LES KJOKKENMODDINGS ET LES CAVERNES
Nous disions, en terminant le chapitre précédent, que d'autres hommes avec des mœurs et des goûts différents, avec une origine probablement différente, étaient venus prendre la place des premiers habitants de l'Amérique. Un changement considérable s'est produit; nous ne sommes plus en présence de sauvages nomades, errant sans asile, dans les forêts du Nord, dans les pampas du Sud: nous allons voir une population nombreuse et agglomérée, des habitations prolongées aux mêmes |
lieux. La différence complète de la faune permet mieux encore de saisir l'importance du changement accompli et aussi la longue | durée des temps nécessaires à son accomplissement, Si ces hom-
mes, arrivés sans doute à la suite de migrations répétées, restent S encore grossiers et barbares, la permanence de la demeure est $ déjà un progrès considérable, et une étude attentive permet 4 de découvrir les germes d'une civilisation plus avancée qui se F développera plus rapidement encore chez ceux qui viendront 1
‘à les remplacer. f il Tout est important alors que l'on veut se rendre compte de | l'existence de l'homme dans ces temps absolument inconnus hier | encore. À ce point de vue les Aÿélfenmüddings, tel est le nom
donné par les savants danois à des amas de débris, de détritus de toutes sortes accumulés autour de la demeure humaine, méritent une étude spéciale. Leurs fouilles ont amené dans les diverses con-
em go op RS me
ERNES
, que d’autres avec une orindre la place rement consi- 1 présence de rèts du Nord, ne population ces aux mêmes mieux encore aussi la longue it, Si ces hompêtces, restent a demeure est ntive permet ivancée qui se qui viendront
lre compte de inconnus hier tel est le nom | de détritus de aine, méritent »s diverses Con-
LES KJOKKENMODDINGS ET LES « ANES, 49 trées de l'Europe les résultats les plus intéressants, Elles ont montré la vie de chaque jour, la nourriture, les mœurs, les voyages, les migrations de ces hommes; on à pu suivre leurs progrès, constater leur marche ascendante, Les chercheurs ont recueilli des haches, des couteaux, des outils de toute sorte, en pierre, en corne, en os, des fragments de poterie, du bois carbonisé, Au milieu des cendres de ces foyers abandonnés depuis des siècles, on a trouvé de nombreux ossements de mammifères et d'oiseaux, des arètes de poissons, des coquilles d'huîtres, de cardium, d'autres mollusques (1) ; tous attestent la résidence prolongée de l'homme. Les kjokkenmôddings ne sont pas moins nombreux en Amérique, et leurs fouilles, partout où il a été possible de les tenter (2), ont été des plus fructueuses. D'immenses banes de coquilles, lentes accumulations de l'homme, s'étendent sur les côtes de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse, du Massichussetts, de la Éouisiane, du Nicaragua, où l'on signale des dépôts qui remontent à la plus haute antiquité. On les retrouve dans les Guyanes, au Brésil, dans la Patagonie, auprès des bouches de l'Orénoque, sur les rivages du golfe du Mexique, sur les plages du Pacifique, comme sur celles de l'Atlantique, et les Sell Mounds de la Terre de Feu se signalent de loin au navigateur par La nuance d'un vert plus foncé de leur végétation. Quelques-uns de ces kjôkkenmüddings présentent des dimensions considérables. Sir G. Lyell en décrit un situé sur l'île Saint- Simon, à l'embouchure de l'Allamaha (Géorgie), qui couvrait dix acres de terrain (3), sur une profondeur variant de cinq à dix pieds. Il était presqu'exelusivement formé d'écailles d'huîtres, et les fouilles ont donné des haches, des flèches en silex et quelques fragments de poterie (4). Un autre situé auprès de l'embouchure
(1) Les Premiers Hommes, t. I, p. 265.
(2) Le compte rendu du congrès préh. tenu à Bologne en 1871 donne une liste assez complète des auteurs qui ont traité des Kjokkenmüddings américains. On peut aussi œnsulter: feports Peabrdy Museum, t. 11; Shell Mounds — Am. Association. Chicago, 1867; Détroit, 1875. — Wyman, American Naturalist, 1868.
W (3) L'acre vaut 40 ares.
n(4) Second Visil to the Uniled States, t. I, p. 152% — British. Ass., 1859. Adress of the Président.
DE NabalLLac, Amérique. 4
Les Kjôükkenmôüddings nombreux dans toute l'Amérique.
ee
gr
2 2? 2e gs:
EE ur Lg 0 + Es
raw —
de la rivière Saint-Jean et formé, comme celui visité par Lyeli, d'huîtres d'une dimension extraordinaire, mesure trois cents pieds de longueur, sur une largeur qui n'a pu être que partiellement reconnue ; mais qui atteint sûrement plusieurs centaines de pieds. Les kj‘kkenmôüddings de la Floride et de l'Alabama sont plus considérables encore, Il en est un sur l’île Amelia qui s'étend sur une longueur d’un quart de mille, avec une profondeur moyenne de trois pieds et une largeur de près de cinq cents pieds. Celui de Bear-Point couvre soixante acres de terrain: celuid'Anercerty-Point, cent; celui de Santa Rosa, cent cinquante, D'autres s'étagent en hauteur : Turtle-Mound auprès de Smyrne est un amas de coquilles d'huîtres atteignant près de trente pieds d'élévation ; la hauteur de plusieurs autres dépasse quarante pieds (1). Dans tous ces kjôkkenmôüddings, on a recueilli des boisseaux de coquilles, bien qu'une grande partie de leur emplacement reste encore inexploré ; les grands arbres, les racines, les lianes, les plantes grimpantes les recouvrent d'un fourre souvent impénétrable,
Tous les Shell Mounds dont nous venons de parler, sont situés sur le bord de la mer, ou dans son voisinage immédiat. On en cite cependant un, presqu'exelusivement formé de coquilles marines, à cinquante milles au delà de Mobile, Ce fait semblerait indiquer un changement considérable dans le relief du sol depuis que l’homme à véeu: car il n’est guère vraisemblable qu'il eût pris tant de peine, pour transporter au loin les mollusques nécessaires à sa vie quotidienne, alors qu'il lui était « facile d'établir sa demeure elle-même à proximité du rivage
M. Jones à exploré quarante kjôkkenmôddings dans l'ile Colonel (Géorgie) (2). L'île tout entière, nous dit-il, est couvert de Shell Mounds (3). Les fouilles d'amas semblables, très nonrbreux dans le Maine et le Massachussetts et formés prineipalr-
(1) Brenton, Nofes on the Floridian Peninsula. Philadelphia, 1859.
(2) Ant. of the Southern Indians.
(3) « The adjacent fields are hoary with Shell Mounds. Southall, Recent Origin of Man, p. 548.
visité par Lyeli, ‘sure trois cents être que partielusieurs centaines et de l'Alabama l'ile Amelia qui », avec une pror de près de cinq acres de terrain:
a,centcinquante.
ruprès de Smyrne ès de trente pieds dépasse quarante on a recueilli des partie de leur emrbres, les racines.
vrent d'un fourre
parler, sont situés immédiat. On en 1é de coquilles ma- Ce fait semblerait le relief du sol deraisemblable qu'il à loin les mollus-
qu'il lui était & oximité du rivage.
ddings dans lil dit-il, est couvert
1blables, très nonrformés principale-
dia, 1859.
Southall, Recent Origii