‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 59 sur 113 · Voytia, His · texte numérisé non relu

Voytia, His

LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE, 299 que contredit Las Casas, dans son célèbre mémoire (1), peuvent ire exagérés ; mais les faits subsistent: ilssont indéniables, et ils montrent à quel point les Aztees, malgré leur civilisation apparente, étaient restés sanguinaires et barbares. Peut-être étaientls conduits fatalement à ces massacres, par la grande fécondité dela race, par l'absence d'animaux domestiques et la privation de viande, qui en était la conséquence, Ce sont là, chez toutes ls races sauvages, les causes premières de lanthropophagie.

L'espérance ou l'attente d'une vie au delà du tombeau sont répandues che. woutes les races humaines. L'homme, quelque dégradé qu'on le suppose, répugne à la pensée de l'annihilation complète de son ètre el aspire à une vie meilleure que celle qu'il traverse, Avant le christianisme, la conception de cette vie se résumait en un bonheur tout matériel; elle variait selon le degré de civilisation ; Le Grec rêvait des joies plus pures dans l'Élysée, que le Musulman sensuel dans les bras de ses houris, ou le Viking Scandinave au milieu de festins perpétuels, Chez le sausage, la conception d'une autre vie est faible: les notions du masse et de l'avenir sont, chez lui, si confuses et si vagues, qu'il st diflicile de se rendre compte de ses véritables impressions (2). Ce qui paraît certain, c'est qu'en Amérique comme chez les nalions de l'ancien continent, ces nolions variaient de peuplade à peuplade. Quelques tribus du Pacifique admettaient, avec la vie future, la pensée d'une rétribution; d'autres croyaient que l'homme renaissait de ses cendres, pour passer par les mêmes phases qu'il avait traversées, mais dont le souvenir était a jamais effacé de sa mémoire, Sur plusieurs points, on trouve l'idée de la métempsycose. Les Tlascallas de race Nahuatl étaient persuadés que la hiérarchie sociale se perpétuait au delà du tombeau : les gens du peuple étaient transformés en insectes; les chefs en oiseaux, Les conceptions des Aztecs étaient plus élevées: ils admeltaient une série de gradations dans le bonheur réservé aux hommes. Les guerriers morts en combattant devaient immé-

(1) Hist, Apol. de las Yndias Occidentales. Kingsborough, t. VIH. ?) Tylor, Primitive culture, p. 22.

Vie future,

Cérémonies funéraires,

diatement hubiter la maison du soleil; les gens plus obscur avaient des demeures moins brillantes dans les divers astro qui peuplent le firmament. Il parait cependant que ce n'étnit pour eux qu'un état de transition, des limbes où ils séjournaient avant d'arriver à leur destination finale. Cei état durait quatre ans, et durant tout ce temps, les parents et les amis étaient tenus d'offrir au mort des viandes, des vins, des fleur, des parfums et d'honorer sa mémoire par des fèles et par des danses (1).

Ces mêmes idées se montrent chez toutes les nations d'origine Nahuatl, et elles se reflétent naturellement dans les cérémonies observées aux obsèques. Chez les Aztecs, quand un chef mourait, le corps était couvert de manteaux richement brodés et ornés de pierres précieuses. Pendant que quelques-uns des ser. viteurs habillaient ainsi le cadavre, d'autres découpaient des morceaux de papier, en ayant soin de donner à chacun d'en une forme particulière et les placaient sur le corps du défunt, Un prètre versait de l'eau sur sa tête, en répétant les paroles consacrées par le rite funéraire (2) : il lui remettait ensuite di. vers papiers. « Avec celui-ci, lui disait-il, tu seras admis à traverser le défilé des deux montagnes: avec cet autre, tu évileras le grand serpent; avec ce troisieme, {u mettras en fuite l'alligator; avec ce quatrième, tu franchiras heureusement les huit grands déserts et les huit collines. » Les manteaux étaient destinés à proteger le mort, contre les vents aussi tranchants qui l'obsidienne, qu'il devrait rencontrer sur sa route. Gn tuait ensuite un petit chien, au poil roux, on lui mettait au cou une laisse de coton et on l’enterrait auprès du défunt. Ce chien jouait un grand rôle ; il devait guider son maitre et l'aider à traverser heureusement le Chicunahuapan, les neuf torrents: il est difficile de ne pas voir là une allusion aux neuf firmaments où les

(1) Bancroft, L. c.,t. II, p. 618. Ces fêtes avaient lieu aux deux mois de Tlaxochimalro et de Xocotlhuezin. Le premier était consacré aux enfants ; le second aux chefs et aux guerriers morts les armes à la main.

(2) Brasseur de Bourbourg, Hist. des nat. civilisées, t. II, p. 569.

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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE. 301 imes devaient séjourner durant leurs migrations successives (1). Des esclaves et des concubines étaient généralement immolés aux funérailles d'un chef; leur devoir était de le servir durant ce redoutable passage d'un firmament à l'autre. Aux obsèques des rois Chichimèques, le gardien des idoles domestiques était le aremier sacrifié. Chez les Miztees, qui habitaient la province actuelle d'Oajaca, on immolait deux esclaves mâles et trois femmes que l'on avait auparavant stupéfiés avec des boissons narcotiques. Les corps étaient déposés au milieu d'une forêt, et, quand cela était possible, dans les profondeurs d'une grotte. Burgoa, qui écrivait il v a deux siveles (2), raconte avoir vu plusieurs de ces sépultures. De nombreux squelettes couverts de bijoux, d'ornements d'or ou d'argent, gisaient dans des niches creusées le long des parois de la grotte. Gà et là, des niches plus etites étaient destinées aux dieux protecteurs des morts, et leurs statues existaient encore à l'époque des explorations de Burgoa. Tout récemment, il a été découvert dans la vallée du Rio Nazas prov. de Durango) une caverne d’une étendue considérable: des milliers de momies appartenant à une race fort différente des Indiens actuels y dormaient leur dernier sommeil. Chaque momie était recouverte d'un manteau de feuilles d'agave, richement coloriées. Les corps paraissaient dans un état de consersation remarquable, la chair avait une apparence de vie, les cheveux étaient soyeux. Les recherches n’ont donné aucun objet en métal; c'est la seule indication que nous possédions sur l'antiquité de cette sépulture (3). D'autres fois des monuments somptueux étaient consacrés au mort. C'est ainsi que la grande pramide de Mexico, détruite par les Espagnols, avait été élevée, rapporte-l-on, pour recevoir les cadavres des rois. Ce qui est plus certain, c'est que les Conquistadores y recueillirent de riches trésors.

