‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 3 sur 128 · Une Princesse indienne avant la Conquête, Paris · texte numérisé non relu

Une Princesse indienne avant la Conquête, Paris

les surmontaient et les cours intérieures, ressemblaient beaucoup à ce qui se voit dans les parties sud et occidentale de l'Asie et en Egypte. Les objets que possèdent les musées, l’art de transmettre la pensée par l'écriture, les soins donnés à la culture et à l'irrigation, sont encore autant de témoignages que cette ancienne civilisation avait atteint un degré de développement relativement avancé.

Maintes fois, dans le cours de mes lectures, j'ai rencontré, et souvent même chez des auteurs qui écrivaient pour un tout autre objet que celui de rechercher l’origine des Américains, des passages comme les suivants :

« Le calendrier des Mayas présente à la fois les

principes du calendrier ‘zyptien et ceux des calendriers asiatiques. »

« L'identité des pyramides de l'Egypte, de l'Asie, de l'Océanie et de l'Amérique, prouve une relation primitive entre ces peuples. Une pareille coïncidence matérielle ne peut être l'effet du hasard. »

« De plus en plus, l'étude des traditions antiques

‘ aussi bien que celles de la civilisation et du calendrier, nous portent à chercher de l'autre côté du Pacifique les origines primitives de la civilisation

PRÉFACE 17 qui existait au sein de la race Cuivrée (américaine), »

« La comparaison des ruines de l'Egypte, de Ninive et de Babylone tres plus anciennes, ay

astre brillant adoré en commun. De part et d’autres aussi des détails souvent identiques dans ces Constructions, un pouvoir despotique et théocratique. »

« Quant à nous, dit M. Léon Douay, après avoir eu la bonne fortune de vivre au milieu de deux tribus centro-américaines restées pures, et après avoir été aux Indes dont nous avous étudié les coutumes et les Croyances, nous avons été Surpris d’y retrouver avec les cputumes et les croyances américaines de nombreuses analogies, dont quelques-unes à notre connaissance n’ont pas été signalées, »

Commentant le résultat des fouilles opérées tant en Amérique qu’en Orient, l’auteur de l’Aistoire des Littératures comparées s'exprime ainsi :

« On apprit que les « pétroglyphes » exhumés du

sol de l'Amérique centrale sont souvent identiques, pour la forme et la signification aux hiéroglyphes égyptiens. Il fut reconnu — quant à l'antiquité du nouveau monde — que d'étroites communications avaient existé entre ses aborigènes et les peuples de l'Egypte et de l'Asie Mineure. On en détacha des comparaisons infiniment curieuses entre les cérémonies religieuses des peuples primitifs de l'Amé. rique centrale et celles de l'Inde et de la Chine.

Enfin, les fouilles opérées avec succès ne laissèrent

point de doute sur la coexistence des races américaines constituées et des races mentionnées dans les livres de Moïse, » * ‘::

Ces citations, que je pourrais multiplier, avaient fini par frapper vivement mon esprit. Il me parut que la question des origines de la civilisation américaine devait être étudiée en regard des antiquités orientales ; que c'était là, en la matière, la voie la plus directe et la plus propre pour arriver à se former une opinion de quelque consistance. Je dirai même que l’archéologue qui fait de l'Amérique l'unique champ de ses études, pourra certainement nous donner des détails du plus haut intérêt sur les civilisations indigènes, mais il n’aura pas qualité pour nous en dire l’origine s’il ne peut en même temps comparer ces civilisations avec les civilisa-

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tions orientales. L'Orient, on le sait, est Je pays des révélations, des monuments gigantesques, des sacerdoces formidables. C'est dans cette partie du monde que se sont produits « les premiers élans de l’activité et de la vie », et l'Orient, c'est l'Egypte, la Phénicie, l'Assyrie, la Chaldée, l'Inde. De l'Amérique, je reportai donc mes études comparatives à ces pa;s, que de savants archéologues faisaient renaître une seconde fois. Les nouveaux éléments fou:nis par leurs découvertes, depuis surtout un quart de siècle, l'exhumation et le déchiffrement des inscriptions akkadiennes, hittites, himyriates et autres, provenant des nationalités primitives de l'Asie, l'étude même des langues actuelles de l’Indo- Chine et de la péninsule hindoustanique, nous donneraient, j'en avais la conviction, la clef de ce que nous serions si heureux de savoir touchant l’origine des premiers civilisateurs de notre continent. Je résume ici la question en la synthétisant, ou plutôt en réduisant à quatre chefs principaux ce qui me paraît rationnel d’après un examen attentif des faits.

