‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 125 sur 128 · E. Recicvs, L'Homme et la Terre, t · texte numérisé non relu

E. Recicvs, L'Homme et la Terre, t

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° INFLUENCES CHAMITIQUES 359

chide, ont dans leurs maisons une abondance incroyable de vases et d’ustensiles d’or et d'argent. Leurs édifices ont des portiques aux colonnes revêtues d’or et surmontées de chapiteaux d'argent... ; ils font des dépenses énormes pour l’ornementation de ces édifices, où ils emploient l'or, l'argent, l'ivoire, les pierres rares et en général les matières auxquelles les hommes attachent le plus de prix.»

Les récentes études de M. T. Bent ! ont fait voir que les explorations aurifères du Sud de l'Afrique remontent à la plus haute antiquité, que ce pays était le centre d’une production d’or intense. D’après un calcul de M. F.-B. Fairbanks, les travaux d'extraction couvrent un espace de 4000 milles anglais, Le voyageur Maud estime à des millions de tonnes la masse remuée là au Mashonaland dans les siècles passés, ce qui suppose des milliers d'esclaves, tout un peuple. On extrayait l'or au moyen de véritables puits de mines et de galeries souterraines. Des experts évaluent à plus de deux milliards la quantité de métal recueilli.

1. Voir à ce sujet: T. BENT, 7%e ruined cilies of Mashonaland, Londres, 1893.—R. SWAN, 7he orientation and architectural nature of the ruined Temples of Mashonaland. (En appendice au volume de T. Bent.)—Willoughby. 4 #urrative of further excavations at Zimbabye, Londres, 1893. —Mathers,

Zambesia, Londres, 189r, et Etudes religieuses, à l'article : :

ZiMBABYE, Les grandes ruines de l'Afrique du Sud, année 1895, vol. III, p. 227.

phallique et solaire, et, à côté de ces symboles, des orientations, traces probables d’un culte solaire.

chaldéens (Norman Lockyer, 7%e Dawn of Astro.

temps de Salomon ; mais l’on s'accorde généralement À voir dans ces chercheurs d'or les Sabéens de l'Arabie, , L'époque à laquelle S’établirent les

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t également, dans la de la vie, plus d’un trait Particulier aux Chamites. La formation et l'éducation des fils d'Abraham se

ann I. E, RECLUS, Ouvrage cité, t. IL, p. 250

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Sud de l’Asie ; mais l'existence de pareils symboles a aussi été constatée en Amérique; bien plus, ces symboles ont les mêmes combinaisons et accusent la même idée fondamentale !, Le Sud de l’Asie! c’est le pays d’origine de tous les peuples kouschites, et les premiers habitants connus qui ont habité l’île de Cypre sont les Phéniciens, venus aussi d’abord des contrées baignées par la mer Erythrée ?. Ils dominèrent en Crète aux temps qui précèdent l’histoire. Et pendant que les marins de Tyr et de Sidon fondaient partout des comptoirs sur le littoral méditerranéen, prenaient terre sur les côtes de la Grèce et même de l'Italie, d’autres intrépides navigateurs, partis du même et premier pays d’origine, atteignaïient, à travers le Pacifique, le continent américain, apportant avec eux une industrie, une culture intellectuelle, une croyance et des usages communs à tous les descendants de Cham.

1. It is acknowledged now that the symbols which have been found in the buried cities of Knossos, Crete and Mycenae were received from Southern Asia, but the very same symbols are also found on the American Continent, and what is more they have the same combinations and seem to have the same underlying thought. (7%e Migration of Symbols, dans i' American Antiquarian, année 1903, p. 334.)

2. La pius ancienne couche des objets cypriotes est enfouie sous nne strate d'origine orientale, indiquant l’ascendant civilisateur des Hittites, des Phéniciens, des Assyriens et autres peuples ayant les ports de Syrie pour point de départ. (Elisée RECLUS, ouvrage cité.)

Il y a dans toute cette étude sur l’origine des peuples civilisés de l'Amérique précolombienne une question de linguistique dont il importe de dire quelques mots, non en vue de lui donner une solution définitive, mais plutôt pour expliquer un fait qui tout d’abord semblerait militer contre l’origine kouschite de cette ancienne civilisation.

Aucun américaniste n’ignore qu’à l’époque de Christophe Colomb, les langues parlées par les indigènes de notre continent appartenaient au groupe de langues dites agglutinantes. Or, Sémites, Chamites et Japhétiques sont donnés comme ayant formé à l’origine une seule et même famille, et, naturellement, avant la séparation initiale, ils devaient parler une langue commune. La parenté des langues chamitiques et sémitiques est même un fait acquis à la science. Cependant, dès qu’ils entrent dans l’histoire, nous voyons les Sémites et les Japhétiques faire usage de langues, déjà bien mélangées, il est vrai, mais parvenues à l’état flexionnel, c’est-à-dire appartenant à cette classe de

langues qui ont atteint le plus haut degré de déve. loppement, qui se prêtent Je mieux à l'expression de

thèse invoquée dans cet ouvrage touchant l'origine de la Civilisation de l’ancienne Amérique est vraie,

habitants aborigènes. Or, nous Je Savons, il n’en est rien pour ce qui regarde l'Amérique, et, fait