(1) Torquemada, Won. Ind.,t. II, p. 527.—Clavigero, St. ant. del Messico, t. 11,p. 94. (? Geografica Descripcion de la parte septentrionale del Polo Artico de la America Oajaca). Mexico, 1674, t. Let t. II.

3) Proc. Anth. Society of Washington, 1879-1880.

Pour les gens du peuple, les funérailles étaient nécossain. ment plus simples; le rite cependant était toujours fidélemen suivi, Le corps, lavé à trois reprises avec des eaux aromat. ques, était successivement revètu d'habits ordinaires, d'habik et de plumes d’un rouge éclatant; enfin de vêtements et 4 plumes noires. Une pierre (tentell), dont nous ignorons la signi. fication, était placée entre les lèvres du mort. Des papiers, véri. tables passeports: pour l’autre vie, lui étaient remis avec lu paroles liturgiques. À côté de lui, on déposait un vase rempli d'eau, le chien, compagnon indispensable pour assurer le voyage, les armes ou les outils de son état; une hache pour le soldat, une bêche pour le laboureur, un fuseau où un bal pour la femme. On couvrait enfin le cadavre du manteau du dieu patron de sa corporation, ou même, s'il est permis de croire les écrivains espagnols, du dieu des vices qui avaient si. gnalé son existence terrestre, ou de la mort qui l'avait frappé (1, Ainsi le soldat était revètu du inanteau du dieu de la guerre: le marchand, de celui du dieu du commerce; l'ivrogne, de celui du dieu du vin; le noyé, de celui des dieux qui présidaient aux fleuves; l'adultère, du manteau consacré au dieu des plaisis sensuels; quind tout était ainsi préparé, les parents et les amis apportaient leurs offrandes. C'étaient des fleurs, des aliments, des vètements ou des outils, que l'on devait renouveler plu: sieurs jours de suite. L'idée dominante de ces rites était le désir d'assurer au défunt une existence semblable à celle qu'il avait eue sur la terre. On le conduisait enfin à sa dernière demeure, une caverne, où plus simplement encore une fosse creusée dans la terre.

Il serait difficile de parcourir, même rapidement, les coutumes funéraires observées dans des régions d’une semblable étendue ; elles variaient de nation à nation, de tribu à tribu. Certains Chichimecs se livraient, après avoir enterré leurs morts, à

(1) Gomara, Hist. ant. de Mexico, f° 309. — « Vestivano lo d’un abito corrispondente alla sua condizione, alle sue facolta ed alle circonstanze della sua morte. » Ch-

vigero (2, c.,t. IT, p. 39).

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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE, 303 des danses et à des fêtes qui duraient souvent plusieurs jours (1). Grijalva découvrit auprès de Tabasco les squelettes d'un jeune garcon et d'une jeune fille enveloppés dans des toiles de coton et couverts de bijoux: ils avaient simplement été déposés dans le sable du rivage (2). Au Yucatan, les cadavres étaient embaumés, les prètres retiraient les entrailles et les dépoaient dans de grandes amphores ornées, tantôt de têtes humaines, tantôt de têtes d'animaux. Dans le Goazacoalco, pour ne plus citer que cet exemple, les ossements dépouillés de leur chair étaient mis dans un panier et placés sur la cime d'un arbre auprès du domicile mème du défunt, pour que celui-ci püt sans doute, les retrouver avec plus de facilité dans ses migrations successives (3).

La crémation remonte aux premières tribus nomades, qui pouvaient ainsi transporter plus facilement les restes de leurs an- «tres. L'usage persista durant de longs siècles, et à l'arrivée des Conquistadores, il était encore en honneur sur certains points, pour les chefs et pour les nobles (4). Les historiens espagnols nous ont conservé le récit des funérailles royales (5). Le corps, couvert de vêtements somptueux, était assis sur un trône élevé etles principaux courtisans venaient tour à tour lui présenter leurs hommages, comme s'il eût été encore en vie. Ils exalhient ses vertus, la douleur que sa mort causait au peuple, et le paient d'accepter les présents d'usage. Chaque noble était tenu d'offrir dix esclaves et cent manteaux d’une magnificence conlorme au rang qu'il occupait. Les gens du peuple s'avançaient ensuite avec de moins riches offrandes. C'était enfin le tour des femmes ; et pendant qu'elles présentaient au royal défunt les mets

(1) Sahagun, Hist. gen. de las cosas de Nueva España, t. UE, 1. X, p. 119.

?) Chronica de la Orden de N. P.S. Auy. Mexico, 1624.

3) Herrera, L, e., déc. IV, 1. IX, c. vit.

4) Brasseur de Bourbourg dit que la crémation était en usage chez les Toltecs ; Torquemada et Clavigero chez les Chichimecs, et Veytia dans son Hist. antigua de Meijico, dit que les corps des premiers rois Aztèques furent brûlés.

