CHAPITRE
endu aux chutes du Niagara; il se fût précipité dans Océan, si l'abattement extrême que cause le mal de er lui eût permis de quitter sa cabine pour monter ur le pont. Du reste, ct bien que ce mal cruel n’offre Das généralement de danger sérieux, je crus qu'il en ourrait.
Le gros temps dura deux jours et trois nuils sans elàche. La mer s'étant apaisée le troisième jour, je upposai naturellement que l’état du colonel s'amé- MMiorerail. Il n’en fut rien, et l’on eût dit que le malheu- “cux avait avalé toute une pharmacie.
} Combien j'étais loin de soupçonner le miracle que cvaient opérer dans l'esprit de sir James Îles effets “Mrès-matériels et extraordinairement prolongés des Miolcntes secousses du Persia !
0 Pour moi, qui ne m'étais jamais senti mieux porant, ce fut avec le plus grand intérêt que j'observai les œurs, les habitudes, les façons d'être toutes particulières et souvent très-originales dont un steamer est le théâtre.
+ S'il est un endroit au monde où les femmes abdi- “quent toute coquelterie et où l'étiquette perd ses droits, est, à coup sûr, à bord, pendant les premiers jours e traversée. On voit les passagères, jeunes ou vieilles, se promener sur le pont au bras d’un officier, vêtues de gros manteaux et de capuchons peu élégants. Leurs cheveux sont en désordre, leurs bottines sont à moitié Ælacées, et, oscrai-je le dire? souvent une cuvette en métal est là près du banc où elles viennent s'asseoir en trébuchant, et où s'accomplit, trop souvent, hélas! le dénouement d'une catastrophe prévue par la pâleur de la victime et son mutisme forcé.
Je ne suis point un peintre réaliste, et je le regrette presque, depuis que j'ai été témoin de quelques scènes en mer. Il ÿ aurait là pour un Courbet peintre de ma-
rine de précieux sujets à traiter, et dont l'etet serait # certain... sur les tempéraments délicats.
Bientôt les femmes courageuses qui luttent sur le À pont contre le fatal balancement du vaisseau, joint au ! tremblement perpétuel de la machine, se voient for- | cées d'aller grossir le nombre des malheureuses dont ! on entend les gémissements sourds et chromatiques M s'échapper par l'ouverture des dunettes, comme une ! plainte vaine qu’emporte le vent de l'Océan. Mais que le beau temps, en rendant la mer plus calme, consolide les estomacs, et tout se transforme à bord comme par enchantement. Les femmes se parent ci semblent ressusciter; elles sortent de toutes les ouvertures du navire, comme des hannetons sortent de dessous terre, aux premiers rayons du soleil priutanier, pour venir s'entretenir sur le pont ou achever un ouvrage de tapisserie commencé.
C'est dans ces moments d’embellie que naissent parfois de secrèles passions, rendues plus téméraires à l'arrivée, et qui souvent sont couronnéces par le mariage.
La conversation n’est pas le seul plaisir qu’on puisse prendre à bord dans les jours de calme, assez fréquents depuis le mois de juin jusqu’à l’équinoxe de septembre. La mer est quelquefois unie comme un miroir, et ce qui ferait le désespoir des navires à voiles devient pour les bateaux à vapeur la condition la plus favorable à la marche du vaisseau. On ne sent, dans ce cas, d'autre mouvement que le tremblement causé par la machine. Tout le monde est alors gai, et bien souvent on organise un quadrille sur le pont. Il se trouve toujours à bar :, 1 plusieurs musiciens, soit parmi les passageïs, soit parmi l'équipage. A défaut de tout instrument, on userait des ressources naturelles pour former un orchestre; les uns chanteraient,