LES KJOKKENMODDINGS ET LES CAVERNES
ment de coquilles d'huitres, de moules et de buccins, ont donné des résultats non moins intéressants. M. Jeffries Wyman à constaté la rareté des outils en silex, remplacés par des instruments en os, qui se rencontrent en grand nombre. Les fragments de poterie sont peu communs; leur ornementation, toujours grossière, offre quelque ressemblance avec les plus anciennes poteries de l'Europe ; elle était produite, soit au moyen de lianes tressées qu'on imprimait sur la pâte molle, soit avec la pointe d'une coquille ou celle d'un silex (1). Les ossements d'animaux sont nombreux (2). M. Wyman a reconnu l'élan, le caribou (3), le cerf de Virginie, le plus commun de tous (#), le castor, le phoque, la tortue, le grand pingouin, le dindon sauvage. Sauf le pingouin (Alca impennis) qui ne se trouve plus qu'à l'extrême Nord, tous ces animaux vivaient dans le Maine, aux temps historiques. Le caribou, quoique bien plus rare que par le passé, se rencontre encore dans la région. 1 faut aussi mentionner le chien (5). De nombreux ossements portent la marque de ses dents ; il vivait done avec l’homme et lui était soumis, autant du moins que pouvait le permettre son naturel sauvage. Les plus importantes de ces fouilles ont été faites sous les veux des anthropologistes américains, lors de la réunion en 1867, à Chicago, de l'association pour l’'avancement des sciences. Un tertre ouvert à cette occasion couvrait une superficie de dix acres. On y recueillit des coquilles d'huitres, des arètes de cabillaud, des ossements de chien et ceux d'un grand cervide. Tous ces débris attestaient l'habi-
(1) On a constaté ce mode d'ornementation primitive dans le Missouri, l'Iinois, VOhio, le Tennessee et la Floride (Report Peahody Museum, 187?).
(2) Nous reproduisons (App. B) la liste complète des mammifères, des oiseaux, des
reptiles, des poissons et des mollusques trouvés par Jeffries Wyman dans les kjôkkenmôddings de Mount Desert, de Couch's Cove, d'Eagle-Hill et de Colnit-Port, ÿ (3) « The Caribou (Tarandus rangifer) is still found within the confines of Maine ; but the wild turkey has become virtually extinct in New England. The Elk is not found néarer than the Alleghany Mountains and the great Auk has retreated beyond the confifes of the United States (Wyman, Report Peubody Museum, 1863, p. 11).
(4) Cervus Virginianus.
(5) Probablement le Lupus cagottus dont nous avons parlé au chapitre précédent.
ñ2 L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE,
tation d'un homme vivant exclusivement du produit de su chasse et de sa pèche et ne connaissant encore aucune eulture.
Les kjü‘kkenmüddings se rencontrent aussi fréquemment en Californie, et les environs de San-Francisco en sont littéralement couverts, Un d'entre eux, situé auprès de San-Pablo (comté de Contra-Costa) mesure près d'un mille de longueur sur un demi-
Fig. 15, — Instruments divers en os et en pierre (Californie).
mille de largeur. Les coquilles qui le forment, principalement l'huître et la moule, ont toutes été exnosées à l’action du feu (1). Les fouilles d’un tertre semblable conduites jusqu'à vingt-cinq pieds de profondeur, ont donné des pointes de flèche et de
marteaux en pierre. Sous d'autres on à découvert des milliers d'outils en os (fig. 15) dont les plus plus grands atteignent
jusqu'à huit pouces de longueur : Parmi ces outils gisaient des i huit pouces de longueur : Parmi ces outils g td
débris humains; ils ont malheureusement été dispersés sans
profit pour la science (2). à Le D' Yates a transmis au Smithsonian Institute à Washington.
la collection complète des objets, trouvés par lui dans le comt
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(1) Foster, Prehistoric Races of the United Slates, p. 163. — Bancroft, L, cç., t, I, (2) Bancroft, L. c.,t. IV, p. 711.