») J, de Acosta, Hist. natural y moral de las Yndias, Sevilla, 1590, p. 321 et s. —

Herrera, £. c., déc. IE, lib. If, ce, xvur, — Ixtlilxochitl, Relaciones, Kingsborough, t. IX, p. 310,

Crémation, funérailles royales,

qu'ilaimait, ses plus vieux serviteursentonnaient le Miccaeuieant ou chant funéraire. C'était le signal des sacrifices humains, l'ac. compagnement obligé de la cérémonie. Le cinquième jour, aprés la mort, la procession se formait pour se rendre au teocalli, |, cortège était précédé d'une grande bannière, sur laquelle étaien peints les hauts faits du mort; puis venaient les prètres avec dus encensoirs et les serviteurs, portant le corps étendu sur une litivr Tout autour, marchaient les seigneurs de la cour, revèlus de man. teaux de couleur sombre, trainant à terre, et couverts de peintures ou de broderies, représentant des têtes ou.des ossements {| mort, Les ambassadeurs des rois du pays portaient les armes, les insignes, les ornements destinés au bücher. Les esclaves du roi étaient chargés des vètements, des objets destinés à son usage, des mets qu'il aimait. Certains prètres appelés Coacuiles roc. vaient le corps à son arrivée au temple. Leurs chants rapyr. laient aux assistants, qu'eux aussi, seraient bientôt des cadavres inertes, jetés sur le bücher funéraire, etque leurs bonnes actions porteraient seules témoignage en leur faveur, Les fonctions de ces Coacuiles paraissaient si importantes, qu'ils devaient s'y pri. parer par des jeûnes rigoureux; selon les uns, ils revètaient « ces occasions le même costume que le roi défunt. D'autres récit au contraire les montrent déguisés en démons, portant des robes couvertes de tètes hideuses, dont les yeux étaient figurés par des petits morceaux de mica, ou bien encore nus, avec le corps peint en noir et agitant des bâtons qui devaient servir à attiser le feu. Le bûcher avait trois pieds de hauteur; le corps y était dépose et, au moment où les flammes s'élevaient, les assistants devaient jeter au milieu d'elles les objets qu'ils portaient ; puis de nouveaux sacrifices commencaient,

Dans les premiers temps, quelques victimes seulement étaient immolées; mais la pompe des funérailles grandissant avec le luxe et la richesse du pays, leur nombre augmenta rapidement. Nous voyons par exemple que, pour honorer le roi Nezahualpilli, on égorgea successivement deux cents hommes et cent fenrmes. Quelquefois, avant de mourir, un chef désignait celles de

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Quand le corps du roi était entièrement consumé, on éteignait ke feu avec le sang des victimes conservé à cet effet ; les cendres,

Fig. 122, — Urne sépulcrale, trouvée à Huehuctenango (Guatemala).

ksosements calcinés, les débris d'ornements étaient rassemblés iphcésdans une urne (fig. 112) surmontée d'une effigie du roi, iteette urne était déposée soit aux pieds du dieu, que l'on voulait mriculièrement honorer, soit de celui qui avait été Le protecteur du défunt.

(1) Dans le Michoacan, sept femmes de naissance noble devaient être immolées à la ao du roi, L'une était chargée de la garde de l'émecraude sacrée que le roi portait spendue à ses lèvres, une autre de celle de ses bijoux : une troisième devait lui pré- &nter sa coupe. Toutes étaient destinées à le servir et à lui préparer des aliments tulormes au rang, qu'il conservait dans sa vice nouvelle. On choisissait aussi parmi les &claves, ceux qui pouvaient ètre les plus utiles au roi; mais au lieu de leur ouvrir la poitue et de leur arracher le cœur comme chez les Aztecs, on se contentait d'une mort pus vulgaire. Ils étaient assommés.

? Gomara, qui écrivait au seizième siècle, prétend que la victime était enterrée; dautres historiens, qu'elle était brûlée sur un bùcher voisin.

DE NabaILLac, Amérique, 20

Connaissanvos nstronomiques,

A la fin de la cérémonie, les assistants prenaient part à on grand banquet; ils étaient tenus de retourner pendant quatr jours au teocalli, et de renouveler leurs offrandes, Le quatrion jour, un dernier sacrifice de quinze ou vingt misérables eselurs tevminait la fête, Chez les Chichimees, elle durait plus longtemps, et pendant quatre-vingts jours, il fallait recommencer les ser. fices et les offrandes.

On est étonné de la science astronomique des diverses rave qui occupérent successivement l'Amérique centrale, Ces homme connaissaient la division du temps, fondée sur le mouvement «. laire, et bien des siècles avant la conquête, ils possédaient un système régulier (1). I comprenait, chez les Aztecs, des péri. des de cinquante-deux ans, divisés en cycles de treize ans, expri: més dans leurs pictographies par des signes hiéroglyphique L'année se composait de dix-huit mois, de vingt jours chacun et de cinq jours complémentaires, qui passaient pour néfastes et durant lesquels aucun Aztec n'aurait voulu accomplir on acte important, Les jours enfin comprenaient des division assez semblables à nos heures. Les caleuls de leurs astro. nomes avaient montré de bonne heure, que l'année de trois con soixante-cinq jaurs ne correspondait pas exactement au mouv. ment solaire; aussi, bien des années avant que la réforme grégr. rienne ne fût acceptée en Europe, avaient-ils ajouté treize jour à chaque cycle de cinquante-deux ans (2). A côté de l'année solaire, les Mexicains conservaient aussi l'année lunaire, qui pari n'avoir servi que pour les fêtes religieuses; elle était divise en

(1) Ixtlilxochitl (fHelaciones, EL. c., p. 322) rapporte qu'en l'an 5097 de la eréation, une réunion d'astronomes eut lieu à Huechue-Tlapallan, et que ce fut eux qui iv: rent la division du temps telle qu'elle subsista jusqu'à la conquête. Le prof, Valonti (The Katunes of Maya History) place ce changement dans la division du temps l'an 29 av. J.-C.

(2) En 1790, des fouilles exécutées à la Plaza Mayor de Mexico, sur l'emplacement présumé du grand Teocalli détruit par les Espagnols, mirent au jour un bloc de por. phyre ne pesant guère moins de ?3 tonnes. Sur ce bloc était gravé un cercle d'uu pa plus de 11 pieds de diamètre qui renfermait les divisions du cyclo astronomique des Aztecs, Il a été reproduit par Charnay, pl. 1; Short (The North Americans, p. A) !: donne d'après lui.

