CHAPITRE
havire, c'est-à-dire à l'endroit où le roulis el le tangage
se font le moins sentir, se trouve le compartiment de abines réservées aux dames. Dans ce compartiment, éritable sanctuaire, il est interdit aux hommes de péétrer. C’est tout au plus si les sévères matrones qui en défendent l'entrée, comme des cerbères humains, permeltent aux maris ou aux frères des dames, clouécs ur Jeur lit de douleur par le terrible mal de mer, quelues rares et courtes visites. On comprend, du reste, a nécessité de cette consigne sévère à bord d’un naire aussi chargé de passagers que le sont d'ordinaire es steamers transatlantiques. Mais est-ce à dire pour ela que la galanterie ne triomphe jamais des rigueurs de la consigne et que l'amour perde tous ses droits en
er? Non; sur terre, aussi bien que sur le plancher
mourant des bateaux à vapeur, il arrive parfois que
lorsque le loup ne va pas dans la bergerie, c’est la bergerie qui va chez le loup, ce qui revient exactement du même.
Ce qu’on m'avait dit du Persia m'avait donné la plus
igrande envie de m’embarquer sur ce steamer. Le ha-
sard me servit à merveille. J'appris que ce navire était en partance et qu’en nous embarquant, le soir même
ide notre arrivée au Havre, sur le petit vapeur qui fait Ale trajet de Liverpool, nous arriverions juste à temps
dans ce port pour prendre passage à bord du roi
des steamers. Usant du droit discrétionnaire que je
tenais. de sir James Clinton de régler tous les détails du voyage, je n'avais à prendre conseil que de moimême, et nous nous rendimes à Liverpool.
Un temps admirable facilita cette première petite traversée, accomplie comme le prélude du grand
L voyags que nous allions entreprendre.
La vue du Persia, au moment où je m’y embarquai, me causa un sentiment d’admiration auquel se mêla
un vague sentiment de crainte et de regret. — De M crainte, car je savais de quel poids léger pèse le plus ! grand bâtiment sur une mer troublée par la tempête ; — de regret, car j'allais mettre entre le pays où je suis né, où je laissais des parents et des amis, où j'avais obtenu mes premiers succès d'artiste, et un pays inconnu pour moi, dont je comprenais à peine la langue, et dans lequel peut-être j'allais être témoin d'une affreuse tragédie, l’espace de huit cents lieues de mer. Je voudrais connaître les esprits forts qui sc vantent de monter sans émotion à bord du navire qui doit les porter loin de leur patrie dans un autre hémisphère.
Quant à sir James Clinton, l’état maladif et désespéré de son âme ne lui permit aucune émotion de ce genre. Il prit possession de la cabine que je partageais avec lui avec une parfaite impassibilité.
A midi précis, un coup de canon tiré à bord du Persia donna le signal du départ, et les formidables roues du bateau décrivirent les premiers mouvements qu'elles devaient continuer, sans aucune intermittence, jusque dans le port de New-York.
La mer était calme, et nous naviguâmes toute la journée et une partie de la nuit sans que les estomacs faibles ‘ussent trop à souffrir du baïñncement doux et cadencé du steamer.
Mais, vers les trois heures du matin, le vent fraîchit tout à coup, et, au point du jour, la mer roulait des vagues de la grosseur d’une maison à cinq étages.
De tous les voyageurs qui se trouvaient à bord et n'avaient pas encore navigué, je fus le seul dont la santé n’eut pas à souffrir de l’horrible mouvement du vaisseau. Sir James Clinton, au contraire, fut de tous les voyageurs le plus malade. Jamais être humain ne paya plus large tribut à Neptune. Certainement il n’eût pas attendu, pour en finir avec l'existence, d’être
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