'environ 200 mètres, tantôt entre de hautes berges, bordées de bouquets de saules et de grands roseaux, tantôt entre des rives argileuses, escarpées, hautes de 12 à 15 mètres. Les Tobas fuyaient devant les explorateurs. Deux fois, embusqués dans les marais et les roseaux, ils essayèrent de leur barrer le passage et firent pleuvoir sur leurs barques une grêle de flèches. Mais les remington les tinrent à distance. La crainte de périr de soif et de faim, embourbés dans les inextricables marécages du Pilcomayo, força la mission à regagner le Paraguay.

A son retour, M. Thouar fit hommage à la Société de géo^aphie de Paris de ses collections botaniques, zoologiques, ethnographiques^. En 18S5, il repartit pour le Paraguay, il entreprit une nouvelle exploration du rio Pilcomayo, afin de compléter les renseignements précédemment recueillis par Grevaux et par lui-même sur la navigabilité du

1. Les Tobas. u LeTobaest fort, bien musclé, grand, d'une taille dépassant

• la moyenne ; il a le port noble et majestueux; sa figure est encadrée de longs » cheveux noirs, droits; son teint est couleur de vieil acajou. Il a le front » étroit, les yeux légèrement obliques, les pommettes très saillantes, le nez » grossier, lourd, empâté de la pointe, la bouche grande. Les Tobas s'occupent » exclusivement de pêche et de chasse; ils se tatouent la figure, la poitrine et » les bras avec du noir qu'ils obtiennent en brûlant de la paille de maïs; leur » tatouage est élégant ; ils portent dans les oreilles des rondelles de bois fort » grosses. Ils sont généralement paresseux, ne pratiquent aucune culture; » ils ont les mains si délicates que manier unehaclie leur donne des ampoules.

• La femme toba est forte, d'un aspect agréable. Les uns et les autres ont » pour vêtement des ponchos, une ceinture de laine ou une peau de mouton. » La polygamie n'existe pas chez eux ; ils ont un profond sentiment de la famille » et un grand respect pour les vieillards. Les Tobas sont nomades. Leur » cahute est faite de branches d'arbres, en forme de cône... Ils sont vaillants, » vindicatifs, impétueux, violents; mais, quand leur colère est passée, ils sont » doux, de caractère enjoué. Ils sont d'une force herculéenne et se battent » avec le plus profond mépris de la mort. » (A. Thouar.)

AMÉRIOUE DU SUD. 4Ô1

fleuve; iespoir du voyagfeur était d'ouvrir une route commerciale eatre ta Bolivie et le ['araguay, et de réserver au commerce français le bènéfire de ce nouveau débouché- (V. Jleuwe srÂtniifique, 16 février 1884, Ccnféraice de M. Thouar, et Cûmpte rendu de h Société de gêogmphk, années 1884 et 13S5.)

Apr^s Gievaux. M. Coudreau, chargé d'une mission sdentifiqtiei a fait en Guyane trois remarquables explorations (1887-1S91); Jea dent dernièreâ^ ea compagnie de M* Laveaii, sur le Maroni, i'Oyapok et dans les montagnes encore presque iïiconnues des Tumac-Humac, dont il a découvert douze chaînons isolés et mesuré 300 sommetfl. Il a rapporté une foufe de documents sur les productionsT les richesses minérales, le climat, les mœurs, les dialectes des indigènes. La Snciélé de géuj^raphie de Paris a récompensé d'une médaille d'or ces hardies et fructueuses campagnes. (V. la hibUùgra^hie.)

lies iiénlCeiicier^.

Un décret du 8 décembre 1851 prescrivit d'envoyer â la Guyane française les libérés en rupture de ban, et les individus affiliés aux: sociétés aecrfetes. Un autre décret du 27 mars 1852 autorisa renvoi h la Guyane des forçais détenus dans les bagnes; un autre, du 20 août 18^3, ordonna d'y transporter tous les individus, d'origine africaine ou asiatique, condamnés, dans les colonies, aux travaui forcés ou à la réclusion. Lu loi du 30 mai 1854 substitua délinitiveroent la tran^portation aux anciens bagnes, et de nouveant décrets, du 22 avril 1854 et du 10 mars 1835, réglèrent le fonctionnement des pénitenciers.

Les pénitenciers successivement établis furent les suivants : en 1852» ceui des îles du Salut, de Vikl h Mère; celui de l^i J/onfcfjnc-d'ArgeMf, à rentrée de rOyapok; en 1853, celui de Saint-Georges, pins haut sur la ibâme rivière; eu 1855, ceui de Sainte-Marie et Sainf-Aiigu^iùi, sur la rivière la Coraié; en 1859, ceux de Saint-Laurent et de Saïut-Louisy sur le Maroni; et vers le même temps celui de Afonï-Jo/i/, dans Tilede Cayenne. Trois bâtimentii ancrés en rade de Cayenne, îa Prosirpine^ h Clmnêre et le Grondaiir, servaif-ut en outre de pémLenciers no;i;iuls.

La plupart de ces stations élnient insalubres, et lainortnlîtè dans les ateliers et sur les chantiers fut elfrayante. Pour un très grand nombre de déportés de 1852, ce fut, 4:omme pour les proscrits de 1797, ]9, guillûtine séthe. Dès Tannée 1859, les établisseuients de la Montagne-d'Argent, de Saint-Georges et de la Comté durent être évacués. Le régime de la Guyane fut modifié. En 1867, on décida que les condamnés arabes seuls continueraient à y être déportés; les autres furent dirigés sut la Nouvelle-Calédonie. A la Guyane, on réduisit le nombre des pénitenciers; Saint-Laurent-du-Maroni est resté le centre la plus important de la colonisation. Ce pénitencier agricole s'élève à 33 ki'^mètres en amont de rembouchure tlu Maruni. Tous les travaiii de défrichements , les maisons, routes, fossés, etc.,

ont été faits par les concessionnaires, et malgré les ravages de la fièvre en 1876 et 1877, la colonie n'a pas dépéri. Saint- Laurent-du-Maroni est maintenant un bourg d'une centaine de maisons ayant église, hôpital, justice de paix, deux écoles pour cent élèves, deux casernes pour la garnison et les surveillants, un abattoir, deux magasins de vivres et de matériel, une briqueterie, une bouverie, une scierie mécanique, des chantiers de construètion, une usine à sucre, etc. Une ligne télégraphique relie le Maroni à Gayenne; 50 kilomètres de routes et 6 000 mètres de voies ferrées sillonnent le pénitencier.

Les concessionnaires vivant sans le secours de Tadministration sont au nombre de 637, parmi lesquels 383 Européens, 129 Arabes, 17 nègres africains, 73 de la Martinique, 25 coolies de l'Inde, 7 Chinois, 3 Annamites. Les principales ressources de la colonie sont la canne à sucre, le manioc, l'exploitation des bois, Télève du bétail, la culture maraîchère. Deux vapeurs de commerce font deux fois par semaine le voyage de Saint-Laurent à Cayenne. Plusieurs concessionnaires, anciens condamnés, possèdent un avoir de 8 à 1 0 000 francs ; quatre ou cinq font annuellement 50 à 80 000 francs d'affaires avec Cayenne. (V. P. Moritz, Revue maritime et coloniale.)

BouYER (Fréd.). La Guyane française. — (Paris, 1867, in-4«.)

CouDREAu (H.). La France équinôxiale. — (Paris, \^^.)^ Chez nos Indiens,

— (1893, in-8».)

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