‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 78 sur 128 · Fr. LENORMANT, Æis£, anc. de l'Orient, t. I, p · texte numérisé non relu

Fr. LENORMANT, Æis£, anc. de l'Orient, t. I, p

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« Le culte des astres, et surtout celui des planètes que l’on voit cheminer dans le ciel parmi les étoiles fixes comme des bergers au milieu de leur troupeau, avait suivi de la Chaldée à l'Ethiopie le chemin des Caravanes et trouvé sur les hauts observatoires des montagnes du Tigré un lieu de développement favorable. Habiles à observer les chemins et les conjonctious des étoiles dans le ciel noir et pur des hauts plateaux, les prêtres sabéens étaient égale. ment adroits au gouvernement des hommes et savaient nouer leurs existences, comme autant de fils ténus et faciles à Tompre, au réseau mystérieux des astres errants. Des survivances de cette ancienne religion sont encore très distinctes dans les Conceptions du monde surnaturel tel que se l’imaginent les Abyssins actuels 1»

La grande famille des peuples libyens et berbères occupant tout le nord et le nord-ouest du continent africain, depuis le voisinage de l'Egypte jusqu’à l'Océan Atlantique et même les îles Canaries, est donnée comme chamitique dans la Genèse et kouschite ou éthiopienne par les écrivains de l'antiquité. L’ethnographie et l'archéologie contemporaines ne contredisent point ces faits 2 Les descendants des

1. Élisée RECLUS, L'homne et La Terre, t. II. p. 238, 2. « Les peuples libyques de la côte septentrionale, les Egyp-

Libyens, quoique très mélanges, sont encore repré: sentés aujourd'hui comme gens au «teint brun, quelquefois noirâtre, d’une tournure dont l'élégance ne se trouve plus que dans les statues antiques. » D'ailleurs, les Phéniciens, d'où sont d’abord soitis les Carthaginois, ont sillonné toute la côte nord africaine de comptoirs, de villes et de colonies, de sorte qu’une population noinbreuse, moitié libyenne et moitié phénicienne, s'était formée dans cette partie de l'Afrique. Plusieurs tribus de cette ancienne population ont conservé jusqu'à nos jours en dépit des mélanges ethniques répétés et des vicissi. tudes du temps, outre certains traits de la physionomie, quelques-unes des qualités qui distinguaient leurs lointains ancêtres. Aiusi, les Kabyles, dit Pritchard, sont les hommes les plus laborieux et les plus entreprenants des Etats Barbaresques. L'agriculture n'est pas leur seule industrie ; ils s'occupent encore avec succès de l'exploitation des mines que renferment leurs montagnes, et ils en tirent du plomb, du fer et du cuivre.

La parenté des langues berbère et égyptienne est auss' ‘econnue par les linguistes. Les Montagnards ou Berbères du Maroc, en leur ensemble, dit Renan,

tiens et les Ethiopiens sont mis au nombre des races méditerranéennes, parmi lesquelles ils forment une famille, la famille chainitique, apparentée de très près aux Sémites. » SAUSSAYE, ouvrage cité, p. 13.

n’appartiennent à la famille sémitique ni ethniquement ni linguistiquement ; les dialectes qu’ils parlent sont tous fort distincts'de l'arabe. « La position du berbère vis-à-vis de la famille sémitique est à peu près la même que celle du copte ; tout en présentant avec l’hébreu de nombreuses affinités grammaticales, le berbère en est complètement distinct pour le dictionnaire. Il a subi d’ailleurs une longue influence sémitique !, » |

Pour ce qui est de la religion, Hérodote (IV, 188) nous dit que les Libyens « sacrifiaient au Soleil et à la Lune». Il parle en particulier d’un de leurs temples et des « rites empruntés au temple de Jupiter-T'hébéen » ; mais ce Jupiter-Thébéen n'était autre que l’Ammon de Thèbes, divinité solaire ; c'est l’Aminon-Râ des Egyptiens. Les rois de la XII* dynastie lui avaient construit un temple dans la ville de Thèbes qui, agrandi par les pharaons des dynasties suivantes, est devenu l’ensemble dont on voit les ruines colossales à Karnak.

Léon l’Africain, dans la description qu'il nous a laissée de ses voyages dans l'Afrique du Nord, dit que, de son temps, les populations de cette partie du continent parlaient une même langue, bien qu’elles fussent alors divisées en plusieurs tribus

1. Voir un article de Marius-Ary LEBLOND, Les Races du Maroc. Les Berbères, dans Le Correspondant, 10 mars 1907.

et familles. «Ces peuples, ajoute-t:il, avaient autre. fois de vastes et magnifiques temples, dédiés au soleil et au feu, et ils rendaient un culte aux planètes par des prières et des sacrifices. Ils possédaient des récits historiques, qui ont été détruits ou brûlés» L'écrivain arabe n’a pas une idée bien claire de l’origine de ces peuples, mais ce qu’il dit de leurs temples et de leur religion nous l'indique suffisamment. On cite même une race berbère comme possédant encore aujourd’hui, ce que n’ont pas toujours eu les plus illustres races, une écriture qui n'appartient qu'à elle.

