‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 64 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« La civilisation qui florissait au Mexique, au Pérou et dans l'Amérique centrale, à l’arrivée des Espagnols, écrivait récemment un américaniste, était très avancée sous plusieurs rapports et ressemblait beaucoup à celle de certains peuples asiatiques ; mais la question est de savoir comment expliquer cette similitude !,»

Cette explication fera l’objet de la présente divis’on de mon travail,

Le régime des cestes, suivant le célèbre orientaliste que nous venons de citer, est essentiellement kouschite, et partout où nous le retrouvons nous constatons qu’il procède originairement de cette

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1. «The civilisation found by the Spaniards to exist in Mexico and Peru and in Central America was highly developed along certain lines and had much in common with the culture of certain Asiatic peoples, and the question arises how this similarity is to bé explained.» (Staniland WAKE, dans l'American Antiquarian and Oriental Journal, 1903, p. 102.

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race, S'il en est ainsi, ne peut-on pas regarder également les hommes de cette même origine comme les auteurs des œuvres matérielles décrites dans les différentes contrées que nous avons passées en revue, puisque c’est précisément dans ces pays que nous retrouvons la même organisation sociale. Ce problème, qui eût pu paraître insoluble, il y a un quart de siècle à peine, peut-il être maintenant résolu, à l’aide des données fournies par les dernières découvertes archéologiques faites tant en Orient qu'en Anérique ?

J'incline à le croire.

Si le régime des castes était étranger aux Sémites et aux Aryas, les constructions cyclopéennes à base pyramidale, le mode de culture par irrigation l’étaient pareillement, et les temps reculés où nous reporte l'existence de ces travaux nous mettent en présence d’une civilisation alors unique : celle des Chamites ou Kouschites, quelquefois appelés Ethiopiens, mais qu’il faut bien se garder de confondre, comme l'ont fait la plupart des écrivains classiques, avec la race nègre !. Cette civilisation, sans aucun

1. « Malheureusement, les Ethiopiens, pour les classiques, ne sont pas seulement les Kouschites, mais bien encore tous les peuples d’origine inconnue et particulièrement les populations de couleur. Peut-être même faut.il ajouter qu'aucun écrivain grec ou latin, en dehors des Septante, n'a soupçonné le rapport ethnologique possible entre les Ethiopiens et les Kouschites.… Les traducteurs grecs de l'Ancien Testament et toutes les ver-

doute, n’est pas la première qui soit apparue dans le monde; mais c’est la plus ancienne que nous conuaïissions, et elle se révèle à nous sous des traits bien caractérisés, propres et communs à toutes les fractions de cette grande famille humaine. En réalité, ce n’est pour ainsi dire que de nos jours qu’il nous est donné de Pouvoir comprendre toute l'étendue du rôle joué par les Chamites dans la période primitive de l'humanité post-diluvienne. Sans les découvertes archéol ogiques contemporaines, qui ont ajouté tant de siècles au cycle de l’histoire, il nous était impossible de rien savoir de précis sur l'existence, la nature de la civilisation et la distribution géographique de cette branche de la famille du célèbre patriarche.

On admet aujourd’hui que les peuples de souche dite kouschite ou éthiopienne, désignés aussi quelquefois sous l’appellation de Chamites, ont été les premiers civilisateurs et bâtisseurs dans toute l'Asie

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sions faites sur les Septante, notre Vulgate elle-même, qui en a subi l'influence, ont contribué dans une certaine mesure à répandre cette erreur en identifiant perpétuellement les Kouschites de la Bible avec les peuples que l'antiquité grecque et latine a nommés Ethiopiens, c'est-à-dire bruns nu noirs, selon le sens de ce mot.» (F, VIGOUROUX, Dictionnaire de La Bible, t. IL, pp. 743 et 745.)

« Le mot é/kiopien était naguère synonyme de nègre; mais aujourd’hui tous les ethnologues s'accordent à séparer les Ethiopiens des races nigritiques. » (Nouveau Larousse illustré, à l’article £fkiopie, P. 332.)

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sud-occidentale, et ce qui subsiste de leur langue, de leurs monuments et de leur influence civilisatrice, nous révèle la présence de ces mêmes peuples sur les rivages asiatique et africain de la Méditerrannée, sur la côte est de l'Afrique, dans la vallée du Nil, dans l’Indoustan et dans les îles de l'Océan Indien, Ces civilisateurs, nouvelle ou «troisième race » 1 nettement reconnue par les savants de nos jours, mais sur laquelle on n'avait eu jusqu'ici que de vagues notions, ne formaient pas des tribus étrangères les unes aux autres sans demeure fixe, Ils n'avaient rien de commun avec les hordes de nomades qui, à cette époque, erraient à l'aventure dans les immenses régions du nord de l'Asie et de l’Europe. Ces étonnants et merveilleux constructeurs, dont les monuments, tant de l’ancien que du nouveau continent, nous attestent si clairement des habitudes sédentaires et un sentiment national très développé, avaient eu primitivement une commune patrie, d’où a rayonné au loin leur esprit d’entrepriseet leur civilisation. Ce berceau, suivant toute probabilité, est l'enceinte formée par l’Himalaya, l’Hindou-Kouch, le Kaboul et l’Indus ?,

1. « Dr PETRIE, who has written so much about the « new race » in Egypt, now acknowledges that they were not a new race, but «Egyptians of an earlier date. » (American Antiquarian, 1903, p. 284.)