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LES KIOÜKKENMODDINGS ET LES CAVERNES, h d'Alameda (1). Elle comprend plusieurs de ces grands mortiers en pierre (fig. 16), dont nous avons parlé el dont on ne peut que conjecturer l'usage, des outils destinés surtout à perforer, des pipes, et la représentation grossière d'un phallus, I faut noter
Mig. 16. Mortier en pierre (Californie), Mig, 17, — Grattoir en quartz.
ce dernier fait, nous verrons que les découvertes de ce genre sont rares en Amérique ; cette rareté contraste singulièrement avec les obscénités trop fréquentes de l'art grec ou romain.
Les fouilles de lOregon ont été dirigées par M. Schumacher (2). [en a retiré une collection importante de mortiers, de pipes d'un travail médiocre, de poteries, de petits vases en stéatite (3), de poignards, de couteaux, de flèches en silex, d'essais
(1) Smilhsonian Report, 1859, p. 36.
2) Researches on the Kjükkenmüddings of the Coast of Oregon and in the Santa- Barbara Islints and adjacent Mainland. Bul. U,S. Geol. Survey, t. ME, — Report Peabody Museum, 18178.
(3) M. Schumacher a trouvé sur l'ile de Santa-Catalina un gisement de stéatite où
les anciens habitants de l'île avaient établi une véritable fabrique de pots et de vases. Is se trouvent à tous les degrés de fabrication; et autour d'eux on peut recucillir les
de sculpture, d'instruments en os ou en test de coquilles, Une des fouilles a mis au jour trente crânes humains et deux squelettes à peu près complets, Le mort avait été déposé, là où le vivant avait vécu,
Les kjôkkenmôüddings abondent anssi sur l'ile de Vancouver (1), On a recueilli au milieu d'amoncellements de coquilles, des marteaux, des pointes de flèches, des casse-tètes en bois, un véritable couteau taillé dans un os de baleine, Parmi les débrix gisaient des squelettes, Un d'entre eux portait au bras un bracelet formé de coquilles et une fléche en silex était restée implantée dans un de sesos, À Esquimalt, il a été trouvé un vase à deux anses; l'une des anses figure un homme, l'autre le dos d'un animal, Des vases absolument semblables, comme nous le verrons, se rencontrent fréquemment sous les mounds de l'Amcrique centrale, Celui d'Esquimalt doit dater de la même époque que les tumuli dont l'ile est couverte ; les uns sont construits en cailloux, les autres en argile et en sable, De grandes pierres plates, véritables menhirs, sont souvent placées verticalement sur ces tumuli ; des arbres séculaires les couvrent de leur ombrage et témoignent de leur antiquité. Terre-Neuve fut découverte en 1491, parle Vénitien Jean Cabot, qui commandait une expédition équipée aux frais de Henri VIE, roi d'Angleterre ; peutêtre, aussi, car la question est restée indécise, par le navigateur portugais Corte-Real, Ce qui est certain, c'est qu'au moment de la découverte, l'île était complètement inhabitée, De nombreux tumuli y attestaient seuls le séjour de l'homme; ces tumuli, comme les silex taillés qu'ils recelaient, dataient donc d'époque: antérieures à la venue des Européens.
outils ayant servi à les façonner (fig. 17). On cite plusicurs découvertes semblables dans la Nouvelle-Angleterre, Une carrière de stéatite (Soap Stone) existait à Christiana (Comté de Lancaster, Pennsylvanie). Il y a été recueilli plus de deux mille outils en silex et nombre de grosses pierres ayant vraisemblablement servi de marteaux. On employait les mêmes procédés que dans l'ile de Santa-Catalina, la pierre était grossière- ment excavée sur place, puis retirée du gisement et livrée à l'ouvrier qui achevait de lui donner la forme voulue.
(1) Ancient Remains in Vancouver's Island, manuscrit cité par Bancroft, £. c., t. IN, p. 737, Tél ets.
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LES KJOKKENMODDINGS ET LES CAVERNES, Dh)
Ï faut mentionner les puits fouillés par M, Putnam à Madisonville dans la vallée du Miami (1). Ces puits de 3 à 4 pieds de diamètre et de # à 7 pieds de profondeur, sont remplis de cendres disposées par couches minces et mélangées de gravier et de charbon, Du sommet à la base, on rencontre de nombreux ossements de reptiles, de poissons et de mammiféres, Les os de daim, de cerf, d'ours avaient été brisés pour en retirer la moelle ; on recucillait aussi des coquilles, principalement du genre Unio, percées pour servir d'ornements, des fragments de poterie, des instruments en os, en bois de cerf où de daim, des pointes de flèches, des grattoirs, des marteaux, des haches polies en silex, des ornements en euivre, des perles et des pipes en pierre, Au fond d'un de ces puits, il trouvait une grande quantité de grains de mais carbonisés recouverts de fragments d'écorce de branches d'osier et de nattes également carbonisés (2), Hs attestent une population non seulement sédentaire, mais agricole.
