‹ L'Amérique moderneChapitre 29 sur 46 · tonnes de charbon sont em · texte numérisé non relu

tonnes de charbon sont em

ployées annuellement, 100.000 tonnes de fer et 50.000.000 de pieds cubes de bois de charpente.

Le nombre de voyageurs transportés par les Pullmann pendant l'année 1902 a été de 10.753.643.

La valeur des produits manufacturés pour la construction des cars de la Compagnie s'éleva cette même année à 19.500.000 de dollars, celui des revenus à 316.000.000 de dollars.

Le nombre moyen des salariés de la compagnie dans le village de Pullmann fut, en 1902, de 7.098 et les gages payés 26.000.000 de francs, ce qui fait une moyenne de 3.200 francs pour chaque personne employée.

Lenombre total des personnes employées par la compagnie dans les diverses sections industrielles était de 19.103 et les salaires payés, durant l'année, de 54.000.000 de francs.

En sortant de ces usines colossales où l'on m'expliquait que le machinisme est sans cesse en transformation et en progrès, où la production augmente constamment en rapidité et en qualité, je ne pouvais m' empêcher de penser à la mentalité de nos ouvriers français, de nos contremaîtres, de nos ingénieurs et de nos patrons.

Le patron français est hanté par l'idée de l'économie immédiate, la non- dépense, la diminution de ses frais généraux.

L'ingénieur flatte sa manie et obéit. Le contremaître et l'ouvrier, eux, sont surtout rétrogrades. Un petit typographe de province, par exemple, n'admettra pas qu'il puisse y avoir ailleurs de meilleure machine que la sienne, ou plutôt il n'admet

pas qu'on puisse faire marcher chez lui d'autre machine que celle dont il s'est toujours servi. On lui cite des preuves de concurrents plus avisés qui ont une machine perfectionnée. Il y consent, pour les autres, mais, lui, avec ses vieux engins, il fera toujours mieux que les autres avec les nouveaux.

Et voilà comment le Français, habitué depuis des siècles à s'entendre appeler le premier peuple de l'univers, finit, au xxe siècle, à être dépassé par tous les autres peuples, dans un domaine où il fut, en effet, le maître.

familiarité Sur certaines lignes de cheexagérée o mins de fei>; dans le wagon

des fumeurs, — un immense car qui contient une centaine de places divisées par rangées de deux places, — se trouve un employé qui vend aux voyageurs du tabac, des cigares, des cigarettes, des allumettes, des bonbons, du chocolat, des fruits, des magazines, des crayons, etc. Il prend un siège ou deux pour y mettre ses marchandises, plus une place pour lui. Quand on est arrivé au terme du voyage, il remet ses corbeilles et ses boîtes dans une malle et recommence ensuite le trajet inversement.

Cet employé est d'un sans façon charmant. Il siffle, il fume, il crache comme père et mère. J'ai même vu ceci qui ne me scandalisa nullement, j'ai hâte de le dire, mais que j'ai noté scrupuleusement pour bien montrer à mes compatriotes que, comme dit Alfred Capus, chaque peuple a ses usages : l'employé est assis sur une banquette, en train de lire son journal, les jambes croisées. Passe un monsieur qui va

boire un verre d'eau à la fontaine qui se trouve à l'extrémité du wagon. L'employé, qui a des boîtes d'allumettes devant lui, dit au monsieur sans même mettre un doigt à la casquette qu'il a sur la tête : « Du feu, S. V. P. ? » Le monsieur, debout, s'arrête, fait tomber la cendre de son cigare, le tend vers le cigare de l'employé, qui y allume le sien et qui se remet à lire son journal en disant du bout des lèvres, sans lever les yeux : « Merci ».

J'ai déjà parlé de la douce fraternité qui unit voyageurs et employés de chemin de fer. Elle est réelle. L'employé fait son métier, mais sans pontificat. Il n'est ni fier ni exigeant. Il ne demande pas aux voyageurs plus d'égards qu'il ne leur en rend lui-même. Un voyageur veut somnoler dans son fauteuil. Que fait-il pour ne pas être réveillé par le contrôleur qui va passer tout à l'heure? Il plante son billet contre le ruban de son chapeau. Le contrôleur passe, voit le billet, le retire doucement, le perfore et le remet où il l'a trouvé.

Et il fait cela naturellement, sans avoir l'air de s'en vanter, sans même sourire.

Aux stations, pendant les arrêts, les mécaniciens du train achètent la dernière édition d'un journal (prix : cinq sous), la parcourent d'un œil rapide sur leur locomotive et la rejettent à terre avant de repartir.

Il existe présentement, en Amérique, 358.150 kilomètres de chemins de fer en pleine exploitation, et on en construit sans cesse.

Comme point de comparaison, souvenons-nous que la France compte à peine 45.000 kilomètres de voies ferrées, et que

ce chiffre n'est dépassé en longueur, dans toute l'Europe, que par le réseau allemand.