Les monuments de l'antiquité sacrée et profane et les résultats des recherches scientifiques contemporaines, nous montrent donc, dès une époque qui se perd dans la nuit des temps, la race chamitique possédant tous les éléments d’une civilisation matérielle avancée, coloniser diverses parties de l’ancien continent. Grâce surtout aux études ethnographi. ques et archéologiques actuelles, par les œuvres que cette race est la seule alors à produire, et il importe de ne pas perdre de vue ici l’ordre chronologique 1,

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1. «The question as to the dates is important in this cinnection. It has been ascertained by recent discoveries in the Mediterranean, as well as in the Tigris, that there were many palaces and temples, walled cities, and labyrinths, which were erected long before the days of Homer. These discoveries Carry us back thonsands of years, before we really find the beginnings,

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on peut la suivre comme à la trace partout où elle s'établit. Toutes les peuplades de souche aryenne qui constitueront plus tard le monde hellénique et le monde latin, étaient encore à l’âge de la pierre ou du préhistorique 1, Même à l’époque d’Homère, il y avait déjà plusieurs siècles que cette civilisation allait s’éteignant, bien que divers peuples issus de cette race existassent encore en Egypte, en Arabie méridionale, en Phénicie et autres lieux.

Revenons dan l'Inde, notre point de départ.

« De grandes ruines préhistoriques sont dissémi. nées À travers les épaisses forêts de l’Indoustan, du Ceylan et de l’Indo-Chine: elles se continuent à travers l’île de Java, se reliant visiblement à une

either of history or of art, or of architecture, What is more, they prove to us that there were migrations which extended through long distances, and reached not only the waters of the Mediterranean but the coasts of India, and possibly extended to the west coast of North America, This is the lesson which we learn from comparing the architecture of the Old World with that of the New World, There were probably a transmission of types and patterns, symbols and Ornaments, which formed the basis of the architectural ornaments of the New World.» American Antiquurian and Oriental Journal, 1903, p. 356 357.

I. «Architecture, navigation, astronomie, métallurgie, tissage, agriculture, les Chamites connaissaient tout cela avant que les autres peuples en eussent la moindre idée,» (Vicwa-MirrA, Les Chamites.)

suite non interrompue de curieux monuments, de gigantesques constructions découvertes à travers la Polynésie, aux îles des Larrons, à Taiti, à Tonga, aux îles Sandwich, à l’île de Pâques. Toui.s ces Constructions sont situées le long d’une grande ligne allant de l’est à l'ouest et dominant une chaîne . Sous-marine, qui s'étend jusqu’au continent améri. cain. Ces ruines ne marquent-elles pas les diffé. rentes étapes d’une grande race émigrant de l’ancien monde vers le nouveau 1?»

Nous avons déjà parlé suffisamment de ces ruines ; voyons si la question qui vient d'être posée quant à leur origine peut être maintenant éclaircie.

Ceylan, «la resplendissante » des poètes sanscrits, sous le rapport géographique et historique, se rattache étroitement à l'Inde, qui lui envoya ses premiers colons. L'architecture des deux pays, en somme, est la même, et il n’est pas étonnant qu’Anaradjapura, par exemple, présente des traits frappants de conformité avec les monuments américains, puisque ceux-ci, dit-on, reproduisent le modèle de ceux de l’Inde. Anaradjapura nous apparaît comme une ville bouddhique. Mais certaines chroniques cingalaises assignent à cette ville une antiquité plus reculée que la date de l'introduction du bouddhisme

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1. Edinburgh Review, oct. 1906, citée par M. le marquis de Nadaillac dans L'Amérique Préhislorique, 1881.

à Ceylan. En tout cas, de récentes découvertes établissent que la principale artëre de la ville s'appelait la «rue de la Lune», à raison, dit M. Leclercq, du cuite spécial dont les Cingalais honoraient cette planète, Il est donc possible que les premiers auteurs de ce qui n’est aujourd’hui qu’un amoncellement de ruines aient été des adorateurs des astres, et que ce culte ait même pu exister aux siècles subséquents en même temps que celui de Bouddha.

Le voyageur et naturaliste français, M. Mouhot, après avoir décrit les monuments d'Ongkor, dans le Cambodge, se demande :

« Toutes ces choses établies, de quel côté est venu le peuple primitif de ce pays ?

« Est-ce de l'Inde, ce berceau de la civilisation, ou de la Chine?

« La langue du Cambodgien actuel ne diffère pas de celle du Cambodgien d'autrefois ou Khmerdom, comine on désigne dans le pays le peuple qui vit retiré au pied des montagnes et sur les plateaux, et cette langue diffère trop de celle du Céleste-Empire Pour qu’on puisse s'arrêter à la dernière supposition.

« Nous croyons que l’on peut, sans exagérer, évaluer à plus de deux mille ans l’âge des plus vieux édifices d'Ongkor la Grande, et à peu près à deux , mille celui des plus récents.

« L'état de vétusté et de dégradation de plusieurs

" d’entre eux ferait plutôt supposer plus que moins, si, pour le plus grand nombre, qui paraissent être des temples, mais qui n’en étaient peut-être pas, on était conduit à les supposer un peu postérieurs à l’époque de la séparation qui s’opéra dans les grands cultes de l’Inde, plusieurs siècles avant notre ère, et qui força à l’expatriation des milliers, des millions peut-être d'individus.»

Ainsi, pour M. Mouhot, les ruines d'Ongkor ont eu pour auteurs des hommes venus de l’Inde, à l'époque de ou peu de temps après l'occupation entière de la Péninsule par les Aryas, et. ‘ en effet, força à l’expatriation des milliers, des mil1ons peut-être, d'individus. L'arrivée de ces hommes

dans l’Indo-Chine correspondrait à l’âge présumé de |

la construction de la ville et des grands monuments d’Ongkor, suivant les calculs du célèbre naturaliste, basés sur l’état actuel des ruines, et dont l’architecture d’ailleurs rappelle celle de l'Inde. Ces monuments, couverts d'écritures, sont cependant des témoins muets d’une civilisation disparue. Personne à Siam ou au Cambodge ne peut traduire ces inscriptions. ;

M. Mouhot terinine son récit des ruines d’Ongkor par la reinarque suivante qui, en la présente étude, est significative :

« Les Européens désignent généralement les pré-

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