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Le Sentiment de l'Art

2. Geronimo de MENDIETA, Astoria ecclesiastica indiana, liv. IV, ch. XII.

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Les personnages des bas-reliefs de Palenqué, dit Désiré Charnay, étaient d’un modelage exquis, d’un fini de détails extraordinaires, tandis que sur les frises au-dessus de chaque porte se développaient une série de figures gigantesques et monstrueuses avec leurs yeux saillants, leurs bouches fendues, comme des gueules et leurs dents de crocodile, Autant les premiers, ajoute-t-il, attestaient la recherche d’un idéal sauvage, autant les secondes attestaient la recherche d’une laideur voulue. Enfin, dit un célèbre architecte et explorateur, M. Viollet-le- Duc: « Dans tous ces monuments, temples ou palais, que les peuples élevèrent sur le sol mexicain ou sur le plateau du Yucatan, il est impossible de ne pas reconnaître l'influence d’un art hiératique, rivé à certaines formes consacrées par une civilisation essentiellement théocratique.»

Dans l’Inde antique, comme en Amérique, c'était donc le hiératisme qui inspirait les sculpteurs et les peintres et leur imposait des règles qui, réprimant leur originalité, finissaient par produire cette alliance de genres disparates, où le grotesque le disputait à la laideur, sans expression d’aucune grande pensée morale. Et le contraste est d'autant plus frappant que les anciens Mexicains civilisés et instruits possédaient une philosophie très élevée. La littérature aztèque nous a laissé des exhortations morales d’une pureté remarquable, d’une hauteur de sentiment dont on trouve peu d'exemples, même

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dans l’Inde. Disons-le encore une fois, la coexistence de semblables similitudes en fait d'œuvres plastiques chez des peuples séparés par de telles distances, ne peut provenir que de croyances, de traditions communes, d’instincts héréditaires et d'institutions enlevant presque tout exercice à la liberté des individus.

Les symboles du culte de Çiva, dont sont remplis les sanctuaires de l'Inde et où ils sont encore les objets d’hommages avec les mêmes cérémonies en usage il y a 6,000 ans, se rencontrent aussi fréquemment parmi les ruines du Mexique, du Yucatan et de l'Amérique centrale. |

Le serpent, adoré dans l'Inde, comme en Amérique, l'était également au Cambodge, où son image est reproduite sur les magnifiques monuments d'Ongkor-Thom. Mais ces cultes étaient aussi fort répandus en Chaldée, en Chanaan, en Phénicie et autres régions habitées par les descendants de Cham, ou qui avaient subi leur influence; on ne peut donc guère insister sur les conclusions à tirer de ces rapprochements quant à leur provenance première en Amérique, si ce n’est qu’ils étaient communs 4 toutes les familles chamitiques.

L’art plastique aux laideurs déconcertantes, le culte phallique et celui du serpent sont autant d’originalités ethniques dont l'influence ne paraît pas avoir été prédominante dans l'empire du Pérou, quoique le culte du soleil et des astres fut général

parmi tous les anciens peuples civilisés de l’Amérique !, Il n’en est pas moins vrai, cependant, que la physionomie manque tant à la statuaire qu’à la peinture péruvienne, comme elle manquait d'ailleurs . dans les arts plastiques de l'Egypte, de la Phénicie. Rien, au Pérou, dans les figures que reproduisent les poteries, par exemple, n’y dénote la joie, la tristesse, la colère, la méditation, en un mot aucune des passions qui se jouent sur le visage vivant !, Les coïncidences archéologiques qu'on retrouve au Pérou nous font plutôt songer à l'Egypte. Certains édifices péruviens .appellent le style égyptien, tandis que celui des ruines de l'Amérique du centre se rapproche davantage des styles chaldéen et hindou. Aux premiers temps de l'Egypte, les cadavres, tel que l’a constaté Amélineau dans ses fouilles sous les buttes d’Abydos ?, étaient placés dans une position accroupie; cette position est celle des momies péruviennes dans leurs huascas.

On a aussi souvent comparé les produits de la céramique du Pérou et du Mexique à ceux de l'Egypte, quoiqu’ils offrent également certains traits communs avec ceux de la Chaldée et de l’Assyrie. Au Musée de Leyde, on remarque une figure égyptienne représentant une femme accroupie et mon-

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1. Lucien de Rosny, Æistoire de la Céramique, introduction, P. 166.

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