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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE, 307 periodes de treize jours qui suivaient les phases de la lune (1). Chez les Mayas, chez les Toltees, comme chez les peuples de l'Amérique centrale, les mois étaient également de vingt jours ; chez tous, le nombre vingt parait avoir été la base de leur sstème de numération,

La principale arme des Aztees était la javeline (acochtli), courte lance en bois dur, dont l'extrémité était armée d'une pointe en silex, enobsidienne, plus rarement en cuivre, Cette pointe était fixée dans le bois par une fente et maintenue par une corde gommée, Chaque guerrier portait aussi des dards qu'il lançait de loin, un are (dauitolli) souvent de plus de cinq pieds de longueur (2), et des frondes (tematlatl), Le Macuahuitl (3) était une lame en bois semblable comme forme, aux espadas de dos manos des Conquisladores, On insérait sur Les bords des fragments d'obsidienne aussi tranchants, ajoutent les Espagnols, que des lames de Tolède (4), Les coups de cette arme dont les Aztees se servaient comme d'une massue, étaient des plus redoutables ; mais l'obsidienne se brisait hcilement au premier choc; et dès lors le macuahuitl devenait inutile, Le bouclier, qu'ilne faut pas confondre avec celui que les chefs portaient aux danses et aux processions, était petit, rond et rembourré de coton (5). Les braves (6), tel était un des titres des chefs des guerriers, l'attachaient au bras gauche. Ces armes, on le voit, ne différaient guère de celles des autres Nahuas, que nous avons précédemment décrites.

Sur certains points, les travaux défensifs étaient importants. Le mode de fortification usité chez les Mexicains, consistait à choisir une position naturellement forte, une éminence difficile d'accès, à agrandir, au besoin, par des terres rapportées, la

(1) Bancroft, t, I, p. 502, 755 ets. — Bandelier, On {he Social Organisation and Mode of Government of the Ancient Mexicans. Report Peabody Mus., t. I, p. 475, 557 ets.

(?) Clavigero, £. e., L, VIT, c. xx.

(3) De macua main cet cuahuitl bois.

(4) El Conquistador anonimo. Coll. Doc. inédits, t. 1, p. 375.

(5) Raccoltu di Mendoza, coll. Kingsborough.

(6) Le titre ou plutôt le grade de brave s'obtenait par une action d'éclat. Les braves,

comme les Indiens actucls, portaient les noms caractéristiques de carnassiers, de granrles aigles, de flèches ailées et autres semblable.

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plate-forme et à l'entourer soit de murs en pierres soit de plis. sades., La hauteur de ces murs, celle de l'éminence elle-même étaient les principaux obstacles opposés à l'ennemi: le systéme des Aztees se rapproche de celui des Mound-Builders ; c'est une preuve de plus des liens qui existaient entre les deux races (1),

Le costume des Mexicains se composait d'une tunique sin manches (awepil) attachée sur l'épaule droite et d'une ceinture (maztlatl), aux couleurs voyantes. La tête, les bras, les jambes restaient nus. Les chefs ajoutaient un manteau, dont la longueur indiquait leur rang; ce manteau était orné de plumes de couleur qui variait selon la tribu à laquelle ils appartenaient, Clavi. gero (2) rapporte que les soldats portaient uniquement le mat. latlet qu'avant d'aller au combat, ils se peignaïent tout le cor et spécialement le visage en noir. Alvarado dans une let(re adres. sée à Cortès (3) dit, au contraire que les Guatemaliens, revètaient des vêtements rembourrés en coton, qui descendaient jusqu'a chevilles. Les chaussures (cactli-cotaras) ressemblaient aux mo- ‘assins indiens. On les voit reproduites sur certains bas-relicfs de Palenque.

Les guerriers portaient en guise de coiffure des têtes de tigre, de loup, de serpent, imitées en bois et recouvertes avec la peau de l'animal. La récompense de la valeur à la guerre était le droit de porter au-dessus des orcilles, une ou plusieurs raies dans les cheveux. La pictographie à conservé jusqu'à nous ces coiffures et ces marques d'honneur.

Les chefs s'appelaient, à Mexico, teachcautin, frères aînés. Ik devaient non seulement conduire leurs soldats au combat, mai aussi les instruire durant la paix, de leurs devoirs militaires eten particulier du maniement des armes. Comme insignes de leur dignité, ils portaient des ornements à leurs oreilles et à leurs lèvres (4), c'est ainsi qu'ils sont déjà représentés à Palenque età Copan.

(1) Tezozomoe, Z. c., c. xc, p. 158-9, Duran, L. c., c. LvI, p. 443.

(2) L. c., 1. VIE, c. xx.

(3) Lettre du ?8 juillet 1524, reproduite par Veytia, Hist, Ant. de Mejico, t. 1. (4) Duran, /. c., c. x1Ix, p. 169. — Sahagun, lib. IX, c. vi, p. 264.

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On avait constamment représenté le gouvernement Aztèque comme une monarchie héréditaire, fortement organisée et appayée sur une noblesse également héréditaire, Les premitres noions à cet égard remontent à Cortès lui-même (1). «HE y a dans h ville de Mexico, éerivait-il, un nombre considérable de grandes et belles maisons, qui sont les résidences de tous les seigneurs dupays, vassaux de Montezuma. » Les récits presque unanimesdes écrivains espagnols, dominés à leur insu peut-être par les impressions ou les préjugés de leur pays, contribuèrent à établir «tte légende, Les recherches nouvelles permettent au contraire de croire que le gouvernement était très démocratique et que les fonctions s'oblenaient par l'élection (2). Le roi, Zlaca-Tecuhtli, le chef des hommes, le sage vieillard, tels étaient les titres qu'il portait, était élu à vie. [est juste cependant d'ajouter que ce roi était presque toujours choisi dans la mème famille, Chez ls Tezcuans, cet office passait du père au fils ; chezles Aztecs, du frère au frère, de l'oncle au neveu, mais toujours le droit hérédihire, si tant est qu'il existât, devait être confirmé par l'élection. Le chef saprème pouvait être déposé ; c'est ainsi que Montezuma ft dégradé et remplacé par son frère Cuitlahuatrin (3).