Les assyriologues, très étonnés d’ailleurs de leur découverte, ont reconnu que non seulement l'origine de la Civilisation Chaldéenne, Mais que la langue dans laquelle sont Téproduites les plus anciennes inscriptions Cunéiformes, n’appartiennent ni aux Aryens ni aux Sémites. La langue figurée Par ces Premiers signes est du type agglutinant, Sans flex. ions, et qui, dans son ensemble, Constitue un mode

signes figuratifs !. L’Elam est une région située à l'Orient du Tigre inférieur, et nous savons, d'autre part, que c’est au cours de «leur migration de l'Orient » que les Kouschites arrivèrent en Chaldée. Le terme sumérien du pays était Nimma, dit M. J. Oppert, mot qui exprime également la contrée du Levant. Il est possible, ajoute le célèbre orientaliste, que ce mot, qui se rencontre dans les textes de la Susiane sous le nom de Nimma, soit identique à celui de Nimrod qui, dans la Bible (Gen. X) et dans le prophète Niché (v. 6.) est l'expression de tous le pays généralement désigné par le mot Elam.

Les idiomes, morts depuis des siècles, qui se parlaient au temps de la haute antiquité dans la

. région à l’est de la Mésopotamie, c’est-à-dire dans

la Médie et la Susiane, et aussi dans la Babylonie et la Chaldée, étaient des idiomes nettement agglutinants. Ils se parlaient concurremment avec l’assyrien de la famille sémitique.

« L’akkadien ou suméro-akkadien est un langage qui s’est fixé de très bonne heure, que l’adoptation de l'écriture dès une très haute antiquité a comme cristallisé, de même que le chinois, à un état de grammaire remarquablement primitif, dans le premier stage de l’agglutination, quand il conservait

1. Elisée RECLUS, L'Homme et la Torre, t. I, P. 492. J. de Morgau, Histoire de l' Elam.

encore de nombreuses traces de l’état isolant et rhématique 1»

Dans les textes trilingues que nous voyons sur les parois des rochers et qui furent gravés par ordre des souverains akhéménides, la deuxième place, après le perse, est occupée par une langue agglutinante, qui était le parler populaire, c’est-à-dire celui des anciens habitants du pays, tombés sous la domination des conquérants aryens ? Les premiers habitants de l’Iran sont donnés comme Chamites par leur origine.

Quant à la flexion nominale proprement dite, les idiomes de la famille chamitique n’en offrent point de traces. La conjugaison de l'égyptien, comme celle de toutes les autres langues chamitiques, est presque purement agglutinante. Et n’était leur rapport étroit avec les idiomes sémitiques, qui oblige à les grouper avec eux, dans la même classe, on hésiterait à les compter parmi les langues à flexion.

« On peut, du reste, ajoute Lenormant, définir, avec Friedrich Müller, la parenté qui existe entre les deux familles de langues chamitiques et sémitiques, comme étant plutôt dans l’identité de l’organisme que dans la coïncidence des formes toutes faites. Les.deux familles ont dû se séparer à une

1. F. LENORMANT, Âistoire ancienne de l'Orient, t. 1, p. 2. E. RECLUS, La Terre et l'Homme, t\1,1p. 418.

Époque où leur langue commune était encore dans une période fort peu avancée de développement. En même temps,la persistance des langues sémiti. ques dans leurs formes anciennes à travers toute la période historique, est un gage du grand éloignement de l’âge où langues sémitiques et langues chamitiques n’étaient pas encore nées, mais où existait un idiome à jamais disparu dont elles devaient procéder les unes et les autres. Enfin, la famille chamitique paraît s'être divisée de très bonne heure en différents rameaux; les idiomes qui la composent sont alliés de bien moins près les uns aux autres que ne le sont entre eux les idiomes sémitiques ou syro-arabes 1,»

Un des rameaux de cette grande famille, immigré aussi, on a tout lieu de le croire, de très bonne heure en Amérique, y est arrivé avec une langue en voie d'évolution et qui d’ailleurs dût bientôt subir une profonde transformation par contact, par mariages ou autrement, avec les autochtones. Peut-on retrouver dans les langues parlées par les tribus indigènes les mieux conservées du Pérou, de l'Amérique centrale et du Mexique, quelques affinités linguistiques avec certains idiomes de l'Inde et autres lieux primitivement ‘habités par les Chamites ? Quelques voyageurs, des missionnaires, le préten-

————— I. F. LENORMANT, ouvrage cité, t. I, p. 370.

* 150mm

dent. Personnellement, je suis absolument incom: pétent à me prononcer sur cette matière.

Il n’y a aucun doute que le parler des premiers immigrés civilisés arrivés en Amérique en était encore à l’état de langue agglutinante, qu’elle y est demeurée telle, en y acquérant même un trait parti. culier propre aux langues américaines, qu’on a appelé le polysynthétisme et qui n’est qu’une exten:sion de l’agglutination. En tout cas, ce parler est aujourd’hui perdu; tout au plus pourrait-il en subsister quelques vestiges chez les descendants les moins mélangés de ces lointains ancêtres. De la langue aztèque même, la dernière parlée de l’idiome nahua, il ne reste guère plus que le tiers des mots confondus dans les patois modernes !. Quoi qu’il en soit, «la répartition des différents types du parler humain en idiomes monosyllabiques ou juxtaposants, agglomérants ou agglutinants et langues du type à flexion, n’a qu’une valeur purement formelle et ne saurait servir de base à une classification véritablement méthodique... Les progrès de la philologie comparée tendent de plus en plus à nous faire reconnaître entre les idiomes, en apparence les plus dissemblables, de ces analogies difficilement attribuables au pur hasard 2,»

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