Les sambaquis sont formés des débris de la nourriture d'un peuple, qui avait habité durant des siècles les côtes du Brésil (3). On y peut lire comme dans un livre, les coutumes, les usages, les incidents de la vie journalière de cette race disparue ; chaque couche de coquilles (4) ou de cendres est une page, où les faits écrits avec la pierre et le feu parlent d'eux-mêmes, et où les drames de la vie sont retracés par les ossements fracturés des victimes. Î a été retiré d'un amas situé sur les rives du Suguassu de nombreux débris humains; les fractures des os indiquent clairement qu'ils avaient été brisés pour en extraire la moelle, L'anthropophagie de ces anciens habitants du Brésil ne saurait nous surprendre, car aujourd'hui encore dans cet Empire, sur tant de
(1) M. Putnam, un des plus éminents anthropologistes des États-Unis, raconte avoir fouillé plus de quatre cents de ces puits (Harvard University, June, 1881).
(2) Topinard, Rev. d'anthr., janv. 1881.
(3) Rev. arch., t. XV, 1'° série, Paris, 1867, — Ch, Wiener, Estudos sobre los sam: baquis do sul do Brazil (Archivos do Museu Nacional de Rio de Janeiro, t. 1, 1876). » (4) Les mollusques qui les composent sont principalement des testacés bivalves et des coquilles du genre Corbula ; on y rencontre également des huîtres et des buccins.
Sumbuquis du Brésil
Lus Paruderos
points en si grand progrès, on compte dix tribus cannibales, dont la population s'élève de 70 à 80,000 Ames (1),
Les sambaquis atteignent souvent des hauteurs considérables, Le capitaine Burton, porté il est vrai à l'exagération, dit en avoir rencontré un qui n'avait pas moins de cent pieds d'élévation, Ce qui est certain, c'est que les coquilles qui forment ces buttes sont assez nombreuses, pour que depuis deux siveles, un seul sambaqui ait pu fournir, non seulement toute li chaux nécessaire à la petite ville voisine de Nossa-Senhora-da-Gloria, mais encore des quantités considérables pour l'exportation,
Dans les régions de la Plata, on rencontre des paraderos qui offrent quelque ressemblance avec les Kjôkkenmôddings, Les uns et les autres marquent l'emplacement d'habitations humaines, et l'absence de toute trace d'ensevelissement exclut l'idée des eimelicres, auxquels on avait prétendu tout d'abord les assimiler, MM Moreno et Zeballos les avaient signalés sur plusieurs points du territoire de Buenos-Ayres: M, Ameghino les déerit, à son tour, sur les rives du Marco-Diaz, du Lujan et du Frias (2).
Sur bien des points, de nombreux ossements de mammifères sont disséminés, souvent sur une grande étendue de terrain (3). Les os longs sont fendus: d'autres portent des stries, des incisions ; presque tous ont subi l'action du feu, Avec ces ossements il a été recueilli des instruments en pierre, principalement des pointes de flèches (fig. 18) ou des fragments d'une poterie grossière el mal cuite présentant parfois quelques traces de peinture Des amas de terre brûlée, des débris de charbon, montrent elairement les foyers de l'homme, Tous les ossements, soit de mammiferes, soit d'oiseaux, appartiennent à des espèces qui, comme le cerf ou le lama, vivent encore aujourd'hui dans FAmérique du Sud; nulle part on ne rencontre les ossements de ces animaux de ace éteinte et disparue, si nombreux au contraire dans les forma-
(1) Dr Moure, Les Indiens de la province de Matto Grosso, — D' Rath de San-Paolo, Lettre adressée à l'Anylo- Brazilian Times
(2) La Antiquedad del Hombre en el Plata, t. 1, p. 302 ot suiv.
(3) Un paradero sur la rive du Marco Diaz couvre une surface de 600 mètres sur 400,
cannibales,
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e mammifères de terrain (3).
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Rath de San-Paolo,
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