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PREMIERES IMPRESSIONS

Arrivée à New-York. — Je manque l'entrée dans le port. Brouillard. — Premier contact avec la vie américaine. — Fatigue. — Ênervement. — Ébranlement général. — Thackeray et la rue. — Souvenirs de la traversée. — Solidarité en mer. — ■ Détachement dès l'arrivée. — Les tramways. — Menaces de mort.

— Paris est un village paisible. — Le chemin de fer aérien. — Défense de cracher. — 2.500 francs d'amende. — Conducteur et contrôleur de tramways se pochent les yeux dans la voiture. — Maison de vingt-neuf étages. — Central Park sous la neige. — Les traîneaux. — Le pont de Brooklyn à cinq heures.

— Spectacle effrayant. — Assaut des tramways. — Symbole de la lutte pour la vie en Amérique. —

New- York s'allume. — Enchantement.

oila des semaines que je me raconte des histoires \/ à moi-même pour ne pas

commencer à écrire. Mais la vérité vraie, je la connais à présent : je n'ai pas encore écrit parce que j'étais trop fatigué.

Au commencement, je ne m'en rendais pas compte; je me figurais qu'ayant passé toute la journée dehors, pris coup sur coup des voitures, des trains, des tramways, regardé, écouté., accumulé des notes sur mon carnet, je n'avais pas travaillé, et que, le soir venu, je pourrais me mettre à l'ouvrage. Mais pour seulement vivre dans cette atmosphère violente, dans ce fracas gigantesque et continuel de fer retentissant, on est

soumis à une dépense nerveuse considérable. Quand arrivait le soir, j'étais fourbu, et, malgré mon bon vouloir, le mécanisme des formules ne fonctionnait pas.

Tous les étrangers que je vois ici me disent d'ailleurs la même chose : ce climat est dur au nouveau venu, l'excitation qu'il procure se paye cher, et il faut du temps pour rompre ses nerfs à l'atmosphère électrique des États-Unis, pour habituer son organisme au froid brutal, et aussi au bruit, à la fièvre forcenée des rues et des gens. Thackeray ne raconte- t-il pas, dans ses notes sur l'Amérique, qu'à New- York il lui fut impossible, pendant longtemps, de s'asseoir devant son bureau et d'écrire? La rue l'attirait invinciblement, il lui fallait y descendre à tout prix.

Je comprends admirablement cet état

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