‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 48 sur 128 · E. RECLUS, Géographie, Inde., p · texte numérisé non relu

E. RECLUS, Géographie, Inde., p

travaux d'utilité publique. Ce sont de puissantes nappes d'eau, de deux à trois lieues de circonfé. rence, bordées de cultures florissanies et de vertes prairies. Les digues qui retiennent leurs eaux ont deux ou trois kilomètres de longueur, sept et huit mètres de hauteur, cinquante au moins d'épaisseur à leur base, et sont formées de lits de pierres régulières ne cubant guère moins d'un mètre chacune et disposées en retrait comme les assises d’une pyramide. Le temps et les éléments ont arrondi leurs angles et poli leur surface ; des broussailles, de grands arbres même, ont enfoncé leurs racines dans les interstices et ajoutent à la grandeur simple de ces digues, qui semblent plutôt des phénomènes naturels que la réalisation d’une pensée humaine. Le trop-plein de chacun de: ces lacs forme une belle rivière qui s'échappe d’une écluse gigantesque, ouverte entre des blocs de cinq mètres sur trois. Æn débouchant de cet estuaire, les eaux se brisent en blanche écume, avec un fracas assourdissant, contre des débris de rochers, sous l’épais ombrage de futaies séculaires. Suivant le major Forbes, les jungles des districts du nord cachent des débris du passé plus grandioses encore. La digue de Kalawa conservait, quand il la .visita, il y a peu d’années, deux lieues de longueur sur vingt-sept mètres d’élévation. D’autres digues latérales, encore plus longues quoique moins élevées, complétaient cette étonnante construction, qui avait évidemment existé

pendant bien des siècles, lorsqu'elle fut reconstruite

et augmentée par le roi d’Asinkelleya, l'an 47 de notre ère !,

« Un des traits caractéristiques de la plaine d'Anaradjapura, paysage plein de grandeur, dit M. Leclercq ?, ce sont les lacs qui brillent dans toutes les directions, comme des débris de miroirs qu’un caprice aurait jetés çà et 1à dans la jungle. Ces lacs sont les vestiges des immenses réservoirs construits avec beaucoup d'art, qui fournissaient de l’eau à des millions d'habitants et servaient principalement à l'irrigation des rizières. On choisissait un bassin d’une étendue convenable, on y amenait l'eau des rizières voisines, que l’on retenait au moyen de digues en maçonnerie, de manière à créer un lac artificiel, et des écluses servaient à régulariser la distribution de l’eau, qui était conduite aux rizières au moyen de canaux, Ces réservoirs, encore très nombreux, devaient être autrefois beaucoup plus grands, alors qu’on entretenait soigneusement les écluses et que le niveau des eaux atteignait son maximum de hauteur. L'existence d’un réservoir était l’indice certain de la prospérité d’un district ;

Comme la vie des habitants en dépendait, ils ne laissaient point se perdre le surplus des eaux : au

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