2. M. Frédéric MüÜLLER croit qu’il faut placer en Arménie la première patrie des Iudo-Européens. «Nous ne partageons pas

« Tous les savants, dit M. Fr. Lenormant, dans une page remarquable, sont aujourd'hui d’accord Pour reconnaître que les bords du Tigre, la Perse méridionale et une partie de l'Inde elle-même, où on appelait les tribus de ce sang Â'aucikas, ont été peuplés par la famille de Kousch avant d’être occupés par les descendants de Sem et de Japhet. Les Chamites fondèrent les plus antiques monar-

entièrement la manière de voir de M. Müller, dit M. Ch.-E. de Ujfalvy (Mélanges allaïques, p. 145). Nous pensons que les Aryens sont partis, en principe, tout près du plateau de Pamir. Ils ont été précédés dans cette migration par les Sémites et les Chamites, Leur séjour sur le plateau de l'Arménie ne peut être considéré que comme la station intermédiaire de leur grande migration, mais ils ne sont arrivés À ce séjour qu'après leur séparation en différents peuples, » C'est aussi le sentiment qu’exprime le célèbre géographe, M. Elisée Reclus, dans son récent ouvrage L'Æomme et la Terre (t. 1, pp. 361 et suivantes),

Nous ne nous occupons nullement, d’ailleurs, de rechercher ici le berceau des Chamites, Si nous les plaçons dans le nord de l’Inde, c'est parce que toutes les présomptions nous portent à croire qu'il en est ainsi: mais eût-il été en Chaldée, par exemple, que cela ne nuirait en rien à notre démonstration. Il était aussi facile pour cette race de se rendre de cette dernière contrée dans l'Inde que d'émigrer de l'Inde en Chaldée. La régularité du régime des vents dans l'Océan Indien facilitait une navigation qui pouvait conduire sans dauger les marins jusqu'aux bouches de l’Indus et les en ramener sans péril, presque à jour fixe, Les dernières explorations nous font connaître que -dès 4000 ans avant J.-C., les villes d'Ur et d’Eridu, en Chaldée, étaient déjà des centres politiques importants. C'’étaient aussi des villes manufacturières, à en juger par les amas de scories

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chies. (Ce fut chez eux que la civilisation fit d’abord les plus rapides progrès. Les empires fondés par les Chamites se trouvèrent bientôt en contact avec les deux autres races, qui entrèrent en lutte avec eux, les vainquirent et s’emparèrent des pays qu’ils occupaient. Les Sémites les remplacèrent dans la Chaldée, dans la Syrie, dans la Pales-

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mêlées aux ruines. Le bois de teck trouvé au milieu des ruines d’Eridu, témoigne également que, de bonne heure, ces villes faisaient commerce avec l’I nde, puisque ce n’est quelans les grandes forêts de l'Inde, ide la Birmanie et du Siam que se voit cette espèce d'arbre. Les monuments de la Mésopotamie représentent assez souvent le zébu ou bœuf à bosse : or cet animal est originaire de l'Inde, D'ailleurs, dans les inscriptions de la ville d'Ur, il est souvent queston de ses navires. Ur, que nous croyons avoir été la plus ancienne capitale de la Chaldée, confinait au Golfe Persique. Bien plus, il est dit dans l'épisode du déluge du vieux poème chaldéen découvert en 1872 par Geo. Smith, que le hé--< épique Gilgamès retrouva son ancêtre Samas-Napistiir. © 6 chaldéen miraculeusement sauvé de l'inondation) apres u long et pénible voyage, au cours duquel il eut à franchir des espaces liquides immenses dans un bâtiment conduit par un pilote comme un navire de guerre, circonstance qui indique que, dès cette époque, on connaissait déjà la grande navigation au moyen d'un vaisseau muni d’un gouvernail tenu par un homme du métier. De fait, aussi haut que les découvertes nous permettent aujourd’hui de remonter,. nous Voyons, en navigation, exister un état de choses dont nous ne connaissons pas la période d'initiation, mais qui n’est déjà plus l'enfance de l’art. Toutefois, la seule chose qu'il importe ici est de s'assurer si les monuments architecturaux similaires qui font l'objet de la présente étude et dont les ruines se retrouvent en tant de régions de l’ancien et du nouveau continent, doivent être attribués à une race unique, et quelle peut être cette race.

tine et dans l'Arabie, les Aryas dans l’Inde et dans la Perse. Les descendants du fils maudit ne main. tinrent leur puissance qu’en Afrique et particulièrement en Egypte, où s’éleva la plus florissante de leurs colonies !, »

M. Rawlinson ?, autre orientaliste de grande autorité, déclare que les résultats maintenant acquis à la science, prouvent que les Chamites ou Kouschites ont précédé les Sémites et les Aryas dans toutes les parties de l’Asie occidentale: entre autres régions, il mentionne l'Arabie, la Babylonie, la Susiane ?, la Phénicie et, au sud-est de l’Asie

1. Fr. LENORMANT, Manuel d'Histoire ancienne de l'Orient, t. I,p 99.

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