Je n’ignore pas que l'esprit humain est partout identique à lui-même, que les mêmes besoins ont

fait naître chez l’homme les mêmes efforts de l’intelligence, les mêmes créations de l'industrie. 11 exécute les mêmes choses sous l'empire des mêmes circonstances. De fait, les débris trouvés dans toutes les parties du monde attestent que l'humanité, aux époques primitives de sa civilisation, s’est servie d'instruments semblables, Mais cette loi ne peut s'étendre qu'aux exigences de sa vie matérielle et non aux produits du génie de l’homme, aux conceptions de son intelligence cultivée, et qui sont chez lui les effets d’une civilisation déterminée. Tels, par exemple, les arts de la construction, qui fournissent des indications de la plus hante valeur sur les affinités ethnologiques. « Les temples, les palais et les tombeaux, dit le révérend Isaac Taylor dans ses Ætruscan Researches, peuvent être regardés comme autant de pétrifications des aspirations, des pensées et des sentiments des peuples; ils sont l'expression spontanée et inconsciente de particularités mentales héréditaires. »

Le concours de deux classes d’archéologues est indispensable à la production d’un travail comme celui que j'ai l'honneur de présenter aujourd’hui au public: les professionnels, opérant sur le terrain, et

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les hommes de cabinet qui, moyennant de patientes et de préalables études comparatives, recherchent les déductions logiques à retirer des divers travaux dus à ceux qui ont examiné les monuments sur les lieux. La vie humaine n'est pas assez longue pour permettre à un seul homme de visiter tous les mouuments à mentionner dans une œuvre d'ensemble, de faire, au besoin, des travaux d'exploration, voyages et travaux qui nécessisteraient d’ailleurs des ressources pécuniaires illimitées.

Chaque explorateur, pour étudier avec profit, ne peut, tout au plus, que se cantonner dans une province, porter toute son attention sur le district dont il a fait choix, ne s'occuper que de tels et tels monuments, puis émettre à leur sujet les théories qui leur sont propres, mais qu’il ne peut appliquer à l’ensernble de la contrée tout entière, et, à /ortiorr, à un ensemble de pays. Il manque de cette largeur de vue permettant de modifier ou de confirmer par des preuves beaucoup des opinions qu'il s'était formées ou qui ont cours dans certains milieux. Ainsi, dans un intéressant ouvrage sur l'Amérique centrale, M.' Stephens ne parle pas des antiquités du Pérou, lesquelles présentent pourtant une grande similitude avec les antiquités de la zone intertropicale. D'autre

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part, M. Hutchinson étudie l'archéologie péruvienne sans paraître se douter de cette similitude. M. Désiré Charnay, à qui le Mexique, le Yucatan et l'Amérique centrale sont si familiers, ne dit rien du Pérou, ne le connaissant point. Aussi, pris dans leur ensemble et dans leur état actuel, ces divers travaux ne sont et ne peuvent être que l’œuvre collective d'un grand nombre d’archéologues, travaillant indépendaminent les uns des autres, et largement subventionnés par leurs Bouvernements respectifs, par de puissantes sociétés savantes ou de riches particuliers. Cependant, une vraie gloire est réservée à ces cher. cheurs assez sagaces, assez persévérants et assez heureux pour tirer d’informes débris les traces de peuples que nous ne connaissons que par la tradition ou dont nous ne Soupçonnions pas même l'existence. Or il suffit de lire les rapports qu’ils nous donnent de leurs travaux Pour savoir au prix de quelles peines, de quelles fatigues, de quelles privations parfois, ils ont accompli leurs explorations de ruines souvent perdues au milieu de déserts ou Teécouvertes par d’épaisses forêts. Ces courageux travailleurs méritent tout notre respect et notre estime, et, sans eux, la science préhistorique demeurerait stationnaire ou ferait peu de progrès.

Reste le spécialiste qui, dans les labeurs du cabinet, recueille dans la masse des relations les faits is au jour par les explorateurs, analyse les théories qu'ils émettent sur les résultats de leurs fouilles, de leurs découvertes, pour les résn: «er, après de longues et patientes études, en une « ivre comparative.

Personnellement, je regrette de ne pas avoir été placé, au point de vue des sources historiques, dans un milieu plus favorable que celui d’une modeste ville coloniale. Telle et telle partie de mon livre aurait pu être mieux documentée, plus complète, si j'avais eu l’avantage de pouvoir consulter un plus grand nombre d'ouvrages que je savais exister sur l’orientalisme et l’américanisme, et que renferment la plupart des bibliothèques des capitales européennes. Certaines divisions de la première et de la deuxième partie de mon livre étaient aussi susceptibles de plus amples développements, trop longs cependant Pour entrer dans le corps de l'ouvrage sans distraire outre mesure l’attention du lecteur; de ]à les chavitres particuliers qui suivent cette partie de mon travail, et qui n'en sont Pour ainsi dire que des annexes explicatives.