Le samedi après-midi, on trouve presque toujours un ouvrier gris dans les trains de banlieue. Et, comme il n'y a qu'une classe sur les chemins de fer, on est exposé à des voisinages assez dégoûtants. Mais le public s'amuse énormément de l'ivresse ; il en rit avec bienveillance. Un ivrogne ne voulant pas payer sa place répondait par des plaisanteries aux sommations du conducteur. A une station celui-ci appela ses camarades qui empoignèrent le pochard, l'arrachèrent de la banquette et le poussèrent vers la porte avec une violence terrible. La tête du malheureux alla heurter contre l'angle de la porte ouverte, puis contre l'embrasure.

Le crâne fendu, la figure ruisselant de sang, il fut jeté sur le quai, où il demeura assis, hébété, sans avoir dit un mot. Dans le compartiment, les gens riaient de l'air abruti du misérable. Cela avait duré une minute à peine.

formes de Dans le Maine, la Pennsylla liberté vanie, le Massachusetts et quelques autres États de l'Est, il est interdit, par la loi, de servir, à 100 mètres des écoles ou des églises, ni bière, ni alcool, ni vin.

Et encore, si vous êtes dans les limites permises par la loi, on ne vous servira de boisson que si vous écrivez votre commande sur un papier imprimé qu'on vous présente quand vous vous mettez à table, que vous remplissez et signez, et si vous payez votre commande d'avance. Alors, le garçon de l'hôtel qui vous sert n'est plus

garçon d'hôtel, il devient votre propre domestique et a le droit d'aller acheter votre breuvage en votre nom. Voilà la chinoiserie à peine croyable à laquelle il faut vous plier.

Le propriétaire d'un hôtel placé à moins de 100 mètres d'un temple s'est vu forcé, pour pouvoir vendre à boire à ses clients, de creuser un sous- sol à quelques mètres au delà des 100 mètres interdits, et c'est là que les garçons sont censés aller s'approvisionner de vin, de bière et de whisky.

Des gens veulent boire une bouteille de Champagne dans un restaurant, on la leur refuse. Ils commandent six huîtres — ils sont trois — on les leur sert et aussi le Champagne. Mais, s'ils demandent une autre bouteille, on la refuse à moins qu'ils ne commandent six autres huîtres. Et ceci de par la loi.

Après onze heures du soir, on ne sert rien dans les endroits publics. Et la surveillance est rigoureuse.

A une femme, si elle est seule, il ne sera servi d'autre boisson que de l'eau.

Un dimanche d'hiver, vous vous promenez en traîneau aux environs de New- York, sur la River- Side ; il fait froid ; vous descendez à un restaurant placé sur votre route et vous demandez un grog ou un verre de whisky. On vous l'apporte, avec un plat de gâteaux, qu'il vous faut payer, même si vous n'y touchez pas. Des commerçants ingénieux ont même inventé des assiettes en cartonnage imitant à s'y méprendre biscuits et gâteaux

En Pennsylvanie, c'est mieux encore : le dimanche ou les jours d'élections (et les élections sont nombreuses!), impossible

de se faire servir, à Y hôtel, à table, le moindre verre de bière ou de vin, ou de spiritueux quelconque. Et je vous assure que par des froids de 20° le besoin s'en fait quelquefois sentir !

Avant d'entrer dans l'État du Texas, en chemin de fer, si vous désirez boire à vos repas, pendant les deux jours que vous allez mettre à le traverser, soit de la bière, soit du vin, il faut que vous ayez pris soin d'en faire d'avance la commande par écrit au garçon du Pullmann ! Si vous l'avez oublié, vous risquez de ne boire que de l'eau pendant ces deux jours.

Au buffet de Pueblo, vous mangez debout devant un comptoir. Ni chaises, ni tables. Si vous voulez boire, il vous faut aller chercher votre boisson vous-même dans

une salle voisine. C'est qu'on a accordé une licence au patron de la buvette, et que le patron du buffet n'en a pas. Alors, chacun, son repas fini, s'en va boire à la buvette. Et personne ne se plaint, sauf les Européens grincheux comme moi, qui ne sont pas encore dressés aux mœurs de la liberté

Mais, encore une fois, comment fait- on pour se griser, dans ce pays d'intolérance?

Il est défendu de fumer sur tous les tramways de l'Est, même sur les platesformes ; défendu de fumer dans les salles des gares et sur les quais.

Dans l'Ouest seulement, on peut fumer dans les tramways découverts, si l'on est assis sur les quatre dernières rangées de bancs à l'arrière.

A L'INTÉRIEUR DES PULLMANS. — Les wagons-salons américains sont des modèles de confort : larges, bien aérés, ils sonl garnis, sur les cotés, d'un riche mobilier où l'on retrouve tous les styles classiques.

LE SALON-BIBLIOTHÈQUE. — Chaque train de luxe est muni d'une bibliothèque où, moyennant une modeste redevance, le voyageur peut feuilleter, dans de confortables fauteuils, les plus récentes nouveautés littéraires.

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