Un autre chef également élu, portait le titre bizarre de Chihua Cohuatl, le serpent femelle (4). 1 siégeait à côté du roi et il devait présider à l'administration de la justice et à la rentrée destributs. Selon les uns, il ne devait jamais aller à la guerre ; selon d'autres au contraire, il commandait les Mexicains, tandis que le Tlaca- Tecuhtli dirigeait les alliés. Celui-ci avait seul le droit de porter

(1) Carta segunda, p. 12 et 13.

(2) Bandelier, £ c., Report Peabody Mus., t. I, p. 95, 475, 557, 600. — M. Bancroft (t. IE, p.230) et Prescott soutiennent, au contraire, que le gouvernement mexicain était une monarchie féodale.

(3) Cortès (Carta segunda) n'y fait, il est vrai, aucune allusion ; mais Bernal Diaz de Castillo (Hist. verdadera de la Conquista de la Nueva España, c. xxvi, p. 132), Las Casas (Brevissima Relacion, p. 49), Sahagun (L. XII, c. xx1, p. 28), Torquemada (L. IV, CLXVII, p. 494), Herrera (déc. I, L. X, c. vit, p. 264) sont unanimes à cet égard.

(4) Cette dignité ne paraît avoir existé qu'à partir de l'alliance entre Mexico, Tezcuco et Tlacolpan. Duran, c. xx1v, p. 205. — Tezozomoc, Chronica, c. xxix, p. 35. — Ixtlilxochil, Relaciones. Kingsborough, t. IX.

Gouverne ment,

Organisation sociale,

une touffe de plumes vertes sur la tête, des anneaux d'or an oreilles et aux lèvres, une émeraude attachée aux cartilages du nez, des bracelets d'or et d'autres en plumes rares aux chevilles Il'ajoutait à son costume de guerre, une grande tresse en plumes qui pendait jusqu'à la ceinture ; un petit tambour lui serai dans ces occasions à transmettre ses ordres (1).

Souvent la guerre n'avait lieu que dans le but unique de procurer les prisonniers nécessaires pour les sacrifices, Quani elle était résolue, les Mexicains envoyaient des ambassadeur au pueblo, dont ils avaient à se plaindre: les ambassadeun portaient, en signe de leur mission, une flèche avec la pointe tournée en bas et un bouclier attaché au bras gauche (2). Arrivs à la chambre du conseil, ils exposaient leurs réclamations: les chefs du pueblo consentaient à y faire droit, les envovs acceptaient les présents qui leur étaient offerts; si, au contraire, leurs réclamations étaient rejetées, ils s'approchaient du chef de la tribu, lui peignaient les bras avec de la peinture blanche,lni posaient des plumes sur la tête et lui offraient un sabre et un bouclier. Telle était la forme voulue de la déclaration de guerre, et aussitôt après l'avoir faite, les ambassadeurs devaient se retirer à la hâte, car leur vie courait les plus grands dangers (4.

A vrai dire, ni les Aztecs ni les autres Nahuas ne formaient un État, ni une nation, ou même une société politique. C'etait une simple confédération de tribus, composées elles-mêmes d'une agglomération de clans ou Calpulli (4).

Les Calpulli, véritables familles unies sans doute par les liens d'une proche parenté, étaient responsables des actes et de la conduite de leurs membres, Ceux-ci étaient obligés de se défendre

(1) Duran, 2 e., 0, x1v et XVI, — J, de Acosta, L, ©, ©. XxV, p. 441.

(2) Torquemada, /, c., 1, XIV, ch.r, p. 544,

(3) Ixtlilxochitl, Hist, Chic, &. xxxvur, — G. de Mendicta, Hist, Eccl. Indian Mexico, 1870, L. II, c. xxvI, p. 129.

(4) Bandelier, £, c., p. 557 et s, Cette organisation présente quelques rapports avec celle qui existait dans le nord de l'Ecosse où en Irlande. Tous les membres du clan liés entre ceux par une parenté réelis ou supposée et portant le même nom, avaient un

droit collectif sur les terres de la tribu, dont ils jouissaient, moyennant une redevance annuelle au chef,

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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE, 311 mutuellement, de venger les outrages faits à Fun des leurs, de autenir les vieillards, les infirmes, tous ceux incapables de pendre part au travail commun,

La propriété individuelle n'existait pas, au moins en ce qui concernait les terres, Celles-ci (Cafpudalli) appartenaient aux Galpulli, qui ne pouvaient ni les échanger, ni les vendre, Elles hient partagées à des époques fixes, entre tous les individus miles, à la charge de les cultiver et de résider dans les limites lu Calpulli, Certaines terres (/amilli) étaient réservées aux chefs: nus ni ces chefs, ni leurs familles n'avaient aucun droit sur dlles, et quand ils quittaient leur charge, elles rentraient dans le domaine publie, D'autres terres ({/atocatlalli) étaient appropriées utribit, que chaque Calpulli devait au roi de Mexico, Elles hient cultivées par tousles membres de la famille, etles récoltes portées dans des granges spéciales, Sauf l'obligation de ce miement annuel, les tribus et les Calpulli paraissent avoir été completement indépendantes: leurs chefs étaient élus pour la de,et nul ne pouvait intervenir dans ces choix ; ils se portaient presque toujours sur des vieillards qui avaient subi, ou qui devaient subir une initiation religieuse très sévère, que nous aurons à raconter, Cet ensemble d'institutions ne présente, on k voit, aucune trace de féodalité (9).

La famille était fondée sur la mère et uniquement constituée mar les alliances maternelles, Ce ne fut que bien plus tard que lon admit la descendance paternelle, Le mariage existait; il ‘hitinterdit de se marier entre proches parents, peut-être mème «tre membres du mème Calpulli (2). La situation des femmes, on général, fort méprisces, était dure; elles devenaient en toutes choses, la propriété de leurs maris. Cependant le mariage pouait être annulé sur la demande de la femme, pourvu que cette annulation eût l'approbation du Calpulli, et dans ce cas la femme reournait à la famille d'où elle était sortie. Tout homme arrivé à lige de vingt ans, était tenu de se marier, et il n'y avait d’ex-

l Orozco y Berra, Geographia de las lenguas y carta ethnografica de Mexico. ? Bancrofît, t. IE, p. 251,

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ceplion que pour certains prêtres, qui faisaient vœu de chastote en l'honneur des dieux qu'ils servaient, La polygamie net pas interdite ; le mari ou plutôt le maitre avait le droit d'avoi autant de concubines qu'il désirait (1). La nécessité de] nourrir était le seul frein imposé à son ardeur.