Je n'ai point à m’excuser ici des emprunts que j'ai dû faire aux nombreuses publications des archéologues qui ont étudié les antiquités américaines et orientales. La nature de mon travail m'invitait à citer souvent les auteurs qui me servaient de guides. Du reste, je suis convaincu que le lecteur préférera à un exposé qui me serait personnel les paroles mêmes de ces savants. Je tiens à déclarer, cependant, que les conclusions de mon livre ine sont propres, et que la thèse que j'y développe touchant l'origine de la civilisation de l'Amérique précolombienne me

paraît constituer la solution la plus probable de ce problème. .

Je puis ajouter, en terminant, que j'ai fait. le présent travail l'esprit libre de toute idée préconçue, me gardant contre toute hypothèse aventureuse, Pour m'en tenir exclusivement à Ja seule méthode qu’admet la science: l'observation directe des faits et les conclusions qu’ils autorisent. Je ne me cache pas les difficultés que présente la solution du problème de l’origine des premiers civilisateurs de l'Amérique précolombienne, problème qui n’a de nouveau ici que la manière de l'exposer. Nous

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d’ailleurs pour la science et pour l’histoire, à des résultats certains, que par l'étude d’un grand nombre de faits, même de ceux dont les détails semblent peu importants. Aussi, me suis-je efforcé de rassembler en un faisceau, en les prenant comme ils sont, tous les faits qu’il m'a été possible de connaître, et qui, de leur nature, contribuent à la solution désirée. Mais ce sera au lecteur à décider si les résultats auxquels je suis arrivé entraînent la conviction. J'avoue tout mon optimisme quant aux promesses que semble indiquer la voie suivie ici pour faire la lumière sur cette intéressante question, et, encore un peu, j'allais redire le triomphant Eureka de jadis, tellement j'ai confiance en la confirmation des données de la présente étude par les découvertes de l’avenir. Je ne suis pas Cependant dans les dispositions de ce bon abbé de Vertot, lequel, recevant d’un chercheur érudit des documents précis pour servir à l’histoire du siège de Rhodes, répondait: «Ce n’est pas la peine, mon siège est fait» Si des recherches ultérieures m’obligent à modifier les prémisses ou les conclusions de mon travail, je réferai mon siège. Mais si, comme je me plais à le croire, les nouvelles découvertes et les progrès de la science ethnographique viennent

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confirmer la thèse développée dans le cours de cet Ouvrage, je serai satisfait d’avoir servi aux véritables intérêts de la science et contribué à la solution tant

cherchée de l’origine des anciens peuples civilisés de notre continent,

Monteiquieu, ayant à parler d'Alexandre, s'établit en quelque sorte dans son sujet: « Parlons-en, dit-il, tout à notre aise.» Je voudrais bien éprouver une égale liberté d'esprit en traitant de questions relatives aux origines de notre continent. Parler d’une manière adéquate d’un personnage qui rentre tout à fait dans les cadres de l’histoire est chose relativement facile, surtout quand on est doué d’un grand talent, comme l’illustre publiciste que je viens de citer. Mais l'étude de l'antiquité améri- Caine est un sujet autrement complexe et hérissé de difficultés: aussi rémarque-t-on chez les nombreux auteurs qui se sont occupés de l'Amérique préhistorique des divergences d'opinions inévitables dont l'effet a d’ailleurs été de Provoquer des recherches plus scientifiques et plus profondes. Grâce aux progrès de l'anthropologie, de Ja linguistique, de lethnographie, aux nombreuses et récentes décou-

vertes archéologiques, aux travaux incessants de nos devanciers et des contemporains, nous commençons À nous reconnaître dans tout ce passé de notre vieille Amérique, et plus d’un problème naguère

obscur semble maintenant avoir reçu une solution définitive.

Avant d'aborder le sujet propre de mon modeste travail, qu’il me soit permis de synthétiser quelques: uns des points jadis controversés du préhistorique américain qui paraissent être entrés aujourd’hui dans le domaine des vérités constatées et généraleinent admises. Dans l'intérêt de l'avancement des études américanistes, il importe de procéder avec ordre, de distinguer les matières encore sujettes à discussion de celles dont les solutions sont acquises à la science, de savoir non seul.ment où il faut s’avancer, mais où il faut s'arrêter.

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