‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 25 sur 128 · D. CHARNAY, A Zravers Les Joréls vierges, Paris, 1890, p · texte numérisé non relu

D. CHARNAY, A Zravers Les Joréls vierges, Paris, 1890, p

On dit même que le grand temple de Boeroe-Boedor, dans l’île de Java, correspond si exactement avec celui de Palenqué, qu’il n’est guère possible de contester sérieusement la communauté d’origine et de destination de ces deux monuments !. M. Désiré Charnay, cet infatigable explorateur, qui a vu sur place les monuments en ruines des deux pays, Java et l'Amérique centrale, dit qu'il a aussi été vivement frappé de leur ressemblance; il cite, entre autres rapprochements, la pyramide affectée au temple, avec escalier semblable à ceux que l'on trouve au Mexique, au Yucatan et dans l'Amérique centrale. Mêmes dispositions et construction intérieure des temples, voûtes en encorbellement : mêmes détails d’ornementation, terrasses, esplanades, localisation des temples en centres religieux, etc.

À ce propos, Fergusson fait remarquer que les Javanais, pas plus que les Américains, n’ont pu s’enseigner mutuellement l’art de bâtir ; mais qu’une ancienne et commune foi, le sang, les instincts héréditaires en un mot, ont pu survivre et se réveil. ler chez les deux peuples et produire les mêmes effets à d'aussi grandes distances. Si la cause n'était pas celle-là, ajoute.t-il, cette ressemblance ne serait qu’un simple accident, et ce serait la seule de ce genre constatée dans l'univers.

1. Revue d'Edimbourg, avril, 1867.

Après avoir lu attentivement les descriptions que l’on donne des ruines d'Ongkor ou d'Ongkor-Thom, et les avoir comparées avec celles de Palenqué, de Cope n et autres monuments américains, je suis, moi aussi, resté sous la conviction qu’il faut nécessairement attribuer la construction de tous ces édifices à des peuples d’une origine commune, chacun d'eux ayant gardé les traditions premières, selon la viva. cité de son esprit, de ses instincts et la force de ses souvenirs.

En Asie comme en Amérique, tous ces monuments sont élevés sur des collines naturelles ou artificielles, et produisent tout d’abord chez le spectateur la même impression. Partout ils présentent à la vue un enchevêtrement de temples, de terrasses, de galeries, de promenoirs, d’esplanades, de tours, d’une richesse d’architecture et d’une ornementation incomparable.

« À Ongkor, dit un explorateur, M. Henri Mouhot !, dans la province de Cambodge qui a conservé le même nom et qui est située à l’est du grand lac Touli-Sap, se trouvent des ruines si imposantes, fruit d’un travail tellement prodigieux, qu’à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration,

Te nm an

1. Henri Mouxor, Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge et de Laos. Paris, 1883.

(24149-opuy 1 2p sopnaque snysog S24/D,P 32 25p0qu97 2p ‘ Sunvdos 57 Suvp 5250404 oqnoy LusH) ‘aqeuornuajdes speSez

2P “UIDIS 2p ‘1048u0,p soumy—"1z LIT 0

nee RE CORRE eee RÉ ne Nm

«— Sn. LR URUTE Ur Joe EDS" rent —" “Nyons « ; .

TE mere PER £ F à Dr T1 | 1202171;52 Poeme D TN = né nn

nt Ah Éd ds it > des de à

et l’on se demande ce qu'est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques.

«... Nous débouchâmes tout à coup sur une belle esplanade pavée d'immenses pierres bien jointes les unes aux autres, et bordée de beaux escaliers qui en occupent toute la largeur et ayant à chacun de ses quatre coins deux lions sculptés dans le granit.

« Quatre escaliers donnent accès sur la plateforme...

« Au delà d’un large espace dégagé de toute végétation forestière s'élève, s'étend une immense colonnade surmontée d’un faîte voûté et couronné de cinq hautes tours. La plus grande surmonte l'entrée, les quatre autres les angles de l'édifice, Au lieu d’une déception, À mesure que l’on approche, on éprouve une admiration et un plaisir plus profond. Ce sont tout d'abord de belles et hautes colonnes carrées, toutes d’une seule pièce ; des portiques, des chapiteaux, des toits arrondis, tous composés de gros blocs admirablement polis, taillés et sculptés... A la vue de ce temple, l'esprit se sent écrasé, l'imagination surpassée,

« À deux milles et demi au nord d'Ongkor-Wt, un temple a été élevé au sommet du mont Ba- Kheng, qui a cent mètres à peu près de hauteur. Au pied du mont, au milieu des arbres, s'élèvent deux magnifiques lions de deux mètres vingt-cinq

centimètres de haut, ne formant qu’un avec les piédestaux.