Tout nom patronymique était inconnu (2). La mére à la mais sance de l'enfant désignait le nom qu'elle désirait qu'on ln donnàt. Ce nom se rapportait en général soit au mois, où il étui né, soit aux circonstances de sa naissance, Quand il sortait (| l'enfance, l'Aomme de la médecine (3), qui jouait un rèle conside. able parmi les tribus méxicaines, lui imposait le nom sous lequel il devait être désormais connu. Le guerrier pouvait obteni un troisième nom par un acte de bravoure exceptionnel: c'était alors le Calpulli qui le lui décernait.

Le Calpulli était aussi chargé de l’éducation des enfants, U édifice public (Telpuchcalli) était destiné à cet usage. Tous le garçons sans exception s'y rendaient; le travail manuel, l'a de la guerre, le maniement des armes, la danse et le chant for maient les bases de l'éducation (%). Ceux parmi les écoliers qui avaient la force nécessaire, devaient cultiver les terres apparlenant aux teocallis et destinés à l'entretien des prètres et dk culte.

L'esclavage existait chez les diverses tribus de l'Amérique ecntrale. L'homme appartenant à un Calpulli qui refusait de se marier, ou qui ne cultivait pas les terres qui lui étaient allouces. les prisonniers faits à la guerre, alors qu'ils n'étaient pas sacrifiés aux dieux, devenaient esclaves (5). Si l’esclave s'échappait, son maitre avait le droit de lui faire porter un collier en bois. S'il prenait la fuite une seconde fois, il était conduit au tem-

(1) Pierre Martyr, déc. V, c. x, p. 232.

(2) Torquemada, L. XIE, c. xxH, p. 454 ets.

(3) The Medecine Man., l'homme de la médecine, joue aujourd'hui encore un ril considérable, tant chez les Indiens des pueblos que chez les Indiens nomades.

(4) Gomara, Hist. de Mexico. — Sahagnn, Hist. Gen., L. II, c. 1v, p. 268; c. \, p. 269, c. yint, p. 275.

(5) On les appelait {lacolti, littéralement hommes achetés.

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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE. 313 ple et immédiatement immolé, Dans le cas fort rare, où il parvenait à gagner la chambre du conseil, destinée aux chefs de la tribu, sans être arrêté ni par son maître, ni par les autres hommes du Calpulli, il acquérait sa liberté (1). L'esclave qui accomplissait dans un combat un acte de valeur, avait droit non seulement à sa liberté, mais il pouvait aussi être adopté par le Calpulli; dès lors, il devenait un de ses membres, jouissait des mêmes droits que ses frères et recevait comme eux des armes. Tant que l'esciave n'était pas ainsi libéré, il faisait à la guerre le métier de porteur, comme aujourd'aui encore certains nègres de l'intérieur de Afrique. Les bètes de scinme étant inconnues, ls porteurs devaient transporter le maïs nécessaire à la très frusale nourriture des soldats, les tentes et les cordes destinées à les isujettir, les perches et la paille pour la construction des abris. Leur métier était fort rude, et en cas de capture par l'ennemi, les malheureux étaient presque toujours offerts en holocauste aux dieux,

Chez toutes les nations de race nahuatl, les pénalités étaient sévères si nous devons en juger par les récits qui nous sont parnus, où par les anciennes peintures conservées à México (2). Le meurtrier était puni de mort, selon Las Casas (3), de l'esclavage iperpétuité, selon Duran. L'homme ou la femme qui portaient ls vètements d'un autre sexe, étaient aussi condamnés à mort. Le viol, l'inceste, la sodomie, étaient punis de la mème peine; mais pour chaque crime le genre de supplice variait ; l'inceslueux était pendu (#); celui qui dans le Michoacan, avait violé un enfant était empalé; le sodomite était brûlé (5). Celui qui

(1) Mendicta, Hist. Ecc. Ind.,L. I, c. xxvir, p. 30.

(2) Bancroft, t. 11, p. 460 et s. — Bandäclier, / c., p.623 et s.

(3) Hist. Apol,, Ap. Kingsborough, t. VIII.

ÿ) Torquemada, L. XII, c. 1v.

() Malgré la sévérité de ce châtiment, la sodomie n'était pas moins commune chez ls Aztecs que chez les anciens peuples de notre continent. « Un certain nombre de prêtres, dit le père Pierre de Gand (Lettre insérée dans la coll. Ternaux Compans, l''série, t. X, p. 197), ne pouvaient avoir de femmes, sed earum loco pueros abutebanlur. Ce péché était si commun dans le pays que jeunes ou vicux en étaient infectés ;

ils y étaient si adonnés que même des enfants de six ans s'y livraient. » 1! faut prolablement tenir compte de l'exagération de ce récit.

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dans un combat, s'emparait d'un prisonnier fait par un autre. celui qui était chargé de cultiver les terres des enfants où des incapables et qui négligeait ce devoir pendant deux années consécutives, celui qui volait des objets d'or où d'argent consacrés aux dieux, devaient aussi être punis de mort ({. Illen était de mème pour la séduction d'une femme, avant fait vœu de chasteté, où d'une femme mariée, appartenant au même Calpuiti, La femme adultère était écartelée et su membres partagés entre tous les hommes du Calpulli.

La restitution de l'objet volé effaçait le vol: mais à défaut de cette restitution, le voleur devenait esclave pour la vie. Les cn. lomniateurs avaient les lèvres coupées. Les vieillards âgés de plus de soixante-dix ans pouvaient seuls s’enivrer: au-dessous de cet âge, l'ivrogne avait les cheveux rasés et, s'il était revèm d'une dignité, il était publiquement dégradé.

