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Fig. 35.—Porte monolithe à Tihuanaco (Pérou).
considérables, de vastes galeries, des terrasses, des portiques, tous faits d’une seule pierre. « Je fus étrangement étonné, ajoute ce témoin oculaire, de voir ces énormes terrasses composées de grandes masses de pierres, dont quelques-unes avaient jusqu’à trente pieds de longueur, quinze pieds de
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hauteur et six d'épaisseur. » Ces pierres provenaient de carrières situées à des distances de quinze à quarante milles.
M. Gordon, on se le rappelle, tient le même langage au sujet des ruines de Copan : « Plus nous les examinons, dit-il, plus l'esprit est frappé de la force et de la grandeur de ces constructions». Il cite en particulier deux temples, dont les ruines énormes que l’on voit encore «font naître l’impression qu’ils ont été l'œuvre de géants.» Les murs des ruines de Copan sont construits en blocs de pierre qui mesurent près de vingt-cinq pieds d'épaisseur à leur base.
Stephens, explorant les ruines de Copan et frappé, lui aussi, des dimensions des matériaux employés, eut la curiosité de visiter la carrière d’où l'on avait extrait la pierre qui avait servi à la construction des murs et des édifices de la ville ; cette carrière se trouvait à environ deux milles des ruines. «Comment, dit-il, ces masses énormes ont-elles pu être transportées sur la surface irrégulière et accidentée que nous venions de parcourir, et, en particulier, comment a-t-on pu dresser l’une d’elles sur le sommet d’une montagne voisine d’une hauteur de deux mille pieds? voilà ce qui était impossible de se figurer 1,»
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1. John-L. STEPHENS, /ncidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan, New-York, 1841, vol. I, p. 246.
« Une courte promenade au milieu de ce qui reste encore de ruines debout à Palenqué, dit à son tour Désiré Charnay, me pénètre d'admiration. Ces palais massifs, ces temples ruinés, ces pyramides de toutes hauteurs, sont plus que majestueux, ils semblent effrayants.»
Les archéologues qui nous décrivent le bâtiment qui couvre la pyramide de Xochicalco (Mexique), ajoutent qu’il est impossible de dire le travail qu’il a fallu pour amener ces blocs d’une carrière éloignée et pour les placer à Ja hauteur qu’ils occupent.
Les piliers qui soutenaient le plafond d’un des édifices de Mitla, dit François de Burgoa, qui écri-
vait en 1545, avaient vingt-cinq pieds de hauteur et étaient d’une grosseur telle que deux hommes, bras étendus, pouvaient à peine les embrasser. Taillés chacun d’un seul morceau, ils avaient dû être apportés de loin, vu l'absence de carrière dans le voisinage des ruines.
Et la pyramide de Cholula, donc! certe montagne faite de main d ‘hommes, suivant une expression familière encore aujourd’hui aux habitants de l’endroit, monument qui couvre une superficie presque double de celle de la plus grande des trois pyramides de Gizeh, on peut se faire une idée de la somme de travail qu’il a fallu pour l'ériger, quand on sait au prix de quelles lourdes corvées est due l'érection du célèbre tumulus égyptien.
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Parmi les ruines du Yucatan, celles d'Aké, que Stephens regarda comme les plus anciennes de la région, étaient surtout remarquables par leurs murs cyclopéens, formés d'énormes blocs de pierres brutes. D'ailleurs, le nombre des monuments mayas, leurs dimensions, le goût qui règne dans leur conception, la richesse de leur ornementation, frappent l'observateur même le plus superficiel.
Voici encore un trait bien caractéristique, commun à tous ces monuments asiatiques ou américains.
MM. Perrot et Chipiez, dans leur Æfs/oire de l'Art dans l'Antiquité, nous disent qu’en Chaldée comme en Assyrie, on recouvrait toujours la brique cuite ou crue d’un enduit formé d’un mélange intime de chaux cuite et de plâtre. Le stuc était revêtu de couleurs à la détrempe. En Egypte, le stuc était d’un usage général et les figurations, qui s'étendent sur toute la surface des édifices, sont rehaussées de brillantes couleurs. Les édifices phéniciens, autant qu’on a pu le constater, brillaient par la richesse d’une décoration semblable à celle que l’on voyait à Memphis et à Babylone. Les temples d'Elephanta et de Salcette avaient reçu une application de stuc. Jacquemont a constaté que toutes les parois non sculptées d’Ellora avaient été primitivement recouvertes de stuc brillant et poli. Un stuc brillant ornait les parois des dagobahs de Ceylan, nous dit Jules Leclercq. Même
pratique en Amérique, et tous les vieux édifices du Pérou, du Mexique, de l'Amérique du centre et du Yucatan étaient revêtus d’une ou plusieurs couches de stuc, très résistant et d’une décoration polychrome couvrant, comme pour les monuments orientaux, de larges surfaces.
La décoration extérieure semble avoir été Ja grande préoccupation de l'artiste, et cette peinture, ces couleurs vives, éclatantes, distribuées avec art sur les larges façades, au milieu de l’enchevêtrement des monstrueuses figures de divinités indiennes, devait singulièrement ajouter à la Sauvage magnificence des édifices.
Au Yucatan, Pyramides, temples et palais étaient reliés entre eux par des routes cimentées colorées cn rouge, et tous ces monuments, dit un explo- Tateur, formaient un ensemble de pyramides roses, de palais et de temples multicolores se détachant en un vigoureux relief sur le bleu foncé du ciel, ces routes flamboyantes coupant de rubans pourpres la verdure des plantations et des jardins, composent un tableau des plus étranges, d’une richesse de couleurs extraordinaires, un de ces tableaux merveilleux dont les anciennes villes de l’Assyrie et de la Chaldée pourraient seules nous donner une idée 1, Si, par aventure, un voyageur du Vieux Monde, dit
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