« Des escaliers, en partie détruits, conduisent au sommet du mont, d'où l’on jouit d’une vue si étendue et si belle, que l’on n’est pas surpris de ce que ce peuple, qui a montré tant de goût dans la disposition de ses magnifiques édifices, dont nous cherchons À? “c 1ner une idée, ait couronné cette cime d’un spler-uide monument.

« Cette belle nature est aussi muette et déserte aujourd'hui qu’elle devait être vivante et animée autrefois ; le cri des animaux Sauvages et le chant d’un grand nombre d'oiseaux troublent presque seuls ces profondes solitudes. .. »

« La voiture nous déposa sur une terrasse, dit M. Désiré Charnay, en arrivant aux ruines de Boeroe-Boedor. Là, nous restor- stupéfaits, devant la création la plus étonnante : plus grandiose, On ne saisit pas tout d'abord, on ne comprend pas ; l'œil n’embrasse qu’un ensemble dont l’énormité vous écrase ; puis le jour se fait; les parties se détachent comme autant d’édifices merveilleux, les détails comme une longue suite de chefs-d'œuvre. Quel effet devait produire ce monument dans son

entier, puisque, ruine dévastée, il impose une telle émotion ! »

L'édifice, qui rappelle les pyramides d'Égypte

De Re re age

2 ARRET. Le Tape, are —

AT oi

par sa forme et sa grandeur, s'élève sur une colline d’un contour bien proportionné, dont on a égalisé les quatre pans, qu'on a doublée de pierre et divisée en neuf terrasses successives : la partie qui constitue le temple est le haut de cette même colline aplanie en forme d’esplanade. De la coupole terminale, l'œil plane sur un chaos de terrasses et de rotondes à jour chargées de sculptures, de murs en retrait, de galeries. « L’imagination, en remontant le cours des siècles, dit un voyageur, essaie de se représenter ces terrasses, ces gradins, ces galeries, ces promenoirs, aujourd'hui déserts et muets, tels qu’ils étaient lorsque ce même soleil éclairait les longues théories de prêtres e. de pèlerins qui s'y déroulaient en chantant les louanges de Bouddha 1.»

« Nous gravissons la pyramide, dit maintenant M. Désiré Charnay en parlant de Palenqué, nous pénétrons dans le palais, et l'in: pression que j’éprouve est profonde. Plus jeune j'avais trouvé l'édifice modeste; j'y retourne plus vieux, et je le trouve grandiose, à

« Une courte promenade aux environs, au milieu de ce qui reste encore de ruines debout, me pénètre d’admiration. Ce palais massif, (avec ses galeriespromenoirs,) ces temples ruinés, ces pyramides de toutes hauteurs, sont plus que majestueux, ils sem-

Eee

1. Jules LECLERCQ, Un Séjour dans l'île de Java. Paris, 1898,

LE 0 © mgne à ‘ 4 em rares NS SA a aa ge cn net

entierement m2 PTS

nt Atimdin ous gp co amet mme bise

“suoqdAns sasde,p ‘onbus;eg 9p stereq—"€z Aix

112 7 MÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE

blent effrayants, et l'on se demande si le peuple qui éleva ces monuments profita des éminences naturelles qui parsèment les flancs de la Cordillère, pour y placer ses demeures, ou si ces ouvrages étonnants par leur grandeur sont sortis tout entiers de la main des hommes. Non; nous nous en somines assurés plus tard. Les constructeurs distribuaient le terrain en esplanades, sur lesquelles ils élevaient de petites pyramides; mais ils doublaient les collines de pierres, et les divisaient en étages. « Rien \ . d'étrange comme une promenade au milieu de ces édifices extraordinaires: cet abandon, ce silence, cette solitude, l'ombre épaisse des arbres qui couronnent édifices et pyramides, grandissent encore le mystère qui plane sur les ruines, et vous plongent dans une tristesse indicible .1»

TE one mm TE 2007

Les ruines de Lorillard-City, groupées sur la rive gauche de l’Usumacinta supérieur, dans l’État de Chiapas, présentent exactement la même disposition que celles de Palenqué. Partant des premières terrasses, à environ soixante pieds du fleuve, les monuments s'élèvent en amphithéâtre sur des collines naturelles que les constructeurs ont divisées en esplanades ornées de soutènements de pierres et É garnies d’escaliers. Des terrasses artificielles protégeaient les côtés de la montagne sur le sommet de

RER ee

Page 1