Les peines corporelles étaient rares. Il était honteux même pour un esclave d'être frappé. La pictographie cependant now montre un père où un maître, châtiant un enfant par le fouet, Des prisons existaient dans les différents teocallis et dans le édifices publics (2); si nous devons en croire les Conquistadores, ces prisons étaient des locaux infects, et l'air tellement vici que les malheureux y périssaient, rapidement asphyxiés.

Aucune loi écrite ne réglait ces diverses peines; elles étaient probablement appliquées selon d'anciennes coutumes et devaient certainement varier chez les diverses tribus.

Nous avons dit que la réunion des Calpulli unis par les liens d'un territoire commun, de rites religieux communs, d'un lngage commun, formait la tribu (3); elle était gouvernée par un conseil composé des délégués de chaque Calpulli (Z/atoun, le orateurs, ou Zechutatoca, les chefs parleurs). Ils se réunissaient au Tecpan, la salle du conseil, et avaient le devoir de maintenir

(1) Mendieta, L. e., L. II, ec. xxix. — Vetancurt, Teatro Mexicano, t. I, p. 484.

(2) Teilpiloyan ou Tecaltzaqualoyan. Mendieta, L. e., ce. xx1xX, p.138. -- Molina, Vocabulario in Lengua Castillana y Mexicana ; Mexico, 1571, t. IF, p. 86-91.

(3) On cite des tribus qui comprenaient jusqu'à vingt Calpulli.

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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE GENTRALE. 315 k coutume des ancêtres, avant tout de conserver la bonne harnone parmi les Calpulli, tâche fort difficile, au récit des chroniqueurs (1).

Dans la tribu, comme dans le Calpulli, aucune charge, ncune dignité, n'étaient héréditaires, Elles s'obtenaient toutes wrlélection, à l'exception du titre de Zecuhtli (grand-père) qui se nait pour des actes de bravoure devant l'ennemi, pour de longs Himportauts services soit au conseil, soit dans les ambassades lunt nous avons dit les périls, Î était aussi possible de l'obtenir

Dur une série d'initiations, auxquelles devait se soumettre celui

qi prétendait à cet honneur, Pendant quatre jours et quatre ait, 11 était enfermé dans le principal tcocalli de la tribu et aumis au jeûne le plus rigoureux. Des saignées étaient prliquées sur toutes les parties de son corps; tout sommeil lui ‘itinterdit; ses gardiens lui arrachaient ses vêtements, le flagelhient cruellement, et pour ajouter à sa misère, ils se livraient dant lui à des festins somptueux, auxquels il devait assister, ans perdre un instant son impassibilité, Les quatre jours écoulés, k novice retournait à son Calpulli, y passait une année entière lns la retraite et la pénitence la plus sévère, se mutilant et “niligeant des tortures corporelles, souvent intolérables. Pen-

Ldhnt ce temps, ses frères réunissaient les présents qu'ils étaient

tnus d'offrir aux dieux, aux chefs de la tribu, aux prètres et us hommes de la médecine. À l'expiration de l'année, le futur leuhtli devait se rendre au teocalli et se soumettre de nouveau un épreuves qu'it avait déjà subies: elles se terminaient enfin pr un grand festin, où on lui remettait les ornements, qu'il “ait désormais le droit de porter et qui constituaient, paraît-il, sn unique privilège (2).

\ous avons résumé tous les faits actuellement connussurl'orga-

(1 À de Zurita, Rapport sur les différentes classes de chefs de la Nouvelle-Espaje, Tornaux Compans, ?° série, t. IE,

* Sahagun, L. VIH, ce. xxxvint, p. 329, — Ixtlilxochitl, Relaciones, app., p. 257. — Wendicta, L. IF, ce. xxxvit, p. 156. Il est curicux de retrouver chez les Indiens de l'Oreque et chez les Yucas, des cérémonies à peu près analogues (Bandelier, /. c., p. C43 uote 111.)

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nisation et le gouvernement des divers peuples appartenant à |, puissante race nathuatl, qui s'étaient successivement abattus M l'Amérique centrale et particulièrement sur FAnahuae, 1 non reste à raconter les ruines, dont chaque jour fait mieux resort l'importance, qui surgissent sous les yeux du voyageur jusqu dans les déserts et au milieu des forèts réputées impénétrahl Avant d'aborder ces nouvelles questions, nous ne saurion omettre une observation, qui ne peut avoir échappé au lecteur. Tous les progrès dont la démocratie moderne s'attribue à l'honneur et le profit, existaient chez les peuples de l'Amérique, bien avant la conquète espagnole; l'absence de tout principu d'hérédité dans la propriété comme dans la famille, le commu: nisme dans le pueblo comme dans le Calpulli, l'omission, 4 étrange qu'elle puisse paraître, de tout nom se transmetlant du père au fils, et pouvant perpétuer chez les descendants la gloir des ancètres: l'éducation en commun de tous les enfants, soush seule autorité des représentants du Calpulli ; l'élection à tous la offices, à toutes les charges; l'annihilation de l'individu au proii de la communauté, Où done ont abouti ces institutions, qu l'ignorance ou la passion se plaisent à montrer au genre humain,

comme les phares lumineux de lavenir? A l'anarchie la ji 4

complète: à des luttes sans fin ni trève, de tribu à tribu, de Calpulli à Calpulli; à des haines si intenses, que les Espagnok apparurent comme des libérateurs et que leur victoire fut du autant aux services d’alliés, ardents à échapper au joug qu pesait sur eux, qu'au courage de leurs soldats.

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les villes, couvrant des régions entières de leurs constructions ; quis disparaissant, sans que l’histoire ait consacré leur nom,

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ection à tous lis ans que la tradition ait conservé leur souvenir. Pour complé-

wr cette étude, il faut maintenant demander ce qu'ils peuvent neonter, aux monuments ou plutôt aux ruines, que le temps et ls hommes ont été également impuissants à détruire.

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narchie la pl Une première remarque s'impose; nous ne vovons surgir ces | À £

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«ntructions grandioses, telles que celles de l'Égypte ou de e les Espagnok Awrie, de l'Inde ou de la Chine, que dans des conditions identiques ; il faut des peuples vivant sous un régime despoque, une race conquérante imposant par la force les travaux iessaires à un peuple soumis. Les vainqueurs apportent leur

nictoire fut du er au joug (qu

aût, leurs traditions, leur génie particulier; les vaincus donent les éléments matériels, leurs labeurs et leurs sueurs. Les dudes récentes permettent d'affirmer que les mêmes faits se ont passés en Amérique et que les monuments qui subsistent «core, n'ont pas eu une autre origine.

Les études entreprises au prix d’explorations toujours difficils, souvent dangereuses, ont permis de tenter des essais de clasment, de: noter les points de ressemblance et de différence :

ie Chiapus Palenque,

J18 L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE, déjà on peut distinguer l'architecture Maya, de l'architect, Nahuat}, et chez les Mayas eux-mêmes, les édifices du Chi de ceux du Yucatan (1).

Les monuments de Palenque (2) comptent à ban droit pri les plus remarquables du Chiapas, La ville s'élevait dans lu ni.

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gion arrosée par l'Usumacinta ; c'est là que se sont établis 14 premiers immigrants, dont il a été possible de retrouver la trac Sa position, au pied des premiers contreforts des montagne sur les bords d'une petite rivière l'Otolum, un des tributain, du Tulija, était admirablement choisie (3): les rues s'étendaien sur une longueur de six à huit lieues el suivaient irrégulion. ment le cours des ruisseaux, qui descendaient des montagn et fournissaient en abondance aux habitants, Peau qui ln était indispensable, Les ruines se présentent aujourd'hui milieu de solitudes imposantes qui ajoutent à l'effet qu'ells produisent, Elles étaient totalement inconnues ; Cortès dans une de ses expéditions passa à quelques miles de Palenque, sans douter de son existence, et ce ne fut qu'en 1746, que le hasard conduisit un curé du voisinage (#).

La première description est due à Jose de Calderon, que | gouverne ent espagnol avait envoyé pour les reconnaitre 5, Depuis elles ont été visitées par de nombreux explorateurs: l'aunce dernière encore, M. Charnay y est retourné pour hi seconde fois et les estampages des hiéroglyphes qu'il a relevés,

(1) Short, The North Americans of Antiquity, p. 340.

(2) Palenque vient d'un mot espagnol qui signifie palissade ; le nom ancien de ki ville est resté inconnu.

(3) A. del Rio, Descripcion del terreno y poblacion antigua, trad. Ang. Londres, 1822, — Capitaine Dupaix, Relation des trois expéditions ordonnées en 1805, Get: pour la recherche des antiquités du pays, notamment de celles de Mitla et de Palenqu, 5 v. f°, Paris, 1833 ; voy. aussi Kingsborough, L. e., t. V et VI, — Waldeck, Voy. art, et pittoresque dans la province du Yucatan, f, Paris, 1838. — Stephens and Catherwood, {Incidents of Travel in Central America. New-York, 1841, — Idem in Yucatan, New-York, 1858. — Brassour de Bourbourg, Recherches sur les ruines de Palenque avec les dessins de Waldeck, (. Paris, 1866. — Bancroft (Z. c., t. IV, p. 289 et s.) donne un index bibliographique très complet, qu'il est utile de consulter,

(4) En 1750 seulement, selon D. Diego Juarros (Hist, of the Kingdom of Guatemali.

London, 1823).

(5) Son rapport est daté du 15 décembre 1764.

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Idem in Yucatan, “uines de Palenque p. 289 et s.) donne

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LES RUINES DE L'AMÉRIQUE CENTRALE. 319 jurent au nombre «es pièces les plus curieuses du nouveau née du Trocadéro,

Parmi les ruines les mieux conservées, nous citerons le palais, k temple des trois tablettes, le temple du bas-relief, le temple ll eroix et le temple du soleil (9), en est d'autres encore, mis moins inrportantes; Dupaix parle de onze édifices encore lhout; quelques années auparavant, À, del Rio en citait vingt; Waldeek dit dix-huit et M. Maler, qui visita les ruines de Palenqueen 1877, fixe à douze le nombre des temples ou des palais. Gs contradictions sont plus apparentes que réelles: elles s'expliquent par les impressions personnelles de chaque voyageur et par les divisions qu'il croit devoir adopter.

Le palais, l'édifice le plus important de Palenque, repose ar une pyramide tronquée (2) de 40 pieds environ de haulur, et dont la base mesure 310 pieds sur 260, L'intérieur de «lle pyramide est en terre rapportée; les faces extérieures sont rvètues de larges dalles: des escaliers conduisent au bâtiment principal, qui forme un quadrilatère de 22€ pieds sur 180 (3); ksmurs, qui ont deux à trois pieds d'épaisseur, sont en blocaus, couronnés par une frise encadrée entre deux corniches douiles, À l'intérieur comme à l'extérieur, ils étaient revètus d'un duc très fin el très résistant, peints en rouge ou en bleu, en noir uen blanc, La facade principale s'ouvre à l'est; elle comprenuit quatorze entrées de 9 pieds environ de largeur, séparées par des pilastres ornés de figures pleines de mouvement (#4) ; audessus de chaque tète sont des hiéroglyphes, incrustés dans le stuc lig, 123). Un jour on découvrira sûrement leur elef; etce jour-là, bute l'histoire de Palenque nous sera révélée, De nombreuses

(1) Nous conservons les noms donnés par les divers explorateurs, faute d'en connaître de meilleurs,

(2) Des galeries souterraine sont été reconnues dans l'intérieur de la pyramide. Ces pyramides qui rappellent les travaux des Mound-Builders, sont ie point le plus saillant de l'architecture de l'Amérique centrale.

(3) Stephens, £, c.,t. 1, p. 310. — Waldeck, Palenque, pl. 2. — Armen (Vas heutige Mexico) donne le plan par terre et un essai de restauration du temple. — Bancroft donne également un essai de restauration (£. c., t. IV, p. 323).

(4) Ces figures mesurent plus de six pieds de hauteur.

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320 L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE, niches en maconnerie qui existent dans les murs méritent une certaine attention à raison de leur ressemblance avec la lettre |

ou plutôt avec le tau égyptien (D). Waldeck à reconnu sur y

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